‹ Le mouvement de concentration dans les banques allemandesChapitre 4 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous distinguerons deux séries de causes du mouvement de concentration dans les banques allemandes :

1° Une cause gmérale^ facteur premier de l'évolution, qui n'est, en somme, que l'expression originale prise dans le trafic de banque en Allemagne, par la tendance générale à la concentration que l'on constate dans tout le domaine capitaliste.

2° Des causes particulières qui vinrent soutenir et précipiter cette tendance :

a) L'action législative ;

b) Las phénomènes internes à chaque établissement ;

c) La crise de 1900-1901.

\. — Cause yénérale.

L'évolution économique moderne est caractérisée par une tendance générale à la concentration des capitaux et des entreprises. La concentration dans le trafic de banque n'est donc pas un fait isolé ; elle est favorisée au contraire

par le développement économique tout entier, comme aussi bien, à son tour, elle vient réagir sur lui.

La cause générale de la concentration dans une branche donnée du commerce ou de l'industrie, se présente ainsi sous un double aspect : une cause interne^ tendance à la concentration propre à ce commerce ou à cette industrie déterminés, et plus ou moins agissante suivant les conditions techniques de l'activité de cette branche de production ; — une cause externe^ expression des rapports plus ou moins étroits qui l'unissent à l'ensemble des phénomènes économiques et sociaux.

Si nous appliquons cette distinction à l'étude de la concentration dans le trafic de banque en Allemagne, nous nous trouvons en présence : 1° d'une cause interne, tech~ nique, qui est la façon même dont les Allemands comprennent et pratiquent la banque, façon particulièrement propre à favoriser la concentration, comme nous le verrons, en ce sens que les banques allemandes réunissent en un même organisme, des fonctions très différentes ; 2° d'une cause externe, économique, qui est le lien étroit qui unit en Allemagne, le commerce et l'industrie à la banque.

Sans doute, nous nous rendons compte de ce qu'une telle distinction présente d'absolu et d'arbitraire. Il est difficile, sinon impossible, de préciser dans quelle mesure la façon de comprendre et de pratiquer la banque a influé sur le développement économique du pays et conduit à cette coordination des différentes branches de l'activité — ou dans quelle mesure au contraire le développement économique a obligé les banques à élargir la conception qu'elles avaient de leur rôle et à étendre leur cercle d'action. Nous ne songeons point à reprendre la vieille question

de savoir si Torganc a créé la fonction ou si la fonction a créé l'organe. Eu réalité il y eut action et réaction continues et simultanées des deux phénomènes l'un sur l'autre ; s'il est vrai qu' « en général la forme de l'échange correspond à la forme de production » (i), et « que dans une économie toute faite et quand on considère les phénomcnes achevés, le mode d'échange peut être considéré comme une conséquence du mode de production », cela peut n'être plus vrai, « quand on considère les devenirs et les moyens de passage » (2).

Quoiqu'il en soit de ces discussions purement théoriques, et ces réserves une fois faites, nous étudierons pour la clarté de l'exposition, la cause générale du mouvement de concentration du trafic de hanque en Allemagne, sous chacun de ces deux aspects que nous avons indiqués, — technique et proprement économique.

A. — La cause technique.

Cette cause n'est autre que la façon même dont les Allemands comprennent et pratiquent la banque.

Schaeffle appelle les banques de son pays « des entreprises à tout faire » (Allerlci Entreprisen) et Sattler fait remarquer « qu'elles n'ont pour fonction essentielle nile paiement ni le crédit » (3). Les banques d'émission, les

(1) Karl Marx, M'aère de la philosophie, 2« édition, p. 105.

(2) G. Sorel, Introduction à l'économie moderne, p. 135.

(3) V. Sattler, Die Effeklenbanken, p. 2. - Ad. Weln-r, op. cit., p. 4.

banques hypothécaires et quelques banques de courtiers (1) (Maklerbanken) mises à part, la spécialisation des banques n'existe, en effet, pour ainsi dire pas en Allemagne : nous ne trouvons pas chez nos voisins, de banque ayant exclusivement le caractère d'une banque de dépôts et de crédit, comme chez nous le Crédit Lyonnais ou la Société Générale, — ou celui d'une banque d'affaires proprement dite, comme la Banque de Paris et des Pays-Bas par exemple. A plus forte raison, la différence est-elle grande avec l'Angleterre oii la spécialisation des banques est poussée à un haut degré. Les banques allemandes, elles, ne se sont point cantonnées dans une nature particulière d'opérations : toutes combinent dans une proportion plus ou moins grande les fonctions de banques de dépôts, de banques de crédit et de banques d'affaires (2).

i( Le but de la société, diijie paragraphe 2 des statuts de la National Bank fur Deutschland, est l'exploitation des affaires de toutes sortes : banque proprement dite, opérations financières, crédit, émissions, affaires industrielles et immobilières. » C'est là comme une formule de style que nous retrouvons dans tous les statuts.

Sans doute, la distinction établie entre banque de dépôts, banque de crédit et sociétés financières, présente un caractère trop absolu : c'est surtout une division théorique. « Dans la réalité, il n'existe plus dépures banques

(1) Les Maklerbanken sont des sociétés par actions qui s'occupent principalement de l'exécution des marchés à terme : il n'en existe que trois à Berlin .

(2) Sur l'activité générale des banques allemandes, voir en dehors des ouvrages de Saltler, de Weber, de Varschauer déjà cités, A. E. Sayous, Banques de dépôts, Banques de crédit et Sociétés financières ; — Scharling, Bankpolittk ; Handworterbuch der Staatswissenschaften (Conrad) et Wôrterbuch der Volkswirtschaft (Elster), art. Bank.

(Je dépôts, il n'existe que peu de pures banques de crédit et les pures sociétés financières ne sont qu'une assez rare exception. Une seule maison ou association réunit généralement ces trois branches dans son activité tout en faisant à l'une, sinon à deux d'entre elles, une place plus spécialement large » (1). Autrement dit, d'une façon générale et particulièrement en France, la distinction ne subsiste guère, nettement établie, qu'entre les attributions de dépôt et de crédit d'une part, et de l'autre les opérations financières au sens strict du mot, les opérations de « Crédit Mobilier » pour employer l'expression courante en Allemagne.

Or c'est précisément l'intime confusion de ces attributions différentes qui caractérise les banques allemandes, les unes comme la Deutsche Bani< ou la Dresdner Bank par exemple, étant des banques de dépôts et de crédit autant que des sociétés financières, les autres, au contraire, comme la Bank fiir Oandel und Industrie ou la Discontogesellschaft étant surtout des banques d'affaires.

Un aper(;u général de l'organisation et de l'activité des banques allemandes est ici nécessaire.

Cette confusion est le produit de l'évolution historique que nous avons esquissée. Avant 1830, avons-nous vu, les Notenbanken se livraient à côté de l'émission des billets à toutes les affaires courantes de banque : les premières banques par actions furent créées pour subvenir aux besoins de l'industrie et du commerce naissants ; aussi, durent elles, à leurs débuts, s'occuper surtout d'alTaires de crédit et d'émission : les opérations de dépôt ne vinrent

(1) Sayous, op. cit., p. 12.

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