CHAPITRE IX UACTION RÉFLEXE
Les mots « action réflexe » ne sont pas toujours employés dans le même sens. Deux éléments sont en présence dans cette conception, et quelquefois l'un d'entre eux est accentué ; d'autres fois c'est l'autre. Les deux éléments sont : d'abord, la provocation du mouvement par une stimulation sensorielle quelconque; et ensuite, le caractère inné, pas acquis, de la voie nerveuse qui conduit l'excitation de l'organe sensoriel aux muscles.
En accentuant sur le premier élément, toute réponse directe à la stimulation sensorielle est appelée un réflexe. La réaction peut avoir été apprise par l'individu ; mais si la voie nerveuse est si bien développée que la réaction suive promptement et régulièrement, elle est nommée un réflexe. Les réactions habituelles, considérées à ce point de vue, sont appelées des réflexes secondaires.
En accentuant sur le second élément, nous nommons réflexe toute connexion nerveuse innée, fût-elle excitée par les périphéries ou par les centres. L'expression motrice naturelle des idées et des émotions est, à ce point de vue, considérée comme un réflexe. Un meilleur terme serait le mot instinctif.
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Avant de déterminer d'une façon certaine jusqu'à quel point les mouvements d'un animal ou d'un homme peuvent être appelés réflexes, nous rencontrons deux problèmes. Jusqu'à quel point ces mouvements sont-ils directement obtenus par la stimulation sensorielle? Et jusqu'à quel point sont-ils déterminés par l'existence des voies fixes dans le système nerveux.
Des études récentes anatomiques permettent d'assurer que toute la masse du cerveau et de la moelle n'est formée que de voies, plus d'autres structures accessoires.
Les cellules nerveuses forment chaîne ; les branches terminales d'une cellule sont en contact avec celles d'une autre ou de plusieurs autres. Ordinairement, il semble que les dendrites d'une cellule sont tissés dans les branches terminales de Taxe d'une autre cellule.
Au moyen de cet enchaînement des cellules nerveuses, rimpulsion génératrice donnée à une partie du système se transmet à travers une route définie, jusqu'à ce qu'elle stimule à la fin quelque organe périphérique, quelque glande ou muscle, et donne ainsi naissance à un effet déterminé. L'axe, qui forme l'élément fonctionnel des nerfs périphériques, des colonnes blanches de moelle et de toute la matière blanche en général, ne fait que conduire les impulsions nerveuses qu'elle reçoit. Elle peut les conduire dans les doux directions ; la stimulation d'une partie de l'axe ou d'une partie de la cellule nerveuse donne naissance à une impulsion nerveuse, qui se meut dans les deux directions Jusqu'aux extrémités de la cellule nerveuse.
L^ACTTON RÉFLEXE 227
Les conditions de conductibilité sont modifiées d'une façon importante à l'extrémité de l'embranchement d'une cellule nerveuse, où elle vient en contact avec d'autres celluleS; à l'endroit nommé synapse^ Là, l'impulsion nerveuse dans les branches d'une cellule doit stimuler les branches d'une autre cellule. La conductibilité n'est pas aussi libre et ouverte à travers le synapse qu'à travers les parties d'une noiéme unité nerveuse. La conductibilité n'existe que dans une direction. Le synapse agit comme une' valvule, il permet aux impulsions nerveuses de passer dans une direction, mais les arrête dans la direction opposée.
L'action valvulaire du synapse dans le système nerveux ou « loi de la direction en avant » est importante pour la compréhension des mouvements habituels ou associés. Une série de mouvements, provoqués dans un ordre donné, continueront facilement dans cet ordre, mais non pas dans l'ordre opposé.
Le synapse est aussi le point critique dans la voie nerveuse. Il retarde toujours l'impulsion nerveuse, ou en d'autres mots, il provoque une période latente de stimulation*. 11 a aussi une période réfractaire ; après que l'impulsion est passée, i/io dq seconde presque doit s'écouler avant qu'une autre puisse passer *. S'il y a un arrêt quelconque dans le système nerveux, comme cela arrive pendant le sommeil, il provient probablement du synapse. Et pro-
î. V. ScHAFER. Textbook of Physiology, 1900, II, 60S, et RicHET. Dictionnaire de physiologie, III, 17. 3. V. RicHCT. Op. cit., III, 9.
tj^;, LE MOUVEMETT
Ixibl^ttKiit aussi, c'est le développement des extrémités iK'r^«Kes et le rapprochement des extrémités des brathrbes de dendrites et de Taxe qui produisent la tv^niiation des habitudes et la maturité des instincts. Les propriétés spéciales des tissus ner>eux sont lour grande irritabilité, et leur conductibilité sûre et rapide. D'après ce qu'on en connaît, tout ce que les tissus nerveux faisaient, c'est répondre à la stimula- •tion par une impulsion ner>'euse, conduire cette impulsion et par son moyen, mettre en acti>ité d'autres tissus. En un mot, la fonction des voies nerveuses est la conductibilité ; donnée une stimulation dans une partie du corps, ils font naître une réponse dans une autre partie. Les organismes très simples n'ont pas besoin d'un tissu neneux spécial : toutes leurs parties sont en continuité protoplasmique, et l'excitation d'un point quelconque fait naître une réaction à travers tout l'organisme. Chez les animaux plus élevés et plus différenciés, des membranes de substance non conductrice interrompent la continuité protoplasmique ; mais, par ses fibres ténues de protoplasma spécialisé, qui se ramifient dans toutes les parties du corps et communiquent avec chacune dans les organes centraux, le système nerveux met toutes ces parties en connexion et permet à l'excitation d'un point quelconque de faire naître une réaction dans une autre partie, même éloignée *.
En disant que les fonctions du système nerveux se résument dans le mot conductibilité, nous avons
1. Cf. LoEB. Comparative Physiology ofthe Brain. New- York, 1900.