‹ Le Mouvement DramatiqueChapitre 9 sur 33 · OF · texte numérisé non relu

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Vous yoyez que je n’avais point tort en vous parlant de cruauté, et je ne sais rien de plus cruel, en effet, que cette synthése des méfaits, des ravages causés par l’éternel amour, Mais l’auteur parvient,

6 miracle! & nous faire rire sans cesse (d’un rire erispé, terrifié), car son dialogue aigu, chatoyant, étincelle de verve. On regrette seulement qu’il se fasse, ici et la, un peu dogmatique, que, chez M. A.-P. Antoine, l’animateur doué a4 miracle éprouve le besoin de se muer, parfois, en « penseur ».

Tout de méme, voila, je le répéte, une couvre d’une Acre saveur d’un étonnant « prolongement » humain, et la plus significative peut-étre de la saison. Elle a le grand mérite, & mes yeux, de concilier les deux genres de thédtre actuellement en concurrence (théatre intellectuel et synthétique, thédtre humain et direct), d’emprunter a chacun d’eux ce qu'il a de meilleur, Car, avec V’Ennemie, nous nous sentons bien loin de ces pieces exclusivement cérébrales, généralisatrices, a priori, et dont les personnages sont moins des étres vivants que des entités. Or, on pouvait craindre que de telles productions n’envahissent la scene frangaise, que les auteurs, comme découragés par ce que leurs prédécesseurs avaient découvert, traduit, épuisé peut-étre, dans tous les genres (comédies de sentiments, de mceurs, de caracteéres, etc.), s’en tinssent, au thédtre, a de simples spéculations et exercices intellectuels, n’eussent plus de gout que pour les idées, les lois générales (traduites «au raccourci »), que le néo-pirandellisme régnat, chez nous, en souverain maitre, comme le symbolisme ibsénien y avait régné jadis.

Mais, par bonheur, on s’est ressaisi. Aprés quelques incursions (souvent fructueuses, je le recon-

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nais) dans le grand pare que décorent les froides statues du symbole, de la synthése, les jeunes auteurs semblent devoir revenir 4 l’art dramatique humain, vivant, direct, et qui se doit, au surplus, s'il est vraiment de l’art, de dégager naturellement lui-méme, une force, une signification symboliques et synthétiques. Car, ne l’oublions pas, les comédies dites réalistes, comédies de caractéres, aussi bien que comédies de mceurs ou de sentiments, vraiment belles, vraiment probantes, deviennent symboliques comme malgré elles. Le symbolisme est, pourraiton affirmer, un « art second »; il est inclus dans Vautre, l’art humain; mais, lorsqu’il envahit domine tout, ce symbolisme, et occupe la premiére place, il ne sert, trop souvent, qu’a aider ou a excuser les auteurs paresseux, ceux qui, sous prétexte de « faire » large, profond, général tout de suite, négligent de faire exact, sensible, ou ironique ou humain, et tracent de grands ronds dans lesquel. ils ne mettent rien... ou ne mettent pas grand’chose, Le mérite de M. A.-P. Antoine, c’est, j’y insiste, d’avoir laissé la vie (la vie la plus subtile la plus aigué, la plus douloureuse) fuser parfois de trois ou quatre grands themes schématiques, et d’avoir animé des personnages un peu guignolesques, mais véridiques, et qui ne se contentent — pas seulement de se résumer idéologiquement pour servir la cause de l’auteur.

L’Ennemie, ceuvre de transition ou de conciliation entre deux genres de théatre, mais ceuvre maitresse, nous permet de fonder de stirs espoirs en Pavenir dramatique du jeune écrivain.

See * *

La plupart des autres jeunes écrivains, ses compagnons, j’entends : MM. Pagnol, Léopold Marchand, Roger Ferdinand, Sarment, Paul Nivoix, Boussac de Saint-Marc, Steve Passeur, Jacques Deval, Marcel Achard, etc,, paraissent, eux, avoir opte pour la seconde formule, pour un art drama-

tique, directement, généralement vivant, et se

rattachent sinon 4 un réalisme intégral, du moins a un réalisme teinté de fantaisie ou de lyrisme. Je m’en réjouis fort, pour ma part; et je suis heureux aussi de voir que quelques-unes de mes prédictions touchant les personnages anormaux, morbides, se réalisent peu a peu. En l’espace de dix mois, a peine si deux ou trois dramaturges se sont avisds de traiter des sujets pathologiques, d’exception, et ceux qui les ont traités (comme Mme Marguerite Duterme, avec les Egarés, ou M. H.-R, Lenormand avec Une vie secréte) les ont ramenés, le plus souvent possible, 4 l’humaine généralité, Leurs «anormaux » se sont heurtés 4 des étres normaux, lesquels ont fini, au dénouement, par avoir le dernier mot. Je vous disais, voila deux ou trois mois, qu’au théatre, parmi les écriyains de la nouvelle génération ~ les sentiments éternels passaient un mauvais quart d’heure, la saison qui s’achéve nous démontre que le quart d’heure est éeoulé, qu’ils reprennent tous leurs droits, Pouvait-il en étre autrement au pays de Racine, de Moliére et de Becque ?...

A ce point de vue, la réussite éclatante, persis-

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tante, de Topaze, de Marius, nous apparait trés caractéristique et semblerait marquer le retour définitif du public & des ouvrages clairs, vivants, finement sarcastiques, construits, développés avec soin, avec, tout au moins, une apparence de logique, et ol, en méme temps que l’on étudie des caractéres joviaux, on fait la satire des mours du temps. Topaze, Marius se rattachent d la bonne comédie francaise moyenne, et c’est un jeune quil’a renouée, cette tradition, un jeune, le grand triomphateur de Pannée...

Mais je ne poursuivrai pas plus avant mon

examen de la saison dramatique. Je n’ai voulu qu’en

dégager les directives générales, les courants essentiels. Notons, en passant, la faveur dont bénéfi- . ciérent nombre de pidces policidres -ou judiciaires (le Proces de Mary Dugan en demeure le type

accompli), Pingénieuse adaptation du Cercle, de

M. Somerset Maugham, par M.\ H. de Carbuccia, et la réussite du Vapoléon JV de M. Maurice Rostand, un des derniers défenseurs et servants du Théadtre en vers. Eh bien, et Volpone, me direz-

- vous, Volpone joué plus de deux cents fois au

Théatre de Atelier, et qui a fait courir tout Paris? A parler franc, je crois que le snobisme est pour beaucoup dans le suced’s de Volpone. Certes, ouvrage ne manque ni d’intérét, ni @une dpre saveur, mais supposez un instant que la Comédie-Frangaise, ’Odéon Peussent monté ? Il en résultait peut-étre quarante, cinquante représentations honorables. A TAtelier, au contraire, le moindre spectacle prend un attrait, une valeur arlistique |

exceptionnels! I] est convenu que « la-haut», a Montmartre, le magicien Charles Dullin détient le monopole du neuf, de l’original, de l’imprévu, que rien de ce qu’il nous offre ne peut ressembler a ce que l’on voit, 4 ce que l’on entend ailleurs. Et, comme ce qu’il nous offrait, avec Volpone, c’était une incursion dans la littérature anglaise de l’époque élisabéthaine, la résurrection, la mise en valeur d’un certain Ben Jonson, contemporain de Shakespeare, vous devinez l’émoi, la curiosité, l’orgueilleux empressement de toute une clientéle mondaine, laquelle, grimpant 4 |’Atelier avec la soif de s’instruire, de parfaire son éducation historique, littéraire, artistique, de penser, découvrit avec stupéfaction, avec allégresse, que la legon était amusante, qu’on la comprenait sans effort, et que l’on riait & cette ceuvre d’un contemporain de Shakespeare (mise au point, clarifiée fort habilement par MM. Jules Romains et Zweig), comme a un vaudeville de Feydeau ou & une revue de Rip. Du coup, le succés se déclencha, foudroyant. On fit part 4 tous les amis et connaissances de l’heureuse découverte. Et ce fut a qui se vanterait d’avoir écouté Volpone (vous savez bien, le Volpone de Ben Jonson), d’y avoir pris du plaisir, acquerrait ainsi un brevet d’intelligence, de gout, d’érudition, et le plus merveilleux, le plus rare, le plus flatteur des sujets de conversation.

J’ajoute que M. Dullin, par tant de précédents efforts, si variés et si tenaces, MM. Romains et Zweig, écrivains de fine classe, méritaient bien Vheureuse fortune qui leur échut, et la réussite de

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Volpone (quelles qu’en soient les causes), a fort réjoui les amis de Part dramatique, et ceux de P Atelier.

Un autre grand succés, mais celui-la d’une importance exceptionnelle, a couronné la reprise du Tombeau sous l’Are de Triomphe, a V’Odéon. J’ai fait récemment une allusion fugitive & l’extraordinaire aventure courue jadis par M. Paul Raynal, je dois y revenir aujourd’hui, car l’éclat de cette reprise odéonienne, les manifestations qu’elle provoqua, les commentaires enthousiastes d’une critique nouvelle (ou renouvelée), tout nous démontre que les rares, les trop rares défenseurs de l’ceuvre voyaient juste et ne se trompaient point.

Je me souviendrai toujours de cette déconcertante, stupéfiante, incompréhensible répétition générale du Tombeaw sous Are de Triomphe ala Comédie-Frangaise en 1924. La veille, j*étais entré dans la salle pour assister a la répétition dite « des couturiéres », et, dés la premiére scéne, j’avais été saisi, « accroché » par la vigueur, acuité, l’intensité des répliques, ’ampleur, la noblesse, la hardiesse du sujet traité, le tracé magistral des personnages. A la fin de l’acte, lorsque le rideau tomba,

je ne pouvais réfréner mon émotion, il fallait que

jen fisse part & auteur sur-le-champ. Je le cherchai des yeux. Il était 1a, A l’orchestre, modestement assis aux cdtés de son maitre et ami

Francois de Curel. Je m’approchai, traduisis le mieux possible ce que je ressentais, et M. Paul Raynal m’écouta avec une gratitude un peu étonnée, car j’avais, précédemment, formulé quelques réserves sur le Maitre de son Ceur, sa premiére piece. Il parut néanmoins convaincu de ma sincérité.

Aux deux actes suivants, mon admiration s’accrut encore. De toute évidence, l’ceuvre s’imposait par des qualités exceptionnelles, et il était impossible qu’on ne lui rendit pas justice. Or, le lendemain (jour de la répétition générale), retenu chez moi par l’achévement de mon article, je n’arrivai au thédtre qu’a la fin du deuxiéme acte, et j’eus la surprise de constater que les « couloirs » se montraient assez hésitants pour ne pas dire assez froids. Certains confréres parlaient du Tombeau sans aménité, avec gouaillerie méme, et j’appris que certains passages avaient été « agrafés ». Pendant le troisiéme acte, l’hostilité de la salle se dessina plus nettement encore. Vingt-quatre heures plus tard, la majorité de la presse la traduisait, cette hostilité, et les comptes rendus méprisants alternaient avec les articles indignés. Seuls Antoine, Robert de Flers, Fernand Vandérem, Georges Pioch, Gabriel Boissy et, je dois l’avouer sans fausse modestie, le signataire de ces lignes, rendaient hommage 4 loeuvre de M. Paul Raynal, la saluaient comme la plus émouvante, la plus synthétique, la plus éloquente que la guerre edt inspirée.

L’avenir devait nous donner raison |...

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; LE MOUVEMENT DRAMATIOUE Ee er em es) LG ee SR Oh ! certes, la piéce ne dompta pas sur-le-champ toutes les résistances. Aprés une premiére série de représentations, d’ailleurs fructueuses, elle ne fut — plus jouée qu’a de longs intervalles et avec des recettes, disons « moyennes », mais les pays étrangers l’adoptaient, la glorifiaient. Toutes les grandes — villes du monde inscrivaient le Tombeau A leur répertoire, et il faisait son tour d’Europe, répandant 4 travers le monde le nom de Pécrivain, lui assurant une fortune enviable. Cependant, a la Comédie-Frangaise on se contentait d’afficher la piéce quatre ou cing fois par an. Sibien que M. Raynal se dépita, s’irrita, et, reprenant son ceuvre, la — porta & ’Odéon, ot on lui offrait Vhospitalité. Mais cette fois le public, la presse ont fété le Tombeau d’un élan unanime, subi A V’enyi la puissance, Vampleur, Vintensité poignante de cette tragédie.

* * Oe

En dépit de son lyrisme (mais un lyrisme intel-

ligent, précis) et, bien qu’elle se mue ici et len.

une sorte de symphonie (l’art de M. Raynal est parfois comme « musical »), elle garde toujours, un ton, un accent essentiellement dramatiques. I ya ici une double action (intéricure et extérieure) qui progresse jusqu’au dénouement, et, lorsqu’il survient, les personnages ont dit tout ce qwils avaient a se dire, ils ont fait, devant nous, la preuve totale (humaine et idéologique) de ce quwils étaient, ils ont vécu un grand, un définitif moment de leur —

98 ss LE MOUVEMENT DRAMATIQUE

— destinée. Cette destinée de trois étres : un combattant, son pére, sa fiancée, elle se joue, vous le - savez, en quelques heures, pendant la guerre; et - comme chez les tragiques du xvil® siécle, on res- - pecte, ici, ’unité du lieu et ’'unité de temps. La

tragédie, c’est.le heurt du front et de larriére, la découverte faite par un soldat venu «en permission»

aprés dix mois d’absence, de l’4me de ceux qu'il a Jaissés derriére lui.

Des les premiers contacts, le soldat comprend, peu a peu, l’atroce « distance » qui le sépare désor- ‘mais de deux étres chers : un pére, une fiancée. Le pére, habitant avec sa future bru, gérant les propriétés de son fils, se laisse vivre dans une sécurité, un bien-étre « inconscients », et il compte sur les combattants pour assurer, bientot, au pays, ‘une paix victorieuse. ;

La fiancée, elle, Aude, « qui a vingt ans », tout en admirant l’élu de son cceur (elle lui donnera tout a Vheure la plus ardente preuve de cette admiration), se sent inquiéte, anxieuse, 4 cause de la

- longueur de la guerre. Des troubles assaillent l’ado-

‘lescente. Elle doute d’elle-méme, et, comme elle est croyante, elle s’accuse de ne point se montrer digne de l’amour qu’elle inspira, que peut-étre elle

n’éprouve plus. Mais le nouveau venu, « l’homme

du front », le héros yvoué au sacrifice, admet, excuse de telles faiblesses. Il saura bien, lui qui accomplit, la-bas, de si tragiques missions, s’ac-

quitter a V’arriére d’une mission plus pénible, plus q pus. p P

douloureuse encore, hausser 4 sa propre hauteur le eceur, l’Ame de ces deux « défaillants ».

gwanparavant. Pourquoi ? Parce que la fiancée- —

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Baliemeri il n’a guére de temps a perdre. Apeine est-il arrivé, en effet, qu’une dépéche de son | capitaine le réclame au front. La permission ne durera que six’ NS Il s’agit de les bien em- me ployer.

Voyons !... Le pére, on s’occupera de lui plus tard, demain, 4 l’aurore. Pour Vinstant, il faut

~« recréer » la confiance, la foi chez Vincertaine —

amoureuse, faire de cette jeune fille, une femme, une femme heureuse, comblée et qui n’oubliera plus. Au surplus, elle s’offre d’elle-méme, ardente, frémissante, anxieuse de se rassurer en aidant au — bonheur d’autrui. La nuit de permission deviendra — une nuit nuptiale, bénie par les pauvres morts, héroiques compagnons de Pépoux.

Au second acte, elle s’achéve, la nuit, le jour va luire, celui qui surprit Juliette et Roméo. Hélas! lorsqu’ il aura lui, nos deux amants vont se découvrir, se « sentir » bien plus éloignés l’un de autre

femme a commis limprudence d’arracher 4 son époux la vérité sur la guerre, la durée probable de ‘la guerre; et lorsque Vinfortunée apprend qu’elle commence a peine, elle s’effondre, sanglote, erie son épouvante d’étre une pauvre petite créature — incertaine, fragile, oublieuse, incapable de garder vivace un sentiment que Vabsence, la separation affaibliront, qu’ils ont affaibli; de ne plus aimer autant celui entre les bras de qui elle vient de naitre a l’amour !

Ici la scéne si audacieuse, si désespérément hu maine, « rebondit », comme Yon dit. Le mari-soldat

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aregu, en plein coeur, le cruel aveu de sa compagne; et, & son tour — confidence pour confidence! —

‘il lui criera une autre vérité. S’il est 1a, s'il a obtenu

sa permission, c’est que, pour revoir la bien-aimée, pour vivre une heure auprés d’elle, il a accepté de risquer la mort dés le lendemain, une mort presque fatale, d’assumer la plus dangereuse des missions.

- On devine l’épouvante, le repentir (trop tardif) de la petite épouse. Elle s’excuse. Elle se frappe la

poitrine. Elle implore son pardon, et l’'ayant obtenu du triste héros, elle s’endort, entre ses bras, comme une enfant. Alors, lui, le soldat, peut pleurer librement, devant l’aurore meurtriére qui se léve.

Au dernier acte, la permission a pris fin. Le martyre du combattant s’achéve. Il va repartir. Mais, auparavant, il doit rendre des comptes a son pére, car le vieux, jaloux de l’honneur de sa future bru (ou, qui sait! jaloux d’elle), s’*emporte contre la « mauvaise action » de son fils. Or, il lui répond,

“Ie fils, avec Apreté, avec dureté, se justifie (n’a-t-il

pas raison de se justifier ?). Si bien que, pour un peu, le jeune et l’ancien, |’Avant et l’Arrieére, en viendraient aux mains. Par bonheur, l’ancien se ressaisit, découvre l’héroisme, le sacrifice de l’au-

tre. le droit qu’il avait d’aimer, de vivre, de donner v) ? 2

la vie, a la veille de mourir. Et le pére implore son

pardon; tout comme Aude, la fiancée, qui soudain

éclairée, ennoblie, restituée a elle-méme, jure de vivre dans la solitude, de demeurer fidéle au sou-

venir de son héros, s’il périt. Mais il n’accepte

point, s’éloigne, en ordonnant @ ceux pour qui il va mourir d’étre heureux, de vivre |...

Telle est, succinctement résumée, la trame de Vouvrage. J’espére en avoir fait saisir la grandeur, Ja noblesse, la sereine beauté. Je trouve, pour ma part, admirable que auteur ait développé, concentré tout son sujet pendant une permission. Il y ala un prodigiewx raccourci dramatique, et une magnifique synthése de ce que la guerre, la derniére guerre, imposa de plus douloureux, de plus tragique, de plus inhumain aux combattants. Ah!

ces permissions dites « de détente » ! Ce retour provisoire (et aprés tant d’horreurs, de souffrances endurées) au foyer familial! Cette reprise des douces habitudes familiéres, des étres chers aux quels on savait qu il faudrait s’arracher, a nouveau, demain et peut-étre pour toujours, quelle halte barbare! Qui eit pu la concevoir & l’heure de la mobilisation, alors que l’on envisageait seulement une victoire rapide, un retour glorieux, et celui-la définitif ? “AS

Ce fut M. Paul Géraldy qui, le premier, dans la Guerre, Madame, nous décrivit cette sensation étrange et poignante des combattants, se retrouvant brusquement en contact avec ceux de I’arriére, et ce petit livre d’une pénétrante hardiesse ne passa pas inapergu. Les autres ouvrages | nous initiaient surtout aux épreuves, aux faits d’armes, 4 l’héroisme des poilus. Et, sur ce theme dune actualité pathétique, le théatre, nonobstant, faisait silence; par agi peut-étre,

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parce qu’a la scéne tout s’aggrave, prend un sens, une portée dangereux, et parce que le spectateur n’accepte point certaines peintures, certaines évocations aussi aisément que Je lecteur. Méme au lendemain de la guerre, les dramaturges éviterent d’en parler, et il n’yeutguére que M. Méré (avec la Captive), M. Roland Charmy (avec Reviere), MM. Pagnol et Nivoix (avec les Marchands de Gloire) et MM. de Flers et de Croisset (avec le Retour), qui eurent le courage de nous montrer les prolongements pathétiques ou ironiques du conflit. Mais c’étaient 1a des piéces sur l’aprés-guerre, et la piece sur la guerre, seul M. Paul Raynal nous la donna avec le Tombeaw'.

Je viens de relire les principaux articles publiés -aulendemain dela générale, Quelle méconnaissance de la valeur de l’ouvrage, des intentions de l’auteur, du véritable caractére des principaux personnages! Aucun ne fut épargné. Surtout le second acte (ce second acte qui, de la premiére A la dernidre scone, saisit, Otreignit, empoigna les spectateurs de l’Odéon) provoqua V’indignation de nos confréres. On n’admettait point, on ne voulait pas ~admettre la faiblesse d’Aude, son douloureux aveu, et l’on trouvait qu’elle choisissait mal son moment pour s’avouer ainsi, en toute sincérité déchirante, apres une nuit d’amour!... Or, eest précisément parce que la jeune femme détendue, brisée, vaincue par ce que cette nuit nuptiale lui a révélé, se trouve

- 4. Il serait injuste d’oublier la Grand Geste du monde, de M. Ph. Fauré-Frémiet, représentée il y a trois ans.

en état d’infériorité, de faiblesse nerveuse, qu’elle offre moins de défense, se livre plus facilement, se laisse aller 4 gémir, a crier tout ce qu’elle edit peutétre dissimulé en d’autres circonstances. L’objection me semble donc bien mal fondée.

On reprocha également a l’écrivain la rude franchise de la scéne mettant aux prises le pére et le fils, au dernier acte, et l’on en méconnut le sens, Vampleur, la valeur quasi symboliques. Ce sens, cette ampleur, ils se dégagent, au surplus, de l’ceuvre tout entiére qui, ne l’oublions pas, passe insensiblement du ton, du plan réaliste, véridique, 4 un ton, a un plan plus élevés (a la fois lyrique et symbolique), et suivant une étonnante progression. Chaque personnage, d’abord situé, typé, animé humainement, grandit peu a peu (mais sans jamais perdre contact avec la vie), et, tout en ne parlant que de ses petites affaires (en apparence, tout au moins), aborde des spéculations d’ordre général, fait, rien qu’en ouvrant son coeur, en avouant ses souffrances intimes, le tragique, le vengeur, le définitif proces de la guerre, de ce qui en résulte pour ’humanité déchirée.

Tout cela, on l’a enfin senti, admis, compris, Vautre soir, et la cause semble bien entendue, La tragédie de M. Paul Raynal figurera désormais au répertoire du second théadtre francais, puisque le premier théatre francais n’a pas su la conserver; et pour quw’il la conservat, il lui suffisait, sans doute, de V’afficher plus fréquemment. Mais, rue de Richelieu, on objecte V’insuffisance des recettes réalisées par le Tombeaw!/... Oh! Vargument a sa valeur

et cette question du maintien au répertoire des ceuvres de grande classe, elle est assez malaisée a résoudre.

Tout de méme la Comédie-Frangaise ne doit pas, ne peut pas oublier qu’elle a une charge, une mission & remplir, que la conservation, le maintien, la mise en valeur de notre glorieux patrimoine littéraire, dramatique, lui incombent, a ses risques eb perils. J’emploie & dessein le mot conservation. L’administrateur de la Comédie-Franeaise est, en effet, un « conservateur », le conservateur d’un musée de chefs-d’couvre, et celui qui doit faire le triage sévére entre les piéces transitoires et celles que la postérité réclamera. Oui, mais comment distinguer 4 coup sir ces derniéres ? Ne risque-t-on pas de se tromper ? Hélas! nul n’est infaillible. Mais je crois, néanmoins que, $i l’administrateur a du gotit, des lettres, un sens critique avisé (M. Emile Fabre n’en manque pas), il commettra le minimum de bévues, d’erreurs. Hlaguant sans pitié les ouvrages médiocres, uniquement commerciaux, imposant les bons (il suffit parfois de leur réserver les jours «fastes» samedi soir, dimanche matinée, etc., pour quwils fassent des recettes plus qu’honorables), la Comédie-Frangaise se maintiendra digne d’elle-méme, de son réle, de sa fonction. Et je reconnais qu’elle offre bien des difficultés, bien des dangers, exige une rare souplesse, une rare énergie, une rare clairvoyance. Mais le jeu en vaut la -peine, comme l’on dit, et le maitre de ce jeu-la trouvera dans la conscience du devoir accompli la plus belle,la plus noble des récompennses. Le pays

tout entier, art dramatique, les lettres frangaises — lui devront beaucoup...

7 Si la maison de Moliéré a laissé partir M. Paul Raynal (mais il y reviendra), elle vient d’accueillir un aiitre écrivain, et non des moindres, M. Romain Coolus, d’inserire au répertoire une de ses couvres les plus significatives : Antoinette Sabrier. Ce n’est que justice, une justice un peu tardive. Depuis ~ pres de quarante ans, Romain Coolus alimente en effet les théatres parisiens, se prodigue avec une »abondance, une variété surprenantes, surtout si Yon songe qu’il interrompt, A occasion, et méme assez fréquemment, son labeur, pour présider une assemblée, un jury, un congrés, partir en mission, défendre (et avec quel acharnement, quel dévoue- -ment) la cause du thédtre, du cinéma, de ses confréres les travailleurs intellectuels, que sais-je! Ah! ‘eelui-la, on ne saurait le taxer d’égoisme! Y a-t-il une injustice & réparer, une infortune a soulager, un groupement & former, un prix a distribuer, c’est Je nom de Coolus qui vous vient tout natutellement Ar esprit, aux lévres: «Il faudra en parler a Coolus, ‘si Coolus marche avec nous... Sans Goolus, rien 4 faire! » Et lardeur vibrante, l’influence toujours — agissante, l’eflicace générosité du confrére n’ont d’égale qué son activité. La vie d’un tel homme vous confond, en vérité. Comment parvient-il, en tune journée, & réaliser tout ce qu'il entree

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prend, tout ce qu'il méne a bonne fin ? Et je ne fais point allusion, ici, 4 son existence mondaine ou sentimentale. Soyons aussi discrets que Coolus lui-méme, et gardons-nous de jeter un coup d’peil (il ne nous le permettrait pas!) sur certain petit carnet mystérieux qui ne le quitte point, et ou s’inscrivent diners en ville, soirées... d’autres rendez-vous peut-étre! Le miracle est que le proprié-

taire du carnet ne manquera a aucun, tiendra toutes ses promesses, accomplira tous ses devoirs, gotitera & tous ses agréments, sans accuser la moindre lassitude. Et, aprés une journée, une soirée, une nuit si généreusement employées, nous le retrouverons, le lendemain matin (et pas a midi, je vous prie de le croire!) aussi frais, aussi dispos, aussi enthousiaste que la veille, prét 4 « chauffer », si j’ose dire, pour de nouvelles dépenses d’énergie”

Voila homme d’action. Rendons a présent hommage A l’écrivain dramatique (il le mérite bien). Suivons les étapes d’une carriére si bien remplie.

Au sortir de l’Ecole Normale, Romain Coolus, jeune professeur du lycée de Chartres, faisait représenter au Théatre Libre le Ménage Brésile, comédie pre, vigoureuse, mais d’une esthétique aujour-

’ @hui un peu fanée.

Quelques années plus tard, il affirma, et plus nettement, sa personnalité naissante avec Enfant malade (Escholiers, 1897),. ouvrage d’une miso-

gynie 4 la fois cruelle et pitoyable, étude d’une

femme anxieuse de son coeur, de ses sens, de son

destin, et qui, depuis, fut « tirée & un bon nombre

dexemplaires »..

Dans Raphael (Giuvre, 1898), ’écrivain campa, ensuite, une inoubliable silhouette de coquebin tendre et féroce, renouvela non sans hardiesse le theme classique du ménage a trois.

A dater de ce jour, Coolus, délaissant les scénes « a cété », aborda les théatres réguliers, affronta le grand public, lequel ne céda point sur-le-champ a la violence passionnée, a l’ardente éloquence, a la sensible noblesse d’Ame du nouveau dramaturge.

Celui-ci écrivait alors, de préférence, des pidces graves, pathétiques, ou il traitait différents problémes d’ordre moral et psychologique (Lysiane, Antoinette Sabrier, Ceur ad Coeur, ’ Enfant chérie, Une femme passa, Lucette). Ces ceuvres, pleines, larges, tendrement, amoureusement nuancées (on ne peut leur reprocher qu’un peu de préciosité « littéraire », d’humour artificiel dans le dialogue), demeureront parmi les meilleures du théatre sentimental.

Mais une comédie d’un genre assez différent accrut soudain la renommée de Romain Coolus, Vimposa de fagon éclatante au public, conquis, soumis, 4 ce coup, je veux parler des Amants de Sazy, créés par Mme Mégard et M. Gémier, au Gymnase. Les Amants de Sazy furent une sorte de révélation dramatique, et méme psychologique (comme l’Enfant malade); mais cette fois, Pou-

vrage moins agressif, plus souple, plus parisiennement nuancé, « portait » dela premiére a la derniére réplique, amusait, « faisait balle » dans la salle, et l’on en excusait la hardiesse, lecynisme impertinent, 4 cause du charme, de l’esprit prodigués. Tout Paris s’éprit de l’héroine, cette tendre et pratique courtisanette oscillant entre son coeur féminin d’hier, son cour maternel de demain, les nécessités du présent et de l’avenir, et menant durement (si douloureusement parfois) son « troupeau d’hommes ».

A chague reprise (on ne cesse jamais de jouer les Amanits de Sazy), on en apprécie davantage l’originalité véridique. La piece est comme une petite Dame aux camélias, plus complexe, plus finement sarcastique, plus combative, mieux armée pour (ott cont e) la vie que sa scour ainée.

De telles couvres, les unes graves, les autres amérement souriantes, sont trés représentatives de l’art, du talent de Romain Coolus, traduisent sa personnalité véritable. Elle s’atténue, se disperse, -A mon sens, dans des comédies plus artificielles auxquelles il se consacre a Voccasion ; les Bleus de Amour, Quaire fois sept vingt-huit, la Sonnette Palarme, la Reine de Biarritz, etc., divertissements d’un dramaturge « de classe » prenant des vacances, - faisant l’école buissonniére au pays du vaudeville.

ay

Je vous ai dit qu’ Antoinette Sabrier se rattachait ala premiére maniére de l’écrivain (la plus grave,

et la meilleure sans contredit). Romain Coolus nous trace, ici, une bien émouyante figure de femme.

Cette femme, Antoinette, mariée A un riche bras-

seur d’affaires, Germain Sabrier, ne lui voue qu’une affectueuse estime, tandis que lui, profondément épris de sa compagne, travaille, lutte pour l’enrichir. Or, Antoinette, demeurée honnéte pendant bien des années, s’éprend, un jour, de René Dangenne, jeune, beau, riche, et René croit ayoir trouvé en elle « la vraie femme de sa vie », Ils prennent done la iésolution de fuir ensemble (Antoinette a le coeur fier, elle méprise les compromissions), et ce départ désole deux personnes : Gaston Doreuil, l’'ami du ménage Sabrier, et qui chérissait vainement Antoinette, et la sceur de Gaston, la petite Héléne, secrétement éprise de René, Mais Germain Sabrier se trouve brusquement ruiné, acculé & la banqueroute (cette banqueroute est Poouvre d’un certain Jamagne), et Phomme d’affaires, au retour d’un voyage 4 Londres, vient demander aide et assistance & sa femme, le soir méme ou elle allait abandonner le foyer conjugal. Désormais elle ne peut plus partir. Meurtrie, le coeur brisé, elle fait part A René de ga résolution nouvelle. Celui-ci se dépite, s*irrite, et alors elle s’abat sur sa poitrine en sanglotant. Qu’il fasse d’elle ce qu’il ‘voudra |

Mais le demi-sacrifice d’Antoineite sera vain, Au dernier acte, Germain Sabrier, & la veille d’une échéance fatale, cherche éperdument un million et demi, ne le trouve point. Et puis voici qu’on le lui apporte; oul, René Dangenne, l’amant d’Antoi-

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nette! Mais comment Germain accepterait-il un pareil prét, lui qui soupgonne sa compagne (deux ou trois petits faits ont éclairé Pinfortuné) ? Tl» faut que Gaston Doreuil, ami du ménage, se sacrifie, avoue son vain amour pour Antoinette, démontre au mari qu'il n’a pas le droit de douter delle. Alors celui-ci se rassure, accepte de René le cheque libérateur, se prépare & donner sa signature. Mais, brusquement, le financier surprend un regard échangé entre les deux complices, découvre Vinfamie ou on allait Ventrainer, et, apres une scéne pathétique, comprenant que sa femme ne peut plus l’aimer d’amour, il se tue pour ne point survivre A son double déshonneur.

Cette ceuvre, loyalement construite, forte, poignante, a été bien accueillie, et néanmoins elle a soulevé quelques critiques. On lui a reproché de « dater » un peu. Or, je ne saisis pas trés bien sur quoi pourrait étre fondé un tel reproche. Certes, au premier acte, les invités chargés de « Vexposition de la piéce » ne nous font grace d’aucun détail touchant les principaux personnages, s’appliquent a nous les décrire par le menu, trop minutieusement peut-étre. Mais je préfere, pour ma part, cet exces

* de conscience scrupuleuse, de la part de Pauteur, a la négligence, 4 ’insouciance comme volontaire de nos jeunes dramaturges, lesquels nous préci-

“pitent dés le début d’un ouvrage dans une action incertaine, baroque, incompréhensible, sans « situer » leur héros, et en nous laissant tout ignorer de leur état social, de leur état civil, de leur profession, de leur caractére, de ce qui pourrait enfin

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nous aider 4 les comprendre, a les connaitre intimement.

Et puis, lorsqu’on dit d’une piéce qu’elle date, cela signifie bien souvent que les personnages ont un coeur, une conscience, un sens de l’honneur, du devoir, qwils n’obéissent pas uniquement a leurs

instincts et n’agissent pas comme des loufoques ou de simples brutes déchainées. Or, dans Antoinette Sabrier, nous nous trouvons en présence d’étres normaux, équilibrés, raisonnables, (passionnés néanmoins), et qui oscillent trés véridiquement entre Vhéroisme et la faiblesse, l’honneur (un honneur particulier) et la honte, le devoir et l'amour. Voila pourquoi ils me touchent, m’intéressent, m’émeuyent, et je ne crois pas qu’une ceuvre « date » vlorsqu’elle se rattache de la sorte a humaine et moyenne généralité. En revanche, ce qui pourrait bien dater, et assez vite, ce sont ces élucubrations amorphes, inconsistantes, frénétiquement incohérentes, dont une jeune école s’est montrée trop longtemps prodigue (mais elle se corrige déja), et ot il /suffisait qu’un personnage pardt inexpliable, une action llogique, hasardeuse, insensée, pour provoquer |’enthousiasme des snobs férus de

modernisme a tous prix.

Je ne puis que vous signaler en post-scriptum un ouvrage d’une pieuse ferveur, d’une émotion communicative, d’une précieuse valeur documentaire :

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le Souvenir de Robert de Flers, par Francis de Croisset. On sait quels liens unirent les deux collaborateurs. L’un d’eux n’est plus, mais il vit dans nos cceurs; il a laissé de son brillant, charmant et trop bref passage parmi nous, une trace ineflagable.

A lire le « mémorial » de Franeis de Croisset, vous retrouverez Robert de Flers tout entier, ‘avec sa grace riante, sa générosité, son incessant besoin de se dépenser, de se prodiguer au profit d’autrui, sa merveilleuse et souple intelligence. Ces dons exceptionnels, vous les reconnaitrez (alliés A ceux de son collaborateur) dans la comédie publiée a la fin du volume et qu’ils écrivaient tous deux, lorsque la mort brutale l’interrompit : les Précieuses de Genéve. L’ceuvre est de la méme veine que les Nouveaux Messieurs, et le premier acte tout a fait au point, le second hélas! inachevé, nous permettent d’apprécier déja et de pressentir Ja qualité, la verve, la malice pénétrante de cette satire de meeurs.

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