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LA SOCIÉTÉ

^. L y a des idées, des habitudes, des ridicules qui n'appartiennent qu'à la province. Il y a l^^j aussi pour les exprimer des termes qui sont exclusivement provinciaux. Paris s'en moque, et le Dictionnaire de l'Académie les ignore ; ils n'en ont pas moins cours dans les quatre-vingt-huit départements qui entourent celui de la Seine. On les retrouve partout, dans les villes de trente mille âmes comme dans les bourgs de quinze cents, à Grenoble comme à Landerneau, à Strasbourg comme à Çarpçntras; il n'y a que le boulevard des Italiens où leurs visages et leurs noms soient inconnus.

La province a donc son argot tout aussi bien que la capitale : peut-être sera-t-il curieux d'y pousser quelques reconnaissances. Ce sera une étude faite une fois pour toutes ; car, s'il est vrai qu'à Paris les mots s'usent vite, et qu'il faille sans cesse en frapper de nouveaux pour suffire à l'active circulation des idées, on peut dire qu'en

province ils se conservent, comme des louis tout neufs, précieusement cachés au fond d'un vieux bas de laine.

La société est un de ces termes du vocabulaire provincial, dont le sens n'est bien compris que hors barrière.

Tout le monde à Paris sait ce qu'on entend par la bonne compagnie. Peut-être le terme serait-il malaisé à définir. Où commence la bonne compagnie ? Où finitelle? On serait fort en peine de le marquer précisément. C'est un mot élastique, comme il y en a tant dans notre langue, et qui se resserre ou s'étend au gré de ceux qui l'emploient. On n'en est pas moins compris de tous, quand on le prononce, parce qu'il éveille chez tous un certain nombre d'idées communes ; et si l'on vient à dire d'un homme qu'il voit la bonne compagnie^ ou qu'il est de bonne compagnie^ il n'est personne qui se méprenne sur le sens et la portée du mot.

Ce qu'on appelle /a socîV/^, dans une petite ville, est à certains égards la bonne compagnie de l'endroit. C'est Pensemble des personnes qui, selon l'expression consacrée, peuvent se voir. Vous imaginez aisément que la géographie de la soi^iV/^' provinciale serait encore plus difficile à établir que celle de la bonne compagnie parisienne. Elle change sans cesse suivant les lieux et les mœurs ; il y a tel petit trou de province où un gabelou est de la société ; il est fonctionnaire, il porte un uniforme ; on le reçoit ; il y a telle grande ville, ville de magistrature, où un officier n'est point admis dans la société du droitseul de son épaulette. îl lui faut, pour être reça^ un répondant ou

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