‹ Le mouvement littéraire contemporainChapitre 2 sur 76 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

ans plus tard, l'influence du naturalisme, il faut définir le naturalisme en son ensemble comme marquant la revanche inévitable de l'esprit scientifique contre le sentiment et l'imagination.

Dans le dernier quart de ce siècle, notre littérature n'a pas d'unité. Ces vingt ou vingt-cinq années, môme si elles ont produit des œuvres durables, sont, pour n'importe quel genre, pour la langue elle-même et la versification, une période de crise. Il y a eu de nos jours beaucoup d'écoles ; c'est justement parce qu'aucune n'a pu s'imposer. Aucune école, en tout cas, ni l'école psychologique par exemple, ni l'école symboliste, n'étendit sa domination sur la littérature entière; et, même dans le roman, qui fut le domaine propre de l'une, même dans la poésie, qui fut celui de l'autre, le psychologisme et le symbolisme n'ont jamais pris possession complète du genre auquel ils s'étaient de préférence appliqués.

Ce qui paraîtrait, au premier coup d'œil, caractériser la période moderne, c'est une réaction contre le naturalisme. Et sans doute le roman, la poésie, la critique, témoignent avec éclat de cette réaction. Mais il semble bien que, sans parler de l'histoire, devenue objective et scientifique au point de ne plus compter dans la littérature, le théâtre ait subi jusqu'à la fin du siècle, ou peu s'en faut, l'influence naturaliste, en diminuant la part des conventions, soit techniques, soit morales, pour imiter déplus près la vie. Et, d'autre part, quand on dit que le naturalisme fit banqueroute, on a raison si l'on veut parler du naturalisme doctrinair.e et scolastique; on se trompe si l'on entend par là cette conception de l'art saine, probe, vaillante, qui consiste à rendre la nature avec autant de vérité que possible.

Depuis vingt ans, notre littérature manifeste les tendances les plus diverses. Tantôt elles se combinent, tantôt elles se heurtent; et telle qui, dans tel genre, est

PREFACE. Vil

prépondérante, cède, dans tel autre, la place à une tendance contraire.

Nous les retrouverons toutes chemin faisant, et nous marquerons l'effet de chacune. Quant à indiquer en un chapitre d'ensemble le caractère général de l'évolution littéraire moderne, il le faudrait sans doute si nos écrivains avaient eu, comme ceux de l'école naturaliste, une doctrine et une méthode communes, ou si du moins, comme ceux de l'école romantique, la communauté des aspirations, et, pour ainsi dire, la ressemblance du tempérament moral leur prêtaient, malgré les différences individuelles, un air de famille. Mais, puisque la littérature de ces vingt dernières années n'a subi aucune influence également sensible dans tous les genres, abordons sans autre préliminaire l'étude de ces genres divers, roman, théâtre, poésie, critique, histoire, qui déterminent naturellement le plan du présent livre. Nous aurons lieu, certes, de signaler comme un fait capital l'abolition de toute école et de tout formulaire à laquelle semble aboutir le siècle révolu. Seulement, c'est moins l'affaire d'un préambule que d'une conclusion. Et, si nous pensons que, par là même, le nouveau siècle s'ouvre dans les meilleures circonstances pour nous donner des œuvres sincères et complètes, qui n'altèrent ni ne mutilent la nature, — il sera temps de le dire en terminant.

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