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stimulation « résiduelle » , la correction n'est pas suffisante.

Il y a peut-être d'autres causes aux déviations de la loi de Weber observés ; mais il y a aussi des causes qui tendent dans la direction opposée. Si la loi de Weber était considérée comme norme, la déviation observée doit tenir à un équilibre des influences contraires. Et les influences inconnues, qui tendent vers la déviation observée, doivent être très fortes, du moment que les influences connues dans la direction opposée, sont elles-mêmes considérables.

Parmi ces influences, il y en a qui ont été regardées comme la base même de la loi de Weber ; la méthode employée a été de choisir une influence y comme la vraie cause de la loi de Weber, et de méconnaître les autres. Ainsi Fechner considère cette loi comme la relation finale entre le monde physique et psychique, interprétation qu'on a généralement rejetée, pour des raisons qui tombent sous nos sens. Wundt admet une base psychologique et n'en veut point d'autres ; par contre, d'autres auteurs admettent des bases physiologiques. Chacun allègue que la loi doit représenter l'action d'une cause fondamentale quelconque.

Il n'y a rien cependant qui plaide en faveur d'une cause exclusive. Les résultats empiriques ne montrent pas cette élégance mathématique, qui ressortirait d'un principe unique ; pas plus qu'on n'a déterminé le seul principe, d'où l'on puisse déduire la loi de Weber.

La vérité est simplement celle-ci : l'erreur de perception n'a pas la même valeur absolue, quelle que

soit l'amplitude perçue, mais elle augmente, lorsque l'amplitude augmente, mais pas aussi vite qu'elle ; dans les différentes sortes de perception, ou chez des individus différents, elle augmente dans des proportions différentes. Il n'y a donc pas de formule qui puisse être considérée comme une norme probable.

D'un autre côté, il y a plusieurs facteurs de perception tels qu'ils rendent l'erreur plus grande dans la perception des grandes amplitudes que dans la perception des petites. Ces facteurs ne s'excluent pas l'un l'autre ; plus d'un peuvent agir à la fois. Nous ne pouvons pas calculer, vu l'état de nos connaissances actuelles, quelle est l'influence de chaque facteur, c'est-à-dire que nous ne pouvons pas déduire une formule quelconque de l'assertion qu'un certain facteur agit.

Nous avons devant nous les données, qui résultent de l'expérimentation, il nous faut encore un aperçu sur les causes qui tendent à augmenter l'erreur de la perception, dans le cas des grandes amplitudes.

La cause psychique produite par Wundt est la relativité du processus mental. Cette relativité apparaît sous de nombreuses formes, qui semblent cependant n'avoir aucune connexité interne entre elles, la seule étant qu'elles portent le même nom. La seule relativité qui a le plus de ressemblance à la relativité de la perception, se trouve dans l'appréciation que nous faisons de la valeur des choses. Celui qui ne possède qu'une dizaine de francs en évalue un seul beaucoup plus qu'un millionnaire. Une économie de dix minutes a moins d'importance pour la traversée de

l'Atlantique que pour une promenade d'une demiheure. Une erreur de quelques milligrammes, en pesant un produit chimique, est plus sérieuse qu'une erreur de quelques milliers de kilogrammes, dans le poids de la terre. Un pouce est une très petite mesure, mais pas lorsqu'on mesure le nez d'un homme. Ayant l'habitude de négliger des erreurs et des différences relativement petites, nous ne leur accordons pas assez d'attention lorsque nous les percevons. Et comme dans chaque acte l'habileté dépend en grande partie de la pratique, nous sommes plus habiles à percevoir une différence donnée, ou à éviter une erreur, lorsque l'amplitude perçue est petite. C'est là une cause qui tend à augmenter l'erreur ou la moindre différence perceptible, dans le cas des grandes amplitudes.

Si Tattention que nous accordons aux amplitudes relatives pouvait être considérée comme Je contrôle rigide de toutes nos perceptions, nous pourrions en déduire la loi de Weber. Wundt croit que cela se peut. Par hasard cette allégation peut être soumise à l'expérimentation. Si le principe de la relativité contrôle exactement le processus de la perception et du jugement, son influence se manifestera dans toutes les comparaisons des amplitudes, et non pas seulement dans les différences les moins perceptibles. La différence relative sera seule perçue, et jamais la différence absolue. Wundt a lui-même fait cette déduction et a montré comment il fallait la prouver. Si l'on interpolait une moyenne entre deux amplitudes, cette moyenne serait géométrique, d'après le principe de la relativité, et non pas arithmétique.

C'est la méthode de Plateau d'éprouver la loi de Webek ou plutôt la forme fechnérienne de la loi de Weber.

Si nous limitons notre attention à la perception du mouvement et du poids, nous pouvons constater que les résultats obtenus par cette méthode sont diamétralement opposés à l'hypothèse de Wundt, et donc à la loi de Fechner. La moyenne interpolée entre deux étendues de mouvement, ou entre deux poids, se rapproche davantage de la moyenne arithmétique de la géométrique * .

Si par exemple, après qu'un sujet a exécuté un mouvement d'une étendue de 3oo millimètres et un autre de 700 millimètres, on lui demande d'en faire un qui soit intermédiaire entre les deux, — la moyenne arithmétique étant de 5oo millimètres et la moyenne géométrique de 459 millimètres — on constate que la moyenne subjective est de 5i2 millimètres.

Si les amplitudes sont choisies de façon à ce que l'une soit de beaucoup plus grande que l'autre, la moyenne interpolée s'éloigne encore davantage de l'hypothèse de Wundt. Par exemple, la moyenne apparente entre 5 millimètres et 5oo millimètres n'est certes pas 5o millimètres qui est la moyenne géométrique, mais elle tend même à dépasser la moyenne arithmétique, et atteint 3oo millimètres. De même, d'après l'hypothèse de Wundt, la moyenne apparente entre 20 et 5oo serait deux fois aussi grande qu'entre 5 et 5oo ; en réalité elle ne diffère que peu.

I. FuLLERTON et Cattell. On thé Perception of Small Différences, p. 19-20, 100- loi.

Ces expériences prouvent que dans beaucoup de cas, on peut percevoir la différence absolue entre deux amplitudes ; la « loi de la relativité » n'est donc pas applicable et ne peut donc pas contrôler exactement la perception et par conséquent on ne peut en faire une déduction sévère ; rien ne justifie Wundt, quand il déduit la loi de Weber de la relativité de la perception. Tout ce que Ton en peut inférer, c'est que, prêtant plus d'attention aux différences relatives qu'aux différences absolues , nous sommes mieux entraînés pour observer de légères différences entre de petites amplitudes qu'entre de grandes. Pour. éveiller notre intérêt et pour que les différences soient facilement perçues, il faut qu'entre de grandes amplitudes, les différences soient ainsi plutôt grandes. C'est une cause psychique qui tend à accroître l'erreur de la perception, lorsque l'amplitude perçue augmente.

Il y a aussi plusieurs causes de caractère physiologique, ayant la même tendance. Le système sensoriel possède au moins deux séries de sourdines, au moyen desquelles il affaiblit la force des stimulations externes, et cette action affaiblissante s'exerce proportionnellement plus sur les stimulations fortes que sur les faibles.

D'abord, les organes sensoriels périphériques ont le pouvoir de « s'adapter w à différentes forces de stimulation. La rétine s'adapte à un éclairage faible ou puissant : si l'éclairage est faible, elle le reçoit tout entier ; s'il est puissant, la rétine subit certaines modifications internes qui le rendent moins sensible. De même, les muscles de l'oreille moyenne servent probablement à assourdir les vibrations trop fortes sur

le tympan. Dans notre propre domaine, nous connaissons une adaptation semblable dans la perception des poids. En soulevant un poids léger, les muscles du bras et de la main ne sont que légèrement innervés, les jointures sont libres, et toutes les légères rotations passives qui servent pour indiquer le poids, s'exercent librement. Mais si l'on soulève un poids lourd, les muscles se contracteront fortement, les jointures deviendront rigides, et Ton empêche ainsi les rotations passives. Ainsi deux poids lourds presque égaux produiront presque les mêmes rotations et éveilleront à peu près les mêmes impulsions nervosensorielles ; tandis que deux poids légers, difierents de la même quantité absolue, produiront des rotations très inégales et des sensations inégales. De cette façon, une adaptation purement périphérique augmentera davantage l'erreur pour les poids lourds que pour les poids légers .

Une adaptation pareille existe probablement dans la perception de l'étendue du mouvement. Les mouvements longs sont inévitablement exécutés avec une plus grande vitesse que les courts, et la vitesse, ainsi que nous l'avons vu, atténue les sensations d'étendue.

En dehors de cet effet purement périphérique, il y a un autre processus d'atténuation. Si un nerf est excité par l'électricité, et que la force de Timpulsion nerveuse soit mesurée à l'aide du « courant d'action » , on trouve que des stimulations fortes produisent proportionnellement des impulsions nerveuses plus faibles que les stimulations faibles. Et de plus, on trouve que la force des impulsions ner-

LA: QUESTION DE LA LOI DE WEBER 2l3

veuses puissantes décroît à chaque « synapse », en passant d'un neurone à un autre. Le synapse agit comme une sourdine sur les impuisions nerveuses puissantes *. Ainsi l'effet d'une stimulation sensorielle fort«, déjà atténué dans l'organe périphérique, diminue encore dans sa course vers le cerveau. Une stimulation sensorielle forte produit moins que l'efifet cérébral proportionné.

Par conséquent, le représentant cérébral d'une difierence donnée entre deux stimulations sensorielles est plus faible lorsque les stimulations sont fortes, que lorsqu'elles sont légères. La différence cérébrale entre lo et ii grammes n'est pas seulement d'une façon relative, mais d'une façon absolue, moindre que la difiTérence entre i gramme et 2 grammes. D'où l'erreur que l'on fait en appréciant les poids ou autres quantités doit augmenter, lorsque ces quantités augmentent. Nous voyons ici une cause véritablement physiologique de l'accroissement de l'erreur, qui accompagne une augmentation d'une quantité à apprécier.

Une autre cause, peut-être plus importante encore, se trouve dans la loi générale de la variabilité des phénomènes. Comme nous l'avons déjà dit, certaines inexactitudes de perception représentent seulement la variabilité de l'acte de la perception. La variabilité des grands objets est cependant d'une façon absolue plus grande que celle des petits ; le poids des hommes difiere plus que celui des souris. Et une grande action est plus variable qu'une petite; ainsi

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