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JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE

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PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL

<>u l'abonm A Paria, au bureau du Journal, rue Notre-Dame rira Vlrlul

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de bêra.\<;er.

C'e«l daoB les tpuvres mêmes de Beranger qu'il faut chercher sa vie, comme on a été obligé de le faire pour relie d'Horace.

Si les événements contemporains, au milieu desquels Déranger a vécu en les traversant, nous étaient aussi in connus que le sont à beaucoup de personnes ceux du siècle d'Auguste, nous cn retrouverions la trace dans Bérangcr, comme dans les Odes du poète de Venusia nous retrouvons la trace de tous les événements qui ont agité le vieux monde i ornai a.

En France, pays des comparaisons, on a comparé le chantre de Napoléon Premier au chantre du secoud César. On a parlé de l'humble naissance du poète français, et Ton

a dit que le pointe romain était de son cote le tils d'un nffranchi d Auguste.

Rectifions une petite erreur du biographe : Horace clail 111s d'un affranchi, mais non pas d'Auguste. Horace, né GO ans avant le Christ, l'an 689 de la fondation de Rome, ne pouvait pas être tils d'un affranchi d'Auguste, né 63 ans avant le Christ, c'est -a-dire plus jeune de trois ans qu'Horace.

Ce fut, au reste, une des rages du pauvre Beranger que de s'entendre dire éternellement qu'il imitait un homme dont il ne pouvait lire les œuvres que dans une traduction.

Au reste, chei tous les deux même génie, passant facilement d'une forme à l'autre et de l'expression simple à

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l'expression élevée ; mémo penchant à la satire, et c'est ce penchant à la satire qui a fait Bêrauger un chansonnier à part, non pa6 plu» verveux, non pas plus philosophe, non pas plus tendre, mais plus actuel, plus social, plus élevé que Desaupiers, mêmes éloges du vin, mêmes tendresses, nous dirions presque même faiblesses pour les femmes, si, a notre avis, les poètes ne trouvaient pas, sous ce rapport, une inepuisablo force dans cette faiblesse

Le grand rapport qui existe surtout entre les deux poètes, c'est le besoin de repos, le culte de la paresse : c'est que le repos et la paresse chez le po^lc ne s'appliquent qu'au corps. Le repos et la paresse du corps c'est le travail de l'esprit; que Beranger rôve couche sous les ombrages de Passy, où qu'Horace médite au bruit des cascades do Tibur, au fond du rêve de l'un, au fond de la méditation de l'autre, quelque chose vit, s'agite, se crée, qui verra la lumière quand l'heure sera venue. Ce quelque chose c'est l'œuvre, c'est-a-dire la renommée, c'est-à-dire l'immortalité du poète, le monument plus durable que l'airain : £re pet enniui.

Quant à nous, ne nous occupons point de ces subtiles comparaisons, laissons -les aux rhéteurs, aux faiseurs de discours, aux académiciens, à ceux enfin qui disent qu'Horace était Dis d'un affranchi d'Auguste. ,

Au reste, de même qu'Horace nous raconte dans ses discours de qui il est fils, Berangor va dans ses chansons nous dire sa naissance, la date de sa naissance, et l'état, sinon de son père, du moins de son grand-père.

Pierre-Jean de Beranger, eu véritable enfant de Paris qu'il devait être, naquit, comme Molière son voisin du pilier des Halles, au centre de la grande ville.

La maison qu'habitait sa famille était située rue Monlorgueil, n« 50. — Aujourd'hui elle a disparu comme tout disparaît dans notre siècle de démolition, et l'on en chercherait inutilement la place au milieu du nouveau marché.

Itang ce Pari*, plein d'or et Je mlsérc,

En t'an du Clirul, mil sept cent quatre-vingt,

Chez uu tailleur, mon pauvre vieux grand l'ère,

Moi iiouTiau-i é, caillez ce qu'il advint.

Bien ne préd t la gloire d'un Orphée,

A mon berceau qui n'élail pu» de Heurs ;

Mai» mon giand pére accourant à mes pleurs

lie trouve un juur dans los bras d'une fée,

El celle fée. avec de gais refrains, ,

Calmait lu in de mes premiers chagrin».

Le bon vieillard lui dit lame inquiète.

« A c, I enfant quel destin est promis 1 »

Lllc répond : « Vois-le sous ma baguette, « Garçon d'auberge, imprimeur et commis, m Un coup de fondre ajoute à mes présagea fi Ton dlsalleint va périr consumé.

» Dieu le regarde, et l'oiseau ranimé, • Vole en chantant braver d'autres orages.

Et cette fée avec de gais refrains, (aimait le cri de mes premier» chagrins.

Voici les renseignements que le poète nous donne luimême sur sa naissance. — C'est en 1822 que ce souvenir lui revienl.il a alors i'2 ans.

Dans celle chanson, ni dans aucune autre, Beranger ne parle de son père ni de sa mère. C'est qu'il n'obtint pas même de cette dernière la nourriture que Dieu donne pour rien - le lait.

Elle n'aimait, pas l'enfant et n'aima pas davantage le jeune homme; Beranger ne se souvenait de l'avoir vue qu'une seule fois dans sa vie, il avait alors 17 ans.

On mit le nouveau-ué on nourrice, c'est'toujowrs lui qui nous l'apprend, et il a la soin d'intituler la chanson où il va parler de sa seconde mère :

Chanson hittoriqut.

En effet, tout est historique dans cette chanson à laquelle nous pouvons ajouter des notes de la plus grande exacli lude.

Do souvenir en souvenir, J'ai reconstruit mon édifice, ic vais couler, pour en finir, Ce qu'on m'a dit de ma nourrice, Au soir de* ans doit sembler doux, Le chant qui nous a bercés tous.

Dodo, l'enfant do, L'cnfanl dormira tantôt.

Au mois d'août, voilà bien longtemps, Six francs et ma layette en poche, Belle nourrice de vingt ans, D'Auxcrrc avec moi prit le coche.

Sois bieu ou mal. sangtotte ou ris, Adieu, pauvre enfant de Paris.

Dodo, l'enfant do.

En Bourgogne, je débarquai Pour la chanson, climat propice.

Nous trouvons, buvant sur le quai, Le vieux mari de ma Dourrice.

Tout à l'heure, nous verrons quel brave homme c'était que ce vieux mari que Bèranger appelait son vrai père.

Verre en maiu, Jean le vigneron, Chantait lcf gaietés de Piron.

Dodo, l'en Tant do.

L'enfant dormira tantôt.

Un moine, en voisin, vient chex nous ; il entre sans que le chien Jappe.

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