ÉDILE — CONSEILLER MUNICIPAL
Humble et courte requête d'un conseiller municipal à Messieurs de l'Académie française.
E, soussigné, conseiller municipal de la ville de Paris, par la grâce de Dieu et de l'empereur ;
Considérant que les mots sont des étiquettes collées sur les idées pour en indiquer le contenu ;
Qu'attribuer à une idée le mot qui convient à une autre, c'est s'exposer à une erreur de conséquence aussi désastreuse que pourrait l'être celle d'un pharmacien écrivant « sirop de mûres » sur une bouteille d'eau de Sedlitz ;
Que chacun des deux termes dont se compose le mot conseiller municipal enferme des idées tout à fait étrangères aux fonctions que le mot prétend désigner;
En ce qui touche le terme de conseiller:
Attendu qu'il est difficile de ne pas croire qu'un conseiller soit un homme qui conseille;
Qu'on serait mal fondé à soutenir que, par ce terme,
il faut simplement entendre un homme qui prend part à une assemblée délibérante, à un conseil ou concile: car, bien que ce sens, au fond, soit le plus conforme à Tétymologie, il n'en est pas moins vrai que, dans l'usage ordinaire, le mot de conseiller éveille chez celui qui le prononce l'idée de bons conseils à donner ou à recevoir, et c'est là encore la signification la plus commune ;
Attendu qu'un conseiller municipal, à Paris du moins, n'ayant pas droit de conseil sur la personne dont il tient lui-même toute son autorité, ne peut se permettre de donner des avis que si on les lui demande, et qu'on se garde bien de lui en demander, un bon'conseil ne faisant jamais plaisir qu'à celui qui le donne ;
Attendu qu'en fait, un conseiller municipal écoute, approuve, ratifie, vote, acclame, loue, s'extasie, et que la seule chose qu'il ne fasse jamais, c'est précisément de conseiller ;
En ce qui touche le terme de municipal :
Attendu que cet adjectif est formé du mot municipe, et que ce mot rappelle immédiatement à l'esprit l'idée d'une ville qui s'administre elle-même, qui a le libre gouvernement de ses fonds et jouit de ses franchises communales ;
Attendu qu'en l'espèce cette idée est tausse, et qu'en général elle est dangereuse, étant bien prouvé par la logique et par l'histoire que ceux-là sont incapables de s'administrer eux-mêmes qui ont le plus d'intérêt à une bonne administration ; qu'il vaut mieux s'en rapporter,