‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 182 sur 232 · L'ASPECT INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

L'ASPECT INTÉRIEUR

surtout avec trois livres de pain par jour, et ils ne boivent que de l'eau claire '.

Longtemps le Morvandeau n'a eu d'autre boisson que l'eau claire des ruisseaux, ou le breuvage résultant de la fermentation des fruits sauvages, le pourriau et la mâcre. Ce n'est qu'aux grandes fêtes qu'il se risquait à boire du vin. Dbun-les-Places fut longtemps l'un des principaux marchés de la région. La partie assise sur la rive droite de la Cure dépendait de la Bourgogne et du bailliage d Avallon ; le vin n'y payait pas d'impôt : la partie sur la rive gauche dépendait du Nivernais et de l'élection de Château-Chinon ; le vin y était imposé. C'était le pays des Iverniches ou Mverniches (provenant de Nivernistes). Ils traversaient souvent la rivière pour aller boire2. Aujourd'hui, le marché principal des vins de Bourgogne se trouve à Château-Chinon. Mais malheureusement le Morvandeau s'adonne de plus en plus à la goutte. Il absorbe jusqu'à cinq et six rations d'eau-de-vie tous les jours. Chaque hameau possède un ou plusieurs cabarets, et le vieux proverbe semble abandonné qui disait3 :

Arzent économisé à boire Met du linze dans l'armoire.

Cette progression constante des cabarets est une conséquence de l'industrie des nourrices. Si l'or ramené de Paris a su modifier complètement et heureusement l'intérieur morvandeau, il a malheureusement fait disparaître la sobriété du paysan. Dans l'armoire à glace se cachent souvent, au milieu du beau linge, des bouteilles d'anisette et d'absinthe.

Quoi qu'il en soit, on rencontre maintenant dans ces montagnes que le manque de chemins semble tenir à l'écart de la civilisation, un confort que bien des pays riches ne présentent pas et ignoré par les ouvriers des villes. Ces intérieurs riants s'accroissent sans cesse ; chaque petit parisien accordé à une nourrice morvandelle, une « bourguignotte », vaut une pièce ou un ameublement de plus à quelque bâtisse des Settons ou du Grand-Montarnu. Bientôt, les meubles nouveaux jurent dans la vieille chaumière et la maison moderne s'élève avec des commodités plus grandes, avec un souci plus évident des lois de l'hygiène les plus élémentaires.

i. ArJouin-Dumazft : igz, ire série, p. >'i- ■>.. A. Billaud : iq5, p. 96.

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