I.e surlendemain Antoine se mit en mai* lie
I.es faillies, pleins de confiance, et croyant avoir affaire à des hommes décourages, se présentèrent aussitôt poor charger; a leur avis, il ne s'agissait plus du combat, mais de boucherie et de pillage.
Leur étonnement fut grand lorsqu'ils se virent assaillis par une grêle do traits et qu'ils trouvèrent les humains aussi courageux ot aussi âpres au combat que l'eussent etè des troupes fraîches. Ce furent eux alors qui. decourai deliaudéreut leurs arcs cl cessèrent de poursuivre Anton
Par malheur, vers le milieu de la journée, ils euren descendre quelques coteaux <iout la pente était rtpi dans cette descente il leur fallut, de crainte de désordre, ralentir leur marche,. Les Parthes s'aperçurent bientôt de cette difliculte de la position et revinrent à la charge. Ces terribles flèches do quatre pieds de long, qui faisaient tant d> ravages parmi le» Romains et qui perçaient de part en part les cavaliers elles fantassins, armes à la légère, volèrent de nouveau, mais les Romains employèrnul "îne manoeuvre encore inconnue des Parthes. Les légionnaires tirent face a l'ennemi, eufennaut dans leurs rangs r infanterie légère Le premier rang mit un genou en terre et s'abrita derrière ses boucliers, le second lit de même, élevant ses boucliers au-dessus de ceux du premier raug, le troisième resta debout, s'abritaut toujours derriète les boucliers, et par celto manœuvre, que les Grecs appelait la tynaspisme, et les Romains la tortue, ils présentaient une surface ausii impénétrable que l'eût etè le Udt d'une maison, les flèches des Parthes. si vigoureusement laucees qu'elles fussent, glissaient sua - cette surface d'airain et s'ecai taieut impuissantes.
Celte manœuvre eut en outre un avantage auquel né
«'attendaient pas les Romains, le* Parthes ta prirent pou une marquo de lamitudo et d'épuisement, ils dépotèrent à terre leurs arcs et leurs lléches devenues inutiles, et, armes de piques, ils s'approchèrent pour charger ; c'était te que demandaient les Romains, corps a corps les plus terribles de tons les soldats. Ils les laissèrent, en effet, approcher à la longueur d'une pi«T» p - 111 se levant tout à coup eu pussantde grands cris et attaquant les Parthe-s'avec leurs èpieux, Us abattirent ceux qni se trouvèrent le plus près d'eux et mirent les autres en fuite.
Mais cette manœuvre qu'ils furent obligés de répéter plusieurs fois les jours suivants avait un grand inconve- . nient; elle ralentissait la marche d'Antoine, au point de lui faire faire des journées de trois ou quatre Ueues.
Puis la famine commençait à montrer son visage livide an milieu de tous ces visages palissants: on ne pouvait se procurer du ble sans comhat, et chaque fourrage coûtait cher; d'ailleurs, le ble recueilli, les moulins manquaient pour le moudre: on avait été obligé de les abandonner. Les bêtes de somme, la plupart du moins, avaient péri | les autres po-taiont les malades et les Messes, ce qui était nn grand soulagement pour les hommes. lies deux livras de froment se vendaient jusqu'à quarante-cinq francs de notre monnaie ; quant aux pains d'orge, on les mettait dans un plateau d une balance, l'argent dans l'autre, et l'on avait une livre de pain pour une livre d'argent, et encore bientôt n'en ent-ou plus, à quelque prix que ce fût.
Il fallut recourir aux racines que l'on trouvait sur la route; mais dans ces pays lointains, racines et légumes étaient inconnus aux Humains. Ou mangea an hasard ce que l'on trouva; une barbe les reiidil fous et les empoisonna : la folie était étrange, et la mort cruelle. Le soldat qui avait mange de cette herbe n'avait plus qu'une idée al n'avait plus qu'uni* occupation : c'était de retourner les pierres qu'il trouvait sur sou chemin, mettant tous ses soins et toutes ses forces à ce travail comme il eut fait à une occupation importante. Il y eut un moment oi l'on ne voyait plus que soldats courbes vers le sol arrachant des pierres et les changeant de place. Enliu , les vomissement les prenaient ; ils rendaient une grande quantité de bile et mouraient tout à coup, surtout lorsque le vin, qui paraissait le contre-poison de cette herbe, eut manqué.
— 0 dix mille ! dix mille! s'écriait Antoine, a celte vue, faisant allusion à cette belle retraite de Xcnophon, qui, après la défaite de Cyrus le Jeune à Cunaxa, était revenu de Babylone en Grèce, c'est-à-dire avait parcouru, presque sans perte et luttant contre d'innombrables ennemis, un trajet double de celui que lui, Antoiue, avait à faire.
Un nouveau danger menaçait les Romain», danger auquel Crassus B tlait laisse prendre.
Les Parlhes, voyant qu'ils ne pouvaient rompre l'ordonnance des Romains, mais iiu'au contraire ils avaient été eux-mêmes plusieurs fois battus et mis en déroute, tinrent recours à la ruse .
Iîsse mêlèrent, les (lèches aux carquois et les arcs débandes, aux soldats romains qui s'écartaient de l'année
f>our aller en fourrages, leur annonçant qu'ils suspendaient A leur poursuite. Ils accompagnèrent ces paroles d'adieux tilde témoignages d'admiration si simples et, en apparence, si sincères, qu'Antoine lui-même y fut pris, et annonça que, débarrasse des Partîtes, l'armée allait abandonner lés montagnes et prendre le chemin de la plaine.
On eût dit, qu'à un certain moment, la mémo folie leur prenait à tous.
Par bonheur, a i moment OÙ, les Parthes disparus, il se préparait à exécuter ce plan, on vit arriver un cavalier parthe, accompagne de quelques hommes seulement; mais celui-ci était un ami et non un ennemi.
Il se nommait Milhridate 5 c'était le cousin d'un certain Monéses, qui, après que Phraate eut lue son père Orode, s'était retire près d'Antoine. Antoine, toujours grand et geneieux, l'avait reçu comme s'il eût ete Themiatocle, et, pour rivaliser do magnificence avec le roi de Perse, il lui avait donne trois villes pour son entretien : Larisse, Arethuseet Hyerapolis.oubliantque Monèses était un Barbare,
et qu'à ce Barbare il donnait des villes grecques que leur souvenir eût i'û lui rendre sacrées.
Mais cette fois le sacrilège lui servit.
Ce Parthe qui venait à Antoine, ce cousin de Monéses, qui demandait à être mis en rapport avec quelqu'un qui entendit la langue parthe ou syrienne, venait sauver l'armée romaine.
On lui amena un des amis d'Antoine, nommé Alexaudre d'Antioche.
Le Parthe se fit reconnaître à lui ?
— Je suis envoyé par Monéses, dit il — Il veut rendre à Antoine plus qu il n a reçu de lui, car pour l'hospitalité et la richesse que lui a données Antoine, je lui apporte, moi, la vie et le salut de l'armée.
Alors, montrant à Alexandre une silhouette que l'on distinguait à peine dans l'cloiguement.
Voyez-vous cette chaîne de montagnes? dit-il.
Alexandre lit signe qu'il la voyait.
El) bien I dit Milhridate, c'est au pied de ce» luostagpM que les Parlhes vous attendent — ils croient, d'après ce que vous avez dit, que vous allez prendre la route de la plaine, et vous regardent déjà comme perdus ; vous Pèles en effet, et aussi perdus que l'ont ete Crassus et son armée, si vous avez le malheur de vous engager dans le bas pays. — En suivant la chaîne de collines où vous êtes engages, vous trouvez la faim et la soif, mais au bout de la route le salut ; en prenant le chemin .de la plaine, c'est la mort, lamorlcertaine, infaillible, et non-seulement cruelle, mais honteuse.
Alexandre rapporta ce discoure à Antoine, celui-ci lit veuir le Marde qui lui servait de guide, et que depuis longtemps on avait délié.
Il fut en tout point du même avis que le Parthe.
Puis il ajouta :
— Je sais par expérience, l'ayant suivi, que le chemin de la plaine, outre ce danger qui vous livre aux parthes. serait, même en l'absence de tout ennemi, le plus dangereux de tous les chemins, à cause du péril que l'on ovurt do «e perdre sur un terrain immense et au milieu duquel aucun chemin n'est trace. L'autre route est plus rude, mais au moins elle est certaine — et moins un jour ou nous manquerons d'eau — nous la trouverons telle que jusqu'ici nous l'avons trouvée.
Sur ce double avis, Antoine changea de résolution. - Le Parthe, la mission accomplie, reprit le chemin par lequel il était venu, et le Mède se chargea de nouveau de ht conduite de l'armée.
Et commè le désert sans eau une l'on avait à traverse! était proche, Antoine ordonna d en puiser et d'en emporter le plus possible avec soi, pour que la journée du lendemain pût être heureusement franchie.
Les soldats' obéirent, faisant de leur mieux. — Ceux qui avaient des outres, remplirent leurs outres: ceux qui navaient pas d'outres remplirent leurs casques, et l'on se mit on marrhe vers dix heures du soir.
Les Parthes, avertis du départ des Romains, se mirent en marclie à leur tour, continuant de les poursuivre et de les harceler. Si bien, qu'au moment où le jour partit, l'arrière-garde des Romains était jointe parl'avaul-garde des Parthes.
On avait fait plus de douze lieues pendant la nuit.
Aussi la vue do l'ennemi jeta-t-elle cette fois les Romain* dans le découragement.
L'eau était bue, — on avait soif, — et la nécessité où l'on était de combattre à chaque pas, augmentait encore cette soif.
Sur ces entrefaites; l avant-garde romaine arriva au bord d'une rivière, — mais, entre elle et l'eau, elle trouva Antoine et le Manie qui, les bras étendus, suppliaient les soldats de ne pas boire de cette eau. — Par son guide . Antoine savait que cette eau était malfaisante.
Mais quoique tous deux pussent dire aux soldais, ils ue voulurent rien entendre, et, enrages do soif, se précipitèrent vers la rivière.
L'effet ne Tut pas long à se produire. — Tous ceux qui avaient bu de cote eau salée, saumatre, affreuse au goût.
toi
LE MONTfc-CRISTU.
furent pria de vives douleurs. Par bonheur, elles n'étaient point mortelles; Antoine passa de rang en rang, encourageant ses hommei, les invitant à l'écouter comme un père chaque fois qu'il donnerait un avis, — les suppliant de souffrir encore avec courage pendant quelques heures, et leur annonçait, pour leur rendre l'espoir, qu'à une demi-journée de l'endroit où ils étaient arrivés, ils trouveraient une eau aussi saine et aussi bonne à boire que celle qu'ils venaient de rencontrer était fatale et impure ; puis qu'au-delà de ce cours d'eau, ils entreraient dans un pays aux chemins escarpés et impraticables à la avalerie.
On touchait donc au salut — on n'avait plus qu'à étendre la main. —11 était là — encore un jour de patience et de courage, c'était tout ce que demandait Antoine.
Et Antoine fit sonner là retraite et ordonna de dresser les tentes pour que les soldats pussent trouver un peu d'ombre et respirer un peu de fraîcheur.
A peine les teules étaient-elles dressées et les Parthes hors de vue,- car, chose étrange, de même que les modernes Bédouins, ils uo combattaient point la nuit,— Mithridates,ce même Parthe, qui était déjà venu, revint de nouveau.
Il demauda Alexandre
Alexandre accourut.
Le Parthe revenait pour exhorter Antoine à ne prendre et à ne donner aux soldats qu'uno heure de repos, — mais a gagner en toute diligence la rivière, distante seulement de dix ou douze lieues. Il savait, disait il, que la poursuite de l'ennemi s'arrêterait au bord de cette rivière.
Alexandre alla porter en toute hâte cette bonne nouvelle à Antoine.
Antoine prit alors tout ce qu'il put trouver à portée de sa main de coupes d'or et de flacons d'or, lui disant de les porter à Mitliridate en récompense de son avis.
Mi thridale en prit tout ce qu'il pouvait cacher sous sa robe, et se retira en chargeant Alexandre de porter de son cùté ses remerciments à Antoine.
Antoine ne perdit point une minute: quoiqu'il fit pour encore, il ordonna de lever lever le camp et de se mettre en marche. Manœuvre qui s'exécuta sans que les Parthes s'y opposassent le moins du monde. Mais à défaut de l'ennemi, les Romains se donnèrent à eux la nuit la plus fâcheuse qu'ils eussent encore éprouvée.
Ijes soldats, quelques-uns du moins, se mirent à égorger ceux qui portaient l'or et l'argent, et à piller le trésor de l'armée transporté sur des bêtes de somme.
D'autres, voyanteela, se jetèrent sur les équipages mêmes de leur gen èral, pillant sa vaisselle d'or et d'argent qui était magnifique.
Le désordre qui se mit à l'arrière- garde et qu'occasionna cette action, fit croire à une attaque nocturne; le trouble et l'effroi gaguérenl toute l'année.
Antoino en voyant cette panique gagner de proche on proche, crut que" tout était perdu, il appela Illiainsus, qui était son affranchi, et lui lit jurer que dès qu'il le lui ordonnerait, il Ini passerait sou épèe au travers du corps et lni couperait la tête, afin que comm^ celle de Crassua elle ne tombai pas aux mains des ennemis.
Rhamsus le lui promiit.
Tout auto m- d'Antoue ses amis fondaient en larmes.
Seul le Marde restait calme, il essayait de rassurer tout le monde, il disait que la rivière était proche et qu'il ne pouvait en être autrement; la brise nocturne lui apportant la fraîcheur et la saveur de l'eau.
11 répondait qu'au point du jour on se trouverait sur ses rives.
En ce moment, pour achever d'apporter le calme dans les esprits, on vint apprendre à Antoine que le tumulte n'avait point été causé par mie attaque des Parthes, roar oar l'indiscipline de ses propres soldats.
Antoine, quelque désir qu'il eût d'arriver au bord de la rivière, donna aussitôt l'ordre de camper.
Il pensa que si le jour venait avant que l'ordre fut parfaitement rétabli parmi ses hommes, les Parthes auraient trop bon marche d'eux.
L'armée campa, et l'ordre se rétablit.
Au point du jour, les Parthes attaquèrent l'arriére ader
Antoine aussitôt donna aux troupes légères le signal du combat. Les légionnaires, employant la manœuvre déjà adoptée, se couvrirent de leurs boucliers, et soutinrent ainsi sans danger l'attaque de l'ennemi.
. Pendant un temps, ceux qui formaient l'arriére-garde annoncèrent avec de grands cris qu'il voyaient la rivière, ce qui donna une recrudescence de courage à toute l'armée, puisqu'au dire du Marde, toute l'armée savait qu'au delà de celle rivière le danger était passé.
Antoine accourut au galop sur le bord, disposa sa cavalerie légère de manière à être prête à charger, et fit d'abord passer les malades.
Mais les Parthes n'eurent pas plutôt aperçu eux mêmes la rivière, que donnant raison au Marde, ils débandèrent leurs arcs et crièrent aux Iloaiains que non-seulement ils pouvaient boire tout à leur aise, mais encore passer tranquillement la rivière.
Les Romains doutaient d'abord de cette bonne volonté entremêlée de ces éloges perfides dont ils avaient» déjà été à même d'apprécier la lof auté.
Mais pour cette fois, les Paithes ne mentaient point, et toute l'armée passa sans qu'il lui fût fait le moindre obstacle.
Arrivés de l'autre cùté sans avoir été ni suivis ni inquiétés, les Romains reprirent haleine, et après une lialte de deux heures continuèrent leur marche, mais tout en se gardant avec le plus grand soin.
Cette précaution était inutile ; les Parthes ne reparurent plus.
Le sixième jour, l'armée arriva aux bords de l'Araxe, fleuve qui séparait la Médie de l'Arménie.
Là, les craintes revinrent. D'abord, le fleuve était profond et rapide, et par conséquent le passage en était difficile.
Puis, un bruit courait dans l'armée ; c'est que l'ennemi était embusqué aux environs, pour charger lorsque l'armée serait engagée dans le fleuve.
L'ordre fut néanmoins donné de traverser l'Araxe. Aucun Parthe ne parut ; les Romains n'éprouvèrent donc d'autres difficultés que celle que leur opposa le fleuve luimême.
Une fois en Arménie, on était non-seuleincnt en pays riche cl fertile, mais encore en pays allié.
Là Antoine passa la revue de son armée, et recensement fait, il se trouva qu'il avait perdu 20,000 fantassins et 1,000 cavaliers, dont moitié avaient été tués par les Parthes, moitié étaient motts de maladie.
On avait mis vingt-sept jours pour venir de Phraata a l'Araxe, et pendant ces \ingt-sept jours, on avait battu dix-huit fois les Parthes.
Seulement ces victoires avaient été sans résultat, par l'impossibilité où l'on s'était trouvée de poursuivre l'ennemi.
Albx. De mas.
{ta suite au prochain numéro.)