‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 6 sur 232 · élain : ~>4, p · texte numérisé non relu

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tels sont: Gros-Mont, la butte de Montmarte, la butte de Bard-les- Epoisses. la huile de Champ d'Oiseau, la Montagne de Sainte- Colomhe. le Mont-Saint-Jean, la Montagne de Sussey. Les autres ont des aspects ruiniformes, quand des plates-formes de calcaire h entroques, seules subsistantes, couronnent de leurs escarpements les grands talus constitués par les marnes du Lias. Ce dernier type est celui • les collines au Nord-Est de Senmr-en-Auxois. delà huile de ïhil-en- Vu\(»i- et de la Montagne, des mouvements de terrain de Fontangy, de Marcilly, de Vouvres (près la colline de Sussey). En certains points, la plate-forme se réduit à dc± ilôts (tasselots) découpés par les têtes de vallées des affluents de l'Arroux et de l'Armançon1. Ils apparaissent de loin comme les remparts d'antiques citadelles et laissenl dans leurs intervalles de profondes trouées où se développent largemenl les terres limoneuses au-dessus du Lias moyen. Mais toujours, le paysage esl formé par des lignes horizontales, pardestables, par des plateaux, sans accidents violents, sans reliefs trop rudes, sans sursauts (pi. I). Sur ces accidents déchiquetés par l'érosion, au niveau basique des marnes du ciment de Yass\ . certains, malgré la hauteur, de ne pas manquer d'eau, se sont établis les gros villages oppida : Vézelay, Vnnay-la-Côte, Flavigny et le plus célèbre d'entre eux: Alise-Sainte-Reine, autrefois Alésia2.

Dans l'économie agricole, le contraste n'esl |>;is moins grand. La \ igné pr< >spère sur les calcaires marneux du Bathonien, la forêl esl implantée sur les gneiss. Bazoches, dans sa partie bourguignonne compte .'!ô hectares de vignes et, dans sa partie morvandelle, 5q5 hectares de bois. Les ceps augmentent progressivement vers l'Ouest. Vézelay possède 'i i hectares en vignobles, le tiers de sa superficie agricole. C esl déjà I aimable et vineuse Bourgogne, hou pays où « toutes les villes mettenl des pampres dans leurs armes, où tout le monde s'appelle père ou cousin, pays de bons vivants el de joyeux noëlsd ».

La Tcrrc-Plainc.

Les calcain- ;*i gryphées arquée s, momentanément interrompus par les marne- du Bathonien, réapparaissent sur la bordure du Mor- \an ;i hauteur de Domecy-sur-Cure. Ils se continuent, sans interrup-

i . < .' Barré : i, p. C

» ï ii : .'/î, p. .").

■ '• Michelel : Tableau de la France, II, p. i5i.

tion, au Nord cl à l'Est jusqu'à FArroux. Dans l'Ouest, entre Cure et Cousin, ils sont resserrés par les calcaires bourguignons et la granulite morvandelle qui supporte par places les argiles rutilantes el les arkoses du Trias. Ces formations sont aussi compactes el aussi imperméables que le substratum éruptif sur lequel elles reposent. Les failles qui les séparent des terrains les plus malléables du Lias inférieur sont encore le signal de changements profonds dans l'architecture et l'exploitation du sol. Passant des granulites et des roches triasiques aux calcaires, les formes tourmentées font place à des plaines ondulées, les vallées contournées et resserrées s'élargissent brusquement ; leurs pentes abruptes, hérissées de rochers à pic précèdent des plateaux faiblement inclinés \ A Pierre-Perthuis, à Pontaubert, les tapis d'alluvions s'amincissent en même temps que les vallées s'étranglent. Les rivières morvandelles bondissent dans des étroits, des cascades et des crots, tandis qu'en aval, les eaux s'écoulent lentes et calmes entre les rives bourguignonnes basses et qui se raccordent, par une pente régulière, au pied des coteaux voisins. Les bois deviennent rares et sont remplacés par de riches cultures. La fougère à l'aigle, la digitale rouge, le genêt ont complètement disparu. Les sommets des coteaux s'éloignent du fond de la vallée au moment où la culture de la vigne s'y développe. Les communes de Ménades et d'Island inaugurent la série des agglomérations sises en partie sur le Lias, mais aussi sur le Trias et la granulite ; elles sont à la fois agricoles à l'Ouest, forestières à l'Est, participant des deux pays.

Au Nord de Pierre-Perthuis, entre les plateaux calcaires nus et pelés de la Bourgogne, et la bordure granulitique sombre et boisée du Morvan, le calcaire à gryp/iées arquées se développe sur de vastes étendues. C'est la Terre-Plaine. C'est la meilleure limite du massif ancien. Cette dépression placée en contre-bas des sommets les plus liauts du Morvan et au-dessous des points culminants de la Zone des Buttes-témoins a pour effet, au Nord au moins, de permettre à la vue de s'étendre jusqu'aux collines les plus élevées du Haut-Morvan. Vue de la crête des plateaux calcaires, la différence entre l'Avallonnais et le massif ancien est insensible2. Les terres labourées de la plaine montent lentement vers le Sud, pour rejoindre sans brusquerie les sombres forêts du Bas-Morvan. Le clocher d'Avallon,

i. V. Petit : iyg, p. xm et xix. Sur le Trias dans le Morvan : V. Moreau : ia, p. 3o, el 43, p. 220.

2. Vélain : 53, p. 26. La difficulté de délimiter le Morvan au Nord avait déjà été signalée par Dufrénoy et Élic de Beaumont : //, II, p. 279.

qui pointeau milieu du paysage, marque la variété de deux faciès économiques niais non pas la solution de continuité entre deux topographies dissemblables. Le Morvan, dit un proverbe Local, commence à la tour de l'horloge d'Avallon. La surface est tellement égalisée que la partie Nord-Esi du Bas-Morvan, les pays de Rouvray, de Précy-sous-Thil sont plutôt soumis au climat des terres-plaines. Les vents du Nordy sont pins fréquents que les vents d'Ouest qui soufflent presque toute l'année sur la majeure partie du massif ancien. I) ^.nnay-la-Côte, de \ assj . du Signal, de Mont-Robert, on cherche vainement le Morvan. 11 faul cire dans les gorges du Cousin pour le connaître. Sur les rives escarpées, la forêt commence. Entre Avallon et Précy-sous-Thil, la limite du massif ancien se trouve constituée par la différenciation des faciès économiques. Elle commence avec la ligne qui marque sur la rive droite du Cousin le décapage des sédiments liasiques. Cette limite tend à remonter vers le Nord au fur et à mesure que l'érosion met à jour la granulite, diminue l'étendue des terres-plaines et modifie la vie agricole delà région.

Partoul où s'étendent les calcaires à grypfiées arquées, se développent les bonne- terres de mâchefer. A E taules, et surtout à Epoisses, ce limon ferrugineux, gris ou noirâtre, chargé de limonite, atteint sa plu- grande épaisseur et supporte les plus belle- moisson- de la région. « On dirait, dil Courtépée, que le Morvan fait la séparation <lc^ enfants d'Israël et de ceux d'Edom. Les uns jouissent vraiment de la graisse de la terre, el les autres semblent n'en avoir que la rosée. La nature a traité les premiers en mère et paraît ne regarder les autres qu'en marâtre-1.» Dans l'Est des gneiss granitisés là oii une inclinaison plus forte des couches el une érosion plus vigoureuse mil amené à la surface les marnes micacées du Lias moyen, les champs alternent avec les prairies. C'est le pays d'élevage où se transforment avant d'être envoyées à Pans, les petites races de bœufs el de chevaux du Morvan. Le paysan des terrespli !S oppose aux bonne- terres qui l'a\msinenl « la pauvreté (1 un

sol siliceux, privé d'éléments fertilisants, moins propre aux moissons el ,'i l'engraissement du bétail qu'aux arbres et aux landes, aux genêts à balais, aux grandes digitales, aux taillis de hêtres el de chênes*, o \u Nord du Cousin, les maisons, pour utiliser toutes les bonnes terres, pour éviter la dépense des puits, se sont groupées

>.. \ idal de li Blachc : t8g, p. i i •>.

au bourg. Au Sud, les chaumières se sont éparpillées à la recherche <le louche fertile, les habitants se sont dispersés pour subsister: le type de l'habitat est le hameau.

L'Auxois.

Vu de l'Est, le Morvan ne donne pas encore une impression de montagne. Le passage du calcaire de l'Auxois au massif ancien se l'ait lentement, par des pentes moyennes de i,5 pour ioo, rarement de 3 pour ioo. A l'Est comme au Nord, c'est à l'extérieur que la partie accidentée du paysage se trouve transportée. On a remarqué avec raison que la montagne pour les habitants du plat pays de Saulieu, ce n'esl pas le Morvan. dont le relief émoussé luit et s'efface, ce sont les abrupts du plateau calcaire mis à jour par l'érosion suivant sa plus grande tranche1. La toponymie populaire ne s'y est pas trompée. Les calcaires jurassiques, qui bordent à l'Est la fosse de l'Auxois, portent le nom de Montagne; leur topographie est plus majestueuse que le Morvan qui fait face. La zone du calcaire à gryphées arquées s'amincit considérablement en se prolongeant au Sud entre le Morvan et la Montagne. A certains endroits, elle fait défaut. Cependant, les failles qui hachent la bordure orientale du Morvan sur 35 kilomètres entre Précysous-Thil et Diancey ont échelonné sur les roches anciennes des placages basiques. Ces sédiments se signalent toujours dans le paysage par la présence sur le massif ancien des pratiques agricoles de l'Auxois. Les modifications qu'ils introduisent dans l'exploitation du sol est la preuve la plus évidente de l'existence des failles; car ces accidents tectoniques ne sont généralement appréciables que par des inégalités topographiques qui peuvent ainsi bien être attribuées à l'érosion (fig. 2).

De tout temps, la différence économique de la Bourgogne et du Morvan a fait l'objet des remarques des habitants et des voyageurs. « Le pays de Montaigne, dit un vieux routier, est fort fertile et abondant. Le pays de Mortvant en ladite duché est contraire à celui de Montaigne, c'est-à-dire infertile et mal profitable, montaigneux et vers la contrée sablonneux et peu plaisant » \ Expilly, dans son dictionnaire, remarque que le bailliage de Saulieu est formé de parties prises à l'Auxois, à l'Autunois et au Morvan; que le sol du coté de

1. P. Girardin : Le relief des environs de l)ij<>n cl les principales formes topographiques de la Bourgogne, in A. de G., igo3, p. !\3, et Noël Garnicr : 2.3/ , chap. 1.

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