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DucHENNE et Briquet, cités dans le Brain, 1888, X, 96io

2. A. Pitres. Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotisme. Paris, 1891, I, 1x3.

36 LE MOtVEMENt

2® Une personne à laquelle on a amputé un membre, garde souvent la conscience du membre qui lui manque. Weir Mitchell* a bien étudié ces hallucinations et a constaté que dans certains cas, elles persistaient pendant quelques années ; certains sujets pouvaient mouvoir par la volonté les doigts inexistants et en sentir les mouvements et les positions relatives. Chez d'autres qui avaient perdu toute perception en perdant leur membre, la perception pouvait être ravivée en stimulant le nerf qui supportait auparavant le membre.

L'explication la plus facile de ces faits est que l'irritation des fibres nerveuses dans la cicatrice donne naissance à des sensations qui intéressent subjectivement les points normaux de distribution de ces fibres, tout comme les sensations qui résultent d'un coup au nerf du coude sont ressenties dans les doigts. Mais Weir Mitchell conteste que les hallucinations du mouvement aient cette origine périphérique ; il croit qu'elles sont rattachées à l'innervation des fibres motrices qui faisaient mouvoir le membre perdu .

Pitres'^ à pourtant montré d'une façon presque concluante que toutes les sensations des parties qui manquent, prennent naissance dans l'irritation des fibres sensorielles dans la cicatrice. Il a trouvé que les hallucinations se modifient avec toute modification

I. S. Weir Mitchell. Injuries of Nerves and their Conséquences. Philadelphia, 187a, p. 344-36o.

a. Annales médico-psychologiques^ 1897, V, 1-19, 177-

qui se produit dans les conditions de la cicatrice; qu-elles augmentent par une stimulation faradi([ue (Je la cicatrice, et ce qui est plus important, c'est qu'elles disparaissent lors([ue la cicatrice est anesthésiée par une injection sous-cutanée de cocaïne. Elles ont donc une origine périphérique.

3" Une personne ajant un membre paraisse est capable de faire un elîort pour mouvoir ce membre, et ressent cet effort. Du moment que de ce membre ne peuvent naître ni sensations de mouvement, ni tension musculaire, il semble résulter que la perception de l'effort doit être ici d'origine centrale. Fkrrier ' cependant a attiré Tattention sur ce fait que l'irradiation de la décharge motrice produit une contraction des muscles non paralysés des autres membres, et que les sensations périphériques d'effort peuvent prendre naissance dans ceux-ci. Miller et Schuman?»^ ont montré que, lorsqu'une partie d'un membre est paralysée, les muscles non paralysés doivent fournir plus de travail (pi'en lenq)s normal et produisent ainsi les sensations d'ini effort plus que habituel.

Tout effort nuisculaire est accompagné de modifications dans la respiration; par exemple si l'on soulève un poids lourd, C(ît effort est acconqiagné de forts mouvements expiratoires, la glotte se fermant. Parmi les sensations d'effort, il \ en a beaucoup qui naissent dans l'appareil respiratoire. Feurier imagine

t. Functions of the liiain, 188G, p. 383-393. a. Pfluger's ^rc/iiV/>/r die gesammte Physiologie, 1889, XLV, 80-84.

WOODWORTH. 3

Pexpérience suivante pour prouver l'origine des sensations d'effort. Si quelqu'un se représente par la pensée comme faisant un certain mouvement, pendant que volontairement il empêche le mouvement réel, cette personne-là sentira la sensation d'un effort. Mais cette sensation est d'origine périphérique, car l'observation démontre que pendant qu'on imagine le mouvement, le sujet retient son souffle, ou qu'il expire contre la glotte fermée. Si l'on prend soin de respirer facilement, la sensation d'effort n'apparaît point. Et si l'on n'exécute que les mouvements respiratoires, la sensation d'effort apparaît, quoique nul mouvement ne soit imaginé.

Une illusion particulière visuelle, produite par la paralysie du muscle reclus externe de l'œil, a été apportée par Helmholtz *, pour indiquer l'existence des sensations d'innervation. Lorsque le rectus externe est paralysé, l'œil ne peut plus se mouvoir de côté hors de la position moyenne. Si cet œil — l'autre étant fermé — essaie de se mouvoir de façon à fixer un objet situé loin de côté, l'œil demeure dans la position moyenne, mais l'objet semble se mouvoir plus loin, de côté. Helmholtz dit que les sensations seraient ici identiques à celles qui seraient normalement produites par un objet qui se meut de côté, et que l'œil suivrait. L'objet demeure projeté au même point de la rétine, pendant qu'un mouvement de l'œil est ressenti. Mais il croit que, I'œmI ne pouvant pas se mouvoir en réalité, la sensation de ses mouvements doit être la sensation de ses innervations. Cette con-

I. Physiologische Opti/i, i** cdit., p. 600; 3« édit., p. 7'i4.

LE SENS MUSCULATRE Sq

clusion tombe devant le fait rapporté par James * que l'autre œil, quoique fermé, accomplit des mouvemcnls conjugués. Les sensations des deux yeux ne sont ordinairement pas distinctes. L'illusion résulte, ou plutôt peut résulter des sensations périphériques qui prennent naissance dans l'œil non paralysé.

Les trois faits mentionnés ci-dessus ont cela de commun qu'ils semblent prouver Texistence des sensations de mouvement et d'effort là où les sensations périphériques sont impossibles. L'examen a prouvé que dans quelques-uns de ces cas, les sensations périphériques existent, et que là où elles n'existent point, il n'y a ni sensation de mouvement ni d'effort.

4° Waller a pris dans la discussion des sensations d'effort une attitude plus expérimentale, plus objective^. Ses expériences semblent prouver que la fatigue ou la faiblesse qui résulte d'un exercice musculaire violent et prolongé, sont d'origine centrale, ou en d'autres mots, que ce sont plutôt les centres mo tours qui sont épuisés que les muscles. Dans un chapitré postérieur sur la fatigue, nous aurons l'occasion de discuter sur ces expériences, mais pour le moment nous nous contenterons de suivre Waller dans la série des conclusions qui l'ont amené à dire que les sensations d'effort sont d'origine centrale. 11 suppose d'abord que la sensation de fatigue doit avoir

I. The Feeling of Effort. Boston, 1880, et aussi Principles of Psychology, II, 5o6-5ii.

a. A. D. Waller. The Sensc of Effort : An Objective Siudy. Brain, 1891, xiv, 179-249.

4o LE MOUVEMENT

son origine au point qui est le plus épuisé, c'est-àdire dans les centres moteurs. Il suppose ensuite que la sensation d'effort doit avoir son origine au même point, puisque, dit-il, la sensation de fatigue n'est rien autre qu'une sensation exagérée d'effort.

Dans un enchaînement aussi indirect de raisonnement, il y a place pour une erreur; sa dernière conclusion surtout est inadmissible: la sensation de fatigue persiste après que l'effort a cessé. Si nous voulons en déterminer la source, nous pouvons le faire directement en serrant différentes parties de l'appareil moteur périphérique -; nous verrons quelles sont les parties douloureuses, douleur qui résulte de la fatigue. Nous en trouverons dans les muscles, les tendons et les jointures, et ainsi nous verrons que la souffrance de la fatigue est d'origine périphérique.

Pendant la fatigue, nous trouverons, il est vrai, qu'à côté de la douleur locale des parties qui ont été en mouvement, il y a encore des sensations diffuses de malaise et de gène. Peut-être celles-ci ont-elles une origine centrale ; mais ces sensations non localisées de fatigue sont plutôt apparentées aux émotions.

Le fait le plus important pour les sensations d'effort et de fatigue est celui do Pitues, cité plus haut. Pendant Tanesthésio périphérique, on peut fournir une activité musculaire plus pénible et plus prolongée, sans ressentir d'effort ni de fatigue. Les muscles sont innervés, mais Tinnervalion n'est accompagnée d'aucune sensation. Les sensations de mouvement, d'effort, de fatigue dépendent de la sensibilité périphérique.

5" Du fait que nous pouvons percevoir une inter-

LE SENS MISCLLAIRE /| I

férence externe à la marche du mouvement, on a déduit l'existence des sensations d'innervation. La perception d'une interférence n'exige-t-elle pas des sensations de contraste entre le mouvement considéré comme innervé et le mouvement en soi !^ La réponse est que nous percevons parfaitement une interférence avec ces mouvements, dont nous sommes entièrement inconscients. Nous sommes insconscienls du mouvement, mais conscients de l'interférence. Toute opposition à un mouvement, exerçant une action contraire à l'inertie du membre on mouvement ou à la contraction de ses muscles, donne naissance à des sensations de résistance et de tension. Ces sensations d'origine périphérique constituent des sensations d'interférence.

G** Le « aura » qui précède parfois les attaques d'épilepsie a été considéré comme se rapportant à des sensations de mouvement d'origine centrale. Avant que la convulsion commence, le patient semble sentir que ses bras sont en mouvement, quoiqu'on réalité ils pendent à ses côtés. L'irritation de l'écorce cérébrale a produit ici des sensations de mouvement.

Il est évident que l'irritation cérébrale peut donner naissance à des hallucinations de mouvement, aussi bien qu'à des hallucinations de la vue, de l'odorat ou de l'ouïe. Mais les halhicinations de l'odorat ne prouvent pas que les sensations olfactives sont associées à des courants nerveux efférents. L'irritation centrale peut agir dans chaque cas, sur les centres correspondants sensoriels.

Cependant, dans les cas d'épilepsie, nous avons raison de croire que l'irritation agit d'abord sur les

centres moteurs; mais elle peut exciter indirectement les centres sensoriels, au moyen des fibres d'association ^ Dans tous les cas, ces hallucinations de l'aura épileptique ne doivent pas être dénommées sensations d'innervation, parce qu'elles ne sont pas provoquées par des innervations.

On a apporté encore d'autres faits, pour soutenir la théorie des sensations d'innervation ; nous en rapporterons un ou deux au chapitre de la perception du mouvementé

D'autres faits, que nous allons considérer, démontrent définitivement la- non-existence des sensations d'innervation.

Le fait le plus important a déjà été mentionné. Si l'anesthésie d'un bras n'annihile pas le pouvoir d'accomplir des mouvements, elle annihile la sensation de ces mouvements et le sentiment de l'effort nécessaire à l'accomplissement de ces mouvements. Nulle sensation ne résulte de la simple innervation des nerfs moteurs : la sensation est absolument dépendante de la sensibilité du membre qui se meut.

Il est vrai de dire que la personne dont un membre est anesthésié a souvent une vague impression d'avoir fait un mouvement volontaire, mais cette impression se compose de la pensée naturelle que sa volonté a été exécutée, et des images motrices associées. Si cependant Ton examine l'exactitude de perception des mouvements du patient, on trouve qu'elle manque entièrement. Il ne peut distinguer un mouvement long

I. Cf. E.-A. ScHÂFER. Textbook of Physiology y lit 780. 3. Voir p. 102, io5.

d'un court, ou un poids lourd d'un léger, ni une innervation puissante d'une faible. II accomplit des contractions musculaires qu'il ne sent pas, et croit à un relâchement de la contraction qu'il est encore en train d'exécuter. Il croit avoir innervé lorsqu'il ne l'a pas, et inversement. Evidemment, à défaut de sensations périphériques, il n'a point de sources d'informations en ce qui concerne l'activité de ses centres moteurs.

Nous trouvons chez des sujets normaux des indications de la même ignorance de leur propre innervation. On fait l'innervation continuelle des muscles les plus variés de son corps, sans s'en rendre compte et sans être en état de la découvrir introspcctivement.

On ne peut se convaincre de l'existence de cette innervation qu'en observant quelque effet périphérique.

Par exemple, les muscles faciaux de l'expression sont continuellement innervés d'une façon ou d'une autre. Nous pouvons être inconscients du fait que nous sourions ou que nous fronçons les sourcils, et ne sommes donc pas en état de découvrir ce fait par introspection.

D'autres faits similaires ont été mis au jour par des expériences.

GoLDSCUEiDER * a suspcudu son bras à une poulie, et le tenant absolument passif, comme il le supposait, il Ta contrebalancé avec des poids. Après un certain temps, le bras commença à descendre ; il semblait devenir plus lourd ; en réalité, les muscles qui aidaient à soulever le bras et à le maintenir, avaient

I . Archiv fiir (Anat. und) Physiologie, 1889, Suppl. Band, 2l5.

été quelque peu actifs au début et ensuite s'étaient relâchés. Le sujet était inconscient aussi bien de l'innervation de ses muscles que de la diminution de cette innervation.

Une autre observation de ce genre a été faite par GoLDSCHEmER*, daus l'expérience suivante: suspendre un poids par un fil à l'extrémité d'un roseau mince ; garder entre ses doigts l'autre extrémité du roseau, abaisser lentement le poids, jusqu'à ce qu'il soit arrêté par le plancher. Si le mouvement descendant du bras est continué, il semble rencontrer une résistance externe. Une résistance existe en effet, mais elle est produite par la contraction continue des muscles qui s'opposent à la descente du bras. Ces muscles ont été contractés pendant la descente du bras, afin de supporter le poids. Lorsque le poids repose sur le plancher, les muscles qui le supportent ne sont pas relâchés, mais ils résistent à la continuation du mouvement. Une résistance semble être externe, parce qu'on ne sent pas l'innervation (et la contraction) de ces muscles.

11 faut encore nous débarrasser d'une difficulté fondamentale, avant d'accepter définitivement Tidée que toutes les sensations ont une origine périphérique. Si nous ne sentons que le processus périphérique du mouvement, comment se fait-il que nous soyons capables de distinguer nos propres mouvements actifs, des mouvements imprimés à nos membres par un agent externe? La sensation du mouvement actif

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