LES BASES SENSORIELLES DES DIFFÉRENTES PERCEPTIONS DU MOUVEMENT
Les mouvements du corps ne deviennent pas conscients, comme une masse indistincte de sensations; mais on en perçoit spécifiquement les différentes propriétés. La position dans laquelle le mouvement est fait, sa direction, sa durée, sa rapidité et son étendue, la force exercée et la résistance opposée, — chacune peut attirer séparément l'attention de la personne qui fait le mouvement. Elle peut comparer deux de ses mouvements, sous un rapport quelconque.
On a souvent essayé de montrer que parmi ces appréciations, il y en a qui sont plus primitives, et que les autres se basent sur celles-ci. On a supposé que le jugement sur l'étendue dépendait d'un autre plus élémentaire sur la durée, ou que ce dernier dépendait d'un jugement sur la force de la tension musculaire, ou encore que ce dernier dépendrait du jugement sur l'étendue.
En réalité, il n'est pas nécessaire de croire à priori qu'une quelconque de ces formes de perception dérive d'une autre. Les sensations de mouvement sont assez variées pour offrir à chaque sorte de jugement une
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base sensible. Et c'est à cette opinion que nous sommes amenés par le fait d'observer nos propres sensations, pendant que nous jugeons les différentes propriétés du mouvement. L'étendue sent autrement, que la durée, la durée autrement que la tension musculaire, la résistance et le poids, autrement que le temps et la rapidité. 11 ne nous paraît pas à nousmêmes que nous appuyons un de ces jugements sur un autre ; nous semblons attentifs à une propriété particulière de notre mouvement et aux sensations qui. résultent de cette propriété.
Cette observation introspective est concluante sur un point : aucun de ces jugements n'est déduit sciemment d'un autre. S'il y a dépendance, c'est une dépendance d'association et non pas de conclusion.
On a rarement essayé, par des expériences décisives, de dériver une de ces sortes de perception d'une autre. On en a plutôt donné des aperçus, suggérés par peu de faits, plutôt qu'une conclusion urgente, tirée d'une quantité de faits. Nous avons toute une série d'hypothèses plausibles, mais rien que nous puissions donner comme certain. Le mieux que nous ayons à faire, c'est de collationner les opinions les plus probables, tout en admettant qu'avant d atteindre à la certitude, beaucoup d'autres expériences sont nécessaires.
De quelle façon pouvons-nous chercher la dépendance supposée d'une sorte de jugement à un autre ? On peut employer trois méthodes :
1° Empêchons à dessein la perception que nous supposons primitive, et voyons après si la perception supposée dérivée peut encore être faite ;
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2° Laissons le processus s'accomplir sans trouble, mais enregistrons en même temps que se produit chaque mouvement, la particularité du mouvement sur laquelle nous supposons que le jugement est basé. Nous pourrons voir ainsi si le jugement correspond à cette particularité. Cette expérience doit être répétée plusieurs fois, car même s'il n'y a aucune dépendance, le jugement correspondra encore à la particularité donnée, dans la moitié des essais. Une dépendance complète ne sera donnée que par une corrélation parfaite ;
3® Faisons des recherches séparées d'exactitude, pour la perception primitive et pour la dérivée. Les deux seront également exactes, à moins qu'une source d'inexactitude intervienne entre la forme primitive de la perception et sa dérivée. En aucun cas, une perception purement dérivée ne pourra être plus exacte que la primitive.
Dans ces expériences, un résultat négatif est plus convainquant qu'un positif. Même une corrélation parfaite ne prouve pas complètement la dépendance, car les deux processus corrélatifs peuvent être en dépendance coordonnée d'un troisième. D'un autre côté, un résultat négatif ne prouve pas qu'il n'y a jamais de dépendance entre les deux processus en question. Mais une prédominance des résultats négatifs montre qu'il n'y a point de dépendance générale.
Perception de l'étendue du mouvement On a suggéré que l'étendue du mouvement cor-
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porel est perçue indirectement, en termes de position ou en termes de durée;
La durée du mouvement, comme base pour le jugement sur l'étendue, a été mise en avant par Lceb*, à la suite de son observation, que certaines personnes, en essayant de faire avec le bras des mouvements lents d'égale longueur, pensent s'aider en comptant les secondes. Cependant toutes ne le font pas, et chez celles qui le font, le résultat n'en est pas plus exact.
Il est incontestable qu'en essayant de faire des mouvements d'égale étendue, on a une tendance à les faire aussi dans un temps égal. Même si l'effort tend à faire des lignes alternées plus longues et plus courtes, la plus courte ayant la moitié de la longueur de la plus longue, la tendance de faire les mouvements de durée égale persiste.
Il est possible, d'un autre côté, d'exécuter des mouvements d'une longueur approximativement égale, mais de rapidité et de durée inégales. La moyenne des cas exacts n'est pas aussi grande que lorsque les mouvements sont de rapidité égale. La force d'exécuter des mouvements égaux et de percevoir l'étendue des mouvements est rendue plus difficile, mais pas du tout impossible si l'on varie la durée du mouvement ^
Une meilleure preuve est apportée par les résultats