‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 75 sur 232 · Lennel ; 28, p. J66 el V · texte numérisé non relu

Lennel ; 28, p. J66 el V

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flottable. Dans la région orientale et méridionale, plus riche en grains, et surtout où les rivières n'ont presque jamais été utilisées comme transporteurs des bois, les moulins sont plus fréquents. Depuis sa source jusqu'à Alligny-en-Morvan (gk,5oo), le ïernin fait tourner ~ moulins. Aux environs de Toulon-sur- Arroux, les affluents de droite de l' Arroux portent des moulins jusqu'à deux et quatre kilomètres du confluent. Malgré le nombre des meules, la situation de la meunerie est loin d'être prospère. La grande minoterie a envahi les cantons de Liernais et de Saulieu. Grâce aux voies ferrées, les farines pénètrent facilement jusqu'au centre du Mon an. Les moulins ne sont plus actifs que dans les cantons éloignés du chemin de fer, comme Quarré-les-Tombes ou dans les aggloméralions comme Luzy, où les céréales, les navettes et les noix sont assez abondantes pour payer la transformation du matériel. Si 1 on remarque que le Morvan est également dépourvu de moulins à vent, puisque les sommets sont couverts de forets, on arrive à celte conclusion que, dans une contrée célèbre par ses pluies et par le chevelu de son réseau hydrographique, les habitants seraient obligés de faire moudre ailleurs si les grains étaient plus abondants

Le flottage est presque le seul mode d'utilisation des rivières morvandelles. Pendant longtemps, il a heureusement résolu la question du transport. Sans le flottage, l'exploitation des bois eût été impossible. Avant i5/jq, le Morvan n'avait pu tirer un parti rémunérateur de ses bois. On coupait les arbres pour éclaircir et donner de l'air aux jeunes pieds, et quand le pays était pourvu, on laissait le reste pourrir sur place. L'Yonne était trop faible pour porter. Cependant, à la fin du xvic siècle, les appels de Paris se faisant plus pressants, quelques particuliers examinèrent la situation hydrographique, créèrent le long de la rivière des pertuis et des réserves. Des difficultés de toute nature entravaient l'exercice ; les unes provenaient des roches qui occupaient le lit de la rivière ; les autres des propriétaires des moulins troublés dans leur exploitation par l'écoulement des eaux nécessaires au flottage des bois. Aussi Guillaume Sallonnier de Moulins-Engilbert, Charles Lecomte, Jean Rouvet et d'autres marchands de bois demandèrent et obtinrent du roi des lettres-patentes « pour en icelles (rivières d'Yonne et de la Cure) expérimenter de faire flotter et conduire jusqu'à Paris certaine quantité de bois de moule et autre bois»1. Les lettres-patentes accordaient à Sallonnier

i. M. Quantin : 84, p. !\!\8 ; F. Morcau : ug, p. 86 ; Savary : i3g, p. 383; Stcin : 12g :

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LES EAI X DANS LE MILIKL HUMAIN

le droit de construire sur les rivières des ports, perluis, relais, écluses pour retenir les bois descendant des ruisseaux.

Fie. i5. — Répartition des moulins (Echelle : i/6ooooop).

Il lui défendu aux riverains <!<• prendre des bûches flottantes sur

Kich. N,c»: H 178 et i56; etE. Clonzot. anciennes Forêts de France, in LaGéogr., 1908,

les bords. Le dommage causé aux moulins fut évalué à 10 sous par jour de 24 heures. Dans la suite, les rivières furent améliorées, les affluents furent rendus flottables1, de nombreux règlements d'administration imposèrent aux seigneurs riverains la libre pratique à laquelle ils ne voulaient pas obéir2. Les moulins durent ouvrir leurs pertuis à des époques déterminées. L'entretien de la rivière fut départagé3 ; les exigences des marchands de bois qui spéculaient sur les embarras du lit furent ramenées à de justes proportions. Cependant le flottage apporta au Morvan un certain bien-être. Malgré les grèves des ouvriers des ports, malgré les nombreux procès dont nous trouvons un écho dans les Procès-verbaux des Comités de la Constituante1, les forets du Haut- Morvan transportées sur l'Yonne, fournirent au marché de Paris en 1783, vingt-six mille cordes de bois, chêne, hêtre et tremble. A l'heure actuelle, le système fonctionne encore suivant les règlements de la première heure" (pi. XI).

A la lin d'octobre, les marchands de bois font marquer la moulée6 qu'ils ont achetée d'un signe très net et facile à distinguer: cœur, croix, cadenas, scie, cognée. En Novembre, on lâche chaque étang et les affluents conduisent les bûches aux grands collecteurs : lionne ou Cure. Là, on les repêche et on les empile sur les berges. Quand tous les bois sont arrivés, la Compagnie des intéressés au flot fixe une date pour rembarquement du grand flot. Au jour dit, on produit la crue en lâchant les étangs égrenés dans le lit de la rivière. Le flot peut porter de 1000 à i5oo décastères qui arrivent à Clamecy en vingt heures. Suivant les circonstances, on recommence les mêmes opérations, tous les deux jours ou tous les cinq jours, jusqu'à ce que toutes les piles soient écoulées. Quand la rivière charrie noir, il suffît d'une bûche qui se dresse au fond, un canard, pour former un barrage et obstruer le passage. Malgré la vitesse d'écoulement, qui n'est que de 2 kilomètres à l'heure, les bûches se répandent sur les berges. « Comme des sentinelles, les poules d'eau crient la prise en amont ; en quelques minutes le premier port est prévenu, on accourt pendant que les crieurs continuent leurs appels jusqu'au dernier surveillant. Le jetage cesse immédiatement et on

1. M. Quantin : 84, p. kk'] ; Vauban : 23g, p. 3i5 et Arcli. N'es : F1V, G07.

2. Àrch. de la Nièvre: B. présidial de Saint-Pierre-le Moutier.

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