Morton-Fulh rton : 228, p
2. Diagrammes établit d'apri - les 1 biffrea d'Hovelacque ( /'>'.'»'), jusqu'en [890, '•! d'apri li •» renseignements recueillis dans le pays pour les dernières années.
Vrdouin-Dumazct : iga, XXV* série, p. 11 <-l .'10.
pour le Morvan esl de [8,4 pour ioo, la différence ne peutavoir été comblée, pour la plus grande partie, que par l'immigration (fig. \\ .
L'Immigration.
Les habitants sont, à dé raies exceptions près, uniquement de race française. A part quelques Suisses et Italiens, manœuvres des travaux des roules et des chemins de fer, attirés par la modicité de l'existence et qui se sont fixés définitivement autour de Château- ( 'binon, les étrangers sont demeurés sur les rebords du Morvan, dans les villes d Autun ou Avallon. L'immigration temporaire ne s'implante guère définitivement sur le massif ancien. En dehors des immigrants venus du Bazois et de l'Avallonnais pour occuper les emplois auxquels le Morvandeau est malhabile, dans les hôtels, les cafés, les transports et le petit commerce, et qui rarement ouvrent boutique dans une petite ville avec leurs économies péniblement amassées, les ouvriers venus en Morvan passer la saison du travail retournent chez eux dès qu'ils n'ont plus rien à gagner.
L'obligation de ne mettre que très tard les ouvriers dans les bois, la multiplicité des travaux auxquels se livre le paysan morvandeau, a toujours imposé aux adjudicataires des grandes coupes la nécessité d'introduire une main-d'œuvre étrangère. En outre, le Morvandeau n'a jamais été que bûcheron ; il ignore les travaux secondaires de la forêt. Dans le recensement de 1 8 1 1 ', le Préfet de la Nièvre accuse l'arrivée annuelle dans l'arrondissement de Chàteau-Chinon de i5o scieurs de long venus de la Creuse, du Puy-de-Dôme et de la Loire, vers le i5 mars; et leur retour vers le i5 décembre avec un bénéfice annuel de 35o francs ; le Préfet de la Côte-d'Or, celui de Saône-et-Loire, fournissent les mêmes indications. Cette immigration n'a pas déchu. Dans le canton de Saulieu, le travail d'hiver est exécuté, dans les bois, par des bûcherons venus du Puy-de-Dôme. Le canton de Lormes possède /jo habitants bûcherons de profession, mais environ oo charbonniers et tailleurs d'écorce viennent tous les ans de Brinon, la Chapelle-Censoir, Glamecy, achever la mise en valeur de la forêt.
Un mouvement du même genre est le fait des maçons. Les pièces d'archives, au début du xix'' siècle, signalent leur arrivée en mars et leur séjour en Morvan pendant le printemps et l'été. Ils retour-
i. Arch. Ni- ; F20 434 ,.t /j35.
naient à leur pays d'origine, la Creuse, la Haute-Vienne et le Cantal avec les premières pluies de l'automne. Chaque département en recevait plus de 5oo. Le canton de Saulieu, où les maisons sont plus importantes grâce à la présence du calcaire dans le sol, en occupait vingt pour sa seule part. Dans le Haut-Morvan. la contraction des chaumières étant surtout l'œuvre des parsonniers, les maçons étaient moins demandés. Actuellement, ils sont plus employés que jamais à 1 élévation des nouvelles demeures construites avec les économies des nourrices. Dans les villes, il n'est pas de maison à plusieurs étapes qui ne soit leur œuvre. Les chaudronniers du Cantal, les ramoneurs de Savoie, quelques pionniers italiens complètent la série des immigrants temporaires. Tous les ans ils augmentent leur avoir au détriment des habitants du massif ancien : ils ne s'\ fixent jamais.
Les enfants de l'Assistance publique, les Petits-Paris sont, pourla population du Morvan, un apport très sérieux. Le premier convoi des pupilles de la?»eineà destination deLormes remonterait à 1807'. C'est surtout vers i85o que le mouvement se dessina. Les nourrices qui rentraient au pays ramenaient le plus souvent un nourrisson. Plus tard, les conducteurs d'enfants devinrent plus nombreux. Ce fut un métier de faire voyager les enfants en bas âge de la capitale au massif ancien. En igo3, l'assistance publique a envoyé dans le Morvan 1 o-'\ enfants, répartis entre huit centres de surveillance : Avallon, i38; Chàteau-Chinon et Monlsauchc, 177 chacun ; Etang-sur-Arroux, 102 ; Lormes, 96 ; Luzy, i!\~: Moulins- Engilbert, io5 : Quarré-lcs-Tombes. 34 ; Saulieu, 98. On peut estimer à 8 700 individus la population actuelle des Petits-Paris répartis dans le Morvan. L'effectif total des envois monterait à 20000 environ'. Les bénéfices de la garderie comprennent 18 francs par mois pour la vèture : au total 216 francs par entant et par an. Ils expliquent les démarches laites auprès des pouvoirs publics pour en posséder le plus grand nombre possible. Il est des familles plus favorisées qui élèvent deux et même trois enfants assistés. Plus de 55 000 000 de francs sont entrés en Morvan du fait de l'Assistance publique.
Au début, la mortalité était enrayante : 70 à 80 pour 100 des petits ramenés succombaient3. Dans une seule commune, Montreuillon, huit enfants mouraient en huit jours par suite des fatigues du
1 . annuaire statistique de la Ville de Paris: 8(1. ■j. Ardouin-Dumazet : iga, I" série, p. 33 el 30.
voyage. Les nourrices parties pour Paris laissaient leurs enfants aux soins des voisins ou des grands-parents. En 7 ans, dans le seul canton de Montreuillon, 44o, enfants périrent faute de soins. La mortalité était de : iG pour 100 sur les nourrissons du pays ; 33 pour 100 sur les enfants assistés ; G5 pour 100 sur les nourrissons ramenés de Paris. Depuis que le service des enfants assistés a été réglementé dans la Nièvre, la mortalité est descendue au-dessous de la moyenne de celle des enfants français qui est de 10, 16 pour 100. En 1888, pour un total de 3879 enfants protégés et assistés au début de l'année, il y avait, au 3i décembre: 2 3oi enfants au biberon, 957 au sein. 379 sevrés, 2A2 décès, soit une mortalité enfantine de 6 pour 100 environ '.
Les soins que les familles prennent des enfants qui leur sont confiés ne diffèrent en rien de ceux dont elles entourent leurs propres enfants. Certains, parvenus à 1 3 ans, au moment où leur travail doit être rémunéré par l'employeur, ne quittent qu'à regret les braves gens qui les ont élevés et qui ne peuvent les payer. C'est à ce moment que les légitimations se font les plus nombreuses. La prime, qui varie de 5o à 100 francs, favorise beaucoup les actes de reconnaissance publique. Plusieurs de ces enfants reconnus plus tard par leur vraie famille, refusent de quitter le Morvan et de retourner à Paris. Ils reviennent après le service militaire, se marient sur place et y font souche. On célèbre dans le canton de Quarré-les-Tombes, environ dix mariages par an où les conjoints sont d'anciens assistés. Toutes proportions gardées, ils émigrent moins que les Morvandeaux pur sang. Il y a dans chaque commune une moyenne de 10 pour 100 de noms qui ne sont pas de provenance morvandelle. Les anthropologues croient ce mouvement d'immigration assez important pour décider une modification de la race2. Cependant, il n'est pas encore assez fort pour arrêter le dépeuplement du massif ancien.
La décroissance de la population morvandelle, essentiellement agricole, n'a pas les mêmes causes que le dépeuplement des autres agglomérations agricoles de la France. Ailleurs, les chemins de fer ont introduit jusque dans la dernière des communes les produits bon marché des grandes usines, et le paysan a été obligé de chercher hors de son village les ressources complémentaires que lui fournis-