‹ Le Mouvement DramatiqueChapitre 16 sur 33 · L?7HOMME QUE J’AI TUE · texte numérisé non relu

L?7HOMME QUE J’AI TUE

de M. Maurice Rostanp

Aux Mathurins.

Dans sa nouvelle ceuvre, représentée au Théatre des

Mathurins, M. Maurice Rostand développe un théme qui lui est cher et méme familier : Vhorreur de la guerre. Théme, vous ne lignorez point,.« a Pordre du jour ». Mais la piéce de M. Maurice Rostand n’est pas une « piéce d’idées ». Elle se contente d’étre une piéce sensible, humaine, toute vibrante d’une émotion communicative. Je ne lui adresserai que deux reproches : elle « s’appuie » sur un point de départ un peu exceptionnel, un peu particulier (mais, au demeurant, plausible), et verse, ici et 14, dans une phraséologie verbeuse, abondante, et assez mal justifiée par la douloureuse simplicité du sujet. L’ouvrage contient néanmoing nombre de scénes d’un accent, d’une puissance pathétique irrésistibles, et singuliérement un second acte, qui est un des plus réussis peut-étre (dramatiquement et humainement) que lauteur ait écrits.

L’histoire, vous la connaissez, si vous avez lu le roman d’ot M. Maurice Rostand I’a extraite. La voici, résumée succinctement.

Un jeune Francais (« Lui »), mobilisé, en premiére ligne, pendant la guerre, s’est trouvé contraint de tuer

un Allemand au cours d’une attaque, et il assista, le cour déchiré, a l’agonie de sa victime. Aprés quoi, blessé lui-méme, et dangereusement, évacué, soigné a l’arriére, le Francais n’a plus participé a nul combat. Convenons qu’il s’en tira 4 bon compte. Mais non! Car, une fois la paix signée, les remords l’assaillent, le torturent, ne lui laissent pas un instant de répit. En vain cherche-t-il une consolation auprés d’un prétre qui ne lui refuse point l’absolution. Le juvénile meurtrier a comme soif d’expier, et cette expiation, il la cherchera en Allemagne, chez les parents de l’homme par lui tué, et dont il connut le nom : Von Holderlin (il s’empara en effet de sa plaque d’identité),

Voici done le combattant d’hier dans la famille von Holderlin. On l’y accueille, d’abord, avec une certaine méfiance; mais la mére allemande, la fiancée du petit mort croient découvrir, & certains indices, que le nouveau venu fut l’ami, le tendre compagnon de celui qu’elles pleurent (car il résida longtemps a Paris); et Vautre, éperdu d’angoisse, aide au douloureux quiproquo par ses silences, ses regards, ses pauvres phrases balbutiées. Et bientdt, on traite le pélerin comme un hdéte familier. On l’introduit dans la chambre funébre (ou tout a été pieusement conservé) on lui montre les objets, les livres, le violon dont l’Allemand se servait, Bien mieux on lit, 4 voix haute, ses « lettres du front », et le Francais a, ainsi, la révélation d’une 4me semblable a la sienne, c’est-a-dire hantce par ’horreur de la guerre, l’épouvante de donner la mort. (Ceci me semble tout a fait digne d’un poéte.) Vous devinez Pangoisse du meurtrier! Pour un peu, il se jetterait aux pieds des parents, de la fiancée, s’avouerait coupable. Cette culpabilité, au reste, va éclater, et c’est la fiancée qui la découyre, A cause d’une phrase maladroite proférée. Alors, le visiteur s’enfuit de la maison,

Wapato tO SCs eT

se jure de n’y plus reparaitre, mais ladolescente, sou-

dain éclairée, exige qu’il y revienne et y demeure,

méme, A jamais, puisque, ici, on a besoin de lui (n’ap-

porta-t-il point, par sa présence, un peu de douceur a

ces Vieilles gens ?). C’en est fait ! Le Francais désertera

sa patrie, vivra la, en Allemagne, y remplacera, filiale- ment, enfant disparu.

Ce dénouement, qui ne manque point de grandeur, parait néanmoins un peu force, un peu arbitraire, et il ett fallu, pour le justifier, que M. Maurice Rostand «isolat » en quelque sorte son jeune héros, le dépouillat de toute famille, de toute affection, de tout amour, en son propre pays. Mais le premier acte, et surtout le second, dégagent, je le 1épéte, une émotion, une force pathétique, convaincantes, et les épisodes « se déboitent », si j’ose dire, un de l’autre avec une logique, une spontanéité, une sorte de fatalité humaine digne d’éloge. Ah! si seulement les personnages traduisaient plus simplement, plus directement, les angoisses de leur coeur déchiré!...

Tout de méme, et en dépit de ces reserves : une noble — touchante et généreuse piéce, et dont le guccés n’a pas été douteux. Hlle a trouvé en MM. Constant-Remy, Burgére, Finaly, en Mme Paule Andral, des interprétes

de premier ordre et, en Mme Marianna Flory, une tra- —

ductrice un peu gauche, mais convaincue des élans, des transes, des ferveurs de la Jeune fiancée.

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