‹ Le mouvement idéaliste en peinture (volume 2)Chapitre 12 sur 19 · HENRI- GABRIEL IBELS · texte numérisé non relu

HENRI- GABRIEL IBELS

M. Ibels est plus peuple que M. de Toulouse-Lautrec. Nous entendons par là qu'il s'intéresse aux habitudes, aux manières d'être d'individualités moins complexes. Chez lui se dénote une pitié pour l'humble, la pénétration de ses émotions. L'artiste affectionne les formes un peu massives, solidement encerclées, la réalité apparente à nos yeux de prime-saut y est rendue synthétiquement. Le trait enfermant est particulièrement expressif — c'est ce qui attire M. Ibels dans la vision des êtres qui l'entourent. Il voit dans une délimitation nette, non seulement les personnages séparés, mais des groupes formant comme une silhouette collective ayant son individualité propre. Ce sont des forains, des lutteurs, des acrobates — la parade sous toutes ses formes. Puis le chanteur et la chanteuse de café-concert, le public particulier des bouibouis. Et l'élément populaire : l'ouvrier, la banlieue pauvre, la grosse misère et le gros vice. Enfin une vision très personnelle, décorativement amusante du vulgaire tourlourou, aux épaisses couleurs crues, se dandinant en des lignes lourdes et naïves.

Enfin signalons que récemment il annonçait se vouer pour un temps à des études pures de dessin et d'anatomie. Il peut puiser dans cette austère éducation cette sûreté et cette force de dessous qui seule fait la gloire solide des chefs-d'œuvre.

Ce qui domine chez M. Anquetin, c'est une extraordinaire virtuosité, touchant presque, en de certains moments* à la maîtrise; un artiste qui se joue des procédés avec assurance, dont le faire est très habile — mais toujours et en tout d'un peintre.

Page 1