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opérations, auxquelles on reproche à nos grandes sociétés de crédit de s’être livrées d’une façon trop inconsidérée, se place, au premier rang, le crédit par acceptation, au moyen duquel il est possible à une banque française, par exemple, de consentir à une banque étrangère une avance, presque toujours renouvelable. Des auteurs sont venus affirmer qu’à la veille de l’ouverture des hostilités, les crédits de cette nature ouverts par nos financiers au profit des grandes banques de Berlin se chiffraient par des sommes considérables et ils ont naturellement reproché, en conséquence, à nos sociétés parisiennes d’avoir commis une très grave négligence, sinon une trahison, en fournissant bien légèrement à nos ennemis, avant la guerre, une partie des ressources qu'ils devaient bientôt utiliser contre nous et
contre nos Alliés (1).
Un second reproche que l’on adresse.à nos grands éta-
(1) C'est ce qu'a écrit notamment à l’/Znformation un de ses lecteurs (n° du 18 octobre 1914). On relève le passage suivant :
« Il paraît nécessaire d’attirer l'attention sur une campagne menée depuis quelque temps par certains journaux et tendant à ce que la liquidation de fin juillet, déjà plusieurs fois prorogée, ” soit effectuée à bref délai. Cette même presse rejette sur la corporation des agents de change de Paris la responsabilité presque exclusive des embarras financiers et économiques actuels et Faccuse notamment d'être la cause première du moratorium du 1‘ août. Nous ne croyons pas pouvoir accepter cette manière de voir. |
» Il y a lieu, tout d'abord, de faire ressortir le «run» survenu pendant la première semaine de juillet et qui, dicté surtout, il faut le dire, par la peur, a fait sortir plusieurs centaines de millions des établissements de crédit ; ces espèces ont passé et se trouvent encore terrées dans les coffres-forts particuliers. Voilà une des causes primordiales du moratorium ; en voici une autre: Les établissements ont tous en portefeuille une quantité très considérable de traites sur l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie ; voilà donc des rentrées qui ne peuvent pas s'effectuer ; qu'y peut, nous le demandons à tout homme de bonne foi, la Compagnie des agents de change de Paris ? Puis échappent-elles à toutes critiques, ces banques, dont les emplois en reports, soit dit en passant, n’attei-
LES ATTAQUES CONTRE LES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT 83 blissements de dépôts, c’est de ne point conserver par devers eux une encaisse suffisante et de trop compter, même en temps ordinaire, sur l’aide de la Banque de France. Cette politique, ajoute-t-on, a le très gros inconvénient, dès que le moindre nuage apparaît, de faire affluer dans le portefeuille de l’institution centrale d’émission une énorme quantité de papier réescomptable, d’accroître par là sa circulation de billets et de diminuer, par conséquent, ses moyens d’action. À l’appui de cette thèse, on cite l’augmentation de près de 3 milliards de francs qui s’est produite dans le portefeuille de la Banque de France entre le 21 juillet et le 1” octobre 1914: il y a eu là, dit-on, une véritable saignée, qui risquait de paralyser l’activité de notre banque nationale et qui pouvait ne pas lui permettre d’accorder au Gouvernement tout le concours dont il avait besoin. En établissant, au contraire, une certaine proportion minima, assez élevée, entre l’encaisse des banques et le montant total des dépôts à vue et des comptes courants
gnent pas globalement la somme de soixante millions ? Ici, il nous faut remonter plus haut que l'époque actuelle.
» Personne n'ignore, en effet, que, depuis de nombreuses années, certaines de ces maisons, dontles noms sont sur toutes les lèvres, ont voulu allécher le public par l'introduction d'une énorme quantité d'obligations à gros intérêts : le moins qu'on puisse dire de ces émissions, c'est qu'eiles élaient singulièrement imprudentes. Malheureusement pour le public, elles ont en partie réussi ; mais.
malheureusement pour les banques #mellrices, la plus grande portion de ce déteslable papier n'a pr être placée, etil est facile de se rendre compte que la silualion des établi sem nt auxqu'is mess faisons allusion, déjà très compromise par Le poids mort proveuagl
de ce monceau de titres dépourvus de loute valeur sérieuse élait devenue, à la suite des événements politiques, tout à fait eritiqre et, s'ils sont encore debout à l'heure actuelle, cest uniquement grâceaux sacrifices consentis en leur faveur par leurs confrères qui, eux, n'avaient point participé à ces créalions coupables, mais qui, avec leur claire vision des intérêts du public, ont compris la nécessité d'éviter une catastrophe EL voilà encore une des plus importantes raisons du mora orium. »
créditeurs de leur clientèle, il semble que les crises seraient moins exclusivement supportées par la Banque de France “et que le poids en serait mieux réparti entre cet établissement et les autres organisations bancaires du pays, ce qui aurait l’avantage pour l'institut d’émission de conserver, à ces moments, une plus forte proportion des facultés qui résultent pour lui de l’élasticité de sa circulation.
Comme banques d’affaires, enfin, on fait aux établissements de crédit deux reproches: d’abord celui de diriger l’épargne française vers les placements à l’étranger; ensuite, celui de préférer les placements en fonds d’Etats aux placements industriels, cependant seuls véritablement productifs. Ces plaintes sont déjà anciennes, mais elles ont recu, durant ces dernières années, une recrudescence de vigueur du fait du chômage de la Bourse, de la baisse continue des cours provoquée par une hausse générale du taux de l'intérêt, enfin de l’abondance même des demandes d’argent, de la part des gouvernements comme du commerce et de l’industrie, qui empêche la plupart des candidats emprunteurs de recevoir satisfaction et. qui contribue à ren dre de moins en moins abordables pour eux les conditions des capitalistes.
On accuse done les sociétés de crédit de se livrer, au profit des pays étrangers, à un véritable commerce d’exportation de nos capitaux sans s’assurer auparavant si tous les besoins de l’industrie nationale et du commerce ont bien été largement satisfaits. On se plaint aussi du trop grand nombre d'émissions auxquelles elles se livrent et qui dépassent, dit-on, la puissance d'absorption de notre épargne en quête de placement; et l’on ajoute que, en conséquence, malgré toutes les facilités qu’elles accordent aux capitalistes pour leur soutirer des souseriptions (avances sur titres, service de renseignements, offres d’arbitrages avantageux, ete.), il arrive trop souvent aujourd’hui que bon nombre de titres restent flottants sur le marché, dépréciant les cours des autres valeurs, et ne tardent pas à
reprendre le chemin de la banque qui les a placés, ce qui a pour effet d’immobiliser une partie de ses capitaux et de porter atteinte à sa liquidité et à son crédit. Ce danger est d’autant plus grand, fait-on remarquer, que les banques ont parfois, très imprudemment, immobilisé ainsi une partie des fonds provenant des dépôts:et comptes courants. Si, à ce moment, par suite des circonstances, l’établissement vient à être assailli de demandes de retraits de la part de sa clientèle, comme les titres qu’il possède ne sont pas toujours des titres commodément mobilisables, il peut se trouver dans la siuation d’un commerçant qui ne peut payer, bien que son actif dépasse le passif ; et ce sera pour lui la liquidation, le krach.
On reproche enfin aux sociétés de crédit, considérées comme banques de placement de titres de Bourse, de ne pas toujours faire passer l’intérêt du pays avant leur intérêt propre et celui de leurs actionnaires. Et, en conséquence, on demande à l’Etat d'intervenir pour protéger l’épargne nationale contre les tentations et le danger des emprunts extérieurs, pour la réserver presque exclusivement aux besoins nationaux et empêcher qu’elle n’aille d’une manière inconsidérée féconder le territoire de peuples rivaux. C’est là ce que d’aucuns appellent le protectionnisme financier, que d’autres considèrent plutôt, et avec raison, comme un protectionnisme « outrancier ».
D'ailleurs, ce n’est pas seulement dans le domaine de l’activité bancaire que l’on réclame l’intervention gouvernementale : c’est aussi dans celui des affaires de Bourse. Le Syndicat des agents de change de Paris, en effet, s’est trouvé, en même temps que les sociétés de crédit, en butte à une vive campagne de presse et d’opinion, qui a pris sa source dans l’ajournement à une date indéterminée de la liquidation du 31 juillet 1914. « Comment! s ’écrie-t-on, voici une corporation, celle des agents de change, qui, de même que les grands établissements de crédit, et concurremment avec eux, a constitué en France une sorte d'Etat
dans l’Etat avec un pouvoir formidable ; qui a gagné, grâce aux précautions qu’on a prises pour éloigner d’elle toute concurrence, des sommes considérables ; qui s’est constitué des fonds de réserve énormes; et le jour où une difficulté surgit, cette corporation se dérobe à son devoir envers ses clients, à ses engagements essentiels! » (1)
Nous allons voir ce qu’il faut penser de toutes ces allégations; mais avant d’aborder le chapitre qui fera l’objet de cette étude, nous pensons devoir réproduire l’opinion émise à ce sujet par M. Neymarck à la séance du 5 décembre 1914 de la Société d'économie politique; la question étudiée était celle des affaires commerciales et financières dans l’avenir :: « Comment sera-t-:1l possible, après la guerre, demandait M. Neymarck, de rétablir ce double mouvement commercial et financier interrompu, atténuer et réparer les ruines causées et, si possible, reprendre la marche en avant? Il faudra, en ces matières, comme en bien d’autres, faire table rase de nombreuses idées préconçues et se guider à l’avenir d’après l’expérience des faits. Le commerce français se développera à nouveau, comme celui des puissances amies et alliées, par leur union économique et commerciale: la confraternité d’armes aura fait naître la confraternité commerciale et industrielle.
» Il en sera de même au point de vue des capitaux. De l’union financière, de l’union des capitaux et du crédit naîtront des initiatives heureuses et fécondes. On s’apercoit aujourd’hui qu’au point de vue commercial bien des réformes pourront être faites et qu’au point de vue de la finance et du crédit, les systèmes en usage sont surannés et ne répondent plus aux besoins, ni surtout aux besoins futurs. C’est un point sur lequel, particulièrement chez nous, les événements auxquels nous assistons donnent encore une grande leçon. Si notre mobilisation militaire s’est faite
(1) L'Znformation, du 27 mars 1915.
avec ordre, tranquillité, sans à-coups; si la mobilisation de nos voies ferrées s’est accomplie avec une promptitude et une régularité admirables, notre mobilisation financière était nulle; tout était à faire. La Banque de France, seule, était prête comme si elle avait eu la prescience des événements ; le Trésor a pu faire face aux premiers besoins de la guerre grâce à des ressources et à des crédits disponibles et aussi à la création des Bons de la Défense nationale. Des établissements de crédit qui, depuis longtemps, étaient en quelque sorte sabotés par les Allemands, ont dû supporter de grosses demandes de capitaux pendant qu’au même moment une loi intervenait pour proroger le paiement des effets de commerce. Banques et sociétés de crédit ne pouvaient exiger le paiement de ce qui leur était dû alors qu’elles devaient rembourser ce qu’elles devaient. De là, le moratorium et toutes les lois subséquentes. |
» Ces faits, et d’autres encore, ont démontré clair comme le jour que notre système commercial, financier, bancaire, budgétaire, fiscal, appelle de grosses modifications. Il faudra s’en occuper, préparer les réformes et améliorations nécessaires avec ordre et prudence... » |
Avec M. Neymarck, nous croyons que des améliorations, que certaines modifications devront nécessairement être apportées, après la guerre, à notre organisation financière, ‘ qui, après s'être merveilleusement et très rapidement développée, se trouve aujourd’hui, et depuis quelques années, dans une période destagnation et de recueillement ; il faudra l’adapter aux nouveaux besoins et lui permettre de reprendre son essor dans la voie du progrès. Mais nous pensons, à la différence de ceux à qui il plaît de crier haro sur les sociétés de crédit, que la crise à laquelle nous venons et nous continuons d'assister, est une simple crise de croissance, beaucoup moins due, à la vérité, à un vice organique de notre système baneaire ou boursier qu’à un manque de confiance général, que nos succès et ceux de nos alliés tendent d’ailleurs chaque jour à dissiper de plus en plus.