Preuves pour et contre les sensations d'innervation
Si la conscience est un effet des processus du cer-
veau, ou si c'en est la cause, ou si elle les accompagne en quelque sorte, il n'y a nulle raison théorique où elle ne semble pas accompagner la dépense du processus moteur aussi bien que la réception du processus sensoriel. Il était admis auparavant comme un dogme en physiologie, que la conscience doit accompagner ces deux processus, et ce dogme a été érigé par les psychologues comme base de la volonté et de la connaissance des mouvements actifs et de l'effort. Cette supposition de psychologues était suffisamment plausible; cependant nous devons ajouter qu'ignorant la connexion qui existe entre la conscience et les processus du cerveau, on a trop peu de base pour conjecturer quelle sorte de conscience pourrait accompagner l'activité des centres moteurs. Ce qu'on appelle centres, devrait plutôt être considéré comme des haltes le long du chemin que parcourt l'arc réflexe, que comme des points d'origine de la décharge motrice. Les centres moteurs doivent euxmêmes être incités à Tactivité par des impulsions nerveuses qui partent des périphéries ou de tout autre point du cerveau. Et la conscience corrélative à leur activité pourrait plutôt posséder des qualités sensorielles ou idéationales que des qualités volitionales ou motrices. Je me hâte d'ajouter' que' les meilleures preuves physiologiques et cliniques* sont contraires à l'idée d'envisager l'aire motrice ainsi nommée.
I. Voir E.-A. ScHAFER. Textbook of Physiology, 1900, II, 727 ; Charcot et Pitres. Les centres moteurs corticaux chez l'homme. Paris, 1895 ; E. Rkdlich. Wiener klinische Wochenschrift, 1898, VI, 432. 498.
comme le vrai centre des sensations et des idées de mouvement. Il semble que si l'on détruit cette aire, il peut ne pas y avoir de perte de la sensation, ou de perte dans la force d'imaginer les mouvements corporels. Les centres moteurs sont peut-être entièrement dépourvus de conscience. Quoi qu'il en soit, on ne peut trancher cette question a priori, mais on doit la combattre par des faits.
Les deux idées opposées sont : i° la théorie des « sensations d'innervation », selon laquelle les décharges motrices provenant du cerveau sont accompagnées par la perception d'un effort, et par des perceptions qui nous informent quel mouvement doit être accompli ; 2° la théorie qui soutient que toutes nos sensations de mouvement de tension et d'effort prennent naissance dans les organes périphériques et affectent le cerveau par l'intermédiaire des nerfs sensoriels. Si nous admettons la première théorie, nous sommes conscients de l'innervation de nos muscles ; si nous acceptons la seconde nous ne sommes conscients que des effets de l'activité musculaire. Dans un cas nos sensations de mouvement ont une origine centrale, dans le second une origine périphérique.
La théorie des sensations d'innervation tend à disparaître ; le coup mortel lui a été porté par les attaques de James, Ferrier et d'autres. Un des partisans les plus chauds de cette théorie a cessé de la soutenir. En voici cependant l'exposé :
Nous devons d'abord citer les principaux faits qui ont été mis en avant à l'appui des sensations d'innervation et montrer quelle est la meilleure façon de les interpréter en ce qui concerne les sensations périphé-
riques. Nous montrerons ensuite quelques faits qui ne semblent pas concorder avec la théorie des sensations d'innervation.
I® Une personne dont un des membres est anesthésié semble souvent sentir les mouvements volontaires de ce membre. Cette perception ne peut pas prendre naissance dans la périphérie aneslhésiée et est par conséquent attribuée à une décharge motrice. Le cas rapporté par Gley et Marillier déjà cité * nous conduit à une explication plus juste. Les raisons données par le patient qui supposait que le bras anesthésié avait exécuté des mouvements volontaires étaient qu'il croyait avoir eu suffisamment de temps pour que le mouvement se fût effectué. Ce qui revient à dire que, à défaut d'évidence sensorielle du contraire il concluait que le mouvement voulu avait été accompli. Il pouvait donc avoir par association une représentation du mouvement désiré soit par des images visuelles, soit par des images kinesthétiques. Cette situation était pareille à celle d'une personne qui tirerait une sonnette qu'elle n'entendrait point, mais qui cependant imaginerait le son parce qu'il est la conséquence naturelle de son action. Quelques personnes à imagination puissante pourraient presque avoir une hallucination d'entendre la cloche ; de même quelques sujets anesthésiés ont presque une hallucination des mouvements volontaires.
A ce point de vue il n'est point étrange que certains patients aux images kinesthétiques faibles n'aient qu'une légère tendance à sentir les mouvements de