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I. Revue philosophique, 1887, XXIII, 44i

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semble. Il ne sait pas que nous avons changé ce bras d élace. Nous pouvons, sans qu'il s'en aperçoive, le fléchir et l'étendre alternativement. Il a la main posée sur le genou ; nous ôtons sa main, nous élevons son bras au-dessus de sa tête, en même temps que nous posons notre main sur son genou *, il croit que c'est toujours la sienne qui occupe cette place. Nous pouvons faire exécuter à son bras tous les mouvements que nous voulons, sans qu'il en sache rien, et cependant il exécute lui-même — en tâtonnant, il est vrai, et avec de grandes difficultés et un retard notable — les mouvements que nous le prions d'accomplir.

« Remarquons, du reste, que L... est devenu maladroit : il casse les objets qu'il touche — incapable qu'il est de mesurer son effort, — lâche son verre, sa bougie dès qu'il cesse de regarder sa main. Les mouvements qui lui sont habituels, il peut encore les exécuter, sans être obligé de les diriger en regardant ce qu'il fait ; mais il ne peut plus les exécuter aussi sûrement.

« Nous prenons trois flacons de grès — deux sont vides et pèsent chacun 2C)0 grammes, le troisième est plein de mercure et pèse i 85o grammes (difP. I 56o gr.). Nous prions L... de les soupeser et de nous dire lequel est le plus lourd. Il déclare qu'il les trouve tous trois pareils Il a même déclaré, tenant à la main le flacon plein de mercure, ne lui trouver aucun poids.

« Nous plaçons successivement dans sa main (les yeux étant toujours bandés) un morceau de cire à modeler, une tige de bois très dur, un gros tube de caoutchouc, un journal plié en long et froissé, et nous

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le prions de serrer. Il ne sent aucune différence de résistance et ne s'aperçoit même pas qu'il tienne rien dans sa main.

a Nous avons attaché très solidement à L... les avant-bras sur une table avec une bande, de manière à ce qu'il ne puisse les fléchir. Nous lui avions, bien entendu, tout d'abord bandé les yeux. Nous l'avons prié alors de plier les bras et de nous dire quand il aurait accompli le mouvement. Dans toutes les expériences que nous avons faites, il a toujours cru avoir réussi à plier complètement les bras, tandis qu'en réalité ils bougeaient à peine. Nous lui avons demandé alors comment, ne voyant pas et ne sentant pas, il pouvait savoir qu'il avait plié les bras ; il nous a répondu qu'il n'en était pas bien sûr, mais qu'il croyait bien avoir accompli le mouvement, à cause du temps qu'il y avait mis. »

Cremer* rapporte un cas d'anesthésie totale de l'extrémité supérieure gauche. Le malade n'a pas la moindre notion de la position de son bras, qui a été mis en mouvement par un agent extérieur. Un tremblement violent et un manque de force accompagnaient l'exécution du mouvement. Lorsque le bras sain du patient était mis en mouvement par l'opérateur et que le patient essayait d'imprimer le même mouvement à son bras anesthésique, celui-ci n'exécutait en réalité qu'un mouvement beaucoup plus court. Lorsqu'on faisait exécuter au patient, les yeux fermés, le même mouvement avec les deux bras, simul-

I. Ueber das Schàtzen von Distanzcn bei Bewcguug von Arm und Hand. Tnaiig. Dissert. Wnrzbiirg, 1887, p. 33.

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tanément, le bras anesthésique parcourait toujours une plus petite distance ; si pendant l'expérience, on attirait l'attention du patient sur son bras anesthésique, il le mouvait presque aussi bien que l'autre ; si l'on dirigeait son attention sur le bras sain, celui-ci faisait un mouvement de 3 à 5 fois plus grand que le bras anesthésié.

Il résulte donc que le mouvement d'un membre anesthésié peut commencer correctement, mais qu'il est rarement achevé de même ; il lui manque la force l'étendue, et l'exactitude. Dans d'autres cas où la sensation est absente ou dérante, comme dans les cas de tabès dorsalis, les mouvements pèchent plutôt par excès de force ou d'étendue, que par manque.

Dans beaucoup de cas d'anesthésie totale, comme dans ceux que rapporte Duchenne ^ , il y a impossibilité absolue dans l'exécution des mouvements du membre anesthésié, excepté si l'on est guidé par la vue. Dans d'autres cas, les mouvements étaient possibles, mais non pas exacts ; enfin, dans d'autres cas, ils étaient plutôt exacts^.

L'anesthésie cutanée n'a pas d'effet pratique dans Texécution des mouvements, ni dans la perception des mouvements et des poids. On peut la produire sur un sujet normal, sur une portion limitée, en employant la cocaïne ou l'électricité faradique. Le résultat est le même que celui qui est donné par les expériences cliniques; l'anesthésie cutanée n'empe-

I. Electrisation localisée, 3" édil., 1872, p. 782-793. a. Voir un exposé des cas d*anesihésie chez Bastian, dans Brain, 1887, X, i5.

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che pas les sensations de mouvement, de position ou de poids. Ces sensations demeurent normales, malgré l'absence de sensibilité cutanée.

Les expériences de GoLDSCHEmER* sont concluantes. Il a déterminé la moindre étendue perceptible des mouvements passifs et le moindre poids perceptible : 1° dans les conditions normales ; 2° pendant l'anesthésie cutanée et 3° pendant Tanestbésie totale d'une jointure produite en y faisant passer des courants faradiques. Il a trouvé que l'étendue et le poids les moindres perceptibles sont presque aussi petits pendant l'anesthésie cutanée que dans les conditions normales, mais trois ou quatre fois aussi grands pendant la faradisation de la jointure.

Le fait que les poids sont plus exactement perçus et distingués lorsqu'ils sont soulevés que lorsqu'ils sont simplement posés sur la peau — fait montré d'abord par Weber — prouve que dans la perception des poids, intervient autre chose que la seule sensibilité cutanée.

S'il était juste d'accepter la localisation subjective comme vraie, nous n'aurions besoin d'aucune étude spéciale pour dire qu'il y a des sensations qui naissent à l'intérieur des jointures, d'autres dans les musclés et d'autres à proximité dos Tendons. Mais la localisation subjective des sensations est à bon droit suspecte. Nous rappelons que les sensations visuelles et auditives ne se rapportent pas à la région de leurs organes sensoriels ; nous savons

I. Archiv fur (Annt. und) Physiologie^ 1889, ^°^- suppl., p. i34.

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aussi que des sensations peuvent être subjectivement localisées à l'extrémité d'un roseau tenu à la main. Mais si l'on pouvait montrer que la localisation subjective des sensations du mouvement est exacte en beaucoup de cas, où l'on peut la vérifier objectivement, par conséquent la présomption serait en faveur de la localisation subjective. Alors nous pourrions croire que les sensations du mouvement prennent ordinairement naissance là où elles semblent naître.

On peut prouver que la localisation subjective est exacte en beaucoup de cas. Prenons les exemples suivants :

La crampe et les sensations de fatigue sont subjectivement localisées dans les muscles fatigués et les régions des jointures et des tendons ; elles sont objectivement localisées aux mêmes endroits par le fait que la pression démontre que ces endroits-là sont actuellement sensibles.

Si l'on remue les doigts, les sensations de mouvement paraissent venir plutôt de l'intérieur des jointures. Une anesthésie faradique confirme cette localisation subjective, les sensations étant presque abolies par l'anesthésie interne des jointures mais peu dérangées par J 'anesthésie cutanée.

Les sensations qui se produisent lorsqu'on remue la mâchoire semblent être de deux sortes, une sorte provenant de l'articulation de la mâchoire et l'autre de la joue. Ici la localisation subjective est confirmée ; en insérant le doigt dans la bouche et en pressant la joue de façon à ce qu'elle ne soit plus mise en mouvement par la mâchoire, on a trouvé que ce

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qui semblait être une sensation cutanée cessait, ce qui semblait être ime sensation interne continuait.

Lorsqu'une jointure est fixée d'une façon rigide dans une position déterminée par la contraction simultanée des flexeurs et des extenseurs on sent la tension à l'intérieur de la jointure. Cette localisation subjective est confirmée si on observe la peau ; puisqu'elle n'est pas soumise à une pression, ses organes sensoriels peuvent à peine être stimulés.

On peut en déduire que la localisation subjective des sensations du mouvement est une indication fidèle du point actuel de la stimulation.

On ne peut cependant nier que les sensations internes ne soient moins exactement localisées que les sensations cutanées. Les raisons de cette diflérence sont faciles à trouver. D'un coté il est plus facile de localiser les sensations cutanées, les yeux pouvant venir au secours du sens tactile, et d'un autre côté le localisation des stimulations cutanées est plus importante pour le bien-être de l'organisme. Un stimulant cutané est souvent un objet irritant qui doit être éloigné par un mouvement vers le point de stimulation de quelque membre. De pareils mouvements défensifs sont au fond purement réflexes comme dans le cas de la grenouille capitée. Cette localisation réflexo-motrice est la base de la localisation consciente. Mais l'irritation d'un muscle, d'un tendon ou d'une jointure ne doit pas être arrêtée par un mouvement au point d'irritation, mais plutôt par la cessation du mouvement qui intéresse le muscle, la jointure ou le tendon ; et cette inhibition réflexe du

mouvement est analogue au mouvement localisé près de l'irritant cutané. Des chances d'une localisation des sensations internes sont cependant offertes à cause de leur fréquente association avec les sensations de la peau et les exemples cités montrent que les sensations du mouvement sont souvent exactement localisées, de sorte qu'à défaut de l'évidence contraire nous pouvons en accepter la localisation subjective comme probable.

Le principal problème de localisation qui reste à résoudre est le suivant :

Les sensations du mouvement prennent-elles naissance dans les muscles ou dans les jointures ?

Les réponses histologiques et psychologiques se contredisent quelque peu. L'histologie nous montre dans les muscles une riche source de nerfs sensoriels et d'organes terminaux*; la quantité de nerfs sensoriels des jointures est comparativement petite. Il n'est pas prouvé que des terminaisons sensorielles existent dans les surfaces articulaires. A ne juger que par les considérations histologiques, nous pourrions conclure que les organes terminaux du sens musculaire seraient situés plutôt dans les muscles.

Les observations psychologiques et cliniques donnent un résultat contraire. Dans la discussion précédente, nous avons remarqué que le terme « sens musculaire » était employé d'une façon assez vague et que l'on ne devait point exclure les tendons, les jointures et les os dans la participation de la production des sensations du mouvement.

Lorsque Charles Bell fut convaincu de ces sen-

salions non cutanées du mouvement, il les appela sensations musculaires parce qu'il lui sembla que les sensations du mouvement musculaire devaient provenir des muscles. Mais Duchenne^ émit l'opinion qu'elles naissaient dans les jointures ; son opinion était basée sur certains cas dans lesquels la sensibilité des muscles manquait aussi bien par la pression que par la stimulation électrique et où les mouvements actifs et passifs étaient clairement sentis et intéressaient subjectivement les jointures.

En faveur de la sensibilité des jointures, nous pouvons citer aussi l'observation de Levinsri * sur un tabétique chez lequel manquait la perception du mouvement. Ce malade sentait la rotation passive de ses jointures, lorsque les surfaces en étaient pressées ensemble, mais non pas lorsqu'elles étaient retirées Tune de l'autre. Il semble résulter que le frottement de la surface des jointures était le stimulant qui produisait les sensations du mouvement passif.

GoLDSCHEmEft' considère d'une façon très sérieuse les jointures comme la source des sensations des mouvements actifs et passifs. Si l'on analyse les sensations obtenues en stimulant un muscle, on voit qu'elles sont diffuses et émousséés sans aucune ressemblance avec les sensations du mouvement. Si l'on stimule le flexeur d'un doigt, on ne donne pas naissance à la sensation du mouvement du doigt à moins que le doigt ne soit à ce moment en état de se mouvoir.

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