‹ Le Mouvement DramatiqueChapitre 20 sur 33 · Librairie Ernest Leroux, rue Bonaparte · texte numérisé non relu

Librairie Ernest Leroux, rue Bonaparte

Pécrivain classique, celui que l’on surnomme le Shakespeare japonais, écrivit un nombre considérable de piéces jorouri, mais il sacrifia aussi au théatre kabouki.

Cependant, s’il faut en croire les érudits, les spécialistes en Ja matiére, les comédies et drames pour marionnettes nous offrent « l’expression supréme de la littérature japonaise », et ici, dit Tchikamatsou lui-méme, les paroles doivent devenir des créatures vivantes, et l’art doit se tenir sur les frontiéres obscures qui séparent la réalité de la nonréalité. Formule ingénieuse, a la vérité, mais qui manque un peu de précision, ne trouvez-vous pas ?

Quoi qu'il en soit, le glorieux dramaturge se souciait autant et peut-étre davantage de flatter les oreilles et les yeux de ses auditeurs que leur esprit; il tenait.compte du rythme, du dessin mélodique des paroles, de la nécessité de faire intervenir a certains moments de la musique, et aussi de la manceuvyre des marionnettes, actionnées par un opérateur chef, visible, revétu d’un fastueux costume, et par ses aides, mais, ceux-la, . dissimulés..

‘Tchikamatsou, dont on connait assez mal la vie (on croit qu’il fut, A un moment donné, prétre de Bouddha), laissa plus de trois cents piéces (cent quatre pour marionnettes) :/les unes fondées sur Pobservation de 1’existence! quotidienne et d’un

réalisme familier, les autres formant des fresques historiques. I] est assez malaisé d’en apprécier la valeur intrinséque (surtout a travers une double traduction), et nous devons faire confiance 4 M.

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fiyamori, lorsqu’il affirme que « oeuvre de Tchi- ‘amatsou parvient rendre, dans leur plus fine aveur, les éléments de musique et de fantaisie ontenus dans la langue japonaise ». Mais bien des hoses nous échappent, et comme le notait notre rudit confrére Fréjaville (auteur d’une pénétrante tude sur ce sujet) : « Il y a des finesses trés partiuliéres 4 Ja langue et & Ja technique de l’auteur ue nous pouvons difflcilement concevoir, par xemple un fréquent usage d’alliances de mots, de 1ots-pivots, intervention de chants classiques, de oemes chinois, de sentiments confucianistes, *hymnes bouddhiques, de tirades empruntées aux rames V6, de chants de terroir, de proverbes, 1aximes, etc. Et il est impossible de rendre en angais les éléments musicaux des productions ramatiques de celui que ses compatriotes appeleent tour a tour « un Dieu del’art d’éerire » et «un ragon (ou demi-dieu) parmi les hommes ». Quali- ¢ations pour le moins impressionnantes !...

Je suis bien de l’avis de M. Fréjaville, et je vous voue que j’ai lu avec un intérét, une admiration rt intermittents ces piéces un peu naivement conses, diffuses (pour nous autres) et qui nous appaiissent comme de simples contes en prose, bien lutdt que comme des ceuvres dramatiques, au ns propre du mot. Nous devons nous en rapporr principalement aux illustrations incluses dans livre, et qui seules nous donnent une idée de la présentation, de la « réalisation scénique » des istoires animées, dialoguées par Tchikamatsou et ar Ses successeurs.

Avec le second ouvrage auquel je faisais allusion (Drames d’amour de Okamoto Kido)*, nous nous trouvons bien plus a aise, car il s’agit de pitces modernes et dont l’auteur est un de nos contemporains. Okamoto Kido s’efforga de concilier les formules du théatre occidental avec la tradition du théatre japonais (kabouki).

«Son ceuvre, nous dit le préfaceur, M. Steinilber Oberlin, est une synthése des idées et procédés du vieux Japon et des idées et procédés de l’Occident. ‘Les éléments occidentaux et japonais qui le composent ne s’y juxtaposent pas comme des corps étrangers, mais, par le génie et I’habileté de l’auteur, concourent a la création d’une ceuvre originale. »

A la vérité, cette fusion nous parait moins évidente, moins probante que ne l’affirme M. Oberlin, et ’élément traditionaliste transparait surtout ict. On ne voit méme pas ce que Okamoto Kido emprunta au théatre occidental. Ses trois drames @amour s’avéerent « spécifiquement nationaux », si j’ose dire, et par leur gaucherie, leur ingénuité. et par le cadre, l’atmosphére, les caracteres des personnages (soumis presque tous a des rites, a des préjuges, 4 des croyances ancestrales), et par le poésie qui s’en dégage. Certes, tout cela ne manque point de grace, de charme, de grandeur méme (ur

— ne

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