‹ Le mouvement idéaliste en peinture (volume 2)Chapitre 10 sur 19 · GROUPES QUI COMPOSENT LE MOUVEMENT IDÉALISTE · texte numérisé non relu

GROUPES QUI COMPOSENT LE MOUVEMENT IDÉALISTE

Nous n'avons point créé, personnellement, ces groupes. Ils existent, nous les acceptons, sans y attacher toutefois une importance absolue. Admettons cependant qu'ils ont une valeur d'indication au point de vue des sympathies personnelles ou des similitudes d'aspirations des divers artistes que rassemble une même rubrique.

Nous dirons sommairement, afin de ne point étendre Outre mesure cette étude, les traits généraux qui caractérisent les groupes suivants et leurs principales personnalités. — Cliromo-Luminaristes — Néo-Impressionnistes — Synthétistes — Mystiques. Nous ajouterons quelques mots relaiifs aux artistes qui se rattachent indirectement au Mouvement Idéaliste.

CHROMO-LUMINARISTES (i)

Les Chromo-Luminaristes ne sont en somme qu'une fraction du groupe Néo-Impressionniste. Malgré le talent de MM. Luce, Angrand, Signac, Lucien Pissarro, Van Rysselberghe, etc., nous n'analyserons point spécialement chacun de ces artistes, — nous contentant de faire ressortir leur point commun, qui les met en contact avec l'Idéalisme.

. Seurat, mort en 1891, fut le promoteur des recherches. Après avoir partagé la tentative des Impressionnistes vers la belle lumière et l'intégralité des couleurs, il voulut aller plus avant. S'appuyant sur les travaux de Chevreul, et ceux plus récents de Charles Henry (2), il prit comme point de déparc fondamental la division de tons, s'efForçant de la formuler scientifiquement et de l'appliquer avec rigueur.

(i) Cette dénomination apparaît pour la prennière fois dans un numéro exceptionnel de la Plume du i" septembre 189 1, consacré aux Peintres Novateurs.

(2) Voir notamment de Charles Henry : une Esthétique scientifique dans laHevue contemporaine du 25 août i885 — et Cercle chromatique et sensation de couleur y Harmonies de couleurs ^ divers articles parus à la Revue Indépendante en i885.

Dans la pratique il préconisa l'agrégat de petites circonférences colorées — d'où le nom vulgaire de Pointillisme, A cette théorie se joignit celle de la signification des directions de lignes.

Nous n'entrerons pas dans les débats suscités par le Chromo-Luminarisme. La principale objection qui lui a été faite, semble-t-il, est de compliquer le procédé, quand tout en art doit tendre à le simplifier. Q.uoi qu'il en soit le groupe, par ses recherches, a dénoté le souci du tableau en lui-même, demandant à l'unité de facture l'harmonie d'ensemble, tandis qu'était poursuivie la restitution de la franche pureté des tons et de la valeur d'expression des lignes — en dehors du sujet littéraire. Toutes préoccupations qui tiennent une place importante dans les tendances de l'art contemporain.

NEO-IM PR KSSION NI STES

duelques artistes, touc en tenant h l'Impressionnisme par des liens étroits, ont paru incliner en quelques points vers la formule idéaliste. Nous passerons en revue, dans cet ordre d'idées ; MM. Scliuffenecker, Toulouse-Lautrec, Ibels et Anquetin. Nous leur ajouterons trois paysagistes : MM. Guillauniin, Mautra et Cailloux.

EMILE SCHUFFENECKER

L'évolution de M. SchufFenecker apparaît typique.

Ses premiers essais dénotent un tempérament de peintre épris de clarté. Cette tendance s'accentue dans des recherches relatives à la division de tons, toutefois sans tomber dans le pointillisme. A cette période appartiennent des marines de Fécamp et d*Yport, une vue de square, divers paysages. Enfin M. SchufFenecker arrive à une transformation plus personnelle.

Dans ce qu'il appelle d'une façon imagée ses Pérégrinations d'âme, voici ce qu'a entrepris l'artiste. Il s'en est allé dans la simple banlieue : là, il a sublimé^ si je puis dire, ses sensations, surélevant la nature, la passant au crible de sa vision pour en éliminer non seulement les détails accessoires, mais encore tout ce qui choquait, en quelque manière que ce fût, sa subjectivité délicate. Il ne reste qu'une quintessence. Alors, dans une joie berçante et claire de l'œil, les tons s'harmonisent, les lignes se courbent avec grâce, ces lignes onduleuses si caractéristiques de M. Schuffenecker. Ces paysages semblent des évocations sur lesquelles tombe une lumière étincelante et raffinée, ornant la

nature de splendeur, la revêtant féeriquement. Dans un site de tranquillité, un Buddha s'estompe, à longue barbe, Tallure d'un sage — près, un groupe de disciples. Peut-être l'artiste est-il en voie de trouver l'apparence des personnages en accord avec sa conception magnifiée du monde extérieur.

Nous noterons encore chez M. Schufîenecker une spéciale aptitude au portrait. Indépendamment de celui d'Odilon Redon, dans les Hommes (ï Aujourd'hui ^ où la gravité habituelle de l'artiste est si bien rendue, diverses esquisses montrent une compréhension intéressante de la physionomie humaine, surtout féminine, avec une particulière vie du regard.

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