II. — LA VALEUR DE L'HABITATION
Construite en bons matériaux par des ouvriers compétents, généralement venus des marges, et plus intelligents que les habitants du pays, la nouvelle demeure coûte, avec ses annexes: étables, granges, ateliers, de i ooo à 6 ooo francs '. Toutes choses égales d'ailleurs, elle revient plus cher dans les petites villes que dans les campagnes ; la mémo maison, qui vaut à Saulicu 5 ooo francs peut s'établir pour 3 ooo dans les autres communes du canton'; elle revient plus cher encore près des marges calcaires où la pierre de taille est employée que dans le Haut-Morvan, où 1 on utilise les pierres des champs. Mais, telle qu'elle est, elle représente pour le Morvandeau un dur sacrifice.
La maison est faite pour le jeune ménage qui a quitté le toit paternel après son mariage. Mais il arrive presque toujours qu'une fois l'œuvre achevée, le nouveau couple quitte le pays, pour retourner servir dans quelque grande ville et regagner l'argent dépensé en construction. Cette absence varie de l\ à 6 ans.
Il est plus difficile de dire ce qu'a coûté la vieille chaumière. Les matériaux étaient à pied-d'œuvre et la main-d'œuvre à bon compte diminuait le prix de revient. D'après la coutume des communautés taisibles3 qui les ont construites, tous les parsonniers étaient tenus de s'entraider. La famille fournissait, outre son travail, les bois de charpente et la paille pour couverture. La maison était bâtie pour et par le jeune ménage qui quittait la communauté pour aller l'habiter. La famille dispersée, elle restait abandonnée. Dans les ventes de petites propriétés, les vieilles chaumières étaient toujours comptées pour peu de chose. Une maison, une grange et un pré sis près d'Autun sont vendus en I2q4 pour io livres tournois'. Une maison de Saulieu à la même époque est comptée 35 livres de Vienne ". En 1704, trois maisons à l'usage de métairies à Villiers (commune de Toulon-sur-Arroux) qui rapportaient 3 liv. i5 s. de rente, ont été vendues 3oo liv.". Aujourd'hui, il ne semble pas