‹ Le MonteCristoChapitre 86 sur 144 · mari sort, et l'homme roux De ma table frippe la nappe · texte numérisé non relu

mari sort, et l'homme roux De ma table frippe la nappe

On reconnaît à ce détail le contemporain de l'auteur de V Enfant du Carnaval.

Cette nappe frippee amena une grande catastrophe.

Hélas f l'odeur du Bécollct

Fait, pour neuf mou, tourner mon lait.

La nourrice enceinte, il fallut essayer d'une nourriture quelconque qui remplaçât le lait de femme. On essaya du lait de vache et du lait de chèvre, l'enfant repoussa l'un et cracha l'autre. Enfin, Jean eut l'idée de tailler un morceau de pain eu forme do mouillette, de le tremper dans du vin, et de le faire sucer à l'enfant. • Cette fois, l'enfant suça, et de tout son cœur.

11 eut cette ressemblance avec Gargantua et Henry IV.

Moi, gai comme un Dieu sans nectar, Au vin du cru je me résigne.

Ce fut donc la nourriture première du Chansonnier.

Il resta deui ans a peu près chex le père Jean. — Pendant ces deux ans, on avait oublié de payer les mois de nourrice, ce qui n'avait pas empêché le bonhomme et sa femme d'avoir toutes sortes de soins du nourrisson.

Un jour, on reçut de Paris une lettre qui invitait la nourrice à ramener l'enfant, et à venir en même temps toucher le prix de ses mois.

Ce fut une grande douleur pour le père Jean.— n s'était ] peu a peu pris a l'espérance qu'on ne réclamerait point l'enfant et qu'il le. garderait.

Il se décida cependant a partir pour Paris avec le marmot, dont il commença par contester la possession au grandpère. Mais ayant succombé dans cette prétention, il refusa d'abord de rien toucher pour les mois de nourrice. Enfin on obtint de Jean qu'il prit son dû comme on avait obtenu de lui qu'il rendit l'enfant. Et Jean s'en retourna tout at- - triste rejoindre sa femme en Bourgogne.

Espérons qu'il s'est consolé avec le lait de la vigne.

Comme il faut être juste avec tout le monde, ne laissons point peser sur un récollet l'accusation grave d'avoir fait tourner le lait de la nourrice de Béranger. — Récollet — est là comme une preuve que les poètes, dans leur culte pour les vers, sacrifient tout à la rime, même la vérité.

Le Récollel était tout simplement le curé de la paroisse.

C'est donc en Bourgogne, c'est donc à Auxerre que Béranger passa celte vague époque de la vie où l'homme est déjà né mais n'existe pas encore, ces premiers mois de l'enfance qui sont les premières minutes du jour, minutes qui n'appartiennent déjà plus à la nuit, sans appartenir encore à la lumière, que les latins nos pères appellaienl alba et que nous avons appelé aube, à cause de leur pâleur.

L'enfant n'était pas beau. — L'homme se charge de nous l'apprendre lui-même :

Jeté sur cette boule , Laiil, chélilct souffrent.

Fut-ce à cause de cette laideur qu'il n'obtint pas de celle à qui il ne dut que le jour toute la tendresse qu'un Bis a le droit d'attendre de sa mère? — je n'en sais rien.

Tant il y a que ce fut chez son grand-père que l'enfant revint.

De retour à Paris on laissa, peuJanl liois ou quatre ans, l'enfant jouer et pelissonner à son aise, être heureux a cœur joie, pujs le moment des premières douleurs vint.

On le mit à l'école chez un abbe qui demeurait rue des Boulets, faubourg Saint-Antoine. — C'est du haut des murs de sa pension qu'il assista à la prise de la Bastille.

Ce souvenir de sa première jeunesse lui revint en 1829, lorsqu'il était dans une autre Bastille, à la Force! Hélas ! jamais le peuple no fait la besogne tout à fait.

Voyez la chanson intitulée le 14 juillet.

Pour on caplir, souvenir plein de charmes!

J'étais bien jeune ; on criait : Yeng-ons-nousl —À la Bastille I aux armes 1- vile aux armes! Marchands, bourgeois, artisans couraient tous. Je vois pâlir et mère jet femme et 011e.

Le canon gronde aux rappris dn tambour.

—Victoire an peuple! il a pris la Bastille.

Va beau soleil a fête ce grand jour !

Le lendemain, un vieillard doclc et grave Guida mes pas sur d'Immenses débris.

— Mon fila, dit-il, ici d'un peuple esclave, Le despotisme étouffait tous les cris ; Mais des captifs pour y loger la (oulc, Il creusa tant au pied de chaque tour, Ou'au premier choc, te vieux château s'écroule Un beau soleil a fêté ce grand jour!

11 y avait juste quarante ans qu'un beau soleil avait féti ce grand jour- En quarante au», Béranger avait vu couper la tète du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette grandir et touibur la Convention; passer le Directoire)

poindre Bonaparte, arriver Napoléon ; il avait vu la gloire * et la chute de l'Empire, il avait vu ce cadavre de règne galvanisé qu'on appelle les Cenl-Joura ; le second retour des Beurbons, la mort de Louis XVIII, l'avènement au trône de Cirarles X, et à travers les barreaux de sa prison, en regardant l'avenir, il souriait au soleil de juillet 1830, qui ne se trompa que de quelques jours pour être l'anniversaire de celui de 1789.

Cette prise de la Bastille laissa un profond souvenir dans l'esprit de l'enfant, mais un autre souvenir non moins profond s'y incrusta en même temps.

Un maître d'armes, nommé Valois, venait donner des le çons dans la pension du faubourg Saint-Antoine ; il amenait avec lui une petite tille de dix à douze ans, c'est-à-dire de trois ans plus àgee que Béranger, laquelle dressée par lui à l'escrime, lui servait de prévôt et faisait des armes avec les enfants.

Cette petite fille était la nièce de ce maître d'armes et s'appelaitJudith.

C'est cette même Judith qui vécut cinquante-neuf t\n% avec le poète et qui est morte trois mois avant lui

Un beau malin, sans consulter l'enfant, on vint le prendre et on lui annonça qu'il partait pour Péronne, la ville pucnlle.

Notre poète avait là une tante paternelle, tenant auberge.

C'était une excellente femme dont Déranger a gardé jusqu'à sa mort le meilleur souvenir.

Une anecdote que nous raconterons en temps et heu sera une preuve de ce que nous avançons.

On embarqua l'enfant, cette fois l'homme a oublié de nous dire par quel coche, et il arriva à Peronne sans accident.

C'est encore à lui de nous guider.

En 1831, c'est-à-dire à cinquante-et-un ans, le poète retourne à Péronne ; alors il adresse une chanson à sesparens et à ses amis de Péronne, ville où il a passé une partie de sa jeunesse de 1 790 à 1 796.

Ce fut chez celte tante aubergiste que s'accomplit la première partie de la prédiction de la fee : Garçon d'auberge, puis imprimeur.

Salut à vous, amis de mon jeune ogc ; Saint parons que mon amour bonit ; (irico à vos soins, ici, pendant l'orage, Pauvre oiselet, J'ai pu trouver un nid.

J'ai fait ici plus d'un apprentissage, A la paresse, hélas ! toujours enclin ; liais je me crus des droits au nom de sage.

Lorsqu'on m'apprit le mêlier Je Franklin.

Vous n'ignorez point, chers lecteurs, que Franklin était imprimeur à Philadelphie.

C'est dans ces murs, qu'en des Jours de dé ailes,

De J'ennMii {'écoutait le ra»on ;

kl ma voix, mêlée aux chants de fetc.*.

Do la patrie a bégayé le nom.

Ceci n'était point une métaphore. Lorsque les Autrichiens bombardaient Lille, l'enfant devait entendre le bruit matériel du bombardement.

De ces impressions de jeunesse lui vint cette grande haine contre l'ennemi.

Aussi conserve-t-il de ce bruit du canon autrichien une impression plus vivo que des événements de Paris. Le canon de 92 détourne les regards de 1 enfant des ecuafuuds de 93.

LIS MUNTt-CKJSTO.

Sur ce grand événement social, le poète hésite à prononcer.

Il se contente de dire, en s'adressant à une femme qui avait représenté la déesse de la Liberté :

Vous traversicx les ruine» gothiques ; Nos défenseurs te pressaient sur vos pas ; Les fleurs pleuvaicnt, el les vierges pudiqnes Mêlaient leurs chants à i'hyihnc des combats ; Moi, pauvre enfant, dans une coupe «mère.

En orphelin par le sort allaité, Je ra écriais : Tenet-moi lien de mère, IJéeiîe de la Liberté !

'„- Do noms affreux celle époque est flétrie ;

Slaiij$upt encor, j* n'ai ritn jnt jugtr; Ed épehnt ce doux nom de patrie, Je tressaillais d'horreur pour l'étranger'

Ce fut vers ce temps, c'est-à-dire en 1792, que s'accomplit cette autre prédiction :

■ I n coup de foudre ajoute à mes présages, • Ton Bis allelnl va périr consumé ! »

En effet, un orage grondait sur Péronnc, la lante île Bélanger, personne dévoie, avait grand peur du tonnerre, d'une main elle faisait le signe de la croix, de l'autre, elle spergeait la maison d'eau bénite, quand tout à coup l'enfant qui, le front colle aux vitres, regardait les beaux éclairs, tombe à la renverse sans pousser un cri, tandis que la fenêtre s'ouvre avec fracas ; le fluide électrique venait de traverser la chambre.

Dans l'antiquité, ceux que la foudre avait touchés étaieut saints; nous ne croyons pas que le tonnerre ait gâte quelque chose à l'organisation de Béranger.

C'est à Peronne quo Béranger fait sa première communion, huit jours après l'église ferme.

L'enfance , à notre avis , finit où commence le premier travail de l'homme ; du moment où Béranger entre dans une imprimerie, il n'est plus ttn enfant.

Cette imprimerie était celle de M. Laisney.

• C'est dans son imprimerie que je fus mis en apprentissage, dit Béranger, dans une noie du 2« volume de ses chansons; n'ayant pu parvenir à m'apprendre l'orthographe, il mo fit prendre gont à la poésie, me donna des leçons de versification et corrigea mes premiers essais. .

Le poète, reconnaissant comme toujours, a, dans une chanson, consacré le nom du digne maître-imprimeur :

Cette chanson est intitulée : Bonsoir !

Dsns l'art des vers, c'est loi qui fus mon mallre. Je t'effaçai sans te rendre jaloux.

Ri ces doux fruits que pour moi Dieu Ht naître Sont des chantons, ces fruits sont asscx doux.

Un autre nom, à la date de cette époque, reste encore dans la mémoire du poète. Or, comme il a, lui, lamémoire du cœur, ainsi quo celui de Laisney, co nom aura sa part d'immortalité.

Ce nom est celui de M. Ouénescourl.

Modeste et bon, cet homme vertueux, Privé des biens que l'opulence aftlrbe, 1 semblé pauvre au riche fastueux.

Et, par ses dons, au pauvre a

Au pou d'éclat dont Je brille* présent.

Ah ! qu'il ait part et puisse a ma lumière, Comme au flambeau que porte un ver luisant, lire sur '

l.i»BjlMnp« son

sur la pierre,

Ce ne fut pas tout ; le poète fit son épilaphe Venu de

Pèronne à Nanlerre, ce fut là que mourut Ouénescourl.

C'est donc dans le cimetière de Nanterrc qu'il faut aller chercher cette épilaphe :

Vous qui, le rencontrant, n'avez pas reconnu Qu'un esprit cultivé, qu'une âme tendre et flère Bi illait sous l'humble habit de cet homme inconnu, Seltiei-le sou* cette pierre I

Voilà tous les détails que nous avons sur lu séjour du poète à Peronne.

Vers la fin de 1796, Béranger revint à Paris. — 11 avait 10 ans.

Pendant les six ansqu'il avait passés à Péronne,Béranger avait appris le français, mais quels qu'aient été ses efforts et sa persistance, n'avait pu apprendre le latin

Quant au grec, il n'y songea même pas.

11 le dit en vers et lo redit en prose.

Jiim 1s, héla* I d'une nnhle harmonie, L'antiquité ne m 'apprit les secrets; L'instruction, nnurri -e du pénie, Fie son lait pur ne m'abreuva jamais I Que demander i qui n'eut point de maître ?

Du malheur seul les lerons m'ont (ormé, Et ces épis que mon printemps volt naître, Sont ceux d'uu champ où rien ne fut semé I

Voilà la plainte en vers, passons à la lamentation en prose :

• Oh ! que de fois, dit le poêle, j'ai maudit celle langue latine! Vous ne vous figurez pas le malheur d'un pauvre jeune homme pousse par le démon des vers, et qui n'a pas même décliné Musa à vingt ans. Honteux de mon ignorance, j'éludais avec soin les occasions qui l'auraient mise à nu, ou quelquefois je faisais en rougissant l'aveu de mon malheur A ceux qui me paraissaient ûlru an-dessus du préjugé ; mais presque tous, hochant la tète avec un regard de pitié, m'engageaient à mo meure à l'étude. Triste recette pour moi si paresseux, el qui me rappelais que tout jeune, et malgré mou excellente mémoire, je n'avais jamais pu apprendre mes prières en latin ; et puis alors de beaux désespoirs. Combien souvent j'ai été sur le point de renoncer à la poésie, je vous assure, mon cher ami, que la misère m'a bien moins tourmenté, que cette idée tant répandue qu'un homme sans le latin ne pouvait pas bien écrire en français. Dès qu'un peu de réputation m'est venue trouver, j'ai avoué mon ignorance, car je hais le mensonge; mais alors j'ai éprouvé un autre désappointement, j'avais beau prolester quo je n'avais lu Horace que dans les traductions. — Bonne plaisanterie, ine disait-t-on, ne voit-on pas que vous l'avez étudié, vous l'imitez sans cesse. »

Comme je connais cela, cher père ! que de fois n'a l-on pas dit aussi, au beau temps de mon ignorance, que j'avais imité des choses que je n'avais jamais lues.

Quoi qu'il en soit, en revenant de Peronne, ce grandpère eut un instant l'espoir que la fée s'était trompée en prédisant quo son potit-fils serait poète, en lui voyant à dix-sept ans tant de bon sens, tant de calme, une raison si mûre, — il s'écria :

Toi un poète ! Dieu merci, tu ne seras jamais qu'un gros banquier.

Le pauvre vieux tailleur n'était pas doué de la doubla vue.

Le jeune homme nageait en pleine comédie.

11 avait rêvé une pièce dans le genre d'Aristophane, et commence une satire de mœurs contemporaines sous le nom des Hermaphrodites.

La jeunesse dorée avait fourni le sujet.

Mais le poète lui-même fut mèconten t de son œuvre; il l'enterra vivante comme une vestale qui a laissé mourir le feu sacré.

Alors il commença un poème épique : Clovis.

Il eût le bonheur de juger du poème aussi nettement qu'il avait fait de la comédie, et l'abandonna.

Outre l'ignorance des deux langues qui sont près de nous les interprètes de l'antiquité, le poète avait peu de sympathie pour les sujets antiques.

Il dit lui même :

— Je ne sais quelle voix me criait : Non, lts latins et les Grecs même ne doivent pas étro des modèles, ce sont des dos flambeaux, sachez vous en servir. Déjà la partie litlè raire et poétique des admirables ouvrages de M. do Chateaubriand m'avait arraché aux lisières des IiC Batteux et des Laharpe, services que je n'ai jamais oubliés.

Mais une chose quo l'on comprendra facilement, c'est qu'en ébauchant des comédies et en cultivant des poèmes épiques, on ne s'enrichit pas.

Déranger était donc sans le sou.

Il en est de sa détresse comme de son regret de ne pas savoir le latin ; il l'a racontée en verset eu prose.

— J'étais si pauvre, dit il, que la plus petite partielle plaisir me forçait à vivre pendant huit jours d'une maigre panade que je faisais moi-même, tout en entassant rime

• sur rime, et, plein do l'espoir d'une gloire future, rien qu'en tous parlant de c<'lle riante époque de ma vie, où sans appui, sans pain assuré, Bans instruction, je rêvais un avenir, sans négliger les plaisirs du présent, mes yeux se mouillent de larmes involontaires. — 0 que la jeunesse est une belle chose, puisqu'elle peut répandre sou charme jusque sur la vieillesse, cet âge si déshérite et si pauvre!

— 0 printemps ! jeunesse de l'année ! 0 jeunesse! printemps de la vie ! a dit Métastase.

— Oh ! te bon temps où nous étions si malheureux ! disait Ninon.

— Dans un grenier qu'on est bien a vingt ans ! dit à son tour Béranger.

Cette lutte contre la miscro dura jusqu'en 1803. Ce fu', sans doute, pendant cette période que le poète connut Lisette et apprécia Fretillon. •

L'admirable chanson des Gueux est, selon toute probabilité, un souvenir de ce bon temps.

Quel Dieu se plaît el s agi le Sur ce grabat qu'il fleurit 't C'est l'amour qui rend risilc A U pauvreté qui rit.

Ce grabat m'a bien l'air de faire partie des meubles meublants comme dit mon bail, le grenier du poète.

Mais on 1803, une grande joie lui arrive. Presqif aussi pauvre que Malfilatre, presqu'aussi désespère que Gilbert, il a l'idée d'écrire a Lucien Bonaparte.

Lucien faisait lui-même des vers : il est vrai qu'il les faisait mauvais, témoin son poème de Charlemagne : mais, chose rare dans l'espèce, il aimait ceux qui les faisaient bous.

Nous ne voulons pas dire que les vers de Béranger fussent bons, mais bien certainement l'avenir y était en germe, et les Deux Sœurs de Charité, te Dieu des bonnes Gens, Mon Ame, les Fous, et tant d'autres merveilles semées par la main du seigneur dans l'âme du poèto, devaient commen cer dès-lors à sortir de terre comme la moisson en avril. •

A cette époque, Béranger était républicain ; c'est une ressemblance de plus avec Horace, qui. après avoir été tribun des soldats sous Brutus, devint le chantre d'Auguste.

Mais établissons bien cette différence entre Horace et Béranger, c'est qu'Horace flatta Auguste vivant, et que Béranger ne chanta Napoléon qu'après sa mort, ou après sa chute, co qui était plus courageux encore.

• Mon epltre d'envoi, dit lui-même Béranger, je me le rappelle encore, était digne d'une jeune tête républicaine et portait l'empreinte de l'orgueil blessé de recourir à un protecteur.

Lucien ne vit pas, ou ne voulut pas voir la trace de cet orgueil ; d'ailleurs, celui qui depuis devint prince de Canino n'elait-il pas républicain, et ne refusa-t il pas plus tai d le trône de Portugal? Il est vrai que c'était un bien petit trône.

Trois jours après, le poète avait sa réponse. — Lucien lui donnait un rendez vous.

Le jeune homme y courut le «Dur bondissant de joie ; puisqu'il était reçu, il était protégé : Lucien n'eut pas voulu le recevoir pour le bonheur de lo désespérer do vive voix.

En effet, le poète avait trouvé un appui.

Par malheur, Lucien quittait la France trois jours après cette entrevue.

Mais, en- quittant la France, il se souvenait. Béranger reçut cette lettre ;

■ Je vous adregsc une procuration pour toucher mon traitement de l'Institut. Je vous prie diaccepter ce traitement, el je ne doute pas que si vous continuez de cultiver votre talent par le travail, vous ne soyez un jour un des ornements de notre Parnasse ; soignez surtout la délicatesse du rhythrae ; ne cessez point d'être hardi, mais soyez plus élégant.

- Lucien, » Membre de l'Institut, u

• Pendant les Cent-Jours, dit le poète, M. Lucien Bonaparte me lit entendre qu'en m 'adonnant à la chanson, je détournais mon talent do la vocation plus élevée qu'il semblait avoir eue d'abord." Je le sentais ; mais j'ai toujours penché à croire qu'à certaines époques, les lettres et les arts ne doivent pas être de simples objets de luxe, et je commençais à deviner le parti qu'on pourrait tirer, pour la cause de la liberté, d'un genre de poésie éminemment national. •

Notre poète n'était pas riche ; mais au moins il avait le pain et l'habit assurés.

— Victum et ceslitum, comme disaient les Latius, avec lesquels, à son grand regret, il no pouvait converser que par interprètes.

Et cependant, rien ne reste de cette époque comme poésie ; il est probable qu'il fit dans la période suivante, de 1803 à 180C, le volume qu'il jota au feu, lorsque la censure ne lui permit poiut de dédier son livre à Lucien.

Il est vrai qu'à cette époque Landon venait de fonder les Annales du Musée, et que Béranger fut un des collaborateurs de l'immense ouvrage.

Mais tout cela était en quelque sorte un bien-être d'accident, une fortune d'occasion ; ce n'était pas, uous ne dirons point cette médiocrité dorée d'Horace, que son imitateur était loin d'espérer, mais même celte modeste ambition que le poète formulait ainsi : De quoi vivre, avec un peu de loisirs.

Cette ambition fut enfln réalisée.

M. Arnault, l'auteur de Marins à Miniurnes, obtint pour Béranger, de M. de Fontanes, grand maître de l'Université,

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