L'ANCIENNE FORÊT
millay, signalait des reboisements nécessaires1. La noblesse quittait
ses châteaux pour vivre à la cour; elle laissait ses propriétés sou< la protection de gardes mal payés. Les voleurs, les braconniers, les paysans même dans les temps de famine, profilèrent de cet absentéisme. Les archives départementales de la Nièvre2, communales de Nevers et d'Avallon !, contiennent de nombreux dossiers relatifs aux ravages des escorcheurs, aux vols de bois, aux procédures contre les mendiants et vagabonds réfugiés dans les paroisses du Morvan.
Des enquêtes eurent lieu sur les ordres du grand-maître des eaux et forets. Les archives nationales nous ont conservé lés rapports où sont consignés les résultats de ces travaux \ Les abus forestiers sont au nombre de trois principaux : les usages ou pâturages, les chaussures et les bouchures. Les dommages résultant des usages ou pâturages peuvent être empêchés en grande partie en interdisant l'entrée du bois au bétail du i5 avril au 1 5 juin, c'est-à-dire à 1 époque de l'année où les animaux ravagent le plus, parce que, à défaut d'herbe, ils broutent les pousses tendres de la nouvelle végétation. Les chaussures sont plus dangereuses. Les Morvandeaux ont la coutume de garnir les roues de leurs charrettes avec des cercles de bois au lieu de cercles de fer. Il n'y a pas de fermier, de métayer, de charretier (et à raison du charroi des bois, le nombre en est prodigieux) auquel il ne faille une chaussure par mois. Il faut deux arbres de moyenne grandeur, c'est-à-dire de i5 à 20 ans. pour fournir une chaussure. 2^2 paroisses (dans les élections de Nevers, de Chàteau-Chinon, Aulun et Saulieu) à raison de 25 000 charrettes ou 3ooooo chaussures, abattent Cooooo arbres ou 20000 cordes de bois. Le dommage porte sur les bois les plus voisins des ruisseaux, parce que ce sont les plus accessibles. Enfin, le grand-maître fait observer « que la faculté de prendre bois propres aux bouchures (des héritages) est la source des plus grands désordres et la ruine des bois de la province du Nivernais où ils sont précieux, quoiqu'il y en ait beaucoup ; en ce que ces sortes de bois pour bouchures se coupent ordinairement dans le temps de sève et lorsque les grains sont déjà avancés » — ce qui est contraire aux défenses faites par l'ordonnance de 1669. A la fin du siècle, les édits n'avaient pas amené grande amélioration. Les procès- verbaux des comités de l'agriculture et du commerce de la Constituante contiennent de nombreuses