Ministère de l'Intérieur
[\. De Foville : 1O1, I, p. X.LV111.
trasle notable avec les maisons des marges calcaires. Dans l'Auxois et le Bazois, avec ses bâtiments construits de calcaire blanc, couverts de tuiles rouges, surélevés d'un étage où s'empilent les grosses récoltes de fortes terres, avec ses écuries où s'aligne un bétail nombreux, les resserres où se range un matériel agricole de premier ordre, l'habitation du paysan est un outil merveilleux pour l'exploitation de la grande culture et de 1 élevage. Dans la Côlc-d'Or et le Maçonnais1, avec ses celliers spacieux, ses ebaix imposants, l'habitation du vigneron, composée d'un rez-de-chaussée surélevé d'un étage et d'un grenier, toute luisante de propreté, respirant le bien-être, donne la forte impression de la gaie et vineuse Bourgogne. Tout autre est l'aspect de la maison du Morvandeau. « Privée de la belle pierre de taille qui imprime même aux plus humbles demeures un air d'aisance, la vieille maison du Morvan, celle que les progrès de la richesse font chaque jour disparaître, mais qu'on retrouve encore çà et là, a un aspect uniforme et sauvage. Basse et presque ensevelie sous son toit de chaume, elle dit ce que fut longtemps la condition de l'homme dans ce pays arriéré de terres froides'1. »
i. Gallois : 2i:>, p. 445 <'t île Foville : 161, I, p. i54 el 343, el II, p. 218. 2. Vidal de la Blache : i8q, p. n4 et V. Petit : 17g, p. 165-167 et 179.
I. Le rôle de la forêt clans les peuplements ; colonisation des Romains, des abbayes, des châteaux. — II. Les villages et les hameaux : la répartition, les emplacements, l'aspect intérieur. — III. Les villes.
Sur une carte, le système des peuplements éparpillés du Morvan apparaît comme une tache plus sombre au milieu des agglomérations concentrées des marges calcaires. A l'Ouest sur les embouches du Bazois ; au Nord et à l'Est sur les terres fertiles des Terres-Plaines et de l' Auxois ; au Sud dans la cuvette industrielle dWutun et sur les grandes exploitations du Charolais, les populations se sont réunies au bourg ou groupées dans les fermes et les usines. Le hameau est presque inconnu. Les habitations passent sans transition de la concentration la plus grande à l'isolement le plus marqué. En Morvan au contraire, à part quelques exceptions sur la Zone bordière, faute de grandes étendues cultivables, faute d'un sous-sol utilisable, la grande culture et la grande industrie sont impossibles. Par suite de la diffusion et de la variété des fermes agricoles, le village se pulvérise en hameaux. Le hameau est l'unité de culture et le mode le plus usité de l'agglomération1.
L'agglomération est avant tout fonction du défrichement de la foret. La marche boisée qui s'étendait jadis de la Saône à la Loire a joué longtemps le rôle d'isolatrice entre les populations. Elle a séparé les courants humains. « Elle a servi de cadre aux embryons de sociétés par lesquels a préludé la géographie politique2. » Plus tard, les populations flottantes du royaume s'y sont attaquées. Mais soit
i. V. de Foville : 161, I. p. x ; Levasseur : iGç), I, p. 433 et Lennel : 28, p. 7. 2. Vidal de la Blaclie : /8g, p. 33.
qu'elles fussent conduites par les abbés ou les seigneurs, soit qu'elles pénétrassent la sylve médiévale de leur propre mouvement, elles furent obligées de s'associer pour se défendre contre les fauves et pour exploiter un sol que l'écobuage pouvait seul amender. En Morvan. l'évolution des agglomérations a suivi pas à pas la conquête de la forêt. D'autre part, pour utiliser toutes les infimes parcelles de la terre arable, il fallait (pion se séparât pour subsister. Si une agglomération tentait de s'établir sur le massif ancien, les choses les plus indispensables à L'existence manqueraient aussitôt. Seuls les petits peuplements, dont chaque famille presque élève sa demeure auprès d'une nouvelle terre conquise, ont chance de réussir, et il y aura parfois de longues courses à faire entre les groupements les plus proches.