‹ Le Mouvement DramatiqueChapitre 7 sur 33 · SON · texte numérisé non relu

SON

Quant a la comédie de M. Pierre Brasseur, Ceur ad gauche, représentée au Studio des Champs- Elysées, elle n’est point indifférente. Certaines scénes ont méme de la vigueur, de l’accent, un incontestable mouvement dramatique, mais le jeune auteur écrit une langue hasardeuse, tumultueuse, incohérente a l’excés, et il confond trop souvent les idées générales avec les vérités premiéres. L’ouvrage accuse, au surplus, de bien étranges disparates. Tantdt les héros de Ceur @ gauche sombrent dang un lyrisme, dans un néoromantisme véhéments, tantot ils s’expriment cyniquement. Ils semblent s’évader, ici, d’une comédie de Musset, la, du Théatre Libre. Kt, lorsqu’ils ne lancent pas des mots piquants, des mots féroces, ils se frappent la poitrine, gémissent, maudissent le Destin, la Société, Amour, invoquent les dieux, les puissances vengeresses, vitupérent contre la dureté d’une époque impitoyable 4 leur génération. Car, au théatre, depuis quelque temps, le mot génération est fort Ala mode! Sur le moindre prétexte, les « moins de trente ans » disent leur fait aux «plus de cinquante ans », et la guerre parait ~ bien déclarée, qui met aux prises les adolescents et les hommes murs. C’est méme le thame principal et comme le pivot de la comédie de M. Brasseur,

Je ne vous la conterai point par le menu. Apprenez seulement, qu’a en croire lauteur, le seul reméde aux peines de coeur, c’est dexploiter l’amour des dames d’un certain Age. Mais rassurez-vous ! Au dénouement, il affiche, cet auteur, de bien meilleurs

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sentiments, et, sous ses ordres, le jeune héros, de Cour a gauche cesse brusquement de s’avilir pour recevoir entre ses bras une infidéle amie, déja repentante, et revenir avec elle au grenier qui abrita jadis leurs pures amours.

Je le répéte, tout ceci naif, compliqué, irritant & souhait, ne manque cependant point de quelque intérét. Souhaitons que, dans l’avenir, M. Brasseur nous donne des piéces mieux équilibrées, plus cohérentes que Ceur a gauche. Je le crois fort capable “de les écrire, et Hommes du Monde, son couvre de début, nous les laissait espérer.

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Je ne veux pas terminer cette chronique sans vous signaler l’éclatante réussite du Proces de Mary Dugan, a Apollo. MM. H. Torres et H. de Carbuccia ont adapté avec beaucoup d’ingéniosité, dintelligente souplesse, la célébre piéce de Bayard Veiller, jouée des milliers de fois al’étranger, et qui n’en doutez pas, fera courir tout Paris. Crest, a la fois, la plus pittoresque, la plus gaisissante évocation des mceurs juridiques américaines que Von puisse imaginer, eb un drame mi-réaliste, mi-policier, conduit a la perfection.

LEXALTATION, de M. Evovarp Scunziper,

au Théaitre Antoine.

M. Edouard Schneider fut, vous ne l’ignorez pas, le — premier titulaire du « prix Brieux », généreusement fondé par l’éminent académicien a seule fin de récompenser une couvre « de haute tenue morale », A ce titre, l’Exaltation valait bien d’étre choisie. Nous devons, au surplus, 4 M. Edouard Schneider maints ouvrages brilants d’un pathétique mysticisme et un drame & tendances idéologiques : le Dieu @argile. L’on attendait donc avec un vif intérét, avec une déférente curiosité, la nouvelle piécée d’un auteur si justement accrédité. Elle mérite, certes, le respect, mais ne nous a point donné tout ce que nous espérions.

Il faut bien l’avouer, en dépit d’une situation forte et poignante, l’Exaltation se développe de fagon plus théorique qu’humaine, et, ses personnages y argumentent avec un froid, un assez gauche «intellectualisme », bien plus qu’ils ne vivent, ne souffrent devant nous, Je m’empresse d’ajouter que Pceuvre contient, néanmoins, deux ou trois scénes d’une belle envergure, et. Von ne saurait méconnaitre la valeur, la noblesse d’un tel effort, méme réalisé imparfaitement. L’écrivain

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met, ici, en présence, une mere et une fille. La premiére, Francoise, veuve d’un mari, d’un amant adoré (pour le suivre, elle abandonna, vingt années auparavant, som foyer), revient au pays natal, anxieuse d’assouvir un tardif amour maternel. Mais Yenfant de Francoise, Claire, recueillie par la supérieure d’un couvent, se prépare & prendre le voile. La déserteuse s’efforcera ‘en vain de la reconquérir. Voila la situation 4 laquelle je faisais allusion plus haut. Par malheur, elle était malaisée (pour ne pas dire impossible) & traiter, et voici pourquoi, La mere, Francoise, se trouvant en présence d’une vierge (et sa propre fille), ignorante de la vie, perdue dans un réve mystique, ne saurait la convaincre qu’a l’aide de certains mots, de certains arguments, et ce sont ceux-la précisément qu’elle ne peut pas employer, sous peine de froisser, de meurtrir une enfant innocente. Comment voulez-vous, dés lors, que cette prétresse d@’un amour terrestre, d’un amour profane, plaide sa cause ? Aussi, trés vite Pargumentation tourne court. De méme, Claire (n’oubliez pas qu’elle fut abandonnée par sa mére et grandit loin d’elle) doit se montrer plus génée que véritablement émue en présence d’une étrangére, tardive et bien ‘inattendue revendicatrice de ses droits, de son amour maternel, et lui opposer de timides et balbutiants actes de foi. Les deux douloureuses combattantes ne tirent done point grand profit d’une telle rencontre, qui, nécessairement, se développe avec incertitude. Mais pouvait-il en étre autrement ? .

Au troisiéme acte, aprés une tentative de suicide, la mére se résigne lentement a son sort, accepte méme de ne plus revoir sa fille (celle-ci avait annonce sa visite, mais se dérobe au dernier moment); et Frangoise reconnait en Claire une dme égale a la sienne, puisque le bonheur, la paix que la petite puisa en

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Pamour divin, Vautre les puisera désormais dans le

souvenir, le culte de son amour humain.

On ne saurait nier la puissance, la grandeur comme désespérément apaisée, de ce dénouement. C’est la meilleure partie de Pouvrage, car ici Pauteur, géné, - guindé pendant deux actes (Je pense vous avoir montré pour quelle raison), prend son libre essor. L’émotion éloquente jaillit enfin, succédant A une phraséologie jusque la un peu bien laborieusement et froidement mystique,

Tout de méme, malgré ses défauts, la piéce de M. Schneider mérite, je le répéte, notre estime. Elle a, d’ailleurs, été chaleureusement accueillie et

4 trouvé des interprétes débordant d’ardeur, de foi, en Mmes Dermoz, Jeanne Briey, Mady Berry, Line Noro et M. Lurville.

La soirée commengait par Feu la mére de Madame, farce épique, quasi moliéresque, de Georges Feydeau, M. Marcel Simon et Betty Daussmond la jouérent a la perfection.

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