H.-K. WoLFE. Psychological Review, 1898, V
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la force de rillusion. Il a trouvé qu'elle variait énormément chez les diflerents individus. En faisant comparer des disques en bois, d'un poids spécifique de 0.45, avec des disques en plomb d'un poids spécifique de 11.35, il a trouvé que les hommes appréciaient le disque en bois comme égal au disque en plomb, qui avait i/3 de son poids, et les femmes à i/5. C'était la force de l'illusion pour les poids légers (le bois, i5 gr.) ; avec des poids plus lourds, l'illusion diminue quelque peu. On peut l'augmenter en prenant des objets encore plus inégaux en densité. Ainsi un sac en papier gonflé, pesant 16 grammes, a été apprécié comme égal à [\^%Z en plomb, par les hommes, et à 2^'", 3 par les femmes. Ce qui précède n'est que la moyenne d'un nombre considérable de personnes ; chez beaucoup d'individus la force de l'illusion est vraiment étonnante.
Il faudrait donc une balance pour prouver le vieil adage qu'une livre de plomb est aussi lourde qu'une livre de plumes ; pour la perception directe, la livre de plomb est plus lourde de beaucoup. Cette illusion n'est pas autant une preuve de l'inexactitude de notre sens de la pesanteur, mais plutôt d'une extrême suggestibilité dans ce genre de perception.
Travaux cliniques sur la perception de LA pesanteur
L'examen clinique de la force de perception de la pesanteur est souvent important pour déterminer la perte ou l'affaiblissement du « sens musculaire ».
L'appareil et le procédé employé doivent être simples et rapides. Les médecins se contentent souvent de la découverte de fautes grossières dans la perception de la pesanteur ; les insuffisances légères ne peuvent être établies que par une expérience prolongée, et alors même pas avec une complète certitude, à cause de la grande portée de la variabilité normale. C'est pourquoi les médecins restent encore attachés à la méthode ancienne et peu précise de la moindre différence perceptible. Les défauts dans la perception de la pesanteur dans des maladies, comme le tabès, sont souvent si grossiers que cette méthode suffit pour les déterminer.
La perte du sens musculaire étant dans le tabès plus fréquente aux extrémités inférieures qu'aux supérieures, les cliniciens ont essayé de faire soulever des poids avec les pieds.
Jaccoud* a employé, en i864, un sac léger pour y renfermer les poids. Voici comment il décrit la méthode à suivre :
(( J'ai deux sacs carrés; le bord ouvert porte à chacun de ses angles un cordon qui sert à fixer le sac au cou-de-pied...; je place d'avance, dans chacun de ces sacs, un poids différent ; je fais coucher le sujet de manière que les membres inférieurs dépassent de toute leur longueur le bord du lit... Les yeux étant alors bandés, je fixe le sac le plus léger à l'un des cous-de-pied, et je prescris l'élévation de la jambe ; je laisse les choses en cet état pendant quelques
I. S. Jaccoud. Les paraplégies et Vataxie des mouvements. Paris, Delahaye, i864, p. 670-677.
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instants, pour que l'impression soit parfaitement perçue, et je fais replacer le malade dans sa position première ; alors, et avec toute la rapidité possible, je substitue le sac plus lourd, et je recommence répreuve. »
Jaccoud a examiné de cette façon, avec des résultats presque uniformes, 24 sujets normaux. Ensuite il a expérimenté sur 6 malades souffrant d'une sclérose postéro-latérale et les a trouvés bien inférieurs pour la perception de la pesanteur aux sujets normaux. Il a trouvé parfois un manque de perception de la pesanteur dans des cas qui ne montraient aucun défaut dans la perception de la position, ce qui voudrait indiquer que ces deux manifestations du sens musculaire seraient en une certaine mesure indépendantes l'une de l'autre.
Leyden* a placé les poids dans un vase fixé à l'extrémité d'une baguette, qui glissait par un trou dans le châssis qui le supportait. L'extrémité inférieure de la baguette était attachée au pied, à la jonction du métatarse avec les doigts. Les poids étaient soulevés par le seul mouvement du pied. L'appareil n'est pas à recommander, à cause de la friction considérable que produit la baguette. '
Leyden a trouvé dans beaucoup de cas de dégénérescence de la matière grise qu'en dépit du sens défectueux de la position et de l'inhabileté à percevoir les poids faibles, la force de discernement des poids n'était pas perdue. La différence la moins appréciable
I. E. Leyden. Ucber Muskelsinn und Aiaxie. Virchow*s Archis' fur pathol. Anat,, etc., 1869, XLVII, 3ai-35i.
n'était pas plus grande que chez les sujets normaux. Ce résultat, qui semble une confirmation de la « loi des parallèles » de Fechner, n'est pas en concordance avec les résultats d'autres expérimentateurs.
BçRNHARDT^ a placé les poids dans un plateau suspendu à une corde, qui passe par dessus des poulies et dont l'autre extrémité était attachée à un lien autour du pied. Le patient était placé sur le dos et sotdevait le poids par une flexion dorsale du pied. Il a trouvé ainsi que le discernement des poids était très défectueux chez les tabétiques.
Bernhardt a trouvé que les poids peuvent être perçus et discernés, lorsque la contraction musculaire qui les soulevait, était excitée par l'électricité. Chez un sujet normçil — mais pas chez un autre — cette contraction électrique a produit une perception du poids aussi exacte que la contraction volontaire. Ce résultat, qui a été employé aussi bien en faveur que contre la théorie des sensations d'innervation, n'est pas assez bien établi en lui-même, pour servir à l'un des partis.
Le meilleur appareil clinique est peut-être celui de HiTziG^. Il prépara une série de balles en bois, de volume égal mais de poids inégaux. Il les plaçait dans la paume de la main, ou pour l'extrémité inférieure, dans une pochette cousue à une chaussette forte en coton. Il a trouvé que la plus petite différence nécessaire entre deux poids était de i/io. Toutes lespcr-
i. Archiv fur Psychiatrie f 1872, III, 618.
a. E. HiTZiG. Ein Kinesiaesthesiometer. Neurol. Centralblalt, 1888, Vil, 249-354.
sonnes normales ne découvraient pas cette différence. Avec l'extrémité inférieure, i/6 même était quelquefois la limite du discernement normal. Les cas pathologiques montraient une force de perception inférieure caractérisée. Un fait particulier, remarqué chez un sujet normal, était qu'il distinguait mieux 200 et 260 grammes que 100 et i5o, ou que 5o et
Les faits principaux qui ressortent de notre aperçu sur la littérature de la perception de la pesanteur sont les suivants :
La perception « musculaire » du poids est plus fine que la tactile ; en d'autres termes, les poids soulevés sont discernés avec plus de finesse que les poids posés simplement sur la peau.
La résistance opposée par un ressort est perçue plus exactement que celle qui est opposée par un poids soulevé.
Deux poids sont discernés avec plus de finesse lorsqu'ils sont soulevés tous deux avec la même main, ou le même doigt, que lorsqu'ils le sont par des membres différents.
La finesse de la perception est augmentée quelque peu par l'accélération de la circulation du sang ou par un exercice musculaire.
Elle diminue si les objets soulevés sont serrés étroitement par la main qui les lève.
Elle augmente par la pratique que l'on fait pour discerner des poids légers et diminue lorsqu'on s'exerce à soulever des poids lourds.
Si im sujet s'est habitué à soulever des poids lourds et qu'on substitue à ces derniers des poids
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légers, il les sentira plus légers qu'ils ne sont — ce qui est Teffet de V Einstellung .
Un poids qui répond promptement à Teffort fait pour le soulever semble plus léger qu'un poids qui y répond tardivement.
Certains jugements sur le poids relatif de deux objets ne reposent pas sur une véritable comparaison, mais sur l'impression qu'un de ces objets est très lourd ou très léger; certaines personnes ont plutôt l'impression de la pesanteur, et d'autres de la légèreté.
Le second de deux poids légers est apte à paraître plus léger que le premier ; mais le second de deux objets lourds est apte à paraître plus lourd que le premier. Cette erreur de temps est augmentée ou diminuée par différentes conditions, comme la fatigue, la différence entre deux poids, l'intervalle entre deux soulèvements, etc.
Deux poids égaux ne semblent pas égaux, si leur volume est très différent ; le moins volumineux paraît le plus lourd — pourvu que I3 volume soit perçu. C'est ce qu'on appelle « l'illusion de l'aspect du poids ».
Les poids peuvent être discernés avec une considérable exactitude lorsqu'ils sont soulevés par la contraction des muscles excités par l'électricité.
L'examen clinique a relevé des cas dans lequels le sens de la pesanteur était perdu, pendant que le sens de la position persistait, et vice-ver sa ; de sorte que ces deux formes de perception « musculaire » sont à un certain point indépendantes; l'une de l'autre. ^