L ACTION RÉFLEXE
laissé de côté la question de la conscience, engendrée par l'activité nerveuse — question embrouillée, qui ne peut encore être traitée sur des bases empiriques. Quels que soient les rapports entre le système nerveux et la conscience, la fonction nerveuse, en tant que productrice de mouvement, est certainement celle qui transmet les impulsions excitantes.
Nous avons aussi laissé de côté une autre possibilité. Les centres nerveux, et particulièrement les corps cellulaires, ont été considérés comme possédant la force de produire des impulsions nerveuses. On a considéré que la stimulation des périphéries n'était pas nécessaire pour l'action des centres : on les a considérées comme automatiques. Puisqu'un effet doit avoir une cause, on a supposé que l'activité automatique des centres résulte d'une irritation chimique ou de l'influence de la conscience.
La stimulation chimique des centres nerveux est possible, sans doute, pourvu que les substances nécessaires soient présentes. La seule question est de savoir qu'une telle stimulation est réelle. Elle l'est probablement dans la plupart des formes de l'épilepsie, et aussi dans certaines conditions expérimentales, anormales, de la respiration. On a tenté de priver le centre respiratoire de toute impulsion sensorielle dans la bulbe, en coupant toutes les fibres y afférant ; une respiration faible et irrégulière, insuffisante pour continuer la vie, a persisté pendant 3o à 45 minutes*. Cette
I. RosENTHAL. Dic At/iem ùciveguiigen, etc. Berlin, i865, et dans le Handbuch der Physiologie de Hermann, 1882, IV, 2. p. 270.
23o LE MOUVEMENT
observation est généralement admise, comme montrant que le sang veineux peut stimuler directement le centre respiratoire. Mais la respiration normale n'est pas produite de cette façon. La respiration normale est beaucoup plus rapide. Les impulsions de la respiration normale sont certes excitées par les impulsions sensorielles qui affectent le centre. Tout nerf sensoriel, aussi bien que les centres idéationals et émotifs du cerveau, affectent facilement la respiration. L'impulsion sensorielle la plus importante est déterminée dans les poumons et atteint le bulbe à travers les nerfs pneumogastriques. En les coupant, ou en les rendant non conductibles par des applications d'éther, la respiration devient lente et profonde. Enfin, les impulsions sensorielles des poumons incitent le centre respiratoire à l'action, avant que la stimulation chimique soit assez forte pour être effective. Dans les conditions normales, l'effet central du sang veineux est d'exagérer l'irritabilité de la bulbe, tout comme fait la strychnine sur l'irritabilité de la moelle épinière, sans y faire naître d'activité.
Ainsi, dans les conditions normales, les mouvements de la respiration sont réflexes ; ils sont régulièrement excités par les impulsions sensorielles, provenant des poumons ; ils peuvent être excités et modifiés de différentes façons, en stimulant un organe sensoriel quelconque du corps. La stimulation centrale ne doit pas être effectuée dans la respiration normale.
Jusqu'à présent, l'action automatique de l'écorce cérébrale n'a pas plus été prouvée qu'improuvée. Il est difficile de concevoir une action stimulante de la
l'action réflexe 23 1
pens^ée 3ur les corps cellulaires corticaux, ou dendrites. Mais on ne doit pas, à cause de cela, rejeter cette idée trop sommairement. Si l'on admet qu'à chaque pensée correspond l'activité d'une partie quelconque de l'écorce cérébrale, on trouve néanmoins difficile à concevoir que l'activité prenne origine subitement dans une partie déterminée. D'une façon introspective, les pensées ne semblent pas avoir une origine individuelle. Elles semblent prendre naissance à la suite de sensations ou d'autres idées. Parfois, une idée paraît émerger du néant, mais elle peut être provoquée par quelque sensation obscure ou par quelque association. Jusqu'à ce qu'une pensée automatique soit démontrée, l'action automatique des cellules du cerveau n'est pas démontrée.
Il n'y a pas de raison de croire qu'une cellule corticale se met d'elle-même en mouvement ; elle a probablement besoin d'être mise en mouvement par une autre cellule. S'il en est ainsi, la doctrine des voies peut être d'autant plus appliquée au cerveau. Le cerveau consiste en voies pour la transmission des impulsions nerveuses. Les voies cérébrales sont souvent extrêmement longues et tortueuses ainsi que cela est démontré dans l'enchaînement des idées. Si cependant nulle cellule centrale ne donne naissance à une impulsion, le point de départ de toute impulsion nerveuse, de tout enchaînement d'idée et de tout mouvement doit être cherché dans la périphérie. Les excitations externes donnent naissance à l'impulsion. Le progrès et le résultat final en sont déterminés par les voies y aboutissant. L'irritabilité relative des différentes voies qui peuvent conduire une
impulsion détermine laquelle la prenne. Les points critiques dans ces voies, les points où l'impulsion peut être arrêtée ou bien où elle peut être continuée avec une force spéciale, sont probablement les synapses.
Tous les mouvements considérés à ce point de vue sont réflexes ou ont à la fin la forme générale des réflexes. Les différences.psychologiques entre les diflTérents mouvements ne sont que les difierences entre les voies dans lesquelles ils ont pris naissance. Par exemple :
1. Certaines voies sont héritées, d'autres sont acquises. Par la suite, il y a des réactions instinctives et d'autres apprises.
2. Certaines voles livrent facilement passage, d'autres diflBcilement : certaines réactions sont promptes, d'autres incertaines.
3. Certaines voies sont courtes, d'autres sont longues. Certains mouvements répondent directement à la sensation, tandis que d'autres résultent de Tintervention de l'enchaînement de l'idée.
Pour mettre au courant un lecteur à qui la littérature physiologique ne serait pas familière, il faut ajouter que tous les savants qui ont étudié le système nerveux n'aient pas adopté nos vues. Certains neurologues considèrent la doctrine suivant laquelle la seule fonction de la cellule nerveuse est de conduire, comme une « absurdité trop manifeste pour prêter encore à la discussion * ». Ce que les autres fonctions peuvent être n'est pas encore déter-