OF
-^AL'FO^^'^i^ LE MORCELLISMr I45
malheur d'autrui, droit à un minimum d'existence et au travail, puis par le travail à la propriété. Si l'assisté se refuse à tout travail, le devoir social se bornera à fournir le strict nécessaire au maintien de la vie et l'assisté sera soumis à un régime disciplinaire ; si l'assisté est incapable de travail, la Société réglera le régime de l'assisté sur ses efforts de moralité. Si enfin l'assisté se livre au travail, celui-ci devra être récompensé, moins suivant sa valeur, comme il adviendrait pour les maîtres d'eux-mêmes, que suivant l'effort réalisé ; et cette récompense, pour tous ceux capables de guérison, devra être suffisante pour laisser l'espoir de la propriété.
Cette règle du travail récompensé et de la propriété accessible devra être le droit commun pour tous les assistés qui, comme les enfants assistés par exemple, sont d'innocentes victimes du sort. La Ligue de la petite propriété a, dès 1897, préconisé pour eux un système d'accession certaine à la propriété par l'institution d'une « Œuvre des petits patrimoines », au nom de laquelle seraient acquis les immeubles ruraux vendus à vil prix, en vue d'être concédés par parcelles à prix coûtant et avec délais de paiement, aux enfants assistés qui consacreraient à cet achat le montant du pécule acquis par leur travail, tandis qu'ils étaient pupilles. Pour accroître les garanties morales que la tutelle de TEtat leur offre et leurs chances de réaliser un pécule suffisant, la loi autoriserait les en- Sâbatier. 9
fants assités à demander que la protection de l'Etat leur soit contiaaée jusqu'à 25 ans, et qu'une majoration des intérêts du livret d'épargne soit consentie au profit de ces assistés. Cette mesure, qu'on peut tenir pour typique des moyens de thérapeutique sociale préconisés par les morcellistes, aurait pour lësultaÉ, non seulement de favoriser l'accession à la propriété des enfants assistés mais encore d'empêcher l'avilisseqaent de la propriété foncière et d'aider^ par une procédure d'ailleurs respectueuse des droits acquis, à la liquidation graduelle de la grande propriété foncière.
Apres avoir proposé l'adoption d'un tel système pour les enfants assistés, la ligue, sur la proposition de M. himile Rey, avait estimé que l'application en pourrait être étendue à tous ceux des enfants indigents polir qui, dans certaines conditions, la tutelle de l'Etat serait demandée par leurs parents.
Au surplus, et dans le même esprit qui les incline à toutes les mesures propres à constituer la propriété aux maius des prolétaires en récompense du travail, les morcellistes sont favorables au maintien de la petite propriété par le travail partout où elle est déjà créée, afin que l'armée prolétarienne, incessamment, réduite par l'accession des laborieux à la propriété, se reconstitue le moins possible par la chute d'anciens propriétaires dans le prolétariat, quoique ce résultat, quand il est dû uniquement à la paresse et à l'incon-
LE MORCELLISME I4J[,
duîte, semble absolument légitime et juste. La plnparÉ des morcellistes sont favorables au homestead qui protégerait contre l'expropriation le petit champ et la maisonnette. Mais ils ne sauraient consentir à et que, sous prétexte de favoriser le maintien de la famillCj des institutions de faveur missent les propriétaires à l'abri des conséquences de leurs vices. Ils réclament tous l'abolition des articles du Code civil qui instituent rinterdiction et les conseils judiciaires ; ce n'est pas pour reconstituer sous le nom de homestead un abri où paresseux et dépensiers se garderaient du châtiment qui est dû à la paresse et à l'imprévoyance. Le homestead ne peut être, ne doit être qu'une mesure d'assistance en faveur des enfants. L'inaliénabiUté, qui protège le bien placé sous le régime de cette institu* tion, ne peut s'étendre que sur la portion de bien strictement nécessaire à la vie d'un artisan ou d'un petit paysan dans son atelier ou sur son lopin. D'ailleurs cette sauvegarde du homestead ne saurait se prolonger et valoir contre les conséquences de la propre paresse de l'héritier de l'exproprié primitif. Si l'autorité de la loi a posé en faveur des enfants une limite à l'action des créanciers du père et a protégé contre l'expropriation une parcelle de la propriété de celuici, c'est parce qu'on a supposé que les enfants seraient dignes de cette protection de la loi et sauraient tirer parle travail utilité du bien laissé en homestead, La présomption légale tomberait devant les iaus, si,
148 LE MORCELUSME
contractant à leur tour de nouvelles dettes, les enfants se montraient également insuffisants comme travail ou comme conduite.
Plusieurs écoles ont parlé d'échelle sociale, de hiérarchie sociale. Il est certain qu'il existe et qu'il existera toujours une hiérarchie sociale, car les hommes sont et seront toujours inégaux en activité, intelligence et conduite. Mais tandis que de tout temps les écoles aristocratiques se sont efforcées de fixer la hiérarchie de laçon définitive au profit des possédants, par des lois qui stérilisent d'un côté les efforts du travail sur la propriété des possédants et de Vautre conjurent les conséquences appauvrissantes des vices et de la paresse de ceux-ci, l'école morcelliste proclame au contraire que TEtat doit favoriser de tout son pouvoir l'accession des prolétaires à l'échelon de la propriété et laisser entre propriétaires le travail libre en situation de se faire la place qu'il mérite ; que de même la propriété ne doit constituer au profit de personne un bénéfice à l'abri duquel on aurait la possibilité de vivre inactif mais bien au contraire une dignité dont la paresse ou Tinconduite feraient sûrement déchoir. Ainsi les individus monteront-ils ou descendront-ils incessamment l'échelle sociale, depuis la propriété-domaine jusqu'au minimum d'existence mené par le paresseux, sous la discipline sévère de l'Etat et réciproquement. Rien n'est moins moral que cette conception de la famille stable
LE MORCELLISME I49
imaginée par Le Play. Il faut au contraire qu'a chacun des*hom mes, l'accession à la propriété-do nj^ii ne apparaisse comme la récompense certaine des laborieux persévérants et la chute dans le prolétariat comme la destinée inéluctable des paresseux et des jouisseurs. Les Morcellistes reconnaissent donc m fait une hiérarchie sociale, Timbécile étant inférieur à rntelligent, l'ignorant à l'homme instruit. Mais ils ne reconnaissent pas à la loi ni aux institutions le droit de créer une hiérarchie conventionnelle quelconque, ou de fixer dans la descendance, à titre de privilège, les avantages de considération, de pouvoirs politique ou de propriété que, par son personnel mérite, un citoyen pourrait acquérir.