‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 216 sur 232 · l'.i'm: rg8, p · texte numérisé non relu

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a. Dupin: 207, p. 39; ^rdouin Dumazel : rga, XXV» série, p. 95 et Baudiau: ig4, '

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Actuellement, le développement des voies ferrées a considérablement diminué et modifié le métier des gai vachers. Cependant ils existent encore à Anost et à Gien-sur-Cure. Ils partent tous les ans en mars, et reviennent en novembre. Généralement, ce sont les employés d'un propriétaire de bétail qui fait cette exploitation en grand: un seul possède plus de 5o paires de bœufs. Les attelages sont envoyés au loin, dans un pays où l'élevage n'est guère prospère, jusque sur le plateau de Langres ou en Lorraine. Ils entreprennent les transports et les travaux des champs. Une paire de bœufs s'y loue 12 ou i5 francs par jour. Très habiles, très économes, les conducteurs, quand ils doivent rester sur place, louent un pré et y installent leurs bêtes à la rentrée du travail. Très solides, ils vivent rudement. Ils ne se payent une ribote qu'au retour. La commune de Yendenesse a la spécialité de ces agapes. Autant que possible, les bœufs sont vendus dans le voyage, et d'autant plus cher qu'ils sont dans un pays où ils font défaut. Ceux qui reviennent au pays sont liquidés en décembre à la foire d'Anost où les emboucheurs viennent les chercher poulies engraisser dans le Bazois. Le bénéfice net d'un attelage de gai vachers peut atteindre des prix élevés: plus de 800 francs.

Les travailleurs agricoles, les galvachers, ne sont que des émigrants temporaires. Ils rentrent presque toujours au pays l'année même de leur départ. Les nourrices font des déplacements beaucoup plus longs. Certains même deviennent définitifs. L'élevage humain a été pendant longtemps, dès l'ouverture du réseau routier, la plus grande industrie du Morvan, plus encore, peut-être, que l'exploitation et le flottage des bois l. En 1 861 , duns le seul canton de Montsauche, 2 884 femmes avaient accouebé, 1 897 partirent pour Paris comme nourrices2. Ace moment, les filles-mères trouvaient plus facilement à se marier que les femmes légitimes, car leur fécondité était certaine et leur rapport immédiat. L'âge moyen de l'enfantement était pour la fille-mère de 23 ans 1 1 mois, pour la femme mariée de 28 ans 1 mois*. La loi du 23 décembre 1874 à laquelle la brochure violente, mais justifiée, du l)r Monod ne fut pas étrangère, a lait cesser un trafic honteux et a réglementé une profession qui ramène au pays un peu de bien-être. L'allure massive de la lemme morvandelle, sa poitrine solide, son sein arrondi, plat, à base large, indices (rime bonne laitière, lui ont valu d'illustres clients, le Prince

1. Vrdouin-Dumazet : iga, lre série, p. 3i et \. Billaud: /.<;•'. p. n3.

■a. I >' Monod : 17G.

'.'>. Turquan : 188, p. g5.

Impérial entre autres. Actuellement, elle est encore très recherchée'. Le Morvan nivernais envoie à Paris plus de 200 sujets par an. Alligny-en-Morvan, Moux, Ouroux, Saint-Aignan, Saint-Brisson et, généralement, tout l'arrondissement de Montsauche, sontles communes où cette industrie est le plus florissante2. La nourrice rapporte de son séjour à Paris un petit capital de 12 à 1 800 francs. Si elle fait deux ou trois séjours, ce qui est la généralité des cas, c'est 3 000. 5 000 et 6000 francs qu'elle peut économiser. Avec le premier apport, on fait construire un commencement de maison, on achève avec le second, on meuble avec le troisième. Ce sont les bons côtés de ces déplacements. Malheureusement, toutes les nourrices ne rentrent pas au pays. Il en est qui demeurent dans les grandes villes, retenues par les facilités d'existence. Elles y attirent leurs maris et leurs parents. Le rêve de tout Morvandeau actuellement, c'est d'être domestique à Paris ou d'y trouver un petit emploi. Il y a 20 ans, le maire de Chàteau-Chinon-Campagne célébrait 25 à 3o mariages par an, et toutes les nouvelles familles restaient dans la commune. Actuellement, il ne célèbre plus que dix mariages par an et à peine reste-t-il une famille dans le pays. L'industrie des nourrices a été le début de l'abandon des chaumières. A l'origine de ces migrations, les Morvandeaux temporairement privés de leurs femmes louaient leurs terres à bas prix, se rendaient l'hiver en Bresse et dans le Bourbonnais pour couvrir les chaumières, s'installaient l'été comme manouvriers ou comme maçons dans les grandes villes et même à Paris3. Mais la « nourriture » finie, les deux époux se retrouvaient au pavs, la famille se reconstituait sous le toit de la nouvelle demeure, construite avec les économies communes. Le Morvandeau aimait son endroit, son clocher, son maïon*. Aujourd'hui, parti pour quelque temps, il se fixe définitivement hors du Morvan, soit que. n'ayanl pas réussi dans sa nouvelle vie, il ait honte de revenir au pays, soit qu'il trouve par le travail et auprès d'une colonie de Morvandeaux le souvenir des anciennes coutumes et une existence plus facile. Comme les habitants des Alpes, expatriés en Amérique, appellent auprès d'eux leurs compatriotes, de même les habitants du massif ancien se groupent dans les contrées où ils émigrent. La chocolaterie de Aoisiel occupe plus de deux cents Morvandeaux amenés successivement par le mari d une nourrice qui avait été employé a

1. Blin : ig8, p. -S ; Dr Baillv : 1 j:>. p. 10 ; Bidault: i45 et Dr Legendre : 166 et t'Jy .

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