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Le Thédtre frangais contemporain

LE MOUVEMENT DRAMATIQUE aes

se transforma (le gottt du public aussi) et qu’a vouloir aller contre ses préférencdé§ on risquait gros. Ce risque, des directeurs (d’avant guerre) le cou-

rurent pourtant par amour de l’art, par respect de leur profession, par « combativité », mais ils - s’étaient dispersés. D’autres, j’y insiste, avaient pris leur place, qui prétendaient 8 adapter a Pépo- - que nouvelle, jouer un jeu différent, gagner 4 coup ~ sur. Pour cela, ils devaient n’afficher nul goat par-

ticulier, nulle préférence dangereuse, se garder de ~ vouloir ‘guider ou maitriser le public. Ils se contentaient de le suivre docilement, servilement. Dit Vart dramatique en patir, en mourir, au besoin! On put croire qu’il mourrait, en effet, pendant les / derniéres années de la guerre et pendant les pre- ~ miers mois qui suivirent |’Armistice. Par bonheur, ie -bientot une réaction se dessina (dés 1919-1920), o grace aux théatres « 4 cdté » ou irréguliers, grace aV initiative d’ Hoh abes jeunes encore et passionnés pour leur art.

Successivement le Nouveau Thédtre Libre de M. Pierre Veber, la Grimace de M. Fernand Bas- ‘tide, le Vieux- Colombier de M. Jacques Copeau, -Puvre de Lugné-Poe, accueillirent des écrivains

nouveaux d’un certain rang, d’une certaine classe, sefforcérent de les mettre en valeur, d’inaugurer — aussi des mises en scéne économiques et néan-— "moins suggestives, synthétiques (4 l’aide de quel- Ee ques accessoires, de quelques draperies, d’éclairages destinés & créer une ambiance, une atmos- phere). Entrainés par de tels exemples; de nouveaux animateurs surgirent (1921, 1922, etc.), Ce

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qe LE MOUVEMENT DRAMATIQUE OE ant eee furent MM. Baty, directeur de la Chimére, puis du Studio, puis du Théatre de l’Avenue,; Jouvet, di-° recteur de la Comédie des Champs-Elysées; Darzens, directeur du Théatre des Arts; Dullin, directeur de l’Atelier; Pierre Aldebert, fondateur de la ‘Compagnie Aide et Protection, Régine Le Quéré (Athéna); Mme Lara (Art et Action), Mme Paulette Pax, M. Paul Castan, ete.

Ces diverses entreprises eurent d’abord a lutter contre l’indifférence ou les sarcasmes du publie, et deux ou trois parmi elles, aprés de tenaces efforts, | furent anéanties. Ainsi le Vieux-Colombier, vaineu par des difficultés matérielles, dut fermer ses portes. Et un groupement tout a fait digne d@intérét, le Théatre des Jeunes Auteurs, erra longtemps de salle en salle et ne parvint que tout récemment & trouver au Studio (délaissé par M. Baty) une hospitalité, espérons-le, cette fois, définitive.

En revanche, le Théatre des Arts, la Comédie des Champs-Elysées, |’Atelier, VQkuvre connurent une prospérité qui alla croissant de saison en saison, aidérent a la révélation d’un nombre considérable d@écrivains, et on peut affirmer que, depuis le mouvement créé par Antoine au Théatre Libre, , jamais on ne vit pareille floraison de dramaturges, plus richement, plus diyersement doués.

Actuellement — et depuis cing ou six ans — un théatre nouveau s’6panouit et, aprés avoir con-

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quis l’élite, attire un public de plus en plus nombreux. Certes, le snobisme fut, 4 l’origine, un des facteurs de cette réussite des scénes dites d’avantgarde, de la renommée de jeunes écrivains affichant parfois une originalité un peu tumultueuse, un peu baroque. Mais ce ne sont plus seulement les snobs qui suivent aujourd’hui les spectacles représentés par MM. Baty, Dullin, Jouvet, etc. Carle public sait fort bien que les autres thédtres, commercialisés, ne montent que des ouvrages fabriqués ensérie et voués, pour la plupart, 4 disparaitre. Au surplus, on peut prévoir que cette dissociation entre les théAtres

dart et les thédtres boulevardiers n’aura qu’un

temps, et déja les seconds empruntent aux premiers quelques-uns de leurs auteurs, voire quelques-unes de leurs formules. Elles parai:sent assez incertaines et contradictoires. A diverses reprises, les animateurs du théatre d’aprés guerre (MM. Baty, Dullin, Pitoéff, etc.), aussi bien que les écrivains par eux révélé;, se sont efforcés d’énoncer des théories esthétiques générales, d’établir les régles, les lois du théatre nouveau. Certains méme, comme | M. Baty, ont développé, commenté leurs idées en des volumes compacts (le Masque et l’Encensoir).

Pour M. Baty, lart dramatique digne de ce nom

doit s’inspirer de l’art médiéval (mystéres, soties,

- moralités), et la mise en scéne dépasse en intérét,

en importance, le texte, le dialogue, ce que M. Baty . nomme « Sire le-Mot ». D’autres estiment que le

dramaturge a le devoir de s’adresser directement 4 la foule, de ne traiter que des sujets simplistes, accessibles a tous et d’utilité sociale. Et, il y,a deux

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ans, M. Etienne Rey, critique d’un grand journal de théatre (Comedia), ayant ouvert une enquéte sur « les tendances de l’art dramatique nouveau », concluait a la faillite du Réalisme (traduisez des piéces normalement, humainement, logiquement concues, se basant sur l’observation directe, fidéle, limitée, des caractéres, ’examen des faits). Tandis qu’un autre critique et non des moindres, M. Bidou, accourant a la rescousse, écrivait : « Au théatre, le rdgne du fait positif est terminé. » Il est certain que nombre de jeunes auteurs se déclarent antiréalistes. Ils se proclament aussi antiromanesques, voire antiromantiques et soucieux de « suggérer », plutot que d’exprimer, développer des sentiments, des idées avec abondance et lyrisme. Leur godt les entraine — ils le répétent, du moins — vers un art interieur, profond, un peu mystérieux : (analyse des cas de conscience individuels, des hésitations, des mquiétudes, des hontes ou tares psychologiques), et ‘ils ne consentent a traduire la vie que prolongée ou déformée de facon fantaisiste, poétique, idéologique. Il convient de signaler aussi Pinfluence du freudisme sur les générations nouvelles (le théatre de M. Lenormand, de ses disciples, en est impré-, gné), et le dédain affiché des auteurs « dernier bateau » pour la pice bien faite, bien déduite, pour les préparations, expositions, explications jugées superfétatoires! Voila quelques-uns des traits par quoi la génération d’aujourd’hui prétend se distinguer de la précédente. Mais ces traits, la production courante les dément, les contredit bien souvent.

Examinons-les, néanmoins, avec attention. Cette guerre déclarée au Réalisme, elle s’est manifestée surtout par un changement dans les méthodes, les - formules « constructives » : changement a vrai dire tout superficiel, et d’une nouveauté contestable. Au lieu de la « division » par actes (chaque acte contenant un certain nombre de scénes se détachant Pune de l’autre avec une apparence de logique), nous avons eu la division d’une piéce en petits tableaux successifs, le morcellement de |’action se situant ici et 14, en des lieux multiples et variés. Ce furent, il me semble, Saint-Georges de Bouhélier et puis Lenormand qui remirent en honneur ce découpage par tableaux 4 la maniére de Shakespeare, de Musset et (plus prés de nous) des Goncourt. Ré urrection bien plutét qu’innovation véritable. Elle permit 4 quelques écrivains de théatre généreusement doués de se révéler, d’affirmer leurs dons d’animateurs-poétes, mais nous valut, en revanche, d’écouter nombre d’ouvrages un peu arbitrairement, hasardeusement concus, réalisés, dont les auteurs 4 se réclamer ainsi d’un art plus souple, plus libre, plus « aéré », dissimulaient mal leur paresse, voire leur impuissance 4 construire -une ceuvre humaine, logique, vivante.

Notons, au surplus, que le cinéma ne fut peut étre pas étranger a cette éclosion d’un art dramatique plus rapide, plus éparpillé, moins scrupuleusement nuancé, un,art,dédaigneux des préparations

des explications psychologiques, et ou une simple - phrase synthétique, un bref tableau, un silence suggestif, parfois, prétendaient jouer le réle du « sous-titre » sur l’écran. Mais un tel changement survenu dans les méthodes, les procédés de construction dramatique, il s’affirme, je le répéte, trés superficiel. C’est dans le choix des sujets, bien plut6t que dans la fagon de les traiter, que la génération venue au théatre depuis l’Armistice affirme ses gotits, ses tendances. Hier encore, les dramaturges soucieux d’obtenir un succés franc et durable, de toucher le public, écrivaient de préférence des piéces claires, directes, normales, qui, soit ingénieusement, soit ironiquement, soit pathétique- ~ ment développées, s’écartaient le moins possible -. de humaine généralité. On bannissait, avec soin, du théatre les cas exceptionnels, pathologiques, et les directeurs (porte-parole de la foule) ne les toléraient point. Ils refusaient impitoyablement toutes les piéces dont les personnages eussent fait figure d’anormaux, de déséquilibrés. Ces personnages-la, au contraire, ils pullulent aujourd’hui sur la scéne, et Von peut affirmer qu’ils ont pris leur revanche. Depuis la guerre (peut-étre est-ce 14 une de ses conséquences), les auteurs nous montrent surtout des étres désaxés, tourmentés, anxieux de leur destin, ou victimes de passions honteuses (voire monstrueuses). Les trois grands « chevaux de bataille » enfourchés d’un bond par la nouvelle géné- ‘pation dramatique se nomment, vous le savez Inquiétude moderne, Dédoublement de la personnalité et Subconscient! Grace A ces nobles coursiers (ils

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commencent cepéndant 4 donner quelques signes

de fatigue), nombre d’auteurs inédits ont accompli de glorieux parcours; que dis-je, quelques auteurs d’avant guerre ont méme eu, en dépit de leur Age, le courage de vouloir dompter ces dangereuses montures. Le miracle est qu’elles ne les aient pas désarconnés ! Mh

Dois-je rappeler icila réussite éclatante d’ceuvres comme la Galerie des glaces, Mixture, Tétes de rechange, Siegfried, etc. ? On ne peut prétendre que les héros de ces comédies se rattachent 4 Vhu-. maine généralité. Et leurs aventures sentimen-

- tales ou passionnelles, leurs angoisses, leurs souf-

frances, sont —n’est-il pas vrai? — assez exception- nelles. Je ne sais plus ou je lisais qu’au théatre, présentement, « les sentiments éternels passaient un vilain quart d’heure », qu’ils n’avaient autant dire plus cours! Tout de méme, il ne faudrait pas exagérer! La vérité, c’est que nous vivons, depuis la guerre, des heures troubles, anxieuses, fébriles, que l’angoisse nous oppresse (angoisse d’un passé — tout récent encore, angoisse de |’avenir), et que la | dureté, la cruauté des temps présents, qui ont démenti nos plus belles espérances, la faillite d’un certain nombre d’idéals, tout cela devait nécessai-

-rement se refléter dans notre littérature drama- — tique. D’ou cette multiplicité de personnages dés-

équilibrés, anormaux. Mais peut-étre se multipliérent-ils aussi pour d’autres raisons. La production théadtrale s’est en effet accrue dans de telles proportions (comptez le nombre de salles inaugurées depuis Armistice), que le public ne sait vraiment

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plus ou donner de la téte. Commie des badauds déambulant a travers une foire, les spectateurs: venus de tous les points du monde, sollicités de toutes parts, étourdis et un peu ahuris, finissent par entrer ici et la, au hasard, au petit bonheur, et de préférence dans la baraque ou on leur offre les « phénoménes » les plus curieux, les plus bizarres, les plus baroquement attractifs. Craintif, peut-étre, de la vérité humaine (si cruellement décevante), las de son écrasant labeur quotidien, le « payant » semble chercher, le soir venu, de fastueux spectacles destinés a le détourner de lui-méme, a ’empécher de trop penser, ou bien des ouvrages faits pour le secouer, a tout prix, pour éveiller en lui des curiosités, des troubles, des désirs un peu équivoques. Voila du moins ce que les directeurs, impresarii, affirment a leurs auteurs, et ceux-ci ne se montrent que trop enclins a les croire |

Mais, par bonheur, au théatre, rien n’est jamais définitif, et ’événement du lendemain contredit bien souvent l’événement de la veille. Nous vivons, au surplus, en un temps ou le hasard parait régner en souverain maitre, ou il faudrait étre bien fou pour (surtout en matiére d’art dramatique) édicter des régles, des formules, des lois permettant de prévoir le succés ou l’échec d’un ouvrage. Oseraije avancer que la réussite de quelques-uns d’entreeux offre quelque chose d’assez troublant, d’assez inquiétant, 4 cause de sa durée méme ?

Jadis, ce que l’on nommait un gros succés équivalait & deux ou trois cents représentations et l’on fétait avec orgueil la centiéme, voire la cinquan-

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tiéme d’une piece. C’est la cing centiéme que lon célébre aujourd’hui communément, qu’il s’agisse d’une opérette anglo-saxonne comme Rose-Marie, ou d’ceuvres A tendances intellectuelles, comme Knock, Siegfried, Maya, etc. Bien mieux, certains succés sont, si l’on peut dire, « A retardement », et Maya, représentée pendant trente ou quarante soirs devant des salles presque vides, n’a fourni sa seconde carriére (400 représentations, s'il vous plait) que deux ans plus tard !... Qui pourrait donner les raisons valables de ce triomphe de « seconde main » ? Mieux vaut ne pas chercher d’explication. Je le répéte, le hasard, ’aventure dominent la production dramatique actuelle. Chacun peut done espérer « mettre dans le mille », gagner le gros lot, quels que soient le sujet traité, le ton ou la valeur dun ouvrage. Le triomphe d'une piéce semble se dessiner, s’aflirmer, s’acoroitre, et durer presque en dehors d’elle-méme. Et le public donne l’impression qu’il subit une sorte de contagion, qu’il est soumis A des aceds de « panurgisme » aigu. Il s’écarte de ce théatre, parce que «les autres n’y vont point » et se rue inlassablement vers ce thédtre-la parce que d’innombrables spectateurs (poussés euxmémes par je ne sais quelle force mystérieuse) lui en montrent le chemin. Certains directeurs lont si bien compris qu’ils maintiennent parfois cent fois de suite une pidce sur l’affiche, avec des recettes médiocres, en escomptant l’afflux de ces spectateurs qui attendent la centiéme d’une pidce pour se mobiliser. Car nous n’en sommes plus & Pépoque ot Pélite, les salons, le monde arrétaient

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ou décrochaient un succés ou les jugements de deux ou trois critiques autorisés avaient leur immédiate répercussion au bureau de location. La critique n’a plus, il faut le constater, qu’une influence médiocre touchant la réussite ou l’échee matériel d’un ouyrage; mais son réle n’en demeure pas

“moins utile et nécessaire pour cela. Si l’importance

commerciale de la critique a pali, son influence

morale s’est. peut-étre accrue depuis quelques an-

nées (A cause justement de ce tohu-bohu, de cette confusion, ou se débat l’art dramatique, de l’ineohérence régnant un peu partout, de ce cdté aventureux, hasardeux que présente aujourd’hui le thédtre). Elle se doit done de remettre toutes choses au point, de faire un sévére triage entre les ceuvres passagéres, transitoires, et les ceuvres durables. Admirons que, dans son ensemble, et en dépit de certaines défaillances, erreurs ou contradictions fort excusables, elle ne faillisse point 4 sa tache, a sa mission, cette critique si injustement vilipendée, qu’elle nous donne presque toujours Vexemple d’une clairvoyance, d’une mesure, d’une indépendance devant lesquelles on doit s’incliner.

Si quelques-uns parmi nos Aristarques (crainte de paraitre « vieux jeu », de ne pas se montrer « a la page ») défendent, exaltent des piéces volontairement, arbitrairement originales et baroques, des pices soi-disant représentatives d’un « Art nouveau », la plupart d’entre eux savent fort bien se

libérer de tout snobisme, ne point obéir aux ca-

prices impérieux de la mode, et s’efforcent de juger de haut, de loin, en toute indépendance, en toute

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équité. Or, ils ont fort a faire pour extraire le bon grain de l’ivraie, et ce ne sont point les spectateurs — qui les y aident, ceux-ci proclamant volontiers qu’ils se préoccupent fort peu de la valeur, de la qualité d’une ceuvre, pourvu qu’elle les secoue, les éblouisse ou les divertisse pendant quelques heures.

Le triste, Vinquiétant, c’est que les créateurs parlent le méme langage. Ils estiment que, puisque Von vit au jour le jour, on peut, on doit produire de méme, sans se soucier de parfaire son ceuvre en vue de l’avenir. Et n’entendons-nous pas nos meilleurs, nos plus éminents écrivains (dramaturges et romanciers), ricaner en évoquant le labeur, les efforts, les transes créatrices d’un Flaubert, la noble, la {rémissante, la désespérée conscience artistique d’un Becque !

Un si facheux état d’esprit a sa répercussion dans la production dramatique actuelle. Non qu’éile sort médiocre, bien au contraire. Si nous passons en revue les piéces offertes au public pendant ces dix derniéres années, nous trouvons, je le répéte, les talents les plus brillants et les plus divers. On se lasserait & énumérer les ouvrages dignes dintérét, représentés depuis la guerre, et cela dans tous les genres (comédies d'observation parisienne, ou comédies satiriques, comédies sentimentales, drames idéologiques). Mais ils donnent

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presque toujours l’impression d’avoir été congus, créés spontanément, un peu trop hasardeusement, et plus ou moins improvisés. Le soin, le travail manquent. Et, comme le disait Jules Renard: « On ne doit point confondre l’inspiration avec la facilité. » C’est d’une extréme et d’une dangereuse facilité que les auteurs nouveaux nous donnent maintes preuves. Ils se fient a leur génie bien plutét qwils ne surveillent et cultivent leur talent, leur art. Et jamais peut-étre on ne prodigua, on ne gaspilla autant de dons précieux. Aussi, on se demande, non sans inquiétude, quels seront, parmi ces innombrables ouvrages, ceux qui surgiront, vivront dans l’avenir; comment la postérité (que Yon m’excuse d’employer ce mot un peu désaffecté aujourd’hui) pourra faire son choix. Oh! je sais bien que l’on affecte communément de la nier, de méconnaitre sa souveraine autorité, de la traiter comme une vieille personne radoteuse parlant dans le vide, dont on se souciera de moins en moins, et quia fait son temps. Mais rien ne nous prouve que ses négateurs, trop intéressés peut-étre, aient raison.

Jusqu’a présent, notre vieille personne (la grande justiciére) se porte assez bien et semble avoir la vie dure. Ce n’est point par des mots et des ricanements qu’on la supprimera ou la réduira a )’impuissance. Elle seule est, sera toujours appelée a se prononcer en dernier ressort. Craignons qu’elle . ne se venge de ceux qui la dédaignérent trop effrontément. Au surplus, ne laisse-t-elle pas bien souvent prévoir ses arréts longtemps d’avance ?...

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