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CHAPITRE III

LES MODALITÉS DU MOUVEMENT DE CONCENTRATION

La concenlration dans le trafic de banque en Allemagne s'est opérée, avons-nous dit, d'une façon particulièrement originale ; elle est loin de présenter les mêmes formes qu'en France ou en Angleterre par exemple. Si le but poursuivi reste le même, — drainer, pomper partout les capitaux isolés, trouver de nouveaux emplois, — si le moyen général, peut-on dire, ne change pas, — assurer la dilTusion de l'établissement, lui procurer en quelque sorte ruhiquiU, — les voies et les méthodes diffèrent profondément.

Indiquons, dès maintenant, les principales modalités que revêt en Allemagne le mouvement de concentration dans le trafic de banque.

1° Tout d'abord les mccursales proprement dites des grandes banques allemandes sont peu nombreuses et proviennent généralement à^ fusions ou à' absorptions ioidAçi's,.

2° Un second mode de concentration consiste dans la transformation, par les grands établissements, des firmes privées en sociétés par actions.

3° La commandite de banques secondaires ou les participation?, prises chez elles par les grands établissements constituent deux procédés très couramment employés.

i" Enfin nous nous trouvons en présence des Associations (lintérêts proprement dites (Interessengemeinschaften) préparées par les consortiums de banques (1).

1" Succursales.

Les banques anglaises et nos grandes sociétés françaises ont surtout pratiqué la politique cC extension directe par agences ; le mouvement est parti du centre ; les banques ont rayonné de la capitale sur toute la province, ouvrant sur les différentes places — en commençant par les villes les plus importantes pour finir par de moindres localités — des agences, bureaux et succursales qui vinrent concurrencer directement les banquiers locaux. Les banques anglaises et les grandes sociétés de crédit françaises ont ainsi constitué un vaste réseau de succursales proprement dites, dont les tableaux suivants montrent l'étendue :

Succursales^ agences et bureaux au SI décembre lOOi.

Crédit Lyonnais

Comptoir National d'I'scompte.

Société Générale

paris

Ranl.

Province

Etran;.'er Total

io

1 agence + 3 fifiales 498

Le nombre des succursales des banques est encore plus considérable en Angleterre et dans le pays de Galles; on ne comptait pas moins en 1900, de 12 banques, possédant chacune plus de 100 succursales.

(1) Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit des augmentations du capital propre des grandes banques ; il suffit de se reporter aux tableaux que nous avons donnes déjà. V. chapitre I, p. 33; chapitre II, p. 95.

London City and Midland

Lloyds

Capital and County. .

Barclay and C°. . . .

National Provincial. .

London and Provincial

283 London and County ... 185

278 Metropolitan 133

269 Wilts and Dorset 128

241 London and South Western 127

240 Parr's Bank 117

189 York City and County. . . 102

Soit un total de 2.292 succursales (1).

En Ecosse, ce nombre est encore, proportionnellement à la population, plus élevé: 11 banques et 1.043 succursales pour un peu plus de deux millions et demi d'habitants.

En Allemagne, le nombre des succursales proprement dites possédées par les grands établissements est incomparablement moins élevé et encore la fondation de la plupart de ces succursales, caisses des dépôts et agences ne remonte guère au-delà de ces dernières années comme il est aisé de s'en rendre compte par la comparaison suivante :

Tableau des succursales, caisses de dépots et agences au début des années :

Succursales Caisses Total Succursales Caisses Total-

Deutsche Bank

Dresdner Bank

Discontogesellschaft . . .

Darmstâdter

Schaafîhaus. Bkv ....

National Bank

Commerz und Disconto

Baitk

Mitteldeutsche Crédit B.

(1) En 1901, 21 banques possédaient plus de 100 filiales chacune. Au début de 1905, la seule London Gilyet Middlan Bank comptait 447 filiales. En 1905 on compte 4458 succursales de banques.

(2) A cette même date nos 3 grandes sociétés de crédit possédaient :

de dépôts

de dépôts

Tableau des succursales^ caisses de dépôts et agences au 31 décembre Î904-.

Deutsche Bank . .

Discontogesellschaft Dresdner Bank . .

A. SchaafThaus. Bkv DarmslaïUer B.

Mitteldeutsche Cred National B. . .

Commerz u. Disconto B

Caisses de dépôts Filiales Berlin Province Etranger Total 7 27 21

Deutsche Bank, à Berlin. Filiales à Brème, Dresde, Francforf, Hambourg, Leipzig, Londres, Miinicli, Nuremberg,

Discontogesellschaft. Filiales à Berlin, Francfort, Brème, Londres, Hambourg (Norddeutsche Bank avec 2 caisses de dépôts à Altona et Harburg),

Dresdner Bank Filiales à Berlin, Dresde, Londres. Francfort, Brème, Biickeburg, Chcmnitz, Fiiith, Hambourg, Hanovre, Mannheim, Nuremberg, Plauen, Zwickau, Munich.

Schaaffh. ^Av;. Filiales à Berlin, Diisseldoi'f, Bonn,Duisburg, Crefeld, Neuss, Kuhrort. Clève, Diilken, Wesel.

Darnistddter B. Filiales à Berlin, Francfort, Hanovre, Strasbourg.

Mitteldeutsche Crédit B. à Berlin et Francfort. Filiale^ «^ Meiningen, Wiesbaden, Fiirth, Nuremberg,

Commerz und Disconto Bank. Filiales à Berlin d Kii'l,

Crédit Lyonnais 184 succursales ou ai^fiices.

Société Géi)érale 30S •< »

Comptoir National d'Escompte. 129

On voit d'après ce tableau, que les grands établissements berlinois ne possèdent de filiales que dans les centres tout à fait importants. Les caisses de dépôts et les bureaux de change {Deposilenkassen, Wcchselstiiben) ne se rencontrent guère également que dans les grandes villes : les 48 Depositenkassen de le Deutsche Bank par exemple, se répartissent ainsi : 27 à Berlin, 3 à Dresde, 10 à Hambourg, 5 à Leipzig, 1 à Wiesbaden. Elles remplissent les mêmes fonctions que les bureaux de quartier des sociétés de crédit françaises (dépôt et retrait des fonds, payement des coupons, garde des titres, etc.). Leur développement en ces dernières années, dû à l'augmentation des affaires de banque proprement dites dans les grands établissements, n'offre rien qui puisse nous arrêter particulièrement.

Les filiales (succursales), elles, présentent des traits originaux qui les font différer profondément des succursales du Crédit Lyonnais ou de la Société Générale, au double point de vue de leur fondation et de leur fonctionnement .

a) Elles ne sont point, en effet, le plus souvent, créées de toutes pièces et n'apparaissent point, un beau jour, sur une place, firmes nouvelles, sans attaches et sans passé. Elles naissent en général, de l'absorption totale d'une maison privée dont le grand établissement reprend tout l'actif et tout le passif, ou de la fusion complète d'une banque par actions avec le grand établissement qui désormais en détiendra la totalité des actions. C'est là, la politique (.Vamalgamation^ comme disent les Anglais, opposée à la politique d'extension directe par agences (1). Les grandes

(1) Eu France, les exemples d'absorptions ne se rencontrent guère

banques y gagnent, d'une part, de voir disparaître ainsi dès le début, un concurrent souvent sérieux, et d'autre part, trouvent à cette combinaison cet immense avantage qu'elle leur procure d'ores et déjà un noyau de clientèle tout formé. Sans compter que parfois le cbef de la banque locale ainsi fusionnée reste à la tète de sa maison transformée en filiale et que sa connaissance des hommes et des besoins locaux est un précieux gage de succès pour l'avenir de la succursale.

La plupart des filiales des grandes banques berlinoises ont été créées de cette façon :

Deutsche Bank : 7 filiales en Allemagne ; 3 résultant d'absorptions : Francfort (absorption du Frankfurter Bankverein, 1886), Leipzig (reprise des affaires de la Leipziger Bank, 1901), Dresde (absorption de la maison Mcnz, Blochmann et Cie, 1901).

Dresdner Bank: 14 filiales; 7 absorptions: 1892, Die Anglo Deutsche Bank, Hambourg ; 189o, Bremer Bank, Brome; 1896,S. E. Wertheimber, à Nuremberg età Furlh ; 1898, Alexandre Simon, à Hanovre, W. J. Guttmann, à Nuremberg ; 1899, Niedersâchsische Bank ; à Bûckebourg ; 1904, Deutsche Genossenschaftsbanket Erlanger et fils, à Francfort .

Darmstâdter Bank: i filiales, une seule créée par voie d'absorption : 1901, Hanovre, H. Oppenheimer et Otto Davison.

Disconlogcsellscliaft : 4 filiales, trois par absorptions : 189y, Norddeutsche Bank de Hambourg ; 1901, Botschild et

qu'au Comptoir National d'Escompte (1890, l.afar^ue et Cie, à Bordeaux ; 1893, .1. Fourgassié aine, à Mazamet ; 1897, Delezinier, à Cognac) En 1904, 4 agences nouvelles sont créées, 3 par absorptions de banques (Mérillion, à Pau ; Vignes, à Troyes ; Smith, à Monte-Carlo.)

Banques

Banques

privées

par actions

Total

fils, à Francfort ; 1904, J. Schultze et Wolde, à Brème. Voici d'ailleurs le tableau général du nombre de banques privées et de banques par actions absorbées par les 4 principaux groupes (août 1905).

Deutsche Bank

Dresdner-Schaaffhaiis. . . Discontogesellschaft. . .

Darmstadler

L'exemple le plus fameux dans cet ordre d'idées est celui de l'absorption de la Norddeutsche Bank de Hambourg par la Discontogesellschaft en 1895. Les relations des deux banques remontaient à 1871 ; plus tard, toutes deux s'engagèrent dans la création des chemins de fer du Venezuela, de la Compagnie internationale d'air comprimé et d'électricité Popp ; les pertes qu'éprouva simultanément de ces deux côtés la Norddeutsche Bank, déterminèrent sa fusion avec la Disconto également touchée d'ailleurs. Par décision de son assemblée générale du 16 avril 1893, la Norddeutsche Bank transmit à la Discontogesellschaft son passif, son actif et sa raison sociale.

Cette dernière, par statuts du 16 avril 1895, transforma la Norddeutsche Bank en une société en commandite par actions dont elle garde, à elle seule, le capital-actions, 40 millions de marks.

b) De fait la Norddeutsche Bank est devenue une simple filiale de la Disconto, mais — et ceci nous permet de bien saisir la seconde différence caractéristique des filiales des grandes banques berlinoises — elle a gardé une autonomie formelle et une très large indépendance. Il n'est pas rare de voir les filiales conserver le nom et la raison

sociale des banques locales qu'elles ont remplac(''es ; la Bremer Bank, la Niedersaschische Bank sont de pures filiales de la Dresdner Bank comme la Remscheider Bank, pour emprunter quelques exemples aux banques secondaires, est une succursale de la Bergisch-Markische Bank, la Schalker Bank, la Crédit Bank de Recklinghausen, des succursales de TEssener Crédit Anstalt.

Sans être toujours aussi distinctes du siège central que l'est la Norddeutsche Bank, les filiales allemandes ont en général une plus gramîe importance que les agences du Crédit Lyonnais ou du Comptoir National d'Escompte. Investies à peu près des mêmes droits que le siège central, elles sont en rapports moins étroits avec lui, s'intéressent parfois à des opérations auxquelles il ne participe point et ont souvent leurs atTaires propres, suivant l'industrie ou le commerce des régions où elles sont établies, voire quand il s'agit d'emprunts de villes ou de petits Etats (l). Le directeur d'une dos succursales de la Deutsche Bank nous disait à quel point les grands établissements tiennent à assurer cette indépendance et cette liberté d'action des filiales : « Les filiales ainsi comprises, disait-il, n'amènent point une lourde surcharge de frais généraux : point de contrôle incessant et méticuleux, point d'ordres de détails; nous connaissons la ligne de conduite générale à suivre et une afTaire nouvelle une fois autorisée en principe, nous la gérons pour le mieux et suivant les nécessités du moment et du lieu ; c'est là le premier gage d'une bonne adaptation aux besoins de la clientèle. '>

Nous nous trouvons donc, dès les filiales proprement dites, en présence d'un élément de décentralisation, résultat, si paradoxal que cela puisse paraître au premier abord,

(!) V. des exemples au tableau des participations de la Deutsche Bank (1903-1904), II" partie, chap. III.

de la concentration elJe-môme. Il va d'ailleurs nous apparaître, plus fortement marqué encore, dans l'examen des autres modalités qu'a revêtu le mouvement de concentration des banques en Allemagne.

Ce n'est point, en effet, le nombre des succursales proprement dites qui limite l'étendue du rayon d'action des grandes banques berlinoises : leur sphère d'influence est infiniment plus vaste. Partout oii elles n'ont point établi de filiales, elles vont entrer en contact avec le public et la clientèle au moyen de correspondants pins ou moins attitrés, plus ou moins indépendants, mais qui, ayant encore plus d'initiative qu'une pure succursale, vont pouvoir seconder plus efficacement la hardiesse de la direction centrale.

Ce second aspect du mouvement de concentration est particulièrement original et tout à fait propre à l'Allemagne ; il mérite d'être étudié avec quelques détails.

2° Commandites.

Un premier moyen plus souple que celui de l'établissement de succursales propres, consiste, pour le grand établissement désireux de s'installer sur une place déterminée, à simplement commanditer une banque particulière de cette place. Outre que la banque commanditaire aide ainsi puisamment à l'extension de la banque commanditée en venant augmenter ses moyens d'action, elle assure ses propres intérêts sur la place par une représentation active de ses capitaux, le plus souvent aussi par l'entrée d'un de ses directeurs dans la banque secondaire ; elle atteint ainsi le même but que par l'installation d'une succursale.

L'exemple le plus important de ce mode de concentration, est sans contredit celui de la commandite de la maison R. Varschauer de Berlin par la Darmstddter Bank pour 20 millions de marks (1898) (1). Nous avons déjà cité cet exemple lors de la discussion des causes particulières. Que des motifs purement privés aient pu décider M. R. Varschauer à accepter la combinaison proposée par la Darmstâdter Bank, cela nous intéresse en somme, assez peu ; ce qui est plus important à nos yeux, c'est le procédé employé par la Darmstâdter Bank que la concenlration croissante des affaires de banque à Berlin obligeait à fonder une succursale dans la capitale, pour réaliser ce but et, comme le dit très bien M. Sayous, « faire bonne figure dans la capitale, s'adapter au milieu dans la mesure du possible, sans soulever cependant les protestations de Tancienne clientèle et des actionnaires provinciaux. »

Les grandes banques berlinoises et les banques provinciales elles-mêmes ont eu souvent recours à ce procédé d'amalgamation, incomplète sans doute, mais très suffisante pour élargir le champ de la compensation, donner à la banque commanditaire la haute main dans les affaires de la maison commanditée qui, de plus, reste autonome, plus indépendante, mieux appropriée aux besoins de la clientèle locale, tout en amenant à l'établissement directeur un nouvel et important courant d'affaires et en lui ouvrant de nouveaux débouchés.

Voici le tableau des banques commanditées par les grands établissements berlinois et les banques qui s'y rattachent.

(1) Celte commandite vient de prendre fin dans le courant de 1905 ; la Darmstâdter a purement et simplement absorbé la banque Varschauer. Ce n'est point d'ailleurs le seul cas où nous voyons la commandite préparer, pour ainsi dire, les voies à la fusion totale.

Deutsche Bank.

Bergisch Mârkische Bank.

Schlesischer Bankverein.

Osnabrùcker Bank, Hildesheimer Bank.

Esseuer Crédit Anstalt .

Rheinische Crédit Bank.

Disconto Gesellschaft.

Norddeutsche Bank.

Aligemeine Deutsche Crédit Anstalt.

Sùddeutsche Discontog.

Dresdner Bank.

Schaaffausens'clier Bkv.

Darmstsedter Bank.

Breslauer Disconto Bank.

Commandites. CE. Heydemann (Baulzen).

Guillermo Vogel (Madrid).

Rosenfeld et G" (Vienne).

Hûser et C» (Solingen).

Max Gerson et C° (Hamm).

D . Fleck et Scheuer ( Dùsseldorf) .

G. Fromberg etC (Berlin).

R. Vogt et C» (Frankenstein).

H. G. Weiss et G" (Kônigshûlte).

Quakenbrûcker Bank.

Marcus Ganz (Herford).

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