D LE MORATORIUM DES DÉPÔTS EN BANQUE
ses autres que les banquiers sont supérieures à celles qu’y consacrent moyennement les sociétés de crédit et banquiers. Ces différences de situation rendaient évidemment plus difficile chez nous l'intervention de l'Etat, à cause de la dispersion des intérêts entre un nombre infini de mains.
D'un autre côté, dans ses effets sur le marché monétaire anglais, la guerre européenne produisit, dès le début, des résultats totalement différents des notions préconçues généralement en faveur auprès de beaucoup d’économistes financiers accrédités. Il n’y eut pas de raïd sur les réserves d’or; loin de là, celles-ci atteignirent un chiffre sans précédent. L'argent ne fut pas cher, mais exceptionnellement bon marché, résultat obtenu certainement par des causes artificielles, et le « Bank Act » (loi sur la Banque d’Angleterre) ne fut pas suspendu. Du reste, nous avons résumé dans le tableau suivant les changements qui se sont produits dans le taux de la Banque et le taux moyen de l’argent pendant les trois dernières années (1):
Changements dans le taux de la Banque
8 février 3 1, 0/, 17 avril 4 1,3 00 8 janvier 41, 0,
(venant de 4 */2) 2 octobre 5 (|, 28 » 4 0/0
9 mai 3 0, 29 » 30]
2OPAOU TS LENOTE 30 juin 4 Jo
17 octobre 5 °}, 1: août 10 ef,
(1) L'Information, du 10 janvier 1915.
Moyennes semestrielles
1 SEMESTRE | °° SEMESTRE [2° SEM:STRE|2%° SEMESTRE 1913 . 1914 1913 1914 070 0/6 0/5 %/ LES à Pr B5 0) CO NT ON NN a Taux de la Ban s ?
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On remarquera qu’au commencement d’août le taux de la Banque s’éleva à 10 0/0. C'était un niveau de panique et, pendant quelques jours, il y eut de sérieuses raisons de craindre un bouleversement par suite du développement soudain de la cerise et de l’absence de cohésion entre les grandes banques, dont quelques-unes firent rentrer en bloc les prêts engagés sur le marché de l’escompte. Le danger disparut rapidement grâce à la promptitude avec laquelle les personnalités les plus éminentes du monde financier et les représentants du Trésor firent face à la situation.
Le lundi 3 août, les banques furent closes pour le congé habituel (Bank Holiday) et elles restèrent fermées par ordre du Parlement jusqu’au vendredi suivant. Au cours du délai accordé par ce congé officiel, le Gouvernement, en
JE
coopération avec la Banque d’Angleterre, les grands hom-
mes d’affaires du pays et les joint-stocks banks, déploya toute son activité à la recherche des remèdes efficaces à appliquer à la situation et, comme premier expédient, la déclaration d’un moratorium partiel fut adoptée en conseil privé du roi pour prendre date à partir du 4 août; d’une durée normale d’un mois, il sBtendait éventuellement au
18 octobre pour les traites et au 4 novembre pour les au-
tres obligations.
Derrière les portes closes des banques, on faisait, dans l’intervalle de la suspension des affaires, des choses merveilleuses: on ramassait, comptait, empaquetait toutes les pièces d’or et d’argent disponibles pour les expédier aux 6.000 succursales des joint-stocks banks pour répondre aux nécessités pressantes et bien connues d’espèces de la province, car l’imprimerie gouvernementale n’avait pas pu exécuter aussi vite qu’on l’aurait désiré l’impression des billets de 1 liv. st. et de 10 sh. du Trésor, et il fallait préparer le public à leur lancement dans la circulation qui eut heu quelques jours plus tard pour un montant total approchant de 33.000.000 de livres sterling. Bien que, pendant {oute la semaine, ces 6.000 succursales n’aient reçu aucune monnaie du publie, la Banque d'Angleterre et les jointstocks banks trouvèrent l’argent-espèces nécessaire pour la mobilisation de l’armée et de la marine.
D'autre part, le Gouvernement avait consenti à avancer aux banques, en cas de nécessité, au taux officiel actuel de Ja Banque d'Angleterre 200 millions de livres sterling. Non seulement, les joint-stocks banks d'Angleterre n’ont pas fait usage de ce privilège, mais toutes les « notes » du Trésor de 1 Z. et de 10 shilling qu’elles ont reçues ont été bel et bien payées par elles.
Le Gouvernement, ayant ainsi par son intervention empêché une panique parmi le publie et aidé les banques en créant un approvisionnement pour ainsi dire illimité de circulation (numéraire et papier), à la réouverture des ban-
ques le 7 août, on ne constata aucune inquiétude dans le publie, auquel l’intervention rapide et décisive du Trésor avait à juste titre redonné confiance, ainsi que le prouva l’abaissement du taux minimum officiel de l’escompte à 5 0/0 dès le 8 août. Pour remettre en marche les rouages du marché de l’estompte, le Gouvernement fit un arrangement par lequel la Banque d’Angleterre consentit à escompter toutes les lettres de change acceptées, sans recours contre les endosseurs ou porteurs, et à fournir à certaines conditions aux accepteurs les fonds nécessaires pour faire honneur aux traites arrivant à échéance, les avances ainsi faites ne devant être exigibles qu’un an après la guerre. On ne pourra se rendre compte que d’ici longtemps encore, certes, de la perte définitive qui résultera de l’adoption de cette mesure et de l’assistance également accordée par le Gouvernement britannique aux éommerçants; mais, que cette perte soit grande ou petite, l’histoire ne pourra qu’enregistrer avec éloge l’acte hardi du Gouvernement et de ses conseillers, car c’est grâce à la promptitude avec laquelle il fut accompli que le crédit de l’Angleterre fut sauvé d’un désastre et qu’une reprise rapide des opérations d’escompte put avoir lieu.
Quand se produisit l’arrêt des affaires financières à Londres, cela ne prouvait pas que les cercles financiers de la City fussent dans un état précaire. La grande difficulté venait de ce que la dislocation financière qui régnait alors et avait été causée par la guerre avait paralysé les changes étrangers, de telle sorte que les maisons d’acceptation en Angleterre se trouvaient dans l’impossibilité de faire rentrer les sommes dues par des maisons à l’étranger et, en ce qui concerne l'Allemagne et l'Autriche, que l’encaissement des sommes très importantes dues à Londres devait être remis jusqu’à ce que la guerre fût terminée. À une pareille situation, on ne pouvait fsire face avec succès que par une action nationale d’une hazAiesse indiscutable, et il faut reconnaître, à l’éloge des autorités responsables à cette date,
‘que l’action nécessaire eut lieu comme il fallait. Pour bien s’en rendre compte, il suffit de savoir qu’au 10 février 1915, d’après un rapport du président de la Commission commerciale de la Chambre des Communes, le montant total des avances demandées par les négociants sur leurs créances commerciales non réalisables dans les pays belligérants s'élevait à 892.447 livres sterling. La modicité de ce chiffre est bien faite pour nous étonner, comme elle a causé, d’ailleurs, l’étonnement de la Commission elle-même dont un des membres, qui est un des premiers banquiers de l'Angleterre, estimait à au moins 100 millions de livres sterling les avances qui seraient demandées.
Une fois de plus, on a donc constaté, comme le dit M. Raphaël-Georges Lévy, qu’à elle seule l’annonce des mesures prises avait un effet salutaire et que les secours promis fonctionnaient dans une proportion bien moindre et pour des sommes bien plus faibles que celles auxquelles on aurait pu s’attendre. ( Sait-on à combien aujourd’hui, après six mois de guerre, s'élève l’émission des billets d'Etat, dit M. R.-G. Lévy? (1) Elle n’atteint pas 900 millions de franes, c’est-à-dire une somme qui, en comparaison des milliards avec lesquels nous jonglons, est véritablement insignifiante. Ne croyez pas d’ailleurs que ces 900 millions soient du papier sans garantie. À peine avait-il commencé à émettre les billets que le Gouvernement songeait à constituer un dépôt d’or devant répondre du remboursement. Alors qu’il a’y en à que 900 millions, 700 millions d’or reposent déjà dans les caves de la Banque:d’Angleterre pour le compte du Gouvernement, qui garantissent done à raison de 77 0/0 l'émission qui à été faite. Chose plus remarquable encore, ajoute M. R.-G. Lévy, en même temps que le papier du Gouvernement était mis en circulation, la Banque d'Angleterre recevait des quantités d’or plus fortes qu’elle n’en avait
(4) L'Information. du 16 avril 1913 (série d'articles de M. R.-G. Lévy, sur « La reprise des affaires financières ».
jamais recues jusqu’à ce Jour. En pleine guerre, son encaisse métallique est le double de ce qu’elle était au début des hostilités. Tout l’or produit dans l’Afrique du Sud lui arrive et comme la réexportation, qui, en temps ordinaire, distribue normalement le métal jaune entre tous les pays qui en ont besoin, n’a pas lieu, les lingots restent à Londres où ils contribuent à la pléthore de capitaux qui s’y manifeste en ce moment et qui constitue un phénomène tout à fait extraordinaire. »
Cette confiance qui justifie la bonne tenue du marché monétaire anglais s’explique par les mesures prises par le Gouvernement britannique dès le début même des hostilités, et il faut dire que le Gouvernement de Londres s’est montré à ce point de vue beaucoup plus énergique que celui de Paris.
On a assisté à Londres à un phénomène très curieux. Dans ce pays, que nous avions été habitués à considérer comme un de ceux où le Gouvernement intervenait le moins dans les affaires, le Chancelier de l’Echiquier, M. Lloyd George, malgré ses idées radicales, que l’on pourrait supposer ne pas toujours être favorables aux intérêts financlers, a fait preuve, avec le concours et les avis d’un certain nombre de ses collègues, dont quelques-uns sont des spéaalistes en la matière, d’une grande connaissance des affaires et d’une vigueur extrême dans le choix des moyens propres à les relever. Il a prononcé vers la fin de mars 1915 un discours qui mérite de rester célèbre dans les annales financières; il a affirmé de la facon la plus nette les nécessités du crédit; il a déclaré qu’une acceptation de banque anglaise ne devait pas être mise en suspicion un seul instant et que la signature apposée par une maison de la Cité sur une traite devait être considérée comme un engagement sacré, comme équivalant à l’or dans toutes les parties du monde.
La question des acceptations de banques avait une particulière importance pour l’Angleterre. Une grande partie
des transactions commerciales et même financières du monde, en effet, s’effectuent à crédit par l’intermédiaire de maisons qui, moyennant une commission, acceptent des effets tirés de l'étranger par des vendeurs de marchandises ou autres valeurs. Ces maisons ont parfois des chiffres énormes d’acceptations en cours (1). Elles garantissent qu’à l’échéance l’effet tiré sur elles sera dûment acquitté, comyrtant que leur client leur fera parvenir à temps la provision nécessaire. Par suite de la division du travail qui s’est établie dans le commerce des capitaux, comme dans les autres domaines, ce sont d’autres maisons qui font l’avance du capital aux porteurs des effets acceptés, c’est-à-dire les banquiers proprement dits et les escompteurs de profession. Les uns et les autres opèrent avec l’argent qu’ils ont recu en dépôt ou qui leur a été avancé à très court préavis. Contrairement à l’opinion généralement admise, entachée de trop d’optimisme, les débiteurs étrangers, les clients pour lesquels les traites avaient été acceptées n’ont pas fait les remises convenues. Il y a eu de leur part une défaillance quasi-universelle ; le contre-coup a atteint les maisons d’acceptation, qui n’ont pu payer, faute de remises, les maisons d’escompte qui avaient acheté les effets, les banques qui avaient fait des avances, et le publie qui avait donné de l’argent en dépôt. D’après M. Keynes, le montant des acceptations sur Londres seulement pouvait être évaiué, en effet, à 9 milliards de francs, et les sommes venant chaque jour à échéance à quelques dizaines de millions ou davantage. En comparaison des montants acceptés, le capital propre des accepteurs, tout comme celui des maisons d’escompte, était évidemment presque négligeable (2).
(1) Lors du krach Baring, certaine maison avait en circulation pour 400 millions de francs d'acceptations pour la liquidation desquelles intervint un Syndicat à la tête duquel se plaça la Banque d'Angleterre.
(2) Trois sociétés par actions qui se spécialisent dans l'escompte ont un capital de 3.600.000 L. Au 30 juin, elles avaient escompté 58 millions L. d'effets, réescompté 14 millions L.
On sait qu’en temps ordinaire le débiteur étranger se libère en envoyant des marchandises, des effets sur Londres ou de l’or, en vendant des titres, en remettant de nouveaux effets à l’escompte. L'explosion de la guerre, par l'interruption brusque des communications, par la hausse démesurée des primes d’assurance, par l’impossibilité de se procurer de l’or à expédier à Londres, l’explosion de la guerre jeta la perturbation dans les méthodes habituelles du commerce. La fermeture du Stock-Exchange empêcha toute vente de titres. Les débiteurs les plus solvables ne purent fournir de ressources à leurs correspondants. Il faut y ajouter la défaillance d'Etats étrangers, défaillance temporaire pour quelques-uns. Les pays neutres, à change artificiellement soutenu, fermèrent les guichets de leurs caisses de conversion.
La situation des maisons d’acceptation parut si précaire dans ces conditions, dès le début, que le Gouvernement se hâta d’intervenir: l’intervention prit la forme d’un pre-
mier moratorium (lundi 3 août) relatif seulement aux effets de commerce, permettant aux maïsons d’acceptation d’ajourner d’un mois le paiement des effets acceptés avant le 3 août, à condition de bonifier 6 0/0 d'intérêt. Cette mesure immobilisait, d’autre part, les capitaux sur lesquels les banques et les escompteurs comptaient à leur tour. Antérieurement à la guerre, l’effet de commerce portant sionatures de gens solvables était considéré comme devant se transmettre automatiquement en capital liquide. Maïs il en devint autrement après l’ouverture des hostilités. L’actif des maisons d’escompte consiste principalement en effets de commerce; elles empruntent de grosses sommes au jour le jour ou à très bref préavis. Elles se trouvèrent à leur tour exposées aux demandes de remboursement de la part de leurs prêteurs, tout comme les banques qui con- . tribuent à les alimenter en capitaux allaient avoir à faire face à leurs propres déposants. Banques et maisons d’escompte furent sauvées de l’obligation de rembourser leurs
créanciers, au moment où leur actif était immobilisé, par le second moratorium du 7 août, qui étendit sa protection sur l’ensemble des débiteurs, et cela pour un mois.
Pour assurer, d’autre part, la reprise du fonctionnement des acceptations et des escomptes, et par là même la reprise réelle des affaires, il fallait rendre au marché de l’escompte sa vitalité. Le plan adopté par le Gouvernement britannique consista à autoriser la Banque d'Angleterre à réescompter au taux de 5 0/0 les effets de commerce antérieurs au moratorium du 3 août qui pouvaient se trouver dans les portefeuilles des banques et des escompteurs de profession, y compris les effets acceptés par les succursales des banques: étrangères, mais à titre tout à fait exceptionnel. Les accepteurs furent autorisés à réaccepter l’effet, s’ils ne pouvaient l’acquitter à l’échéance. Ultérieurement, ils reçurent à titre d’avance le montant de l’effet accepté, qu’ils ne pouvaient payer; cette nouvelle mesure eut pour conséquence de dégager les tireurs et les endosseurs. Toutefois, par une sage disposition pénale, les acceptants durent payer 2 0/0 d'intérêt de plus que le taux officiel de la Banque d'Angleterre. Le Gouvernement accorda son aval à celle-ci pour la bonne fin de ces opérations extraordinaires, et la garantit contre toute perte éventuelle pouvant en résulter jusqu’au commencement de septembre. Il fut apporté à la Banque pour un total de 2:milliards et demi de francs d’effets.
Le Gouvernement anglais fit acte de décision énergique en engageant ainsi la responsabilité du Trésor et du contribuable. Les banques profitèrent largement de la mesure prise en leur faveur pour se faire des disponibilités, mais elles n’employèrent qu’une portion de ces ressources à des opérations d’escompte, et cela parce qu’elles se montrèrent très difficiles dans le choix du papier, d’ailleurs peu abondant. Et M. Keynes parle à ce propos avec amertume des Joint-Stock Banks, ce qui prouve qu’en Angleterre, comme en France, la politique des sociétés de crédit par
actions ainsi que les mesures gouvernementales prises en leur faveur n’ont pas trouvé une approbation unanime. « Sauf quelques exceptions, en effet, dit M. Keynes, il ne semble pas que les banques anglaises par actions aient été à la hauteur de leur tâche; elles ont mis au premier plan . le souci de leur propre sécurité et aussi de leurs bénéfices. Leur attitude contraste avec celle de la Banque d’Angleterre. Elles ont peut-être manqué de perspicacité. Elles auraient pu traiter leur: déposants et leurs clients avec libéralité, tout en faisant rentrer de l’argent de la Bourse et du marché monétaire; elles auraient pu venir en aide au monde des affaires. Quelques-unes l’ont fait, mais la plupart ont thésaurisé. »
Pendant la première quinzaine d’août, d'importantes quantités de chèques et de traites endossés au profit de banquiers de Londres par des banques de Scandinavie, Hollande et autres pays furent expédiées à Londres pour y être escomptés ou encaissés, mais on remarqua que ces chèques et traites avaient été endossés au nom desdites banques par des banquiers et institutions de crédit d’Allemagne, et comme cela indiquait qu'il était plus que probable que l’Allemagne obtenait des produits alimentaires et autres approvisionnements de la Hollande et de la Seandinavie en paiement desquels elle donnait des chèques renfermés dans son portefeuille et qu’elle ne pouvait encaisser différemment, il fut décidé par les banques de Londres de retourner ces chèques à leurs correspondants expéditeurs en les avisant d’en refuser le paiement, l’escompte ou l’encaissement avec réponse: « L'état de guerre nous interdit de payer au profit d’une institution allemande. » Toutes les banques de la Grande-Bretagne décidèrent, en outre, de garder par devers elles leur portefeuille allemand et s’engagèrent d'honneur à ne pas essayer de l’encaisser par des voies indirectes.
Les banques qui gèrent actuellement les finances nationales, l’épargne du Royaume-Uni, à une seule petite excep-
pa
tion près, existent depuis plus de quarante années et la.
majorité depuis environ soixante-quinze ans. C’est ce fait qui a encouragé la politique extra-clairvoyante et très hardie du Gouvernement, et c’est l’expérience professionnelle accumulée pendant quatre-vingts ans par les J oint-stock banks qui leur a permis d’obtenir l’aide spontanée de la Banque d'Angleterre; et c’est aussi ce qui a justifié la confiance magnifique du publie dans les banques pendant la terrible première semaine de ce mois d’août 1914.
A partir du moment où furent prises les mesures de circonstance que nous avons indiquées jusqu’au jour où nous sommes, le marché monétaire anglais a été tout particulièrement à l’aise, La guerre a fait ressortir d’une facon sensible la situation de la Grande-Bretagne comme nation créditrice. Du 5 août (jour de la déclaration de guerre de l’Angleterre) jusqu’au 23 décèmbre inclus, la Banque d’Angleterre, sans recourir à des méthodes artificielles pour attirer l’or, a reçu ou a vu porter à son crédit dans les banques des colonies un total de 63.114.000 Z., représentant un mouvement d’affaires inconnu jusqu'alors. Nous faisons ressortir, dans le tableau ci-dessous, les totaux actuels de quelaues-uns des principaux articles du bilan de la Banque du 23 décembre dernier, comparés aux chiffres correspondants de 1913 et à ceux du début de la guerre (1):
94 déc 1913 | 5 aont 1914 | 23 déc. 1914
(non compris 17.500.000 ZL au compte d'amortistdes billets du Trésor en cireu-
Espèces et Bullion
lation).
Réserve (billets et espèces). .| 22.187.000 9.960.000 Fr PROPORHON EME ASS 41,6 °}/, 34,4 0j, Autres valeurs." "1235 9801000 65.352.000 103 294.000 AUTRES ÉD OS NN NE 10 073 000 56 750.000 115.406.000
(1) Financial Times, 217 décembre 1914.
L'augmentation énorme des moyens de crédit représentés par les achats considérables d’or faits par la Banque et par ses grandes avances aux accepteurs de traites et aux négociants (qui sont reflétées par le grossissement des « autres valeurs ») a produit une surabondance d’argent dans Lombard Street pendant les cinq premiers mois de la guerre et a permis au Gouvernement de placer incidemment 90 millions de livres de Bons de guerre du Trésor à des conditions particulièrement avantageuses. Par la suite, le Gouvernement a placé avec succès un emprunt de guerre 3 1/2 0/0 de 350 millions de livres, soit plus de 8 milliards de francs, et, quoique cette émission soit sans précédent dans aucun pays au point de vue de son importance, le paiement des versements n’a pas produit le moindre trouble sur le marché monétaire, grâce à la fois à l'importance extraordinaire de ses crédits disponibles et au fait que les paiements du Gouvernement pour les fournitures militaires sont tels que les produits de l’emprunt sortent aussi vite qu'ils rentrent.
Néanmoins, le Trésor anglais a annoncé, le 18 janvier 1915,qu’à propos de la réouverture des Bourses de valeurs, il a eu à considérer dans quelles conditions pourraient être autorisées les nouvelles émissions pendant la durée de la guerre. Il a semblé au Trésor que, dans la cerise actuelle, toutes les considérations devaient être subordonnées à la nécessité essentielle de ménager les ressources financières du pays en vue de poursuivre la guerre. Aussi a-t-il décidé que toutes les nouvelles émissions de capital devaient être soumises à son autorisation, jusqu’à nouvel avis, avant d’être effectuées ; et l’approbation du Trésor est subordonnée aux conditions suivantes :
1° Toutes les émissions faites en faveur d'entreprises établies ou à établir dans le Royaume-Uni ne sont autorisées qu’à la condition qu’il soit démontré, à l’entière satisfaction du Trésor, qu’elles sont recommandables ;
2° Toutes les émissions ou participations aux émissions
faites en faveur d’entreprises établies ou à établir dans l’Empire britannique d’outre-mer ne sont autorisées qu’à la condition qu’il soit démontré, à l’entière satisfaction du Trésor, qu’elles présentent une nécessité urgente, ou sa nécessité par des circonstances spéciales ;
3° Toutes les émissions ou participations aux émissions faites en faveur d’entreprises établies ou à établir hors de l’Empire britannique ne seront pas autorisées ;
4° Toutefois, le Trésor ne s’opposera pas à ce que des émissions soient faites en vue de renouveler des Bons du Trésor ou d’autres titres à court terme détenus en Grande- Bretagne et arrivant à échéance, que ceux-ci émanent de Gouvernements étrangers ou coloniaux, de municipalités, de chemins de fer ou d’autres entreprises.
Donc, toute émission doit d’abord être approuvée par le Trésor, et, afin d’éviter qu’on ne tourne la loi, celle-ci interdit jusqu’à nouvel ordre toutes négociations portant sur des valeurs nouvelles dont l’émission n’aurait pas été préalablement autorisée par le Trésor. Ces mesures sont énergiques et elles reçoivent d’ailleurs, il faut le dire, de l’autre côté du détroit une application très sévère, que d’aucuns jugent même excessive. Le ministre des Finances français, M. Ribot, a fait allusion, dans son discours du 7 mai, à la fermeture du marché anglais aux emprunts étrangers à propos des difficultés que notre pays rencontre en ce moment à opérer le paiement de ses achats aux Etats-Unis. Le Gouvernement anglais a préféré mettre à la disposition du Gouvernement francais une somme de 1.500 millions de francs, destinée à acheter à Londres des traîtes sur New- York, plutôt que de l’autoriser à emprunter pareïlle somme en Angleterre par l’émission de Bons de la Défense nationale.
Telles sont les diverses mesures prises par le cabinet de Londres en matière de finances et de banques. Elles n’ont point manqué de hardiesse et surtout elles ont manifesté un esprit de décision et une profonde connaissance financière,
qui sont tout à l’honneur des hommes d'Etat qui les ont conçues. Il ne faut pas oublier néanmoins, quand on étudie les effets économiques de la déciaration de guerre en Angleterre,que ce pays offre des particularités militaires marquées qui expliquent beaucoup de choses: situation insulaire, pas de service militaire obligatoire pour tous; mobilisation tardive de l’armée de terre, ete... La France, par contre, fut envahie presque dès les premiers jours et tous ses services économiques furent désorganisés par suite de la mobilisation générale. Et, cependant, nous avons vu que, tout comme les sociétés françaises de crédit, les Joint-stock banks anglaises n’avaient point échappé à certaines critiques et à certains reproches!