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Frais généraux :
Encaisse. — On reproche aux sociétés de crédit, surtout depuis la guerre, de ne pas conserver par devers elles une encaisse suffisante; on voudrait les voir suivre à ce point de vue la politique de la Banque de France, qui conserve toujours une proportion minima entre son encaisse et ses exigibilités : l’encaisse des banques, dit-on, est trop réduite relativement au chiffre d’affaires qui s’y traitent. Voyons quelle est cette encaisse. Pour les quatre grands établissements que nous avons considérés, elle s’élève à 506 millions de francs, c’est-à-dire presque à la moitié de la somme globale du capital et des réserves (1.095 millions). C’est là cependant un fonds de caisse considérable, comparé à ceux de la plupart des grandes maisons de commerce. Dans quelle autre branche d’activité pourrait-on laisser ainsi inemployée la moitié du capital social et des réserves accumulées !
À vrai dire, certains ont voulu voir dans l’encaisse des banques de dépôts, non seulement un fonds destiné à opérer ou à recevoir les paiements, comme il s’en trouve dans toutes les grandes maisons ayant journellement de grosses sommes à encaisser ou à débourser, mais aussi une sorte de garantie pour le remboursement des dépôts et l’acquittement des exigibilités immédiates en temps de crise. Dans cette conception, les fonds en caisse ou en banque des bilans des sociétés de crédit joueraïent un rôle identique à l’égard de leur clientèle à celui de l’eneaisse de la Banque de France à l’égard du publie possesseur de billets de banque. Maïs c’est là une conception que nous repoussons énergiquement: ce n’est pas la vérité, et il ne faut pas qu’elle le devienne. Si, pratiquement, en effet, la banque puise dans son encaisse pour opérer les premiers remboursements en cas d’alerte, elle a, par contre, à la différence des autres maisons commeñciales et de la Banque de France ellemême, un moyen de l’alimenter quand il en est besoin: ce moyen, c’est le réescompte de son portefeuille commercial, ou du moins du papier bancable qu’il contient; c’est aussi
parfois la faculté de se faire consentir par l’établissement central certaines avances sur des titres qui lui ont été remis en garantie par ses clients. Et, en ce sens, la Banque de France est bien la « banque des banquiers ».
Il faut bien saisir, en effet, la différence d’activité et de jeu qui sépare l’institut central d'émission de nos grandes sociétés de crédit. Le premier se livre principalement à des opérations d’escompte et d’avances sur garantie, et trouve ainsi l’occasion d'émettre ses billets: son bénéfice vient de ce qu'il fait payer un intérêt pour des prêts en une monnaie qui ne lui coûte pour ainsi dire rien, du moins pour toute la partie de la circulation qui a été émise à découvert; mais il a le devoir de veiller à conserver intacte son encaisse, à l’accroître même s’il le peut, car il est normalement responsable du remboursement à vue de ses billets et aucun organisme financier ne se trouve au-dessus de lui pour lui apporter son concours: l’Etat, seul, comme il l’a fait parfois à diverses époques et en divers pays, peut lui venir en aide et éviter la déconfiture totale en lui communiquant passagèrement son crédit,
Les banques de dépôts, au contraire, font les mêmes opé-
rations que la Banque de France, et d’autres encore, mais avec des espèces (numéraire ou billets) qui leur ont été prêtées: leur bénéfice vient done d’une simple différence du taux d’intérêt d'emprunt et de prêt de ces capitaux. Ce bénéfice doit done tendre à se réduire, surtout sous l’influence de la concurrence; car, à conditions égales de taux d'intérêt, pour augmenter le profit final, il faut accroître le chiffre d’affaires, c’est-à-dire la somme globale des capitaux prêtés ; mais pour cela, il faut accroître aussi la masse des capitaux dont on peut disposer, c’est-à-dire se mettre à la recherche des gens qui voudront bien en confier et, pour les attirer, leur offrir plus d'avantages, un taux d’inférêt plus élevé. On voit done l’importance que présente pour ces banques la question de leur encaisse: il faut qu’elles fassent travailler la plus grande somme de capitaux ;
c’est leur intérêt propre et c’est aussi celui de leur elientèle. Quelques centaines de millions de francs de plus conservés sans emploi dans leurs coffres, sans être une garantie sérieuse en face des milliards que ces établissements pourraient être appelés à rembourser du jour au lendemain, ne leur permettraient plus, en effet, de fournir qu’un intérêt dérisoire aux capitaux qui leur seraient prêtés, peut-être même pas d'intérêt, car il ne faut pas oublier les dépenses coûteuses et les risques nombreux qui viennent absorber une grosse part des bénéfices de cette branche d’activité. À raison des conditions dans lesquelles s’exerce leur activité, les banques de dépôts ne doivent donc pas attacher une importance excessive à leur encaisse; il faut simplement qu’elles s’efforcent de la maintenir suffisante pour faire face aux besoins courants et de l’accroître dans la mesure où ceux-ci l’exigent ; maïs il est essentiellement de leur devoir, par contre, de veiller à la qualité du papier qu’elles escomptent, à la masse des avances sur titres qu’elles consentent et, d’une façon générale, à la nature des opérations auxquelles elles se livrent; car elles ont au-dessus d’elles la Banque de France, et leur obligation principale envers leur clientèle est de se ménager l’aide puissante de l’institut central, c’est-à-dire précisément de veiller à ce que soient remplies les conditions seulement dans lesquelles cet établissement peut leur servir d’appui (1).
(1) On ne peut que recommander aux banques de renforcer cependant leur encaisse quand elles prévoient que des retraits anormaux plus ou moins importants seront effectués par leur clientèle à bref délai, dès qu'elles aperçoivent, par exemple, des symptômes de crise. Elles doivent alors devenir plus prudentes, resserrer leur crédit, restreindre leurs opérations. Mais elles n’ont, à vrai dire, même à ce point de vue, qu'à suivre les inspirations de la Banque de France, qu'à se conformer à ses conseils de sagesse,
quand elle relève le taux de son escompte et les invite, par cela”
même, à surveiller leurs disponibilités et à se dégager des opérations qui pourraient immobiliser une certaine partie de leurs ressources. |
Et, nous le répétons encore une fois, il n’y a pas là une question de charité ou d’assistance financière de la part du commerçant riche envers le confrère pauvre ou gêné; c’est une simple conséquence du fonctionnement normal et logique d’un organisme qui a fait ses preuves; c’est une sorte de clef de voûte pour l’édifice bancaire qui a toujours fait, jusqu’à aujourd’hui, le prestige de notre pays et l’envie de nos adversaires. Ce recours à la Banque de France dans les temps de resserrement du crédit est une condition nécessaire de la vie régulière des banques de dépôts et fait, d’ailleurs, partie des fonctions pour lesquelles notre grand établissement national a été constitué. On ne peut donc reprocher à ces banques d’en user. Nous dirions presque que c’est même leur devoir, en ce sens qu’elles doivent à leur clientèle de se réserver cette aide puissante, en n’escomptant en majorité que des effets bancables, etc.
DéPôTs À VUE ET COMPTES COURANTS. — Mais, précisément, nos grands établissements de crédit ont-ils suivi à ce point de vue une politique prudente et conforme aux véritables intérêts de leur clientèle? Ont-ils évité le danger des immobilisations exagérées? Ont-ils toujours veillé à la bonne liquidité de leurs ressources, à la disponibilité rapide de leurs placements? C’est en général ce que l’on nie aujourd’hui, et la prononciation du moratorium des dépôts et comptes courants ne semble pas avoir été sans influence sur cette opinion. N'est-ce pas la meilleure preuve, en effet, dit-on, des opérations dangereuses et imprudentes auxquelles ils s’étaient livrés avant la guerre, car rien sans cela ne les eût empêchés de recourir plus largement à l’aide de la Banque de France et de recouvrer ainsi leur liberté de mouvement, si nécessaire au maintien du crédit, et par suite à la reprise des affaires après l’ouverture des hostilités!
Parmi les critiques que l’on adresse à ce sujet aux grandes banques françaises de dépôts, l’une concerne les avances
sur titres, une autre des opérations connues sous le nom de crédit par acceptation, une troisième enfin certaines opérations de Bourse en relation étroite avec leur qualité de banques d’affaires, opérations qui sont destinées à faciliter les émissions, à en préparer le terrain ou à les soutenir une fois faites. Nous abordons immédiatement la première critique, celle qui porte sur les prêts et avances sur garanties.
1° Avances sur garanties. — C’est l’un des chapitres des bilans des sociétés de crédit qui ont le plus augmenté, surtout durant les vingt dernières années. Le prêt sur titres est, en effet, un procédé commode de crédit, aussi bien pour le commerçant, l’industriel, que pour le capitaliste et le spéculateur. De nos jours où la propriété, d’immobilière, est devenue surtout mobilière, l’avance sur garanties remplace, et l’on peut dire avantageusement pour l’emprunteur comme pour le prêteur, l’ancienne hypothèque romaine sur les biens situés au soleil. C’est le moyen pour le particulier de mobiliser son portefeuille de titres et de se procurer rapidement la disposition d’une forte proportion de capitaux sans changer la composition de sa fortune, sans avoir à la réaliser sur le marché. Aussi bien, voici le tableau de la progression de ces avances entre 1880 et 1914, pour les quatre grands établissements de crédit que nous avons déjà considérés :
Tableau.
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Le Crédit Lyonnais ne distinguant pas dans ses bilans les opérations de prêts et avances sur garanties des opérations de reports, il ne nous est pas possible de nous rendre un compte très exact de la progression qu'ont suivie les premières durant cette période de trente-cinq ans. Mais il ressort très clairement de l’étude et de la comparaison des chiffres fournis par les bilans des trois autres établissements que, si les opérations de reports n’ont pas très sensiblement varié entre 1880 et 1914, passant seulement, pour la Société Générale, par exemple, de 68,7 à 80,4 millions de francs, il en a été bien différemment pour les avances sur garanties, qui ont erû, pour la même Société, de 15 millions à 323 millions de francs. C’est là une augmentation considérable et même véritablement anormale. À quoi a-t-elle été due?
On peut en trouver la cause, d’abord, dans le changement profond qui s’est opéré dans la composition des fortunes depuis un demi-siècle. Comme nous l’avons dit, les emprunts considérables qui ont eu lieu depuis lors sous la forme d’émissions incessantes de titres de Bourse sur tous les marchés du monde, ont eu pour résultat de remplacer, dans la plupart des fortunes, les immeubles par des valeurs et, par suite, le prêt hypothécaire par l’avance sur titres. Ce sont donc tous les possesseurs de titres, commerçants, industriels, capitalistes, qui, à court d’argent passagèrement ou d’une façon durable, ont recouru à ce moyen pour s’en procurer ou augmenter leur crédit. Depuis que le cautionnement en valeurs de Bourse est devenu d’un usage courant, il n’y a pas lieu de s’étonner que cette opération de crédit soit entrée, elle aussi, rapidement dans les mœurs. C’est un commerçant qui se fait ainsi avancer, pendant une période de crise, les sommes qui lui sont nécessaires pour laisser passer ce temps de chômage et attendre la reprise des affaires; c’est un industriel qui contracte ainsi un emprunt momentané pour payer une commande de fournitures et qui espère pouvoir se libérer grâce à des rentrées
prochaines, sans avoir eu ainsi à rien modifier dans l’état de sa fortune; c’est un capitaliste enfin, et surtout, qui se fait prêter par son banquier les fonds qui lui sont indispensables pour opérer le premier versement sur un emprunt auquel il veut souscrire et qui ne veut se défaire d’aucun des titres qu’il a en portefeuille, assuré de pouvoir se libérer à la prochaine échéance au moyen de ses seuls revenus.
Comme on s’en rend compte, ces raisons permettent d’expliquer clairement l'accroissement énorme des avances sur garanties entre 1880 et 1914. Nous devons dire que l’avance sur titres n’en est pas la seule forme; mais c’est la plus importante et la seule que nous ayons à considérer. Ce moyen de se procurer du crédit est surtout utilisé par les capitalistes pour leurs opérations de Bourse. Il l’est aussi fréquemment par les spéculateurs. Au lieu de se faire reporter, en effet, le spéculateur à la hausse, qui veut continuer son opération, peut se faire avancer par une banque, sur les titres qu’il a achetés, Les capitaux qui lui sont nécessaires pour se libérer envers son vendeur. Le seul avantage de ce procédé est de ne point comporter obligatoirement, comme le report, l’intermédiaire d’un agent de change.
Mais est-ce que l'extension anormale qu’a prise cette opération durant ces dernières années ne constitue pas, pour les banques de dépôts, un véritable danger? Il faut répondre affirmativement. Les avances sur titres sont, en effet, presque toujours des immobilisations; et cela pour plusieurs raisons. Le banquier prêteur ne peut pas réaliser commodément le gage qu’il a entre les mains. Il semble qu'il ne devrait avoir qu’à vendre sur le marché, même au rabais, les titres qui lui ont été remis en garantie. Mais, pratiquement, la question se complique. Tout d’abord, le banquier n’a pas le droit de demander immédiatement, et l’on peut dire arbitrairement, le remboursement de ses avances: il n’a droit qu’à l’intérêt stipulé. Done, pendant tout ce temps, il ne peut pas réaliser le gage sous le pré-
114 LE MORATORIUM DES DÉPÔTS EN BANQUE texte qu’il n’est pas remboursé. En outre, une fois le délai de préavis convenu expiré, il à bien le droit « d’exécuter » son emprunteur, c’est-à-dire de faire vendre en Bourse les titres qui lui ont été remis en garantie par son client, mais il ne peut le faire qu’autant que la Bourse est ouverte et qu'autant qu’un cours est coté sur les valeurs considérées. Or, si nous considérons le cas d’une crise violente, celle qui suit, par exemple, une déclaration de guerre, 1l se peut que les opérations de Bourse soient provisoirement arrêtées, soit qu’un décret ait fermé la Bourse, soit qu'il ne se présente sur le marché que des vendeurs sans aucun acheteur. Que fera donc le banquier ? Il sera forcé d’attendre et verra ainsi ses fonds immobilisés, au détriment certain de sa clientèle de déposants. Il n’est même pas besoin que la crise soit aussi forte pour qu’il en soit ainsi: 1l suffit que les cours des valeurs aient tellement baissé entre le jour de l’avance et le moment où le banquier veut réaliser le gage, qu’il y ait pour lui intérêt à ne pas vendre à ce moment, à laisser les cours se relever pour ne pas s’exposer à subir une perte dont son client ne serait pas à même de le dédommager.
Certaines avances sur titres ne comportent point cependant pour le banquier qui les consent autant de danger. Ce sont celles dont le gage est constitué en titres sur lesquels ia Banque de France est autorisée à consentir des prêts dans une proportion déterminéé: nous voulons parler des rentes sur l'Etat français et des obligations et actions de chemins de fer français. Si le banquier se trouve à court d’argent, en effet, soit en période normale, soit même en période de cerise, il peut, sans pour cela violer les contrats passés avec sa clientèle, porter à la Banque de France une certaine partie des titres qu’il détient dans son portefeuille avances et se procurer les sommes dont il-a besoin. Cet avantage, qui résulte de l'intervention de l’institut central d’émission, n’est toutefois certain qu’autant que les avances consenties par les banques sur les deux sortes de titres
ci-dessus indiqués ne forment pas une masse trop considérable et que la Banque de France n’est pas mise à contribution d’une façon excessive pour la mobilisation de ces avances. En cas contraire, cet avantage n’est que très problématique et constitue un leurre. IL y a, en effet, quelque 50 milliards de titres sur lesquels la Banque de France est autorisée à consentir des avances : 20 milliards de titres de chemins de fer et 30 milliards d'emprunts publics français, en chiffres ronds. Or, quelque forte que soit la situation de notre établissement national, il ne pourrait ‘se risquer sans danger à absorber tous les emprunts qui auraient pour gage la masse totale de ces valeurs; d’autant qu’il a à faire face à d’autres besoins. C’est ce qu’il a parfaitement compris, d’ailleurs, dès le mois d’août 1914, quand ïil a mis comme condition à ses avances sur garanties qu’on lui justifie de la destination des fonds et qu’il a décidé de ne consentir d’autre prêt que dans l’intérêt du commerce et de l’industrie.
Donc, et pour nous résumer, nous pensons qu'il est du devoir des sociétés de crédit, comme de la Banque de France, de veiller très étroitement à la masse des avances sur titres qu’elles consentent et à la nature même des valeurs qu’on leur remet en garantie. Il ne faut pas qu’elles laissent leur portefeuille avances s’enfler démesurément +{ mettre en péril le remboursement de leurs dépôts à un moment donné; car elles ne doivent pas oublier que ce sont là, presque toujours, des opérations qui immobilisent leurs capitaux et vont à l’encontre des règles de prudence dont elles ne doivent pas s’écarter. L’accroissement soudain des &emandes de prêts est, d’ailleurs, le plus souvent un indice de crise, ou tout au moins de marasme financier. Quand la Bourse est prospère, en effet, les cours sont généralement en hausse; les capitalistes qui ont besoin d’argent n’hésitent donc point à vendre une partie de leur portefeuille pour s’en procurer, car ils réalisent encore un bénéfice sur leur prix d’achat et se promettent de racheter bientôt leurs
titres dès que des rentrées opportunes le leur permettront: il n’y a d'exception que pour les capitalistes qui escomptent une hausse prochaine encore plus considérable sur les titres qu’ils détiennent; mais, en général, on préfère vendre, quitte à racheter, plutôt que d’emprunter à un taux toujours élevé.
Faut-il cependant condamner les opérations de prêts sur titres? Point du tout, car elles sont logiques et aussi nécessaires que le prêt hypothécaire lui-même. Il faut que les particuliers, qui n’ont point d’immeuble, mais qui possèdent une fortune mobilière bien assise, puissent se procurer momentanément des capitaux et jouir du crédit auquel ils ont droit, sans avoir pour cela à bouleverser la composition de leur portefeuille. En outre, l’avance sur titres joue un rôle très important à la Bourse. C’est par ce moyen que beaucoup de capitalistes se livrent à la spéculation sur les nouvelles émissions. Ce n’est pas, à vrai dire, de la pure spéculation, car elle aboutit souvent au placement, toutes les fois que l’emprunt offre certains attraits et que les cours réussissent à se maintenir facilement sur le marché. Voici en quoi consistent ces opérations, dont nous avons déjà dit un mot: un emprunt se dessine avec des chances de succès; beaucoup de capitalistes, chargés déjà d’un poids assez lourd de valeurs, n’ont point les fonds disponibles pour prendre part à la nouvelle émission; toutefois, escomptant une prime rapide par suite de la faveur que manifeste le public à l’égard de l’emprunt, ils décident de souscrire et de garder les titres deux, trois mois ou plus, pour les revendre’ alors avec bénéfice; dans ce but, ils se font avancer sur des valeurs qui leur appartiennent les fonds nécessaires pour opérer le premier versement de souscription. Si l’emprunt réussit parfaitement, c’est-àdire si le cours d'émission est rapidement dépassé, et si, d’autre part, les capitalistes envisagés disposent d’un revenu suffisant pour rembourser à bref délai les avances qui leur ont été consenties par leurs banquiers, il arrivera
très souvent que ces nouveaux titres, qu’ils n’avaient tout d’abord acquis que dans une pensée de spéculation, resteront dans leurs portefeuilles et seront ainsi définitivement classés.
En tous cas, en prenant les titres pendant un certain temps, grâce aux avances qui lui sont consenties par les banques, la spéculation permet au classement des nouvelles émissions de s’opérer facilement et sans secousse, et rend par Jà un notable service au monde financier. C’est, d’ailleurs, à coup sûr, au ralentissement de la spéculation qu'est due, en partie, le marasme qui règne à la Bourse de Paris depuis quelques années. Il n’est done pas à souhaiter qu’on restreigne encore les opérations spéculatives en limitant d’une facon trop rigoureuse la faculté d’emprunter sur garanties mobilières ; maïs il est bon de montrer aux banques ie danger auquel elles s’exposeraient si elles développaient, d’une façon trop inconsidérée, cette branche de leur activité. Or, en 1914, année de crise, on a atteint, croyons-nous, le maximum qu'il serait dangereux de dépasser.
2° Crédit par acceptation. — Lies avances sur titres ne sont, d’ailleurs, pas les seules immobilisations qui aient fait critiquer la politique des sociétés de crédit comme banques de dépôts : il y en a un autre mode, qui à été même. en général, l’objet de critiques plus vives, non qu’il soit mieux connu du grand publie, mais parce que son mécanisme lui a été révélé à l’un des moments les plus tragiques de notre histoire : c’est le crédit par acceptation.
Les crédits par acceptation sont des « prêts de crédit »,: et non des & prêts d’argent », c’est-à-dire que le banquier qui les consent prête non des fonds, maïs sa signature. Il accepte une traite tirée sur lui, traite qui sera facilement négociée chez un autre banquier à cause de la solvabilité connue de l’accepteur. Par l'acceptation, en effet, le banquier se reconnaît débiteur du montant de la traite; c’est done un prêt à découvert qu’il consent; mais il y a cepen-
dant, au point de vue bancaire, une grosse différence entre le découvert par compte et le crédit par acceptation: ce dernier a toujours pour résultat, en effet, de permettre l’utilisation du crédit sans immobilisation, car les fonds sont fournis, non par le banquier accepteur, mais par le banquier escompteur de la traite, qui peut, d’ailleurs, la faire lui-même réescompter par une tierce banque.
Telles sont les caractéristiques essentielles de l’opération. En analysant le risque couru par l’accepteur, on comprend que ce moyen de crédit ne puisse s’adresser qu’à une clientèle restreinte, donnant toute garantie de solvabilité et jouissant de bénéfices suffisants pour avoir encore avantage à se procurer de cette facon certains capitaux, en payant une commission en général assez élevée. C’est ainsi que fonctionne le plus souvent le mécanisme du crédit à l’exportation: un commerçant établi à New-York pour la vente en gros de marchandises françaises (articles de Paris, par exemple) aura presque toujours intérêt à s’entendre avec une banque parisienne pour tirer ou faire tirer sur elle les traites qui lui serviront à se libérer envers ses vendeurs de France; il y aura un double avantage: d’abord, celui de profiter du crédit de la banque et de jouir par cela même d’une recommandation morale, car si le banquier est connu, personne ne se refusera à recevoir en paiement une traite acceptée par lui, et qu’on pourra très facilement négocier, même à l’étranger; en outre, le commerçant new-yorkais usera ainsi, pendant le temps pour lequel seront émises les lettres de change, de capitaux qui appartiennent à autrui et n’aura qu’à faire les fonds utiles à l’échéance, c’est-à-dire à un moment où il connaîtra exactement l’état de ses paiements.
Les précautions que prennent les banques avant de consentir un crédit par acceptation sont telles qu’on peut dire que cette opération ne leur fait pas courir plus de risques de perte que beaucoup d’autres opérations: en général, en effet, des mesures sont prises pour garantir le banquier
contre la mauvaise volonté de son client et son refus de faire les fonds à l’échéance. Il n’en est pas moins vrai cependant que le crédit par acceptation présente certains dangers pour les banques de dépôts, non au point de vue de la sécurité du prêt, mais à celui de sa mobilisation. Il peut arriver, en temps de crise, en effet, que le client soit dans l’impossibilité matérielle de faire les fonds ou profite d’une mesure moratoire qui l’en dispense; le banquier accepteur n’en sera pas moins obligé de payer les traites accepfées par lui, à moins qu’un moratorium n’intervienne aussi à son profit pour l’en dispenser; s’il est forcé de payer, il aura un recours contre son client, maïs le succès de ce recours dépendra évidemment beaucoup des garanties exivées et de l’appréciation plus ou’ moins exacte portée sur la «valeur », c’est-à-dire la solvabilité, du chient.
Ce ne sont toutefois pas ces opérations entre banquiers et particuliers, à la vérité, qui ont fait naître les attaques auxquelles on ne cesse de se livrer contre le crédit par acceptation. Elles n’ont rien en soi, en effet, que de très lég1time. IL est simplement du devoir des sociétés de crédit de veiller à ne pas leur laisser prendre une trop grande extension, qui pourrait, à un moment donné, leur créer des difficultés pour le remboursement de leurs dépôts; il serait même désirable qu’elles y emploient en partie des fonds provenant de leur capital ou de leurs réserves, de façon à n’immobiliser ainsi que très peu de capitaux appartenant à leur clientèle. Maïs, autrement, ce sont des opérations nécessaires au fonctionnement du commerce extérieur et, en France, où il n’existe pas de banque spéciale pour l’exportation, il faut bien que ce soient les autres banques qui s’y livrent, en procurant de cette manière des facilités au commerce et en contribuant ainsi, pour leur part, à l’exploitation toujours progressive de nouveaux débouchés pour nos produits au dehors.
Les critiques dirigées contre le crédit d’acceptation visent beaucoup plutôt certaines coutumes bancaires qui n’in-
téressent que les banquiers et d’où les particuliers sont exclus.
La première est une opération pure et simple de crédit par acceptation: un banquier berlinoïis, par exemple, qui veut accroître la masse des capitaux qu’il fait travailler en Allemagne, peut s'entendre avec une banque de Paris pour tirer sur elle des traites à une certaine échéance et jusqu’à concurrence d’une certaine somme totale. Ces traites, acceptées par la banque française, seront négociées à Berlin par le tireur et, à l’échéance, la banque allemande n’a qu’à faire les fonds au banquier de Paris et, pour cela, qu’à acheter et qu’à lui envoyer une lettre de change à vue sur place. Mais ce procédé offre trop d’aléa pour le banquier qui veut se procurer des capitaux : il paie, en effet, une commission à la banque qui lui ouvre le crédit; en outre, quand ii négocie à Berlin les traites qu’il a tirées sur son correspondant, on lui retient un escompte calculé sur le taux d’escompte de Paris (puisque les traites sont payables sur cette dernière place) ; enfin, quand il fait les fonds au moyen de l’envoi d’une traite sur Paris, il subit les risques du change, car, suivant que le change sur Paris sera bas ou élevé, sa traite lui coûtera bon marché ou plus cher. L'opération peut donc être pour lui plus ou moins onéreuse. Le banquier français, d’autre part, peut donner son acceptation sans garantie ou exiger comme sûreté un dépôt de titres dans une tierce banque, par exemple, s’il s’agit d’opérations avec des banques allemandes, à la Banque de l’Empire.
Une autre opération, qui sert aux banques à faire fructifier les capitaux dont elles disposent au mieux de leurs intérêts, est la suivante: quand le taux de l’escompte est bas à Paris et élevé à Berlin, les banquiers francais ont intérêt à acheter des lettres de change sur Berlin pour faire rapporter à leurs fonds un intérêt plus élevé: leur taux de placement est, en effet, le taux d’escompte à Berlin. À l’échéance, les banquiers français n’ont qu’à vendre
‘es lettres de change, qui sont devenues à vue, pour récupérer leurs capitaux et réaliser leurs bénéfice. Cependant, ce bénéfice peut disparaître si le taux de change sur Berlin est bas, c’est-à-dire s’il y a peu de débiteurs français sur l’Allemagne.
: Une troisième opération est ce qu’on appelle les pensions ou traites à change assuré. Les pertes, qui résultent des variations du taux du change dans l’opération précédente, ont conduit les banquiers à s’assurer contre ces variations. Voici comment il s’y prennent: quand le taux d’escompte est bas à Paris, élevé à Berlin, les banquiers allemands envoient en pesion à Paris, dans des banques avec lesquelles ils se sont préalablement entendus, du papier long (à deux ou trois mois) sur Berlin. Les banquiers français prêtent à un taux supérieur au taux d’escompte de Paris, maïs un peu inférieur à celui de Berlin. Jusqu'à l'échéance des pensions, le banquier berlinois peut tirer sur le banquier français du papier court (lettres de change à vue, par exemple). À l’échéance des pensions, ou le banquier berlinoïs renouvellera l’opération en payant les traites et en en envoyant de nouvelles, ou bien il l’arrêtera au contraire en se contentant de payer les traites qu’il a mises en pension chez le banquier français. Il n’y a là qu’un prêt sur gage, sans aucun risque: aussi le taux d'intérêt est-il moindre, en général, que s’il s’agissait d’une opération d’escompte. D’autre part, l’aléa résultant des risques du change a disparu pour le prêteur, puisque les traites qu’il reçoit en pension lui sont payables en une monnaie fixe. C’est pourquoi la pratique des pensions est devenue courante comme opération internationale de banque. Elle était très développée en 1911, au moment de l’affaire d'Agadir, et l’on dit couramment que le retrait par les banques françaises des capitaux travaillant à Berlin, grâce à la dénonciation des pensions, eut à ce moment une influence heureuse et considérable sur la solution pacifique du conflit franco-allemand. Car, il nous faut dire que les pensions sont, en général,
renouvelées pendant une certaine période et que le crédit à deux ou trois mois se transforme ainsi en crédit à six mois ou plus, tant que la situation réciproque des taux d’escompte sur les deux places considérées donne un intérêt à l’opération.
Ajoutons enfin que les traites envoyées en pension sont le plus souvent des lettres de change particulièrement choisies et acceptées par les grandes banques berlinoises. En pratique même, il arrive que ces traites ne soient pas expédiées à Paris et restent en pension à la Banque de l’Empire, sous la responsabilité de cet établissement.
Il existe enfin une quatrième opération, qui n’est qu’une variété de celle que nous avons déerite en premier lieu; c’est une combinaison des prêts par l’escompte et des reports. Une banque allemande tire sur une banque française, qui accepte, une lettre de change à troïs mois et la négocie immédiatement à Berlin. Nous supposons toujours que le taux d’escompte (et, par suite, aussi celui des reports) est plus élevé sur cette dernière place qu’à Paris. Le taux d’es compte qu’on retiendra au banquier allemand sera celui de Paris, puisque c’est la place sur laquelle la traite est tirée et où, par conséquent, elle doit être payée. Avec les fonds ainsi obtenus, la banque allemande peut se livrer à des opérations de report à la Bourse de Berlin et le bénéfice résulte pour elle du fait d’avoir emprunté à Paris à 3 0/0, par exemple, pour prêter à Berlin à 6 ou 7 0/0. Ce bénéfice se partage généralement entre la banque allemande et son correspondant de Paris.
Le plus souvent, toutes ces opérations ne donnent pas lieu à des envois d’argent entre les deux places: mais il peut cependant s’en effectuer. Par contre, ces diverses variétés de crédits et de placements exercent toujours une influence sur le taux du change. Si les prêts faits par Paris à Berlin sous forme de pensions sont considérables, en effet, on vendra beaucoup à Berlin de lettres de change sur Paris, puisqu'il y aura de nombreux banquiers allemands
LES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT COMME BANQUES DE péÉPôrs 1923
qui tireront du papier court sur leurs correspondants parisiens. Cette vente tendra à faire baisser le cours du change sur Paris et pourra même provoquer, si elle est suffisante, une entrée d’or français en Allemagne. Par contre, au moment de l’échéance des pensions, si, par suite d'événements politiques ou autres, les banquiers français viennent simultanément à les dénoncer et à les résilier, les banquiers berlinois seront obligés de se procurer des moyens de paiement pour solder les pensions: les traites sur Paris seront donc très chères à Berlin et il pourra même s’opérer une sortie d’or allemand au profit de notre pays.
Telles sont les principales opérations que l’on a en vue quand on parle des capitaux à court terme français qui travaillent à l’étranger et qu’on reproche à nos sociétés de banque de faire trop de crédit par acceptation aux banques étrangères, et surtout aux banques d’outre-Rhin. « Normalement, en effet, les grands établissements financiers français, les sociétés de crédit utilisent des sommes considérables prises sur leurs dépôts à faire des opérations à court terme sur les places étrangères où le taux de ces opérations est plus élevé qu’en France, et les capitaux flottants dont ils disposent sont constamment utilisés en achats de bons du Trésor russe, anglais, allemand — en escomptes sur les places étrangères — en reports sur les Bourses de Londres et de Berlin. Après la guerre du Transvaal, le total des capitaux français travaillant sous ces diverses formes à Londres a dépassé un milliard de francs; en mai 1904, les banques françaises ont pris 800 millions de bons du Trésor russe. Depuis quelques années, c’est en Allemagne que se produit 1’exode des capitaux flottants français: les banques britanniques ayant, pour des raisons à la fois politiques et économiques, cessé le crédit qu’elles faisaient au marché germanique, et le développement rapide de l’industrie allemande réclamant des sommes toujours eroissantes de capitaux, les banques parisiennes, toujours abondamment pourvues de disponibilités, en expédient à Berlin
où elles trouvent des emplois à des taux supérieurs. Ces ouvertures de crédit, faites aux banques allemandes sous forme de traites escomptées et renouvelées à l’échéance, ne paraissent pas dans les bilans des institutions de erédit et il est impossible d’en évaluer l’importance: lors de la dernière tension franco-allemande, les journaux allemands ont parlé de milliards. Ce n’est, en effet, que dans les moments de cerise, comme il s’en est produit à plusieurs reprises ces dernières années, que cet exode se manifeste clairement: les établissements français sont alors obligés — ne seraitce que par prudence — de faire rentrer leurs fonds en ne renouvelant pas les traites escomptées; et, si l’ouverture
de crédit peut rester ignorée, ce retrait entraîne (comme cela s’est produit en 1906 et en 1911) des répercussions qui ne peuvent passer inapercues et dont la gravité prouve qu’il s’agit de sommes considérables: diminution du numéraire en Allemagne nécessitant la hausse du taux de l’escompte; rareté des disponibilités, entraînant le renchérissement du taux des reports et, par contre-coup, la baïsse des valeurs de Bourse; recherche des moyens de libération sur la France manifestée notamment par une prime sur le billet de banque français et par la hausse du change sur Paris.
» Les capitaux flottants français, par l’intermédiaire des grands établissements financiers, interviennent donc sur les places étrangères, auxquelles ils assurent, en leur fournissant des disponibilités, des liquidations plus faciles. Tls contribuent par là à l’abaissement du taux de l’escompte à Pextérieur et ils exercent une influence régulatrice sur les Bourses étrangères: la tenue des cours, du moins pour la cote à terme, dépend en grande partie de la facilité plus ou moins grande avec laquelle se sont liquidés les engagements précédents; suivant les disponibilités que les banques mettent à la disposition de la place, les taux de report sont bas ou élevés et les mouvements de spéculation sont aussitôt influencés en hausse ou en baisse, L’exode des capitaux
français sur les places qui souffrent d’un resserrement facilite done la liquidation et assure le relèvement des cours; par là, ces capitaux contribuent à atténuer les cerises financières des pays où leurs dépositaires les emploient. » (1)
On s’est précisément demandé à maintes reprises si ce rôle était toujours conforme à notre intérêt national bien compris et si la France retirait le prix des services que ses grandes banques rendent à l’étranger. On s’est surtout posé cette question à l’égard de l’Allemagne, que d’aucuns ont voulu voir fertilisée par les capitaux français grâce à l’odieuse complicité de nos grandes banques: et l’on a crié à la trahison, à l’absence de moralité et de sentiment patriotique de la part de la haute finance française. Mais on s’est beaucoup trop pressé d’acceuser : on doit reconnaître, d’abord, que, sous l’influence de l’opinion publique, les banques françaises ont considérablement restreint, depuis le mois d’octobre 1911, leurs opérations avec les banques allemandes: chacun est resté chez soi, pour ainsi dire. C’est un sacrifice fait à l’opinion; mais celle-ci est-elle fondée au point de vue purement politique et national? Nous ne le croyons pas: on ne peut pas, en effet, prétendre que l’épargne française se déverse d’une façon constante chez nos voisins de l’Est, aujourd’hui nos ennemis sur les champs de bataille, pour encourager leur industrie et leur commerce, faire monter les titres de rente allemande à la Bourse de Berlin, etc. Non; on ne peut que constater l’existence, à certains moments, d'opérations de crédit entre banquiers français et banquiers berlinois, destinées à mettre à la disposition de ces derniers une masse, parfois considérable, de capitaux. Maïs nous avons vu que, pour qu'il y ait un intérêt à se livrer à ces opérations, il faut que l’argent soit moins cher à Paris qu’à Berlin, et que cette
(1) Becqué. L'Internationalisation des capitaux, p. 45. Thèse Montpellier, 1912.
196 LE MORATORIUM DES DÉPÔTS EN BANQUE différence soit même assez sensible à cause des frais de commission et des risques résultant du change. Or, on ne peut pas dire que, d’une façon continue et constante, l’argent soit plus cher à Berlin qu’à Paris, du moins l’argent à court terme; il arrive souvent que les capitaux flottants trouvent aussi bien à s’employer et à un taux aussi rémunérateur sur les deux places. Ce qu’on peut seulement affirmer, c’est que le taux de placement de ces capitaux a généralement tendance à se maintenir davantage à Berlin qu’à Paris, à cause du nombre et de la diversité des emplois qu’ils y trouvent. ; Done, les banques françaises, en prenant chez elles des pensions, en escomptant du papier tiré sur l’étranger ou en se livrant à des opérations de report sur les diverses grandes places mondiales, ne font que profiter du resserrement passager qui se manifeste sur un marché du dehors; par là, elles contribuent évidemment à le dissiper et à rendre à ce marché son mode normal de fonctionner; mais on ne peut point les accuser de commanditer une industrie concurrente de la nôtre, de participer à la mise en valeur d’un territoire destiné à devenir un jour le champ de bataille de nos armées. Le seul reproche qu’on puisse leur faire est de rendre à des marchés rivaux, en mal de disponibilités, leur élasticité en leur fournissant les capitaux nécessaires à leur liquidation. Cela, c’est ce qu’on voit; mais ce qu’on ne voit pas, ou ce qu’on fait plutôt semblant de ne pas voir, c’est d’abord le resserrement nouveau, souvent plus accentué et prêt à dégénérer en crise, qui se produit lorsque, pour une raison quelconque, tous ces capitaux à court terme qui travaillaient au dehors sont rappelés en France et que les places étrangères sur lesquelles ils travaillaient sont forcées de les remplacer dans un délai très court ou de s’en passer: c’est bien là un danger pour les places qui, comme Berlin, usent pour leurs liquidations d’argent à court terme forain, et il n’est pas moindre assurément que l’atteinte portée à l’intérêt supérieur d’un pays
par les placements au dehors; on l’a bien vu durant l’automne 1911 pour l’Allemagne. En outre, on ne peut nier que, si l’opération est avantageuse et sûre, les banques françaises auraient bien tort de la dédaigner, car leur réserve ne servirait qu'à frustrer nos nationaux d’un gain licite peut-être important: des banques américaines, belges, suisses ou autres ne manqueront pas, en effet, pour en avoir le bénéfice, de prendre l’opération en leurs lieu et place; elles pourront même, en attirant chez elles des dépôts français par l’appât d’un intérêt plus élevé ou de quelque autre avantage, consentir du crédit aux banquiers berlinoïs en partie avec le même argent français qui y travaillait auparavant. On ne peut cependant pas empêcher les capitalistes privés de faire de leur argent ce que bon leur semble: le danger serait done beaucoup plus grand que celui auquel on se propose de parer si cet argent prenait l’habitude des banques étrangères pour quelque raison que ée soit, fiscale ou autre. Enfin, malgré l’opinion de ceux qui voudraient qu'il n’y eut qu’un marché florissant au monde, le marché de Paris, et que tous les autres fussent en proie à une gêne et à un marasme constants, on peut se demander s’il est tellement contraire à l’intérêt bien compris de notre pays que nos capitaux, quand ils sont surabondants et ne font point défaut à notre propre marché, contribuent au dehors à maintenir l’élasticité financière sur les grandes places du monde, à faciliter les liquidations, à faire sentir partout leur influence régulatrice, du moins dans les périodes d’apaisement politique. La liaison intime des grands marchés internationaux entre eux et les répercussions mondiales des moindres événements qui n’intéressent que l’un d’eux donnent parfois intérêt, en effet, à ce que les marchés des autres pays viennent en aide à cette place et lui fournissent passagèrement les capitaux qui lui sont nécessaires pour dégager ses positions. On saït, d’ailleurs, que, conformément à cette idée, la Banque de France ne se refusa point, à maintes reprises, au cours de
128 LE MORATORIUM DES DÉPÔTS EN BANQUE R son histoire financière, à venir en aïde à la Banque d’Angleterre et que le marché de Londres eut parfois aussi à prêter son appui au marché de New-York. Ce sont là des actes d’entr’aide financière, qui ne proviennent pas toujours peut-être d’une pure idée d’altruisme, mais qui Corespondent souvent à un sentiment d'intérêt bien compris. Si donc, comme nous avons essayé de le démontrer, les placements d’argent à court terme à l’étranger, sous forme de pensions, reports ou autres, ne vont pas toujours à l’encontre de l’intérêt supérieur du pays, sont-ils conformes, d’autre part, aux règles essentielles de prudence qui doivent guider les grandes sociétés de crédit dans l’emploi de leurs dépôts? Ne sont-ils pas contraires aux intérêts légitimes de leur clientèle? Ne constituent-ils pas un danger pour la mobilisation rapide de l’épargne à court terme en cas de crise? Nous répondons affirmativement: toutes ces opérations, en effet, quelles qu’elles soient, ne peuvent se liquider immédiatement, comme 1l le faudrait, pour que les capitaux qui y sont engagés restent constamment disponibles entre les mains des sociétés de crédit auxquelles ils ont été confiés et puissent à tout instant faire face aux retraits des déposants. Si nous sommes en présence d’une opération pure et simple de crédit par acceptation, par exemple, ou d’un système de pensions, le banquier ne pourra dénoncer son crédit ou résilier les pensions qu’à une échéance déterminée, en général rapprochée, il est vrai, mais jusque là ses fonds se trouveront immobilisés et il n’en aura pas la disposition immédiate, car il n’a pas le moyen de passer ses engagements à autrui et de mobiliser ses placements au moyen du réescompte ou d’une opération analogue. S'il s’agit d'opérations de report près de Bourses étrangères ou d’escompte de papier étranger, il en est de même: le banquier devra attendre la liquidation prochaine ou l’échéance du papier pour récupérer ses fonds ; toutefois, il se peut qu’il ait le moyen de le faire avant, si le papier qu’il a escompté est réescomptable auprès de
LES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT COMME BANQUES DE DÉPÔTS 129 institut central d'émission, ou si les titres qu’il a pris en charge sont de ceux sur :esquels certaines avances peuvent être consentics par cet établissement. En cas de crise grave, cependant, ce dernier moyen peut lui faire défaut, car la banque centrale restreindra le chiffre de ses avances. Enfin, s’il s’agit d’une crise déterminée par une tension de la politique extérieure, et si les placements ont eu lieu précisément dans l’un des pays qui fait l’objet de cette tension (ainsi pour les relations bancaires franco-allemandes), on peut dire que les opérations que nous avons décrites plus haut présentent un grave danger pour le pays préteur : la loi peut, en effet, faire défense aux nationaux passagèrement de payer quoi que ce soit à l’étranger, et si la période de tension qui a précédé l’éclatement de la crise a été courte, les banques étrangères ont pu ne pas avoir le moyen de retirer les capitaux qu’elles avaient engagés ou escomptés, reports ou autres: leurs fonds resteront donc immobilisés jusqu’à la fin des hostilités, au grand dommage évidemment de leur clientèle de déposants.
Après avoir ainsi objectivement examiné les arguments pour et contre les placements de l’épargne à court terme à l’étranger et nous être convaincu des avantages et des inconvénients de ceux-ci, il nous reste à voir maintenant, d’une manière subjective, quelle était l’importance de cette nature de placements pour les sociétés françaises de crédit au moment de l’ouverture des hostilités. On a beaucoup prétendu, en effet, qu'il y avait, quand la guerre a éclaté, des sommes considérables de capitaux français qui travaillaient à Vienne et à Berlin pour le compte de ces sociétés ; on a parlé même de milliards, comme s’il suffisait d’exagérer pour se faire mieux écouter, et on a laissé entendre que c’étaient précisément ces fonds qui, retenus en Allemagne et en Autriche après la déclaration de guerre, avaient empêché les banques françaises de faire face aux retraits de leur clientèle et avaient obligé le Gouvernement à décider Ja prononciation du moratorium des dépôts et comptes cou-
rants dans les banques. Qu’y a-t-il de vrai dans tout cela?
Rien, absolument rien. On peut dire, en effet, que le premier semestre de 1914, surtout le second trimestre, à été précisément l’une des époques où les capitaux français à court terme travaillant au dehors, et notamment en Aîllemagre, se sont trouvés réduits à leur plus simple expression, et cela pour une bonne raison: parce qu’ils faisaient essentiellement besoin à notre marché et que les emplois ne leur manquaient pas en France. [ls n’avaient donc point à aller courir le monde quand ils trouvaient sur place des placements aussi rémunérateurs, et certainement plus sûrs qu’à l'étranger. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’il venait de se produire chez nous un grand emprunt national et que beaucoup de capitaux à court terme se trouvaient naturellement engagés dans des opérations sur la nouvelle rente. Les sociétés de crédit se fussent bien gardées, d’ailleurs, de contrarier les vues du Gouvernement et de mettre peut-être en péril le succès de l’emprunt, en envoyant au dehors une quantité importante de leurs dépôts; il est plutôt certain qu’elles contribuèrent à donner au marché de l’épargne à court terme toute l’élasticité désirable en mettant à sa disposition la presque totalité des fonds dont elles pouvaient disposer à ce moment-là. Indépendamment du fait qu’elles se sont toujours docilement conformées aux inspirations gouvernementales, elles avaient aussi, pour les guider dans cette voie, leur propre intérêt, car l’emprunt français constituait pour elles une entrave à leur libre activité, qu’elles devaient désirer voir disparaître au plus tôt. Le succès retentissant de l’émission, qui fut couverte quarante fois, est la meilleure preuve qu’on puisse donner de l’appui qu’elle reçut des grandes banques françaises. Or cet appui ne résulte pas seulement de la mise des guichets à la disposition du Trésor, mais encore d’une préparation préventive du marché. Il résulte, en effet, des explications que nous donnerons ci-dessous sur les rapports très étroits qui existent entre la spéculation, soutien de tont grand
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emprunt, et le marché de l’épargne à court terme, que les émissions de titres se font de préférence quand l’argent est abondant, et nous verrons qu'il dépend en partie des banques qui le détiennent de le raréfier ou de le mettre, au contraire, avec prodigalité à la disposition des spéculateurs suivant les circonstances. On a constaté, en effet, surtout en Allemagne, où le marché de l’épargne à court terme est généralement plus gêné qu’en France, qu'il existait des relations évidentes entre l’importance globale des émissions et le taux de l’escompte: aux liquidations de septembre et de novembre, par exemple, qui voient normalement hausser le taux de l’escompte (à cause des nombreux paiements à faire à l’étranger), les émissions sont plus rares qu’au cours du premier semestre.
I est donc certain que l’accusation portée contre les sociétés de dépôts au sujet des crédits consentis aux banquiers berlinois ou des opérations financières effectuées en Allemagne avec nos capitaux ne tient pas (1). Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’une masse assez considérable de capitaux français a été employée, durant ces dernières années, à l’achat de titres de’ rentes allemandes et autres valeurs d’outre-Rhin. Ces opérations ont eu lien par l’intermédiaire surtout de banques belges et suisses et ont eu pour motif le défaut de confiance de l’épargne nationale dans la politique budgétaire et fiscale du Gouvernement. Mais l’étude de ces placements opérés par les particuliers
(1) Une des raisons primordiales pour lesquelles les banques françaises n'ont pas été portées à consentir du crédit à l'étranger sous forme d'acceptations ou de pensions, c'est l'existence sur les diverses places européennes de taux d'escompte très faibles.
Voici quels étaient les laux pratiqués au milieu, du mois de juillet :
ATTeMASNE 2... 4 °/°. (hors banque 2 {}.) ADS ICONE are 0 O0 A DZ Ne) Bolétquen ar .. EL = 225) RANCE Le die ENS — 2:)
ne rentre pas d’une façon précise dans l’examer du sujet que nous traitons; nous laissons done à d’autres le soin d’en opérer le relevé statistique, d’un intérêt évident pour la connaissance exacte des conséquences économiques et
financières de la guerre actuelle.
3° Reports et intervention des banques à la Bourse. — Et nous sommes ainsi logiquement conduit à nous demander quelle est l’influence que peuvent exercer sur les disponibilités des banques, au point de vue de leurs dépôts, toutes les opérations auxquelles elles se livrent généralement pour
préparer leurs nouvelles émissions ou en soutenir les cours
en Bourse. Il ne suffit pas, en effet, que les sociétés de crédit émettent des emprunts pour qu’ils réussissent par cela même et soient aussitôt classés dans les portefeuilles des capitalistes. I faut qu’elles préparent, d’abord, le terrain de l’émission; ensuite, qu’elles en soutiennent les cours, une fois que celle-ci a été opérée. Dans ce but, elles constituent des consortiums financiers, vastes syndicats souvent permanents, tels que la Compagnie générale du Maroc ou le groupe de la Banque ottomane, où collaborent côte à côte des établissements de crédit et de grandes banques d’affaires proprement dites ; ces syndicats sont chargés de se mettre en relations avec les emprunteurs, d’entamer avec eux les négociations et de les mener à bien. Une fois l’emprunt conclu, le consortium, pour encourager le publie à sousecrire, exerce en Bourse une pression sur les titres analogues à ceux qui vont être émis, et susceptibles d’être pris eomme termes de comparaison. Pour cela, il facilite la spéeulation à la hausse sur ces titres, en consentant des taux de reports particulièrement favorables aux valeurs auxquelles il s'intéresse ; il use aussi, pour cet objet, des avances sur garanties, en élargissant et améliorant les conditions auxquelles elles sont faites ; il peut même, enfin, constituer un fonds destiné à des achats en Bourse sur ces titres pour en faire hausser artificiellement les cours et provo-
quer un courant d'opérations sur ces valeurs. Puis, le consortium fait connaître l’emprunt au public au moyen de prospectus, d'articles dans les journaux financiers et les quotidiens, de conseils à ses guichets, et recoit les souscriptions. Il les facilite encore en soulevant la vanne des avances sur titres, ce qui permet à de nombreux capitalistes de souscrire sans avoir les fonds nécessaires; 1l propose des arbitrages avantageux; bref, il vante sa marchandise et essaye de recueillir le plus grand nombre de souseriptions. En général, l'emprunt réussit; mais tout n’est cependant pas fini, même alors, pour le syndicat d'émission. Une forte part de l’émission a été prise, en effet, le plus souvent par des spéculateurs, qui ne tiennent point du tout à faire un placement, et qui n’attendent que le moment de réaliser un bénéfice appréciable pour revendre leurs titres. Il faut donc surveiller le elassement définitif et, pour cela, souteuir les cours à tout prix, soit en agissant sur les reports et les avances sur titres pour permettre à la spéculation à la hausse de maintenir ses positions, soit même, si la spéculation fait défaut, en constituant un fonds destiné à faire des rachats en Bourse pour ne point laisser les cours se déprécier.
Quand le classement définitif est long à s’opérer et que la spéculation ne se laisse pas facilement influencer, le consortium, dans lequel la première place revient toujours aux sociétés de crédit, ne pourrait, sans danger et sans voir ses fonds s’immobiliser dans une improductivité coûteuse, se livrer à des rachats continus sur les titres qu’il vient d'émettre; il ne lui serait pas possible de conserver en portefeuille une quantité de valeurs qui peut devenir considérable, si l’on se trouve dans une période d’atonie du marché et si plusieurs émissions successives ne se sont que médiocrement classées.
Pour se débarrasser de ces titres, les grandes banques ont eu l’idée, depuis quelques années, de les repasser à des sociétés créées par elles pour la circonstance et appelées
omniums ou sociétés financières. Ces omniums, créés avec un petit capital, émettent dans le publie un nombre considérable d'obligations, valeurs généralement plus recherchées des capitalistes sérieux comme offrant plus de sécurité dans le placement et plus de stabilité dans le revenu, et, au moyen de l’argent qu’elles se sont ainsi procuré, ces sociétés se livrent à des achats sur tout un genre de valeurs (caoutchouc ou chemins de fer sud-américains, par exemple) (1). Leurs bénéfices proviennent du revenu de ces valeurs et de la prime dont elles profitent, en cas de hausse, quand elles réalisent une partie'de leur portefeuille à un moment favorable. Certains omniums ont fait de brillantes affaires, après avoir commencé péniblement. Malheureusement, ce n’est pas le plus grand nombre. Leur principe, d’ailleurs, ne serait peut-être pas mauvais, s’ils n’étaient le plus souvent entachés d’un vice originel, si le poids mort dont on les affecte dès leur création n’était pour eux comme un boulet rivé aux pieds durant toute leur existence. Se livrant à des opérations très élargies du fait qu’ils s’adonnent à tout un genre de valeurs, ils constituent analytiquement des associations de rentiers qui mettent certains fonds en commun pour répartir leurs risques et diviser leurs placements : il y a une probabilité plus grande pour que les chances de perte se compensent avec les chances de
(1) Ainsi a été constituée, en 1905, par la Banque de l'Union parisienne, avec le concours des maisons Speyer et C!° et Iselin et Cie, de New York, la « Société financière franco américaine », au capital de 50 millions dont un quart versé, qui a la faculté d'émettre des obligations pour un nombre égal à deux fois son capital. Le montant de ces obligations doit être exclusivement employé en achats de valeurs, en majorité américaines, déterminées par Îles statuts. Le mécanisme est très simple : le capital effectivement versé est de 12,5 millions: au moyen d'émission d'obligations, on peut se procurer huit fois plus, soit 100 millions La qualité d'obligations facilite l'émission en Bourse ou le placement dans le public des titres d'emprunt de la société.
LES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT COMME BANQUES DE DÉPÔTS 13 hausse, et, dans ces conditions, les associés jouissent du bénéfice d’une plus grande sécurité dans le placement et d’une. plus grande stabilité dans le revenu, puisque le revenu qu'ils toucheront sera un revenu moyen compensé. Tout cela, en principe, car, en pratique, les sociétés financières n’ont pas donné jusqu'ici d'aussi beaux résultats.
Toujours est-il qu’elles jouent, au point de vue des titres dont les sociétés de crédit ne réussissent pas à se débarrasser, un rôle de mobilisation extrêmement important : leur intervention permet, en effet, au syndicat d'émission de dégager des capitaux qui, sans cela, resteraient, peutêtre pendant plusieurs années, immobilisés sous la forme de valeurs de Bourse. Il n’en est pas moins vrai que l’intervention des sociétés de crédit sur le marché pour préparer ses émissions ou les soutenir après coup a pour résultat d’immobiliser, pendant un temps plus ou moins long, une partie importante de leurs capitaux en reports, avances sur titres et même en achats de valeurs. Si l’on consulte les bilans d’une banque et qu’on en compare les divers postes à divers moments ayant précédé, coïncidé avec ou suivi l’émission, on peut s’en rendre compte: c’est, d’ailleurs, assez difficile pour la raïson que les bilans des sociétés de erédit ne sont publiés que tous les mois, et que d’un mois à un autre les manifestations de ces divers mouvements peuvent n’être plus perceptibles.
Il nous faut ajouter enfin qu’aujourd’hui, grâce à l’inter-. vention des établissements de banque à succursales multiples dans l’émission des grands emprunts, le classement définitif des titres s’opère beaucoup plus rapidement qu’autrefois et que le rôle de la spéculation sur le marché a bien décru.
On constate, en effet, depuis une quinzaine d’années, sur toutes les places du monde, d’ailleurs, un ralentissement de plus en plus marqué de la spéculation; les opérations à terme, autrefois si nombreuses et si importantes, deviennent de jour en jour plus rares. Cela tient à deux raisons: