Bogros : 201, p. kk
période, les enfants n'étaient pas surveillés ; ils étaient soumis aux soins barbares de la ramasseuse ou accoucheuse. Il n'était pas rare de rencontrer des petits chétifs, recevant plus de coups que de nourriture, Il y a 5o ans, l'école n'ouvrait ses portes qu'aux enfants de huit ans et pendant l'hiver seulement. Eloignée des plus extrêmes chaumières de la commune par des distances épouvantablement
longues à franchir, il fallait pour y parvenir s'engager au milieu des chemins que rendait impraticables la rigueur de la saison'. Dans les années qui suivirent, les législateurs réglementèrent les soins donnés à l'enfance. Les écoles s'ouvrirent dans un plus grand nombre de hameaux. Les bienfaits de la loi Roussel furent évidents.
En môme temps que l'instruction se répandait, la croyance dans le pouvoir des sorciers, dans la science des ramasseuses était moins grande :
l'hygiène s'améliorait. De 1871 à 1891, la mortalité diminuait.
Sur 708 décès, constatés de 1820 à 1880', 9/4, soit plus de 1/8 se rapportent à des individus de 70 à 90 ans. Si l'on défalque du nombre total les 367 décès survenus avant la 20e année, on constate que plus du \/l\ des sujets parvenus à l'âge adulte avait dépassé 70 ans. On a cité plusieurs centenaires à Chaumard, Sainte-Péreuse, Villapourçon... A Quarré-les-Tombes, à Saint-Léger, à Marigny, à Chézelles, il y a beaucoup moins de malades, de décès et bien plus de vieillards
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Lie. l\2. — Schéma de la mortalité morvandelle3. (Échelle: 1/1600 000e.)
1. Devilerdeau : ao6, p. aa : Bidault: /j'>; D' Legendre: r66e\ t6j et Dr Monod: 176. a. Hervé et Hovelacque : i63, p. 221-222. 3. D'après Turquaa : /#/, p. 79.
que dans les villages situés dans les communes réputées les plus saines des bons pays. Quand la mortalité en France depuis 1800 décroît de 4/ioooes, en Morvan, elle a diminué de i5,8/iooo's. Cependant la mortalité y est encore plus forte que sur les marges environnantes. Seul, le canton de Lormes est moins atteint, parce que l'industrie des nourrices exporte moins de sujets (fig. /42V Actuellement, les conditions sanitaires ne sont pas notablement inférieures à ce qu'elles sont sur le reste du sol français. Chaque ménage a une moyenne de 2 enfants et demi, ce qui porte l'effectif de chaque famille à 4,5 \ moyenne de la France à quelques centièmes près. La durée de la vie (38 ans 4) est supérieure à la moyenne française (29 ans 1 1).
Les statistiques démographiques, si elles n'enregistrent pas l'augmentation de la population, n'expliquent pas non plus sa décroissance. C'est dans les mouvements humains qu'il faut en chercher les raisons.
L'Émigration.
Au xixe siècle, les déplacements des populations sont subordonnés au moindre progrès industriel. La concentration des habitants dans quelques parties de Saône-et-Loire au détriment des autres est le fait de la métallurgie qui s'est implantée dans le bassin du Creusot, de l'exploitation des mines groupées autour d'Autun et de Montcenis. Mais, sur le massif ancien, les migrations des habitants n'ont pas été décidées par les grands faits économiques du xixe siècle. C'est un phénomène qui a toujours existé. Sans capitaux, sans industrie, possesseur d'une terre ingrate, le paysan était obligé de chercher au dehors le supplément de ressources indispensable à la vie de la famille et qu'il ne pouvait trouver sur place. De tout temps, le Morvandeau a été un migrateur. Mais, au contact de la civilisation, l'émigration, qui n'était que temporaire, tend à devenir définitive.
« Dans le temps que je demeurais au château de mon père, écrit Restif de la Bretonne, tous les ans, à l'automne, il venait une foule de garçons et de filles des montagnes du Morvan pour faire les ven-