L'ÉVOLUTION DK LA PROPRIÉTÉ
présider aux soins du ménage, la plus entendue parmi les femmes. Le chef de la communauté administre le fonds social qui se compose : des biens anciens, des acquisitions faites par le fonds commun. •des bestiaux de toute nature, de la caisse commune déposée chez le notaire de Saint-Saulge. En outre de sa part dans le fonds commun, chaque parsonnier administre son pécule particulier, composé delà dot de sa femme, des biens recueillis dans la succession de sa mère, des legs ou de tout autre acquêt étranger à la masse sociale. L? communauté ne compte parmi ses membres que les hommes : eux seuls font tète. Les filles et les femmes, tant qu'elles veulent y rester en travaillant, y sont nourries et entretenues tant en santé qu'en maladie ; mais elles ne font pas tête. Lorsqu'elles se marient au dehors, ce qui arrive ordinairement, la communauté les dote. Clés dots, dans le cas de l'association des Jault, se sont élevées jusqu'à i35o francs. Moyennant cette somme, elles n'ont plus rien à prétendre non plus que leurs descendants dans les biens de la communauté. Si elles deviennent veuves, elles peuvent revenir au foyei commun et y vivre comme avant leur mariage. Les femmes du dehors venues épouser un membre de l'association apportent leui dot, sans que celle-ci puisse se confondre avec le fonds social. Toutefois, elles doivent verser 200 francs pour valeur du mobilier en usage. Celle somme leur est rendue, si, le mari décédé, elles quittent la communauté. Elles n'y sont pas forcées et peuvent continuer à y vivre. Tout membre non marié qui décède sans enfants ne laisse rien à personne. C'est une tète de moins. Si le membre décédé laisse des héritiers directs : les garçons deviennent membres de la communauté, chacun pour une tête, les fdles se partagent avec leurs frères la fortune particulière, mais elles n'ont aucun droit au fonds commun. Si la conscription vient à atteindre un membre, la communauté fournit 2000 francs pour acheter un remplaçant. Au delà de cette somme, ie conscrit fournit le supplément sur sa propre fortune'.
Tels sont les principes de la communauté taisible. Ils étaient reconnus de jurisprudence par un arrêt rendu par la cour de Bourges, le 6 mars i832, dans une affaire où les enfants de Jeanne Lejault réclamaient, du chef de leur mère mariée en dehors, leurs
1. On trouve encore la même coutume chez les habitants du village de Mardyck près de Dunkcrque. Les habitants sont d'anciens colons picards amenés par Louis XIV sur la côte de la plaine maritime. Ils sont séparés des populations flamandes, vivent et se marient entre eux. Les terres qui leur ont été concédées au xvne siècle font l'objet d'une réglementation spéciale. Elles font toujours retour à la communauté, en cas de décès du possesseur sans héritier. — V. A. Maron : 114.
droits sur les biens communs. Ils furent déboulés de leur plainte. Cette association, quand Dupin l'a visitée, était dans un état très brillant, les parsonniers consommaient 36 livres de grains par jour ; la nourriture de leur bétail en nécessitait quatre fois plus. Celte prospérité avait engendré des mœurs aimables. Les Jault ne refusaient jamais à quelque voisin trop pauvre et qui n'avait point de terre le coin nécessaire pour faire pousser les haricots et les pommes de terre indispensables à sa famille, à charge de faire pour eux quelquesjournées de travail pendant la fauebaison. Par contre, les communautés qui avaient liquidé sur la demande d'un de leurs membres et conformément au Code civil, étaient dans un état lamentable. La dissolution de l'ancienne association des Garriaux (commune de Préporcbé) avait laissé la plupart des parsonniers dans la détresse. Leur misère triste et silencieuse contrastait avec l'aisance et la bruyante gaîté des Jault. Le maître avait emporté et conservait en manière de trophée, dans sa nouvelle demeure, le Pot, la marmite en fonte de la communauté. Les grandes chambres avaient été divisées, la grande cheminée partagée en deux par un mur de refend. Les habitations étaient ebétives. malpropres, sauvages1.
Les principes sur lesquels étaient fondées lescommunautés taisibles étaient tellement bienfaisants pour la grande culture que, dansle canton de Luzy, où subsistent encore quelques domaines, les tenanciers observent les formes de la communauté laisible dans les parties qui ne sont pas contraires à la loi, particulièrement dans la discipline de l'exploitation.
Cependant, même avant la Révolution, soit que le sentiment de l'effort individuel lut plus vif chez les parsonniers, soit que les bases de l'association empêchassent les travailleurs de se recruter au dehors, le- collectivités subsistaient avec peine. Les dissidents des communautés, les nom eaux immigrants sur la terre morvandelle constituaient de petites propriétés, les seules qui pussent persister. La contexture zonaire du substratum, les formes déchiquetées de la topographie, obligent aux petits héritages, contrairement à ce qui se passe dans les marges calcaires, où L'étendue (\rs plateaux et des plaines permet la mise en valeur des grande- exploitations. Sur le massif ancien, l'extension des forêts se prête seule au fonctionnement dv> grands
d aines : par ailleurs ebacun a besoin pour vivre de toutes les
parties de l'économie agricole. Le- formes sont juxtaposables, mais non interchangeables. Ce -<>ni ces principes qui réglèrent la disso-