‹ Le morne au diable, drame en sept tableauxChapitre 66 sur 97 · TABLEAU V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

TABLEAU V, SCÈNE VII

cRousTiLLAc, « pari, La duchesse !... ma femme ?

RUTLER

J'ai promis au roi, mon maître, de vous ramener mort ou vif,

CROUSTILLAC

Voulez-vous d'abord me laisser relever ?... Je vous promets de ne pas crier ; mais je suis très-mal comme cela.

RUTLER

Mylord duc, souvenez-vous de vos promesses. CROUSTILLAC, à part,

Mylord duc !... (// se relève et regarde Ruller en fa* ce.) Eh bien! il ne s'aperçoit pas de sa méprise?... (Haut.) Vous êtes bien sûr, monsieur, que c'est moi que vous cherchez?

RUTLER

Que votre grâce n'essaye pas de me tromper, j'ai entendu votre conversation avec M=^c la duchesse... Quel autre, d'ailleurs, que vous, mylord, se promènerait à cette heure avec elle? Quel autre que votre grâce porterait ce justaucorps dont voîre royal père vous avait revêtu?...

CROUSTILLAC, à part.

Mon royal père!

RUTLER

Et que vous portiez encore dans une fatale circonstance que je ne veux pas rappeler.

CROUSTILLAC

Je vous permets de tout me dire, monsieur. Je vous y engage même très-instamment. Expliquons-nous... pourquoi tenez-vous tant à me tuer?

RUTLER

Ecoutez- moi bien. Vous avouerez qu'en ce moment vous ne pouvez m'échapper. Si, en essayant de fuir, vous me mettiez dans la dure nécessité de vous tuer...

CROUSTILLAC

Dure nécessité pour tous deux, monsieur.

Archives de la Ville de Bruxelles ^ Archief van ae Stad Brussel

o4 LE MORNE AU DIABLE.

RUTI.ER.

Je le pourrais d'autant plus impunément, mylord duc, que vous êtes déjà mort... et que l'on n'aurait aucun compte à rendre de voire sang.

CROUSÏILLAC.

Si je VOUS ai bien entendu, monsieur, vous tenez à me faire comprendre que vous pouvez me tuer impunément sous le prétexte, assez spécieux, j'en conviens, que je suis déjà mort?

RUTLER

Je n'aurais jamais cru, mylord duc, que vous puissiez plaisanter sur ce terrible moment qui a dû vous laisser pourtant de bien affreux souvenirs... Telle sera donc toujours la reconnaissance des princes ! CRovsjiLLkc ti^averse le théâtre, se dirige vers le pavillon, Butler lui barre le passage, avec impatience.

Je dois vous déclarer, monsieur, qu'il ne s'agît pas de reconnaissance ou d'ingratitude dans cette affaire, et que... (^4 part.) N'allons pas faire quelque bévue. ,, (Z^rtw^) Permettez, monsieur... (Il le fait redescendre en scène.) Il me semble que nous nous écartons de la question... Dites-moi simplement ce que vous voulez de moi.

RUTLER

J'ai l'ordre, monseigneur, de vous conduire à la Tour de Londres.

CRousTiLLAC, à part.

Mordions! le quiproquo ne me convient plus!

RUTLER

Je n'ai pas besoin de vous dire, mylord duc, que vous y serez traité avec tous les respects qui sont dus à vos malbcurs et à votre rang...

11 lui présente le pistolet.

CROUSTILLAC

Permettez-moi de réfléchir un moment... (A part.) J'entrevois vaguement que l'erreur de ce brutal à mon endroit peut servir cette adorable petite créature... Une fois arrivé en Angleterre, la méprise sera reconnue. Or,

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