Je n’ai point parlé des films sonores, beaucoup moing
dangereux que les films parlants et qui ne sont qu’amus settes bruyantes mais inoffensives,
any
excessive, d’autres, en revanche, méritaient bien — de nous ¢tre révélées et ont produit une profonde impression. Vous n’ignorez pas qu’un vaste mouvement d’échange international (échange artisti-
que, littéraire, dramatique) s’est eréé, au reste,
depuis quelques années, et qui peut, qui doit avoir les meilleurs effets, mais @ condition de le surveiller, de le régir intelligemment, prudemment, de part et d’autre, ¢’est-d-dire de s’entendre (et entre hommes
-qualifiés, dans chaque pays) pour n’accorder con-
fiance et crédit qu’a des intermédiaires, des impresarii, des traducteurs et adaptateurs de choix. Ainsi accueillerons-nous en France les ceuvres étrangéres vraiment intéressantes, artistes, significatives, et enverrons-nous a l’étranger les ceuvres frangaises se recommandant par des qualités analogues. Et certes je ne prétends point que l’on ne commettra pas certaines erreurs, qu'il n’y aura point quelques déchets (les intermédiaires, pour avisés qwils soient, peuvent se tromper, et ils doivent tenir compte aussi des exigences et des gotits du public). Mais tout de méme, on peut attendre beaucoup de ces échanges internationaux ainsi surveillés, réglementés et limités par cela méme. Chez nous, on semble bien lavoir compris, car ce sont'ou des lettrés ou des écrivains dramatiques de classe,/ou des professionnels du thédtre qui choississent, adaptent aujourd'hui les piéces étrangéres a l’usage de notre public. Ainsi M. H. de Carbuccia (je ne puis pas ne pas le rappeler, méme au risque de froisser sa modestie) nous révéla-t-il successivement Pluie le Cercle, de So-
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Oe UN NG Sh Ne NG merset Maugham, deux chefs-d’ceuvre et d’un ton ‘si différent, la Lettre (je ne puis que vous signaler cette derniére piéce représentée hier, mais yy reviendrai), ce pittoresque et vivace Procés de Mary Dugan (piece américaine celle-la, mais trés supérieure aux drames policiers ordinaires). Ainsi M. Charles Méré adapta-t-il pour notre meilleur agrément Broadway, et récemment M. Lucien Besnard, auteur de tant de belles et fortes comédies, nous donnait, au Théatre Edouard-VII, en collaboration avec Mme Virginia Vernon, le Grand : Voyage, une des ceuvres les plus aigués, les plus. poignantes, les plus humaines que nous ayons entendues. Je glisse sur le Singe velu d’Eugéne O’Neill (version frangaise de M. Maurice Bourgeois), car ce drame idéologique nous a quelque peu décus, je m’efforcerai, tout AVheure, de vous dire pourquoi. La plupart de ces pidces, de valeur inégale sans doute, ont le mérite de nous initier A une littérature étrangére dont nous ne soup¢onnions guére l’importance, la qualité. Le théatre américain, en particulier, nous croyions qu’il se « résumait » en quelques piéces policiéres, et nous méconnaissions le vaste mouvement dramatique déclenché, outre-mer, depuis plus de deux sitcles, et surtout au lendemain de la guerre.
Un livre trés intéressant, tras documenté, de Mme Léonie Villard (le Thédtre américain) nous
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Va révélé, au début de l’été, et grace & lui nous pouvons suivre cettte évolution si curieuse. A la vérité — Mme Villard ne nous le cache point — Vart dramatique se heurta tout d’abord, la-bas, a de nombreuses difficultés, et Von dut attendre -jusqu’au xvirr? siecle avant de découvrir en Ameérique des ceuvres originales, caractéristiques d’un pays, d’une race.
La premiére (le Coniraste) n’est, au reste, que la transposition de la célébre comédie de Shéridan, l’ Ecole de la médisance. Mais, 4 dater du Contrasie, le théAtre américain progresse de fagon continue et Mme Villard indique les étapes essentielles de cette progression : Superstition, tragédie puritaine de Nelson Barker, 1824 ; Fashion, peinture de la haute société américaine en 1845; la Quarteronne, de Dion Boucicault; le Négre, d’Edouard Sheldon, Vauteur de Romance; l’Escalade, de Clyde Fitch (1901); ’Epouvantail, de Percy Mackaye (1907); les ouvrages de Langdon Mitchell, Augustus Thomas, William Vaughn-Moody, qui, de 1900 & 1904, ouvrent de nouvelles perspectives et, « dan le splan matériel comme dans le plan spirituel, reflétent fidélement la vie américaine ».
Mais c’est peut-étre la seconde partie du livre (le mouvement dramatique depuis la guerre) qui nous donne les renseignements les plus précieux et nous fait mieux sentir encore Vignorance ou nous nous cantonnions, par la faute des mauvais impresarii, des importateurs médiocres. Le mouvement dramatique nouveau, les Américains le doivent en grande partie aux « Washington Square
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Players », et il fut poursuivi, accru par les petites scenes (la « Guilde » de New-York, les « Princetown Players ») et autres compagnies mouvantes, eb aussi par les Universités, car on y enseigne la théorie, la pratique de l’art dramatique; on y édifie des salles de spectacle; on « y cultive » des auteurs en herbe; on y édite des piéces, et le théa-
tre en Amérique est devenu non seulement un art,
mais un enseignement national. Bien entendu, on
y suit, 4 la fois, les courants les plus variés, les
plus opposés, les plus contradictoires (réalisme dé-
formé et devenu « expressionisme », piéces poético-
fantaisistes, pitces qWidées, piéces symbolistes,
comédies de meeurs, de sentiments, etc.); et natu-
rellement, on recherche, on adopte sans cesse des
trouvailles, des inventions techniques de mise en