‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 105 sur 232 · L'ÉVOLUTION DE L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

L'ÉVOLUTION DE L'AGRICULTURE

sol, ont eu une influence retardatrice sur les habitants, dès qu'ils tentèrent de vivre aux dépens de la terre. Au lieu de trouver, comme dans les enviions de Paris, de vastes étendues cultivables, sur le massif ancien, l'homme était obligé d'adapter ses prés aux étroites vallées, ses champs aux inclinaisons des pentes. C'était une exploitation à petit rayon. Les paysans se sont cantonnés chez eux. Sans routes, sans relations avec leurs voisins, ils ont été obligés de se suffire à eux-mêmes. Les efforts agronomiques du xi.vc siècle modifièrent heureusement cette localisation des efforts individuels. Mais les nouvelles méthodes furent longues à pénétrer chez des populations qui étaient demeurées comme au temps de Vauban « assez lâches et paresseux jusqu'à ne pas se donner la peine doter une pierre de leurs héritages, dans lesquels la plupart laissent gagner les ronces et méchants arbustes1 ».

La chaux fut introduite en Morvan par les propriétaires voisins de l'Autunois. En i834, un des membres de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Autun, M. Louis Commeau. entendit parler des essais de chaulage entrepris avec succès sur le revers oriental du plateau d'Antully. Il acheta une carrière et décida ses collègues à tenter avec lui l'essai des nouveaux amendements. Une ferme modèle fut fondée àTavernay-en-Morvan. C'est de là que partit le mouvement qui devait révolutionner l'agriculture morvandelle \ Pour économiser les transports sur des routes alors rudimentaires, les fours à chaux surgirent à la limite de la Zone bordière des placages basiques. Actuellement encore, ceux de Précy-sous-Thil. Cussy-les- Forges, Saint-Brancher, Lucenay-l'Evêque, ïavernay-en-Morvan, sont restés en exploitation, bien que le développement des voies de communication permette de faire face à tous les besoins, même dans la commune la plus éloignée. Dans l'Ouest, Dupin fut l'apôtre de la nouvelle doctrine.

A ce titre, comme à tant d'autres, la réputation, dont il jouit encore dans le Morvan, est parfaitement justifiée. Son impulsion se signala tout d'abord par l'introduction du brabant, charrue plus chère, mais dont la stabilité permet des labours plus profonds et plus faciles. La charrue en bois, que le laboureur fabriquait luimême l'hiver au détriment de la forêt3, fut définitivement condamnée. Dans ses nombreux voyages, Dupin prôna le nouvel outil et

i. \ auban : s3g, p. ~^o.

i. Pcrnot : 121, p. il").

Page 1