‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 153 sur 232 · Escarra : gg, p · texte numérisé non relu

Escarra : gg, p

La bonne-main représente les avantages tirés de l'exploitation par le métayer seul: l'usage des bâtiments, les produits du jardin, la majeure partie des volailles et du laitage, le bon croit du cheptel, les bois provenanl de la taille des baies. Elle atteint parfois le i/5 du prix que paierait un fermier. Elle es! de 200 francs pour une ferme de 5o hectare-, donl 1 '1 environ en prairies permanentes1. C'est une lourde charge pour les métayers. Plusieurs demandent sa suppression, et préfèrent payer le loyer de l'habitation. A coté du Morvan, en Bourbonnais, où cette coutume sévit encore, elle vient d'être la cause de grèves agricoles très inquiétantes.

L'entrée en ferme se fait le 11 novembre, la durée des baux est en général de 9 ans, le métayer à son arrivée reçoit les terres emblavées par son prédécesseur; il trouve sur les greniers la paille et une partie des fourrages, et dans les élables. un cheptel de gros bétail fourni parle propriétaire. Ce cheptel, qui a pour but de favoriser l'enlrée en ferme, est estimé par des experts; à sa sortie, le fermier doit rendre le même nombre d'animaux, de même âge et de valeur sensiblement égale. Les rigoles d'irrigation des prés sont également visitées par le fermier entrant pendant l'hiver précédenl ; durant la semaille, il a le droit de venir vérifier la façon dont sont exécutés les travaux. De là résultenl malheureusement assez souvent des querelles et parfois des procès.

La moyenne propriété et le fermage. — La main-d'œuvre.

La moyenne propriété, assez rare en Morvan. se trouve installée sur les placages basiques de la Zone bordière. La petite propriété est demeurée cantonnée sur les gneiss granitisés, la moyenne propriété s'esl développée sur les calcaires du Rhétien et de l'Hettangien. Ces formations géologiques ont étendu à la partie orientale du Morvan les loi uns de culture qui distinguent l'Auxois et la Terre-Plaine. Ce sonl des champs de vaste ('tendue où les chaumes peuvent servir de pacage aux moulons après l'enlèvement des céréales, et où, dans lesparties basses, des prés très frais entourés de ronces artificielles, comparables parfois ;m\ embouches, nourrissent les beaux bœufs de la race charolaise.

Dan9 les contrées de moyenne culture, l'exploitation des biens

1. Pernot : / ■</. p. ■>-. Ixdouin-Dumazel : iq2, Iic série, p. 80 et Delà Boulavc : gi,

Fonciers se fait parle fermage direct. Les fermes, rares sur toute la surface du Haut-Morvan, commencent à paraître dans les vallées de la Selle et duTernin. Les communes de Saint-Prix, de Roussillon, de Ghissey-en -Morvan, inscrivent chacune six fermes et une métairie à leur cadastre. Elles sont plus fréquentes dans le plat pays de Saulieu, les cantons de Liernais cl de Précy-sous-Thil. Elles sont assez nombreuses pour expliquer la modification des groupements humains. Les populations se concentrent au bourg principal, les habitations augmentent leurs greniers et leurs écuries. Elles deviennent le centre dune exploitation agricole importante. Sur les confins du Morvan, le régime de la propriété foncière diffère peu de celui de l'Auxois et de la Terre-Plaine. Les terres qui constituent la ferme sont de qualité inférieure, de plus petite étendue (4o hectares au lieu de 80) ; mais ce sont les mêmes principes économiques qui dirigent l'exploitation.

Mais que la mise en valeur de la terre se fasse par le métayage, le fermage général ou le fermage direct, la moyenne et la grande propriété dépendent de la petite. Les propriétaires des petits héritages constituent la main-d'œuvre de toute exploitation. Ils se louent dans la localité pour la fauchaison ou la moisson à un prix ferme et déterminé, soit en argent, soit en nature. Dans le canton de Luzy, par exemple, ils reçoivent une certaine proportion des gerbes fauchées ou du foin botlelé. Beaucoup de domestiques ne sont loués que pendant la période des travaux, du Ier mars au Ier novembre. A Autun se tient, depuis le xvmc siècle, malgré la concurrence des communes de Fours et de Gordesse, en même temps qu'une foire du gros bétail, une foire dite des bêtes à pain où viennent se louer les domestiques des deux sexes '.

L'ouvrier morvandeau n'a jamais exigé de salaires élevés. En 1786, un homme fort recevait par an 90 ou 100 francs, rarement 120 francs, plus un kilogramme ou un demi-kilogramme de laine et deux ou trois paires de sabots valant de 3o à 35 centimes la paire. Une servante recevait de 3o à 70 francs, un demi-kilogramme ou un kilogramme de laine. Un manœuvre à la journée, dans le cours des travaux ordinaires, était nourri et touchait 60 à ^5 centimes. Pendant la moisson et la fauchaison, les salaires s'élevaient à 1 fr. 25. Grâce à la modicité de ces prix, le paysan du mauvais pays était très recherché dans le bon pays. La paroisse de Luccnay-1 Evêque

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