‹ Le mouvement de concentration dans les banques allemandesChapitre 13 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

trop sévères et trop compliquées n'ont donc eu comme résultat que d'accélérer le mouvement de concentration sur les grands marchés et notamment à Berlin.

ê) Mais ce fut surtout l'élimination des affaires à terme qui vint accroître l'activité des grands établissements et accentuer l'infériorité des petits banquiers.

L'article 48 a certainement causé une diminution considérable des affaires à terme, comme on peut s'en rendre compte par les tableaux suivants (d'après Piekenbrock) :

Mouvement d'affaires de banques et banquiers allemands pour des opérations à terme faites dans les Bourses allemandes.

De 12 banques de Berlin,

Francfort ou Hambourg.

ChifFres Années Totaux relatifs

De 21 banquiers de Berlin, Francfort ou Hambourg.

Chiffres Années Totaux relatifs

De "1 banques ou banquiers

de province.

On remarquera en premier lieu, que la diminution des affaires à terme s'est surtout fait sentir pour les banquiers privés et les banques d(? province.

Mais cela ne veut nullement dire que les spéculateurs, les joueurs, ne spéculent plus : on constate au contraire une augmentation corrélative du marché au comptant surtout sur les valeurs pour lesquelles le marché à terme

est défendu : mais là, cette dernière augmentation ne se vérifie que [)Our les grandes banques :

Opérations au comptant de 8 banques de Berlin, Francfort ou Hambourg.

Années

Tolau.\ (marks)

Chiffres rel.itit's

Opérations sur des

parts d'entreprises

minièies ou

industrielles.

ChilTres relatifs

De 22 banquiers de Berlin, Francfort ou Hambourg

De 92 banques ou banquiers de province :

Ainsi, diminution pour les petits banquiers du nombre des affaires à terme qiù présentaient pour eux cet immense avantage de n'exiger (|ue de faibles capitaux: augmentation du marché au comptant dans les grands établissements qui d'ailleurs y gagnent beaucoup plus; le client [»aii' la commission comme avant, puis, comme en général il reste débiteur d'une partie du prix des titres, la banque perçoit l'intérêt et une commission pour l'autre partie qu'elle

avance ; enfin elle a les titres en dépôt et se fait payer un droit de garde.

Rappelons encore cet avantage des grandes banques que déjà nous avons signalé ; elles exécutent /?«r compensation la majorité des ordres et il n'y a que les soldes qui viennent en bourse.

« Le résultat le plus certain de l'interdiction du marché à terme de valeurs industrielles et minières est l'accentuation du triomphe des grandes banques sur les petites et sur les moyennes maisons : la liaison des capitaux devient souvent nécessaire, les banques de courtiers ne sont point disposées à faire grand crédit à des maisons n'offrant pas la garantie d'énormes capitaux, car la notion de confiance personnelle a sur le marché allemand une bien moindre place que sur le marché français. Peut seul être mandataire de nombreux spéculateurs le détenteur de grands capitaux (1). »

La nécessité de se procurer ces énormes capitaux qu'exigeaient un accroissement de leur activité générale, l'augmentation du marché au comptant en particulier (2),

(1) Sayous, op. cit., p. 464.

(2) D'autres dispositions plus particulières du Borsengesetz sont également venues nécessiter une augmentation des ressources propres des banques ; l'article 39 par exemple, qui décide que l'admission à la cote de la bourse d'actions d'une entreprise transformée en société par actions ne pourra être permise avant qu'une année ne se soit écoulée depuis l'inscription de la société sur le registre de commerce ni avant la publication du premier bilan annuel et du compte des profits et pertes. La loi a été aisément tournée ; on attend le terme exigé pour faire l'émission officielle et entre temps on vend les titres en sous-main. Mais seules les grandes banques ont un capital assez considérable pour en immobiliser une partie dans ces opérations, pt une clientèle assez étendue pour pouvoir placer tous ces titres. Nouvelle infériorité des petites banques vis-à-vis des grandes. — V. Piekenbrock, op. cit., p. 93 et 126.

LRS CAl'SRS

conimo aussi le souci dallicher aux yeux du public des garanties plus que siillisantes, a poussé les grands établissements à augmenter leur piopre capital social ; elles se sont aussi, dès cette épofiue, préoccupées d'avantage de développer leurs aiïaires courantes de banque et leur mouvement d'expansion directe à travers la province s'est trouvé par là singulièrement accentué.

Voici le tableau des augmentations de capital des banques allemandes cotées à la Bourse de Berlin avec un capital de 10.000.000 de marks et plus, de 189G à 190o :

Augmentation

Capital-actions depuis l'entrée

entièrement en vigueur de

versé la loi sur les

Hiinques fin 1896 fin 1901 Bourses.

Marks

Reichsbank 120.000.000 180.000.000 60.000.000

Deulsclie BanU .... 100.000.000 180.000.000 80.000.000

Disconlogeselischaft. . lIo.OOO.OOH 170.000.000 .=)5,000.000

Dresdner Bank ... S.ï.OOO.OOO 160.000 000 75.000.000

Darmsliidler Bank. . . 80.000.000 loi. 000. 000 74.000.000 Scha a tl'h a u s e n s' c h e r

Bankverein 60.000.000 l2o.000.000 65.000.000

Berliiier Handelsgesells-

chaft 80.000.000 100.000.000 20.000.000

Commerz u. Disconto

bank 30.000.000 85.000.000 55.000.000

National bank fur Deuts-

chland 45.000.000 60.000.000 lo. 000. 000

Bergiscli - Markische

Bank 30.000.000 60.000.000 30.000.000

Pfaizische Bank. . . . 20.000.000 50.000.000 30.000.000

Barmer Bankverein . . 12 000.600 46.140.800 34.140.200 Mitleldeulsche Oedil

bank 30.000.000 45.000.000 13.000.000

Rheinische Disoonloge-

sellschaft 15.000.000 44.000.000 29.000.000

A reporter. . . . 777.000.600 1.370.140.800 5«.t3. 140.200

Report 770.000.600 1.370.140.800 593.140.200

Essener Crédit anstalt. 15.000.000 40.000.800 25.000.800 Deutsche Effekten und

Wechselbank .... 15.000.000 30.000.000 15.000.000 Schlesischer Bankve-

rein 27.000.000 30.000.000 3.000.000

Breslauer Discontobank 22 500.000 25.000.000 2.500.000

Hannoversche bank. . 12.000.000 22.500 000 10.500.000 Wurttembergische Ve-

reinsbaiik 18.000.000 18.000.000 —

Uresdner Bankverein . 8.000.000 18,000.000 10.000.000

Deutsche Natioiialbank. 11.250.000 15.000.000 3.750.000

Breslauer Wechslerbank 12.000.000 12.000.000 — Duisburg - Ruhrorter

bank 3.000.000 12.000.000 9.000.000

Ostdeutsohe Bank. . . 7.500.000 10.000.000 2.500.000

Westfâlische bank. . . 6.000.000 10.000.000 4.000.000 Norddeutsche Crédit

Anstalt — 10.000.000 10.000.000

Rheinische Bank . . . — 10.000.000 10.000.000

Total. . . . 979.250.600 1.721.641.600 742.391.000

Soit en ces huit anné(^s, une augmentation totale de 742.391.000 marks (454 millions de marks pour les seuls Instituts berlinois).

Le montant des provisions payées par la clientèle pour l'exécution des ordres de Bourse a suivi dans les cinq grandes banques berlinoises la progression suivante : (Marks)

Deutsche B. . . . 4.409.000 7.729.000 9 187.000 10.986.000

Discontogeseilsch . 2.741.000 4.262.000 4.580.000 5.277.000

Dresciner B. . . . 2.182.000 5.505.000 5.104.000 6.538.000

SchaafThaus. B. . . 1.332.000 2.229.000 2.449.000 3.430.000

Darmsladter B. . . 1.036.000 1.506.000 2.362.000 3.427.000

De deux milliards et demi de marks en 1896, les opérations d'arbitrage sont tombées à 545 millions de marks en 4900.

Les dix grandes banques berlinoises qui comptaient en 1895, 21 succursales. 32 caisses de dépôts et lo participations ou commandites; en 1896, 23 succursales, 35 caisses de dépôts et 16 participations ou commandites dans l'Empire, possédaient en 1900, 29 succursales, 77 caisses de dépôts et 24 participations ou commandites; en 1902, 39 succursales, 1 lo caisses de dépôts et 40 participations ou commandites.

D'autre part, à la fin de la période 1890-1896 on comptait 6.'j banques et liliales de plus et 32 banques privées et filiales de moins qu'au commencement de cette période (1890).

A la fin de la période 1897-1902, 207 banques et filiales s'étaient fondées, 123 banquiers privés et liliales avaient disparu.

Le nombre des girokontos à la Reichsbank, qui s'était accru dans la période 1877-1896 de 300 girokontos (banquiers privés), 113 girokontos (banques et filiales), augmentait dans la période 1896-1902, de 29 girokontos seulement (banquiers privés et filiales) contre 214 girokontos (banques et filiales).

Le rapport de MM. Riesser, Hassek et Wittner au C^'/itral Verband (1903) a enfin mis en lumiêrf d'autres faits intéressants : le nombre des télégrammes expédiés dans les bureaux de bourse accuse une diminution constante (19 0/0 pour l'intérieur de l'Allemagne, 23 0/0 pour l'étranger). On constate également une remarquable émigration des alTaires de spéculation et de placement. En 1S93, 149 banques ou banquiers avaient en dépôt à l'étranger 133 millions, en 1902, 43'i millions île marks: ce chillVe des dépôts à l'étranger qui atteignait 136 millions pour

18 grandes banques, atteignait en 1902, 608 millions de marks.

On voit par ces différents aspects du progrès des grandes banques et du recul de l'activité et du nombre global des banquiers privés depuis 1896, la notable accentuation du mouvement de concentration. Sans doute ce n'est point le Bôrsengesetz seul, même secondé par les lois de finances, qui a produit ces résultats.

Mais il ^précipité la concentration : « La concentration des banques, la suppression des petites et moyennes institutions et maisons de banque, la prépondérance croissante de Berlin et des établissements qui y ont leur siège ont été des conséquences indirectes du Bôrsengesetz : la loi a précipité les événements et hâté la disparition ou l'absorption des banquiers modestes (1). » La loi a fait passer les affaires de bourse dans les bureaux des banques, elle a poussé à diminuer le nombre des intermédiaires, remplacés par les grands établissements.

Certes ce n'était point à de tels résultats que s'attendaient les auteurs de la loi ; dans leur esprit le Bôrsengesetz avait mission de protéger les petits et moyens banquiers contre la concurrence des grands établissements ; les résultats produits furent tout différents :

« Le Bôrsengesetz, déclarait le Congrès des banquiers réunis à Francfort en 1902, n'a nullement rempli les buts économiques auxquels il devait servir; tout au contraire, il a eu les conséquences les plus fâcheuses. Notamment cette loi a facilité l'absorption des petits et des moyens banquiers par les grandes institutions de crédit, en môme temps qu'elle atfaiblissait la force économique de l'indus-

(1) Raffalovich, Marché financier, 1898-1899, p. 248.

trie de la banque tout entii'ro et qu'elle lui nuisait considérablement dans sa faculté de concurrence avec l'étranger. »

« L'extension de la grande exploitation est, il est vrai, un signe des temps, écrit le Deutsche OEkonomist du 21 mai 1904, mais elle a été accélérée par les mot/ eus pris contre elle, moyens qui étaient des stimulants pour les grands et qu'ils supportent bien plus facilement que les petits et les faibles. Les grandes banques s'organisèrent immédiatement en conséquence et l'expérience a montré que la situation créée par le législateur était enrayante là où elle aurait dû être stimulante et réciproquement. »

Il convient d'ajouter que les grands établissements paraissent avoir eu des vues plus exactes sur les résultats futurs du Bursengesetz : « La loi sur les Bourses, disait le rapport général de la Deutsche Bank en 1893, n'aura pas les effets qu'en attendent ses auteurs; elle ne diminuera pas le goût de la spéculation si elle en diminue les objets et la forme. Les grandes maisons aux capitaux importants pourront répondre aux exigences nouvelles , les moins fortes disparaîtront peu à peu. »

Et, cette même année, le rapport de l'Essener Crédit Anstalts' exprimait ainsi : « Le Borsengosetz n'aura point pour nous de conséquences désavantageuses; de l'avis général, il nous sera plutôt favorable car l'entremise des opérations sur valeurs se concentrera plus encore qu'aujourd'hui auprès des grands établissements. »

D'une façon générale, l'application i\\^ Br.rsengeselz a provoqué des récriminations acerbes et nombreuses. Nous réservons celles des critiques qui concernent l'accélération du mouvement de concentration, la disparition des petits

et moyens banquiers. Ajoutons seulement que le législateur semble s'être rendu compte que sa tentative de protéger les moyennes institutions, de mieux régler les affaires de bourse et d'y rendre impossibles les opérations frauduleuses a subi un échec presque complet. Une commission de réforme nommée en février 1904 a déposé dans les premiers jours de mai 1905 un nouveau projet de loi. Quoi qu'il en advienne, il nous semble difficile aujourd'hui de faire revenir le public sur certaines habitudes, — aussi bien, ces résultats que nous venons de constater restent toujours acquis.

B. — Phénomènes internes à chaque établissement.

Nous avons examiné sous ses deux aspects technique et économique, la cause générale du mouvement de concentration ; aussi bien n'est-ce là, avons-nous dit, que l'expression particulière que prit pour le commerce de banque en Allemagne la tendance générale à la concentration que l'oQ peut constater dans tout le domaine éco~ nomique. Les causes particulières que nous avons indiquées n'ont fait que soutenir et précipiter cette tendance .

A plus forte raison, ne pouvons-nous considérer que comme des causes très secondaires, ou plutôt môme comme de simples occasions., toute une série de phénomènes internes à chaque établissement : la maladie, le décès d'un des chefs d'une maison particulière, le départ d'un associé désireux de réaliser sa part, voire l'ambition chez un banquier local de voir rejaillir sur lui le prestige d'un grand établissement, etc. .. On peut sans doute, lors de l'examen de telle fusion isolée, de telle absorption de banque par une autre, de telle commandite déterminée, être ame-

LES CAUSES loi

né à rechercher si des raisons privées de ce genre n'ont point joué leur rôle et pu déterminer ou hùler la détermination des parties, et c'est à ce titre que nous devions les indiquer ici. Mais il est impossible de vouloir expliquer, uniquement par des causes de cette portée, un fait aussi général et aussi nettement caractérisé que celui de la concentration dans les banques allemandes.

On nous pardonnera d'insister sur un point d'apparence aussi simple ; c'était cependant, croyons nous, nécessaire, car d'autres sont, ou étaient, d'un avis difTérent. Dans un des premiers et des rares articles français écrits sur la Concentration dans le trafic de banque en Allemagne (1), M. A. E. Sayous prétendait expliquer certains faits importants de concentration par ces causes tout à fait particulières. Ce ne sont pour lui « qu'une situation de famille et un état d'esprit qui décidèrent de la disparition de la maison Dreyfus » de Francfort, absorbée en 1898 parlaCommerz und Disconto IJank. — c Des motifs personnels, mais plus obscurs expliquent également l'absorption de la banque Landau par la National Bank fiir Deutschland. » — M. Sayous explique la commandite de la maison R. Varschauer par la Darmstadtcr Bank de la façon suivante : « Fatigué, maladif, M. Robert Varscliauer songeait à se retirer... la commandite de labanque de Darmstadt lui permit de dégager ses capitaux sans peine et à bon compte ». — Etendu: « Si les chefs de la vieille et solide maison Becker ont renoncé à leur ancienne liberté en échange de nouvelles actions, c'est que la mort a disséminé cotte famille et qu'il souriait assez à des banquiers locaux tout à la fois de se trouver directement intéressés aux grandes

(1) Sayous, « La concentration du tralic lic banque en Allemagne », Journal des Eronomisies, 15 janvier 1899.

opérations financières de la Discontogesellschaft et de voir rejaillir sur eux le prestige d'un nom universellement connu et honoré. »

Nous ne nions point, tout au contraire, la valeur qu'ont pu avoir dans les événements rapportés ces raisons purement privées ; même déterminé par les causes les plus générales, l'homme ne passe à l'action que sous l'influence de motifs ou de mobiles personnels. S'ensuit-il que la cause première et générale n'existe pas ? Doit-on, à cause de sa généralité même et parce qu'elle explique tout un ensemble de faits, la qualifier « d'explication rudimentaire » et en faire bon marché ? « Il est imposible, dit M. Sayous, d'expliquer ainsi (c'est-à-dire, en invoquant une cause générale), pour quels motifs plusieurs grandes banques privées ont ou disparu ou pris un caractère nouveau. >^ C'est exactement le contraire qu'il faudrait dire : la cause générale intervient là précisément où les motifs particuliers n'existent pour ainsi dire pas.

Aussi bien, à dire vrai, les raisons données par M. Sayous n'expliquent-elles point ce qu'il faudrait expliquer, à savoir pourquoi ce sont des sociétés par actions, et toujours les mêmes, au Sud comme au Nord du pays, qui viennent ainsi prendre la place des banques particulières. Nous pouvons dire de l'Allemagne ce qu'on a dit avant nous de notre pays : « Ce n'est pas d'aujourd'hui que de petites maisons font faillite, ou cessent leurs affaires ou que leur chef vient à décéder. Mais autrefois, d'abord les petites banques mouraient moins nombreuses et ensuite quand elles mouraient, d'autres petites banques se créaient et les vides qui se produisaient étaient ainsi comblés à mesure (1). » Or, il n'en est plus ainsi. Pourquoi ? C'est ce

(1) Maurice Saurel, op. cit., p. 124.

qu'il faut éclaircir et non énumérer, fùt-on sur de los connaître avec certitude, les raisons privées qui ont pu causer la disparition d'une banque particulière. Inutile, croyons-nous, dinsisler longuement sur ce point.

Enfin, et ceci peut nous servir de preuve a contrario^ les prédictions de M. Sayous ne se sont point réalisées. « Le mal, disait-il, n'est pas aussi vif qu'on se le figure ; il peut d'ailleurs s'arrêter dès demain ; le recul du cours des actions de la Deutsche Bank et de la Discontogeseilschaft, durant les derniers mois, semble montrer une certaine lassitude du public ; quand les capitalistes ne voudront plus guère d'actions de banque, l'extension de celles-ci se trouvera arrêtée ! L'histoire a des retours impossibles à prévoir ! » Le mal — si mal il y a véritablement — a persisté et la plupart de ces banques privées que M. Sayous nous montrait comme devant résister victorieusement aux grands établissements ont aujourd'hui disparu, absorbées par ces grands établissements.

L'A. SchaalThausens'cher Bankverein s'est allié à la Dresdner Bank. « La riche maison Oppenheim » a été transformée en société en commandite par actions et l'un de ses gérants est entré au conseil de la Discontogesellschaft. La maison Erlanger a été absorbée par la Dresdner Bank en 1904. La Discontogesellschaft a absorbé en 1902 la banque Rothschild de Francfort, en 1903 la maison Schultze Wolde de Brème et transformé entin en 1904 la « toujours très puissante maisonLadenburgde Mannheim » en Siiddeutsche Discontogesellschaft.

Ces quelques exemples — que nous n'avons |)as choisis nous-mème — nous portent à croire qu au-dessus de ces raisons particulières et tout à fait contingentes que nous

avons définios : phénomènes internes à chaque établissement, il est d'autres causes plus générales et plus agissantes. Nous croyons lavoir suffisamment établi. Il nous reste maintenant à examiner certains événements particuliers qui furent également, en ces derniers temps, des causes occasionnelles du mouvement de concentration.

C — Lu cme^e 1900-1 901.

Ces événements particuliers ne sauraient être qualifiés à proprement parler de causes ; ik apparaissent plutôt comme le terrain où ces différentes causes que nous venons d'examiner ont exercé leur action d'une façon singulièrement précise et efficace, comme le théâtre où s'est clairement manifestée, sous l'influence de circonstances spéciales, la supériorité des grands établissements et leur puissance d'expansion, comme aussi la difficulté qu'éprouvent les petites banques à imiter leurs grandes concurrentes dans leur activité rémunératrice. Le résultat de ces événements a été une notable accélération du mouvement de concentration dans le trafic de banque en Allemagne. C'est pour ces raisons que nous en avons fait une étude à part. Il s'agit de la crise économique qui a sévi avec une réelle intensité dans la période 1900-1901 (1).

D'après les déclarations du premier Congrès des banquiers allemands {Central verband des Deatschen Bank

(1) Voir: Die Slôrungen im deutichen Wirtschaftsleben ivàhrend der lahre, 1900, f. f. ; Félix Hecht, Die Katastrophe der Leipziger Bank; Loeb, Die Berliner Grojsbankea in der Krisis ; — Schulze,Z)Je Bank Katastrophen in Sachsen im lahre, 1901 ; Rafîalovich, Marché financier, 1901-1902; 1902-1903.

imd Bankio.rgexoerbes) tenu à Francrorl en 1092, les phénomènes consliluant la crise de 1901 se divisent en deux gronpes : a) l'elTondrement de banques hypothécaires, d'institutions de crédit, d'entreprises industrielles, ruinées par une mauvaise gestion, une administration coupable de légèreté, en partie malhonnête, et qui n'auraient sans doute pas échappé à leur sort en l'absence de crise générale, b) Le recul plus ou moins accentué de la valeur des établissements industriels, des actions et obligations industrielles.

« La relation entre les crises financières et les crises commerciales et d'affaires, dit Bernstein, n'a pas encore été suffisamment éclaircie pour que l'on ait pu dire avec certitude d'un cas concret quelconque oii deux crises coïncidaient, que ce fût directement la crise commerciale, c'est-à-dire la surproduction, qui avait causé la crise financière. Dans la plupart des cas ce ne fut visiblement pas la surproduction proprement dite, mais la sur-spéculation, qui paralysait le marché financier et qui ainsi déprimait l'ensemble des alTaires (1). »

Il paraît bien en avoir été ainsi en 1900-1901. De 1896 à 1900 il n'avait pas été créé en Allemagne moins de 1390 sociétés paradions; en voici le tableau détaillé ainsi que le capital qu'elles représentent:

Années Nombre Capital

miniers de marks

Total . . 1.:hO() 1.907.520

(1) Bernstein, Socialisme théorique et social-démocratie praliquey p. 130.

C'est surtout sur les industries minières, chimique's, métallurgiques et électriques que portaient ces créations nouvelles :

Années Mines et Industries

Hauls-Foiirneaiix chimiques Nomb, Capital Nomb. Capital

Indiislries

niélallui'giques

Nomb. Capital

Industries

électriques

Nomb. Capital

Total

Nomb

Capital 110.287 212.922 207.888 227.704 192.799

Voici, d'autre part, le tableau des émissions d'actions de banques et d'actions industrielles émises pendant cette même période : (millions de marks).

Années

Actions de

ï Banque

Actions

industr.

Total

Valeur

Valeur

Valeur

Valeur

Valeur

Valeur

nominale

au cours

nominale

au cours

nominale

au cours

in8

« Les cours d'émission, disait le Deutsche OEkonomist du 22 juillet 1899, ont atteint une hauteur qu'on n avait jamais vue. En outre c'est une règle constante que les titres montent bien au-dessus des cours d'émission. Nous avons déjà montré ce qu'il y a de maladif dans ces exagérations... En réalité, ce n'est pas l'idée qu'on se fait de la haute valeur du placement qui fait monter les cours, mais simplement l'idée bien arrêtée chez tous que les cours monteront encore, c'est-à-dire la spéculation à la hausse. Le taux encore non atteint de la prime d'émission (près de 70 0/0) montre que cette spéculation a pris une exten-

sion qu'on n'avait encore jamais vue. »

Ces chiiïros nous donnent en effet une idée nette des exagérations commises qui produisirent une brusque surproduction et la crise.

Le marquis de Noailles, notre ambassadeur à Berlin, écrivait le 1" mai 1901 : « Le développement pris depuis quelques années par l'industrie métallurgique allemande n'a pas été sans inconvénients. Tout le monde s'accorde aujourdMiiii à constater que l'on a été trop vite. L'élévation des prix a fait naître beaucoup d'usines nouvelles. Un grand nombre d'anciennes entreprises ont été développées dans de larges proportions. Il en est résulté une surproduction. En même temps les affaires de Chine, la guerre Sud-Africaine, venaient paralyser les transactions de l'Allemagne avec ces deux régions qui lui avaient offert depuis quelques années un important débouché. »

M. Galbelé, consul de France à Breslau, est plus précis encore : il écrit à la date du 5 juillet 1901 : « La cause principale du ralentissement des affaires est à chercher dans l'exagération même de la spéculation qui eut pour conséquence une hausse formidable des prix de toutes les matières ainsi que de la main-d'œuvre, l'agrandissement des usines existantes et la création d'établissements nouveaux.

. « Comme il était aisé de le prévoir, la production sans cesse croissante de presque toutes les industries en est arrivée à dépasser singulièrement les demandes, lesquelles de leur côté se sont trouvées singulièrement ralenties par suite de la cherté même des produits et du manque de confiance du commerce.

(( Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'il se soit produit une réaction violente de presque toutes les valeurs industrielles. »

Or, nous savons à quel point sont intéressées dans les entreprises indusirielles les banques allemandes : un de leurs traits caractéristiques est de s'intéresser, nous l'avons vu, directement dans les entreprises de toute nature, situation qui n'est pas sans danger, car outre qu'elle immobilise les fonds fournis, si, en cas de crise par exemple, l'industriel a besoin de nouveaux fonds, la banque est obligée de les fournir pour garantir sa participation : c'est un engrenage ; une participation de 500.000 marks peut ainsi nécessiter l'ouverture d'un crédit de plusieurs millions. Ce sont les banques qui avaient écoulé les valeurs industrielles et facilité ainsi la création de ces innombrables affaires chimiques, métallurgiques, minières et électriques ; elles avaient ouvert, souvent à découvert [iingedeckt) (1) de notables crédits aux sociétés nouvellement fondées et le rapport présenté au Congrès de Francfort met au nombre des causes de la crise u ces facilités exagérées de crédit aussi bien sous la forme d'obligations assises sur des entreprises dont la capacité de rémunérer le capital engagé n'avait pas encore été mise à l'épreuve que sous

(1) Comptes débiteurs en millions de marks.

Rheinische

Deutsche Bank

Dresdner Bank

Darnistadter Bank

Crédit B.

couv. à découv.

couv.

à découv.

couv. à

découv.

couv.

à découv.

(Capital de la

Rheinische Ban

15 millions, 1897,

, 20 mi

illioiis

LES CAUSES Kjy

forme d'avances à courte échéance pour des immobilisalions d'une réalisation difficile. »

La Gazelle de Francfort, pourtant favorable aux Grandes banques, le constatait ainsi :

« Toute notre vie économique est basée sur le crédit, si bien qu'on a justement nommé notre époque celle du crédit. Or cette base est aujourd'hui ébranlée. La secousse actuelle est la conséquence des fautes commises pendant la période précédente. On a accordé durant ces dernières années du crédit à pleines mains sans s'enquérir toujours suffisamment s'il était justifié. C'est à ces crédits excessifs qu'il faut attribuer l'expansion à quelques éo-ards malsaine de notre industrie » (1).

Il n'est donc pas étonnant que la crise industrielle et commerciale se soit répercutée avec une grande intensité sur les banques elles-mêmes.

Doux banques hypothécaires, la Preussische Hypotekenbank et la Deutsche Grundschuldbank qui, sortant du cadre d'attributions délimitées par les statuts, avaient engagé une partie de leur actif dans des sociétés de spéculation, malhonnêtement gérées d'ailleurs, s'écroulèrent les premières en novembre 1900. Puis ce fut le tour de la Dresdner Crédit Anstalt qui avait une grosse partie de son capital engagé dans la Compagnie Kummer, société d'électricité dresdoise ; la chute de la Dresdner Crédit Anstalt détermina celle de la Leipziger Bank, puis celle de

(1) (. L'histoire économique est pleine d'exemples de ce que des banques remplies du sentiment de leur puissance ont dépassé à la légore les bornes qu'on leur avait posées et, en accordant trop de crédit, ont amené une surproduction malsaine. De graves crises de crédit el la ruine des banques elles-mêmes furent le résultat de ces fautes. Nous en avons aujourd'hui de nouveaux exemples. » lierliner Actiondr, 1*JUI, n" 167.

la Rheinische Bank, celle de la Sâchsische Handcisbank. La crise surprit également laBreslauer Discontobank qui dut abandonner sa maison de Berlin et la Berlincr Bank qui avait très largement participé aux émissions et qui subit de très lourdes pertes.

La chute la plus retentissante fut celle de la Leipziger Bank. La Leipziger avait une vieille clientèle et passait pour une des plus solides banques de l'Allemagne centrale ; ses relations avec la Treber Ti'ôcknung de Cassel (Société de séchage des Drèches) causèrent sa perte. Cette société fondée en 1889 avait acquis des brevets pour dessécher les déchets de brasserie et de sucrerie ; elle avait réussi à pousser ses actions jusqu'au cours de 1000 0/0 et avait fondé des filiales un peu partout : en Russie, en France (Nantes), en Italie et en Autriche.

Cette création de filiales exigeait des capitaux ; en 1896, la Leipziger Bank ouvrait à la Treber Trôcknung un crédit de 200.000 marks, bientôt porté à SOO.OOO. A la fin de 1898, la Leipziger Bank se trouvait avoir avancé 28 millions ; lors de la faillite de la Treber Trôcknung on parlait d'une créance de 85 à 106 millions de la Leipziger Bank dont les ressources propres atteignaient à peine 50 millions de marks !

La nouvelle de la cessation des paiements à la Leipziger Bank provoqua une véritable panique ; les établissements de crédit subirent tous un recul notable ; la crise, déjà aggravée par la paralysie des bonrses allemandes auxquelles le Bôrsengesetzde 1896 avait enlevé toute liberté de se mouvoir et toute élasticité, s'accentua. L'absence d'une spéculation capable d'agir laissa non seulement tomber les cours au-dessous de la valeur intrinsèque du titre, mais elle rendit môme douteuse la possibilité de vendre nom-

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bro de valeurs. Il en résulta un pessimisme et une méfiance qui ébranlèrent le crédit plus que de raison dans des circonstances analogues (1). Un grand nombre de banques locales et de sociétés s'abîmèrent. La Dresdner liank, que l'on supposait engagée dans les affaires des deux principaux établissements sinistrés dut en quelques jours restituer pour 40 millions de marks de dépôts à vue.

Cependant les grands établissements résistèrent victorieusement ; l'un d'eux môme sut tirer parti de la situation. La Deutsche Bank dont les participations industrielles étaient plus solides que celles de ses concurrentes, profita de l'ébranlement produit pour recueillir une partie de la clientèle de la Leipziger Bank, élargir considérablement son cercle d'action et s'établir délinitivement en Saxe.

C'est le 25 juin à 11 heures du matin, que le télégraphe avait apporté à Berlin la nouvelle de la cessation des paiements de la L<Mpziger Bank, provoquée par l'efTondrement de la Dresdner Crédit Anstalt. Le même jour, l'agence Woliï faisait paraître l'information suivante :

« Berlin, 25 juin 1901 . On nous annonce de la Deutsche Bank : la Deutsche Bank saisit l'occasion de la cessation des paiements de deux banques importantes des principales villes de Saxe, pour mettre à exécution un projet depuis longtemps formé ; elle va par l'installation d'une succursale à Leipzig élargir son champ d'activité en Saxe. Il faut voir le motif de sa résolution dans le fait que cette créalion paraît devoir être tout à fait précieuse actuellement pour l'industrie et le commerce saxons. »

La rapidité de cette décision méritait trétif si-nalée,

(i) DéclaralioDS du Congrès des banquiers allemands.

Bientôt après la Deutsche Bank transforme en succursale dresdoise la maison Menz, Blochmann et Cie et s'installe définitivement dans une contrée jusque-là réservée à ses concurrentes. L'année suivante enfin, elle augmente son capital de 10 millions de marks pour absorber la Duisburg-Ruhrorter Bank, une des plus vieilles maisons de la région Rhénane-Westphalienne que la crise avait particulièrement touchée. On voit l'avance prise sur les autres établissements par la Deutsche Bank moins atteinte par les krachs industriels.

Mais les autres grandes banques berlinoises ne devaient point tarder à se remettre et à tirer également de celte crise même des avantages directs et nombreux.

L'attitude courageuse des grands établissements (1), supportant sans faiblir un recul très notable de leurs actions (2), se montrant prêts à satisfaire immédiatement aux exigences de leurs déposants (nous avons vu que la Dresdner Bank dut restituer en quelques jours 40 millions de

(1) Congrès des banquiers, « La crise a été adoucie par l'allilude sense'e des grands établissements de crédit, en première ligne par la Deutsche Bank, à l'intervention énergique de laquelle on est redevable du prompt rétablissement de la confiance. »

(2) Cours des actions des 6 principales banques berlinoises, au commencement des mois de :

ce

co

es u

Deutsche Bank. .

Discontogesells

chaft

Dresdner Bank .

Darnistâdtcr B. .

Beiliner Hand. .

National Bank. .

marks de dépôts), la rapidité de la reprise des alTairos (1) vinrent fortifier la situation des grandes banques et ajouter encore à la confiance du public déjà impressionné par l'annonce des capitaux considérableset des augmentations de capital.

D'autre part la faillite de nombreuses banques locales avait prouvé une fois de plus combien il était dangereux de s'aventurer dans les opérations financières, quand n'est point assurée, parla diffusion même des affaires, une très large compensation des risques. La crise enfin avait été de Taveu de tous, aggravée par les effets de la loi sur les bourses : les banques de province ne s'étaient point fait inscrire au registre de Bourse et l'insécurité qui en résultait était apparue plus clairement.

Toutes ces raisons contribuèrent à rapprocher le public des grandes banques (2).

(1) Pour cent des dividendes distribue's de 1899 à 1904 à la

Deutsche Bank. . . Dresdner Bank. . .

Discontogesellschaft.

Darmstadter Bank. .

SchaalThaus. Bkv. .

(2) « La banque allemande intimement liée à l'industrie nationale a souffert avec elle. Mais ces malheurs contribuent autant que les gros profits à faire l'éducation du capital. Il y a une leçon utile à en tirer Au contraire les effondrements financiers qui atteignent des capitaux engagés dans des affaires que leurs possesseurs ignorent presque totalement ne produisent même pas la dure leçon de l'expérience. Tous les capitalistes sont exposés à perdre de l'argent, mais ceux qui peuvent savoir avec précision pourquoi ils l'ont perdu gagnent quelque chose à cette perte. » De Rousiers, Hambourij et l' Allemagne contemporaine, p. 231.

Mais surtout il faut noter l'élan que vint donner au mouvement de concentration l'exemple de la Deutsche Bank. Les grandes banques berlinoises ne voulurent point laisser leur grande concurrente conserver cette avance et s'efTorcèrent de regagner le temps et le chemin perdus. Aussi bien, la crise venait de leur faire comprendre à quels dangers elles s'exposaient en immobilisant trop leurs ressources et la nécessité de diriger leur activité, plus que par le passé, vers les opérations ordinaires de banque.

La Discontogesellschaft qui jusque-là avait paru se désintéresser de ce mouvement d'expansion à travers les provinces et qui ne comptait encore en 1900 que 1 succursale et 3 participations ou commandites, multiplie à partir de cette date ses participations et ses absorptions, notamment sur le Rhin (Rheinische Discontogesellschaft, Bank fur Rheinland und Westfalen, Goblenzcr Bank) et en Saxe (alliance avec l'Allgemeine Deutsche Crédit Anstalt, absorption de la banque Gùnther et Rudolph de Dresde), les deux contrées particulièrement touchées par la crise.

La Darmstâdter Bank reprend le siège berlinois de la Breslauer Discontobank fortement ébranlée par la chute de la Leipziger Bank, absorbe à Mannheim la Bank fur Siiddeutschland et pénètre dans le Hanovre par l'absorption de la banque Oppenheimer et Davisor.

La Berliner Bank ne se remettra pas de la crise ; une première tentative de fusion avec la Deutsche Bank n'aboutit pas ; elle sera absorbée en janvier 1905 par la jeune et active Gommerz und Disconto Bank.

(( Ces fusions de grand style, écrivait le Berliner Actionàr le 9 août 1902, au contraire des années précédentes, se sont faites sous l'empire de graves circonstances et ont

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prouvé qu'avec le temps la vie des banques provinciales était devenue plus difficile en présence des grandes banques. C'est ce qui explique encore la fusion toute récente de l'Essener Crédit Anstalt avec la Recklinghauser Dank » (groupe Deutsche Bank).

La Dresdner Bank enfin, voulant dépasser d'un seul coup ses rivales, conclut avec l'A. SchaalThtUisens'cher Bankverein une formidable association d'intérêts (1). La Deutsche Bank riposte aussitôt en portant son capital à 180 millions de marks, la Discontogesellschaft porte le sien à 170 millions, la Darmsliidter Bank à loi millions. Jamais la lutte d'influence et de capitaux n'a été aussi vive qu'en ces dernières années.

Ainsi donc, la crise 1900-1901 a singulièrement contribué à cette accélération du mouvement de concentration en poussant les grandes banques, un peu par amour-propre, nous disait-on, beaucoup par nécessité, à étendre le champ de leur activité pour augmenter le courant de leurs opérations de banque proprement dites, s'assurer une plus large compensation des risques, soutenir à nouveau les industries nationales ébranlées et leur procurer de nouveaux débouchés, comme aussi bien en détachant le public des petites banques que leur rayon d'action plus restreint et de moindres garanties apparentes mettent de moins en moins à môme de recueillir les capitaux flottants et d'en trouver l'emploi.

(1) Voir au'chapitre suivant l'élude de celle association d'intérêts et les nombreuses absorptions qui l'ont suivie.

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