CHAPITRE X LA MAISON
Les conditions de l'habitat. — I. L'aspect extérieur : les châteaux ; la maison-type; les communs. — IL L'aspect intérieur; la cliambre ; le mobilier; l'alimentation. — III. La valeur de l'habitation.
Bien que les conditions physiques aient joué dans la construction et dans remplacement de la demeure morvandelle un rùle aussi important que partout ailleurs en France, il semble que les facteurs économiques aient eu cependant une prépondérance marquée pour le choix du lieu où s'élève la maison. La faible altitude de la contrée permet de vivre à toutes les hauteurs. Seuls, les sommets du Morvan, le Grand-Montarnu (8/17 mètres), le mont Préneley (85o mètres), le mont Beuvray (810 mètres), le Pic du Bois du Roi (902 mètres), sont inhabitables par suite de la persistance des neiges d'hiver et de la profondeur du manteau forestier. Sur la plus grande partie du massif ancien, le soleil qui pénètre facilement dans les vallées de cette topographie usée, l'eau qui sourd presque à la surface sur un sol imperméable, les matériaux qui se trouvent en grande quantité et à pied-d'œuvre permettent une dispersion complète des habitations. La chaumière morvandelle est campée partout où le sol arable est suffisant pour nourrir ses habitants, près des ouches fertiles où croissent également la pomme de terre et le chanvre; à mi-côte, entre les crêtes boisées où se font les travaux d'hiver et les bords de la rivière où s'empile la moulée, avant le llottage du printemps. L'ouche, la rivière et la foret sont les trois raisons économiques qui ont fixé l'emplacement de chaque chaumière, bien isolée, malgré l'absence, jusqu'à la fin du xixc siècle, de toute voie de communication, malgré les incendies qui s'allumaient fréquemment dans les toitures de chaume. Ces facteurs
vitaux étaient et sont restés tellement impérieux que les nouvelles demeures construites avec les gains des nourrices, les maisons de Juif, sont venues presque s accoler aux anciennes. On n'a pas trouvé d'emplacement meilleur. Là où elles se sont élevées à l'écart des vieilles chaumières, c'est que le chaulage venait d'améliorer de nouvelles terres, de créer de nouvelles facilités d'existence.
L habitation est généralement orientée de manière à avoir sa façade tournée vers le Sud, le Sud-Est ou l'Est. Ainsi exposée, elle est à l'abri des vents froids du Nord, des vents pluvieux de l'Ouest et du Sud-Ouest. Mais cette raison météorologique ne prévaut jamais contre la raison économique. Bien que les vents d'Ouest et du Sud- Ouest dominent dans la contrée d'Ouroux, un grand nombre de maisons y font face, par nécessité de se tenir à proximité des ouches plus fertiles. Dans ce cas, les pignons exposés aux vents de pluie sont recouverts de planches de châtaignier.