SCÈNE XIV MADAME MELCOURT, seule, puis EMMELINE
MADAME MELCOURT.
Et le voilà parti ! j'en étais sûre. Les hommes sont tous les mêmes. Je parie qu'en ce moment ce pauvre colonel enfonce rageusement ses éperons dans le ventre de son cheval. Il me donnera de belles épithètes au retour; mais il ne m'en aimera que mieux après.
EMMELINE, entrant.
Vous me demandez, madame ?
MADAME MELCOUdT.
Qui vous a dit cela ?
EMMELINE
C'est mon cousin. J'étais au bras de M. Florville ; il a tourné quelque temps autour de nous, puis il m'a dit : (( Madame Melcourt veut vous dire deux mots » ; mais d'un air si brusque, si fâché... Que peut-il bien avoir ?
MADAME MELCOURT.
C'est à merveille* Et M. Florville a-t-il été galant pour vous }
EMMELINE
Je crois bien; il est drôle, allezl 11 parle comme dans
les vaudevilles. Imaginez qu'il m'a dit que, si je ne consentais pas à Técouter, il se brûlerait la cervelle. Il m'a donné un rendez-vous sous les tilleuls.
MADAME MELCOURT.
Avez-vous accepté ?
EMMELINE
Oh I non.
MADAME MELCOURT.
Mettez-vous à cette table et écrivez, (cherchant.) Dans une chambre où l'on a joué le vaudeville, il y a toujours une table et tout ce qu'il faut pour écrire. (Dictant.) « Monsieur, je sens que j'ai tort ; mais je serais trop malheureuse d'avoir votre mort sur la conscience. Attendez-moi. »
EMMELINE
Je n'écrirai jamais cela.
MADAME MELCOURT.
Aimez- VOUS mieux perdre votre cousin ?
EMMELINE, écrivant.
« Attendez-moi. » — Faut-il signer ?
MADAME MELCOURT.
C'est inutile. (Elle sonne. — Entre le domestique.) Voici un billet que vous remettrez à M. Scribe.
Le gjand maigre }
MADAME MELCOURT.
Oui ; vous le lui remettrez avec un grand air de mys-
tère, mais de façon à être vu; et vous vous laisserez prendre le billet. Vous comprenez ?
Oui, madame.
(Elles sortent.)