‹ Le mot et la choseChapitre 42 sur 56 · VICTOR, FLORVILLE · texte numérisé non relu

VICTOR, FLORVILLE

(Ils sont chacun à un bout de la scène, très interdits et

embarrassés.) . ^

FLORVILLE, à part.

Il arrive mal à propos. Voilà le chef d'emploi revenu ; il n'y a pas moyen de garder le rôle !... Je n'aurai pas. tenu les Scribe bien longtemps, .

VICTOR, à part.

C'est jouer de malheur ! Il faut que la première personne sur qui je tombe, ce soit lui ! Ma campagne commence bien !

TOUS DEUX ENSEMBLE AIR de Cligne musette»

Que dois-je dire et faire Dans un tel embarras ?

: Je tremble et ne sais pas

S'il est fort en colère.

FLORVILLE, à part.

Bah! il rira de la méprise. Je m'en vais profiter de la circonstance pour lui demander sa protection et un rôle. (Haut.) Monsieur...

\'ICTOR, saluant.

Monsieur... (a part.) Comment tout cela va-t-il finir, et que dira mon patron ?

FLORVILLE

Je me félicite de la circonstance, fort imprévue, qui me donne occasion de faire connaissance avec vous. Vous devez avoir sans doute quelque acte en train ou terminé ?...

VICTOR, à part.

Il veut parler de l'acte de vente. (Haut.) Oui, monsieur, il y a un acte de fait; mais je ne l'ai pas dans mon portefeuille ; il est resté sur mon bureau.

FLORVILLE

Oserai-je vous demander combien il y a de rôles ?

VICTOR, à part.

De rôles?... On m'avait bien dit qu'il était méticuleux en affaires ! (Haut.) Mais, autant que je puis me rappeler, l'acte doit avoir douze rôles.

FLORVILLE-

Oh! mais alors, c'est un acte corsé.

VICTOR

Corsé Ah ! oui ; vous voulez dire un acte conséquent.

FLORVILLE

Allez-vous bientôt le mettre à l'étude ?

VICTOR

Il y est, à l'étude.

FLORVILLE

Ah! déjà?... C'est fâcheux.

VICTOR

Vous auriez désiré le lire ?

FLORVILLE

Je VOUS avouerai qu'en effet...

VICTOR

Mais alors, monsieur, je le récrirai pour vous.

FLORVILLE

Tant de complaisance...

VICTOR

Mais, monsieur, je vous en supplie, ne révélez pas à mon patron une étourderie déjeune homme. J'ai eu tort de prendre votre nom ; mais, si vous faites une plainte, je perdrai ma place de second clerc, qui est ma seule ressource.

FLORVILLE, qui s'est remis peu à peu de son étonnement, avec dignité.

Jeune homme, votre franchise m'a touché ; vous auriez dû tout me dire plus tôt ; vous m'auriez épargné bien des incertitudes. Ah! je vous le dis franchement : je ne savais pas trop ce que j'avais à faire ; mais, du moment que vous avouez...

VICTOR

Vous pardonnez ?

FLORVLLIE.

A une condition : vous resterez Scribe pour tout le monde.

3 l6 LE MOT ET LA CHOSE.

, VICTOR

Maïs je ne le suis déjà plus pour personne,

FLORVILLE

Vous serez le Scribe officiel. Il ne me plaît pas de quitter le nom de Florville que je me suis donné; j'ai mes raisons; je tiens à, garder les bénéfices de l'incognito, (a part.) On ne sait pas ce qui peut arriver. (Haut.) Si vous manquez à ma recommandation, j'écris au patron ce soir même.

VICTORf à part.

Me voilà condamné au Scribe à perpétuité. Dans quelle galère me suis- je fourré là !

SCRIBE,; à la cantonade.

Et je vous dis, moi, Victor Durousseau, que vous m'ennuyez.

FLORVILLE, regardant-

Il parle à une dame ! Il paraît qu'il n'est pas très poli, M. Victor Durousseau.

VICTOR, à part.

Dieu! que cet homme m'agace î • . -- .■

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