Elle fut représentée en
lOG LE MOUVEMENT LITTÉIIAIRE CONTEMPORAIN.
traditionnelle. Pourtant, si nous ne retrouvons point dans la structure de VArlésienne l'exacte rigueur qu'imposait une discipline arbitraire, Daudet y concilie très bien les nécessités théâtrales avec cette aisance et cette largeur de développement qui peuvent seules nous donner l'impression de la vie. Et ce qu'il faut le plus en admirer, et ce qui, justement, s'accorde aux tendances de l'évolution moderne, c'est le naturel, ou, disons mieux, la naïveté des peintures. Les personnages (sauf le patron Marc, un peu factice) sont tous vrais et vivants. Non pas seulement ceux du premier plan, Rose Mamaï, si pathétique dans sa douleur de mère, et Frédéri, son fils, victime d'un amour fatal, mais encore les figures secondaires, Balthazar, avec sa gravité sentencieuse et fervente, Mitifio, d'un si net relief, la petite Vivette, si douce, si tendre, si candide en sa coquetterie même. Et le « milieu » n'a pas moins de vérité que les personnages; ces tableaux des mœurs provençales sont admirables de pittoresque et d'expression caractéristique. UArlésienne n'appartient à aucune école : elle se contente de peindre en toute ingénuité la vie et les passions. Tantôt gracieuse, tantôt poignante, toujours simple, toujours sincère, humaine dans l'acception la plus profonde et aussi la plus élémentaire du terme, elle montra une voie nouvelle en débarrassant le théâtre de ce qui, chez ses plus illustres représentants, en faisait trop souvent un genre faux.
Alphonse Daudet écrivit son Arlésienne sans avoir de système préconçu. M. Emile Zola, théoricien du naturalisme, le porta délibérément sur la scène
après l'avoir établi dans le roman. On se rappelle la vigoureuse campagne qu'il mena contre la convention, critiquant, avec trop de rigueur parfois, mais nvec un sens très juste, les pièces des Sardou, des Feuillet, des Augier, des Dumas, encourageant au contraire toute tentative qui semblait orienter le thi^âtre vers une « formule » plus libre, plus souple, plus proche de la nature *. Lui-même mit bientôt la main à l'œuvre. Il fît d'abord les Héritiers Rabourdin^, sorte de farce assez grossière, et dans laquelle le « costume » de la vie moderne s'accommode mal à la simplicité toute primitive des procédés. Ce n'est d'ailleurs qu'un pastiche; seulement, c'est un pastiche d'après les grands maîtres, d'après Molière surtout, dont M. Zola oppose aux vaudevillistes issus de Scribe la franchise, la droiture, la solide humanité. r)eux autres de ses pièces, Thérèse Raquin^ et Renée*, sont plus originales et indiquent bien la direction qu'il veut donner au théâtre. Certes Thérèse Raquin a de graves défauts. L'auteur s'y trahit souvent, soit par le style, qui est trop « écrit », et même par certains mots de théâtre, vers la fin notamment, soit, dans la composition générale, par le contraste systématique d'un drame terrible et horrible avec la terne banalité du milieu. Il n'y en a pas moins là une tentative méritoire de rénovation théâtrale. Cette tragédie
1. Cf. JVo» auteurs dramatiques et le Naturalisme au théâtre, les deux volumes où il a réuni ses principaux articles de critique tliéâlrale.