PAUL CEZANNE ET VINCENT VAN GOGH
Après ces artistes il convient de citer Paul Cézanne et Vincent Van Gogh.
Cézanne semble d'un personnage fantastique. Encore vivant, de lui on parle comme d'un disparu. De rares pièces de son œuvre sont disséminées chez un petit nombre d'amateurs. Il n'a plus exposé depuis les époques déjà Idintaines, où, participant aux manifestations impressionnistes, il y occupait une place si particulière. Chez Cézanne il y a quelque chose de naïf et d'afEné tout ensemble, il présente la nature d'après une vision à lui propre, où la juxtaposition des teintes, un certain agencement des lignes font de sa peinture si franche comme une synthèse des couleurs et des formes en leur beauté intrinsèque. On dirait qu'à chaque objet il a voulu restituer intact, dans sa force primitive non aveulie par des pratiques d'art, son éclat vrai et essentiel. Ainsi ces paysages, ces figures, surtout ges fruits sur du linge, si facilement reconnaissables et qui ont ému maint artiste, l'incitant même parfois jusqu'à l'imitation, presque textuelle...
De Van Gogh les œuvres ne sont connues également que d'un cercle restreint. L'artiste, il y a peu d'années, est mort fou à la campagne où il s'était retiré. Chez lui combien de recherches, de tâtonnements en sens divers, non seulement d'une période à une autre, mais même d'une toile à la suivante. On sent une fougue ardente s'efForçant difficilement à se frayer issue. Au travers de ce chaos, parfois des éclairs. Admirateur de Delacroix et de Monticelli, il a trouvé après eux des moyens personnels de monter la gamme colorée à un haut degré d'intensité — une pâte large, onctueuse, comme des coulées solidifiées où les tons s'épanouissent en gerbes d'artifice. Peut-être, ainsi qu'on en a fait la remarque, y eut-il chez ce Hollandais, empreint de l'esprit du Nord, la vision exaspérée du Midi éclatant...
En somme, des artistes bien faits pour intéresser. ^Tous deux éminemment peintres dans l'acception du mot, c'està-dire considérant le spectacle qui les entoure sous le presque unique point de vue du jeu des couleurs et des lignes — arrivant ainsi à d'étranges et imprévus effets. Chez Cézanne, le vouloir de se remettre directement en rapport avec la nature, l'ardeur à s'en saisir pleinement avec une ingénuité maintenue jusqu'à la gaucherie. Chez Van Gogh, un élan, une fièvre, presque du délire à poursuivre le summum de richesse de la splendeur colorée. Voilà ce qui de ces deux artistes a dû attirer et séduire des esprits jeunes, enthousiastes de leur originaUté et qui ont
voulu voir en eux des précurseurs, malgré tout leur incomplet. Ou peut-être — qui sait — à cause même de cet incomplet ajoutant à de réelles qualités le mystère de la chose ébauchée semblant toujours près de s'épanouir en chef-d'œuvre....