‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 214 sur 232 · Turquan : 187, j · texte numérisé non relu

Turquan : 187, j

danges. Car, quoique le Morvan soit au milieu de la Bourgogne, vous savez qu'il n'y vient pas de vignes, parce qu'il est trop froid. Les filles du Morvan sont pour la plupart grandes, fortes, bien faites et sages. Mais si libres en paroles qu'on les prendrait pour libertines. Les garçons n'ont pas d'agrément dans la ligure ; on leur voit pour l'ordinaire des cheveux crépus, mais ils sont forts, tenaces, et ne manquent pas d'esprit '. » Les migrations temporaires de vignerons sont plus rares \ Quand les travaux de la moisson n'ont pas été assez rémunérateurs, les Morvandeaux descendent parlois faire la vendange dans l'Avallonnais ou le Semurois, mais plus généralement ds demeurent près de leurs terres, ils ne s'aventurent plus sur la Côted Or dans le domaine des grands crus de Bourgogne. Le Morvan est surtout producteur de main-d'œuvre agricole. Les dillérences d'altitude et de climat entre les bons pays et le mauvais pays, la diffusion extraordinaire de la petite propriété, permettent au paysan d'entretenir ses cultures et de se louer au moment des grands travaux agricoles, pour la fenaison et la moisson, dans le Bazois, l'Auxois et la Terre-Plaine. C'est une coutume ancienne. Dans l'enquête de 18113 , le préfet de la Nièvre signalait que des ouvriers de l'arrondissement de Cbàteau-Chinon émigraient tous les ans à l'époque de la moisson. Ils n'étaient guère absents plus de deux mois et rapportaient chacun a5 à 3o francs d économies. Ils travaillaient surtout dans les départements de l'Allier, de la Côte-d'Or cl de Saône-et- Loire. Le préfet de la Côte-d'Or rapporte que 200 travailleurs agricoles du canton de Saulieu, 60 de celui de Scmur-en-Auxois (communes morvandelles de Toutry et de Vieux-Château) se répandent tous les ans en Saone-et-Loire et jusqu'en Seine-et-Marne pour v gagner moisson. Ceux de Semur qui vont le plus loin partent (ii mai et reviennent en septembre. Ceux du canton de Saulieu, qui ne quittent pas les abords du Morvan, partent en juin pour la fenaison et rentrent chez eux en juillet travailler leurs champs. Ils retournent faire la moisson en août ou la vendange en septembre, et regagnenl définitivement le pays en octobre. Les travailleurs de la Côte-d'Or rapportent un peu moins (pie ceux de Saônc-et-Loire : 1 ô à 20 francs. Cette coutume a persisté. Actuellement encore, plus de i5o habitants, dans le canton de Ghâteau-Ghinon, se rendent deux ou trois fois par an dans les bas-pays pour se louer au moment

1. Roslif de la Bretonne, éd. Lomrrrr : Paris, an III, p. 72. a. \nJouiii-Duma/.r-l : tga, \\\' B6rie, p. 87. 3. Arcli. N>« : F10 434 et /|35 et Bogros : 200.

des travaux agricoles. Le recrutement de la main-d'œuvre agricole a fait la fortune de la Saint-Ladre, la grande foire d'Autun. Les propriétaires des grandes exploitations des marges calcaires sont assurés d'y trouver à bon prix les ouvriers qui leur font défaut. La modicité des salaires demandés par les Morvandeaux est cause que bien des terres du Bazois, du Cliarolais et du Haut-Bourbonnais sont encore privées des macbines agricoles que l'on rencontre plus loin dans des fermes moins importantes. Cependant, en 190G, les habitants du massif ancien ont haussé leurs prix. Une grève agricole, qui sévit encore en Bourbonnais, s'en est suivie. Les propriétaires ont acheté des machines, faucheuses et moissonneuses. Cette crise peut avoir, par la suite, une grande répercussion sur les mouvements humains.

Ces migrations saisonnières se distinguent des déplacements semblables des populations alpestres en ce qu'elles ne se font jamais sur des territoires possédés en commun et à des altitudes successivement plus élevées, mais bien en descendant vers les bas-pays sur les biens exploités par d'autres propriétaires. Celles-là sont réglées par l'accord d'une collectivité, celles-ci sont le résultat d'un contrat individuel. Du i5 octobre à fin décembre, le Morvandeau demeure au village, cultive son ouche, ensemence son champ, ététe ses haies. En janvier et février, il monte en foret ; il se livre aux Iravaux d'abatage, d'écorçage, de charroyage. En mars et jusqu'au t5 avril, il descend à la rivière pour l'empilage et le flottage de la moulée. En avril et au commencement de mai, il va dans les marges pour les labours de printemps et la fenaison. Il remonte ensuite en Morvan pour les mêmes travaux et descend en plaine, jusque vers le •20 août, pour y gagner moisson. En septembre, de retour au pays, il récolte ses maigres céréales, et si d'aventure l'année a été mauvaise, il redescend une troisième fois dans les bas-pays chercher quelques ressources dans les vendanges (fig. ^3).

C'est surtout comme bœutier que vaut le Morvandeau ; comme tel il est fort recherché des grandes usines de Seine-et-Oise, du Nord et du Soissonnais \ Souppes, Senlis, Gonesse, Coubert, sont peuplés de Morvandeaux. Le valet de bœufs qui gagne 5oo francs sur place se loue pour un an 700 à 800 francs quand il s'expatrie. C'est ce qu'ils appellent aller en Picardie avant de prendre femme, de se mettre en ménage. La Picardie, ou Pays-Bas, pour l'habitant du Haut-Pays, commence là où finit le Morvan: Auxerre, Troyes,

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