IS L’HOMME ET SA DESTINÉE
faut travailler à mettre notre nature morale en harmonie avec notre constitution et le développement progressif de nos faculté;, ou encore avec la conception du monde à chacune des phases de l’humanité. » S’il est dans notre destinée d’accroître notre existence physique par plus de travaux ulil*s et de bien-être, nous n’avons pas moins besoin d’accro'tre notre vie intellectuelle par plus d’investigation, de découverte et de science, et notre vie morale par plus d’amour de justice et de respect de nous-mêmes et de nos semblables. Rappelons-nous donc enfin cette sublime paro e de saint Louis : Comment la France seraitelle la nation la plus chrétienne du monde si elle n’était la plus éclairée!
La Vie dans l'homme >.
Au premier regard que l’homme jette autour de lui, il voit un ciel plein de constellations qui l’étonnent , et bientôt, dans ce livre, il lit une genèse pleine d’harmonie qui lui révèle une poésie sublime. Au-dessous est la terre, monde non moins admirable de minéraux, de végétaux et d’animaux qui se succèdent dans une existence pleine d’harmonie. Au milieu de ces deux mondes, les pieds attachés au sol, le front élevé vers le ciel, l'homme vit, s’agitant au milieu d’un autre monde : l’humanité. Sur ces trois mondes, que savons-nous? La vie y est-elle univer selle? se manifeste-t-elle dans tous les êtres, mais sous des formes diverses et à des degrés différents ? Des transformations successives servent-elles à marquer les phases diverses de toute existence minérale, organique ou sociale? La religion, la science, la philosophie ne seraientelles que trois manières différentes d’étudier le grand mystère des mondes? Y a-t-il un ordre sériaire pour tout ce qui existe? Le ciel, la terre, l’humanité pourraient-ils se résoudre en une harmonieuse unité par la multiplicité des existences ? Le monde moral est-il l’image réelle du -monde physique ? A-t-il eu ses soulèvements et ses for-
1. La Vie dans l’homme, par M. Tissot, professeur de philosophie, doyen de la Faculté des lettres de Dijon, un volume, chez Victor Masson et fils. — Paris.
LA VIE DANS I/HOMME
mations diverses de civilisations superposées? ou bien la vie dans l'homme est-elle indépendante de la substance organisée? est-elle un principe ou un résultat? Ce principe est-il différent du principe ;de l’âme, ou lui est-il identique ? Toutes ces questions longtemps débattues ont amené les opinions les plus divergentes. Les uns, identifiant la matière et l’esprit, ont formé l’école matérialiste ; les autres, interposant la vie comme lien entre le corps et l’âme, se sont dits vitalistes ; d’autres enfin, sous le nom d’animistes, ont regardé l’âme comme la source et le principe des phénomènes intellectuels et des fonctions organiques. M. Tissot est un des représentants de cette école.
Pour lui, l’âme est la seule cause de toutes les manifestations de la vie dans l’homme, de la vie organique ou végétative pure, de la vie instinctive et animale, aussi bien que de la vie spirituelle la plus élevée. Mais un point fondamental de la doctrine de M. TiSsot, c’est que l’âme n’est pas, comme le pensent les vitalistes dynamiques, capable de vouloir et de savoir tous les actes qu’elle accomplit, de les exécuter tous avec une intelligence raisonnée dont elle a conscience. Il y a une foule d’actes primitifs, fondamentaux, directs, par où la réflexion ne passe point, où elle ne pénètre point, où la conscience même n’a pas d’accès, actes qui ne sont pas moins certains pourtant, pas moins admirablement en harmonie avec tous les autres, avec la nature et la destinée de l’être qui les accomplit ; car il y a dans l’homme, dans l’âme humaine, une activité spontanée ou même fatale, une multitude de faits qui émanent d’elle et qu’elle [ignore, en ce sens qu’elle n’en a pas conscience; une multitude d’actes intelligents, mais d’une intelligence instinctive ou qui ne se sait point. Malgré l’opinion de Maine de Iîiran, M. Tissot pense que
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la volonté réfléchie et délibérée n’est pas la seule possible, la seule réelle. Il y a en outre chez l’homme une volonté sans délibération, sans conscience, une volonté primesautière, spontanée, sans être fatale ni libre, puisqu’elle peut être suspendue si la réflexion intervient. II s’ensuit que la réflexion n’est pas le caractère exclusif ou fondamental qui distingue l'homme de la brute. L’homme est donc encore un peu animal de ce côté-là.' Mais alors, pourquoi l’animal ne serait-il pas aussi un peu homme A ce point de vue? Pourquoi n’v aurait-il pas en lui des sensations, des perceptions, des actes sans retour de la pensée, de la sensibilité, de l’activité ou du moins avec un retour si imparfait, si peu net du moi qu’il ne semblerait que l’ombre de celui de l’homme ?
Est-ce que la réflexion .humaine n’aurait pas elle-même passé par cet état rudimentaire où le sentiment, la pensée et le mouvement ne sont encore que le mouvement, le sentiment et la pensée de l’animal ?
L’âme est la cause naturelle, immédiate et unique de toutes les manifestations de la vie dans l’homme ; c’est la cause de la pensée. La pensée étant impossible par un agent composé corporel, il ne reste plus qu’à expliquer la vie organique elle-même par le principe de la vie spirituelle.
Au milieu des phénomènes de la vie cosmique, organique, animale, l’homme seul a cette force unique qui pense, qui sent et qui préside à l’organisation.
* Connaître, aimer, vouloir de préférence et sentir, tels sont les grands traits de la physionomie de l’esprit humain. Tel est l’ordre dans lequel M. Tissot étudie la vie dans l’homme.
L’homme connaît, l’homme est passionné, l’homme est sensible, mais déplus l'homme est actif, et son activité est
LA VIE DANS L’HOMME
partout, elle produit tout; elle est spontanée, et tellement que , malgré tous nos efforts et notre volonté , elle agit pour ainsi dire malgré nous; elle est fatale. Mais la véritable activité est celle qui non-seulement se sait, mais encore se veut. L’âme active qui produit des voûtions, des notions, des perceptions, des sensations même, produit aussi des conceptions; ces conceptions ne sont donc pas innées ; elles ne sont pas non plus comme déposées dans le langage. Ce sont des états du moi que nous reproduisons à volonté, que nous cherchons, que nous trouvons même lorsqu’ils sont scientifiques, et que nous n’aurions jamais trouvés ni connus si le travail spontané de l’esprit ne les avait créés. Telles sont les connaissances rationnelles pures. A ccs connaissances l’homme joiutdes connaissances , expérimentales mixtes ou notions de l’entendement, parmi lesquelles on distingue la mémoire, l’association des idées, l’imitation, les rêves, les préjugés. Mais ce qui fait surtout sa supériorité sur les animaux, c’est sa volonté. L’animal n’a, selon M. Tissot, que de la spontanéité, c’est-à-dire une volonté non réfléchie. Aussi n’v a-t-il pas pour lui de fatalité.
Les animaux ne généralisent pas; leur raisonnement est tout dans un instinct qui est plus sûr, plus rapide dans ses mouvements, parce qu’ils ne sont pas destinés comme ceux de l’homme à être un jour raisonnés. Cependant il y a, en dehors de l’instinct qui est comme une sagesse innée qui n’a pas besoin d’expérience, une sorte de sagesse acquise, en quelque sorte personnelle et propre, fruit de l’expérience, d’une certaine observation, d'un certain raisonnement, ou tout au moins d’un jugement fondé sur l’association des sensations et des perceptions.
Eu tous ces actes, l’animal est dépourvu de méthode, de conscience, d’intuition ; et même dans les perceptions
LA VIE DANS L’HOMME
extérieures, où les sens, si développés chez certains animaux, jouent le plus grand rôle, quoique pouvant beaucoup mieux se diriger, cependant ils ne le savent pas faire comme nous.
Dans les phénomènes de sensibilité, l’animal semble avoir sa joie et sa tristesse, son plaisir et sa peine morale, ses sentiments envm mot. Néanmoins il est très-vraisemblable que ce sont plutôt des plaisirs et des peines physiques que des peines et des plaisirs d’un autre ordre. Puisque l’animal est privé de conception, s’il a quelque peu du pouvoir de sentir, il n’a pas celui de connaître.
A l’homme appartient essentiellement le pouvoir de sentir et de connaître. Avec l’un il transforme, imagine, rapetisse ; avec l’autre il calcule, pèse, mesure. Mais si x l’homme a une plus grande richesse d’intelligence et de sentiment, il a aussi de plus grands besoins à satisfaire, car il a autant de besoins que d’espèces de sensibilité, c’est-à-dire qu’il a des besoins marqués par la sensation, surtout par l’externe, et des besoins marqués par le sentiment. États de l’âme produits par l'activité fatale, les besoins sont une privation pénible, douloureuse.
Les animaux n’ont de leurs besoins que des connaissances instinctives d’abord, et plus tard des souvenirs et des perceptions associées ; mais ils ne jugent et ne conçoivent rien à cet égard. L’imagination ne joue pas chez eux un rôle aussi important que chez l'homme dans l’excitation du désir, dans la poursuite de l’objet propre à le satisfaire, dans l’excès de la satisfaction. Mais aussi ils n’ont pas de désirs factices, et leur imagination ne prend pas les devants sur la satisfaction, pas plus qu’elle u’aiguillone encore un appétit qui se tait du moment qu’il est repu. Pour mieux aimer ou haïr, il faut autre chose que sentir et percevoir : il faut concevoir, il faut appliquer
LA VIE DANS L’HOMME, la conception de causes, d’intention et de volonté à un agent ; or, les conceptions ne sont pas possibles sans la réflexion et la raison.
Si l’homme est passionné, si même l’habitude de la passion peut le conduire au vice, il a, pour y résister, la force du caractère, c’est-à-dire l’énergie, la constance de volonté, l’ardeur, le courage qui agit ou résiste. Il a cette liberté qui lui permet, quand il est sollicité par des forces contraires, de rendre faible ce qui est fort et fort ce qui est faible.
Le caractère essentiel de la vie dans l’homme est donc sa volonté et son intelligence. Il semble que ces facultés aient, pour ainsi dire, remplacé chez lui la puissance de l’instinct, et c’est un fait du reste remarquable que l’étendue de l’instinct varie suivant l’échelle animale. -Faible au plus bas dégré qui touche à la vie végétative pure, il s’élève de plus en plus jusqu’aux insectes, où il semble atteindre son plus haut point, mais il décline à mesure que la vie intellectuelle se développe en passant des vertébrés aux mammifères, à l’homme. La science du monde matériel se résout conlplétement pour M. Tissot dans le monde spirituel. Et, dans la corrélation dynamique du corps et de l’Ame, c’est encore l’âme qui est tout. Aussi considère-t-il la phrénologie comme une science sans fondement, la physiognomonie comme très-problématique, et il n’admet pas non plus les opinions de M. Flourens. Le célèbre physiologiste donne à la vie et à l’intelligence un siège distinct. Le philosophe soutient que le siège de la vie ne peut être différent de celui de l’intelligence ; car, pour lui, ce qu’on regarde comme le siège ou la cause de l’intelligence n’est que l'instrument qui manifeste cette vie ou cette intelligence.
Telles sont, si nous les avons bien comprises, les opi-
LA VIE DANS L’HOMME
nions professées par M. Tissot. Homme d’une science profonde, d’un esprit ingénieux et réfléchi, le doyen de la Faculté des lettres de Dijon a su unir, dans son ouvrage, à l’élévation de la pensée et du sentiment la puissance d’un logicien habile , la ténacité d’un esprit ardent et fort à l’idée. Ces trois modes de l’activité humaine, spontanéité, fatalité, volonté, sont étudiés, poursuivis avec une merveilleuse sagacité. Mais qu’il nous soit permis, dans la recherche des causes, de retourner contre M. Tissot" lès reproches d’impuissance qu’il adresse à la science. Est-ce que jamais la philosophie spéculative et tous les sublimes raisonnements de la vieille métaphysique nous ont appris quoi que ce soit de certain à cet égard ? Que l’homme ait donc une bonne fois le courage d’avouer sa faiblesse, d’incliner son front superbe sous la puissance infinie qui le domine ! Mille fois plus grande est la distance qui le sépare de Dieu que celle qui tient l’animal éloigné de lui.
Nous pensons, contrairement à M. Tissot, que le moyen le pluscertain, le plus rationnel d’arriver aux causes, c’est d’étudier d’abord les effets qui frappent nos sens. La métaphysique doit venir après. M. Tissot s’est demandé pourquoi l'âme humaine ne contiendrait pas dans son principe la vie végétative, l’animale et l’humaine; n’est-ce pas là un puissant motif pour étudier d’abord tous ces' mondes dans lesquels la vie se manifeste à des degrés inférieurs?
C’est en montant tous les degrés de la création, en suivant cette sage évolution qui nous conduit du minéral au végétal, du végétal à l’animal, de l’animal à l’homme, que nous arrivons par la science à une plus grande conception des causes et à admettre un certain degré d’intelligence, chez les animaux. Que l’on veuille bien examiner, et l’on trouvera chez les animaux les premiers degrés de cette
LA VIE DANS L'HOMME
intelligence. S’ils n’ont pas autant d’associations d'idées, c’est qu’ils sont enchaînés par une loi plus dure à un système cérébral plus grossier et plus confus.
En revanche, on sait combien chez certains animaux un sens peut être développé : ils semblent avoir en force ce qu’ils n’ont pas en étendue. Dans l'ordre intellectuel, Ils ont en puissance instinctive ce qu’ils n’ont pas en intelligence réfléchie. Dans l’ordre sentiment, ils semblent avoir une supériorité réelle sur nous. Chez eux, l’affection est plus vive , elle n’est pas paralysée par la réflexion qui réduit trop souvent le dévouement à l’égoïsme. Nous croyons, contrairement à M. Tissot, que les animaux n’ont pas seulement des joies ou des peines physiques. Est-ce simplement un plaisir physique que la joie du chien quand, après l’absence, il revoit son maître? Est-ce simplement une peine physique que la douleur de ce pauvre animal qui, méprisant les besoins de son corps, va mourir de chagrin sur la tombe de l’homme qu’il a aimé ?
La science, sans nous expliquer les causes premières, nous fait mieux apprécier ce qui est : c’est ce qui nous fait mieux connaître les animaux, et nous fait mieux comprendre le Créateur. Partout la science démontre la solidarité dans la physiologie de toutes les existences minérales, organiques et sociales. Partout elle raconte la gloire de Dieu en nous découvrant de plus en plus l’harmonie de toutes les fonctions ; et n’a-t-on pas dit qu’à son plus haut degré d’exaltation, l’inspiration scientifique est un hymne religieux? Fi de ce matérialisme qui conduit en morale à un sensualisme étroit et grossier, en politique au mépris de l’homme, en religion à l’athéisme ! Loin de nous l’idée de renfermer le sentiment humain dans un positivisme contraire à notre nature ! Homère, Hé-
LA VIE DANS L’HOMME
siode, Orphée et tous les poètes, ont eu, et bien d’autres après eux auront toujours des ailes pour planer dans les régions du sentiment et de la poésie. Il faut, disait un jour Lacordaire, que l’humanité connaisse, qu’elle cherche, qu’elle se rende compte d’elle-méme et de l’univers, comme elle creuse la ferre qui la porte* v ; comme elle fouille le ciel qui la couvre. Ainsi remue-t-elle incessamment le sol fécond des doctrines pour y puiser un aliment qu’elle estime divin. Ce travail n’est pas moins vif en elle que le travail extérieur et le travail scientifique ; tous ensemble forment le tissu d’une action qui ne se décourage jamais. L’homme est esprit et corps ; pour l’étudier, il faut être physiologiste et philosophe. Les nobles intelligences, comme celle de M. Tissot, en développant leur sentiment de l’infini, coopèrent au développement intellectuel. Mais la science, tout en respectant ce sentiment comme l’un des plus beaux apanages de notre nature, le précurseur de toutes nos investigations, cherche à le rendre de plus en plus utile. Convaincue de la difficulté que présente la recherche des causes, la science s’occupera surtout des conditions de la vie dans l’humanité ; elle demandera à toutes les connaissances des secours pour la satisfaction des besoins et l’apaisement des douleurs.
Physiologie de la pensée
Dans son ouvrage, La vie dans l'homme, M. Tissot affirmait que l'âme est la cause naturelle, immédiate et unique de toutes les manifestations de la vie dans l’homme; qu’elle est la cause de la pensée. Et il expliquait ainsi la vie organique par le principe de la vie spirituelle. Aujourd’hui, c’est un médecin, membre de l’Institut, aliéniste distingué qui, reprenant cette question intéressante, étudie et recherche les conditions organiques dans lesquelles se manifestent les faits et les facultés de la pensée. M. Lélut, auteur de cette physiologie, comme le père de la philosophie française, définit la pensée : « tout ce qui, dans la personne humaine, n’est pas son corps, ses organes, sa vie, ses mouvements, mais représente au contraire tout résultat de l’activité de l’âme, comprenant la sensation et la réflexion, la passion et la volonté. » Dès le commencement de son œuvre, l’auteur reconnaît que les conditions organiques de la pensée ne sont et ne peuvent étrequ’empiriquement déterminées.
Dans les fonctions intellectuelles, il n’y a pas, dit-il, comme dans les fonctions corporelles, d’organes à déterminer; il n’existe aucun rapport à établir entre les phénomènes intellectuels et les conditions de forme générale ou particulière, de nature, de composition, de mouvement, il
I . Physiologie de la pensée, par M. Lélut, un vol. cher M. Didier.
n’existe, en un mot, aucun point du corps humain qui puisse être considéré comme la cohdilion matérielle des phénomènes intellectuels. Et malgré que nos sensations, nos affections, nous viennent d’impressions corporelles, soit intérieures, soit extérieures, il ne les reconnaît pas comme la source do nos idées, de nos voûtions, qui, pour lui, sont indépendantes de nos dispositions purement organiques. Cherchant, néanmoins, à déterminer les rapports des actes de la pensée avec les conditions que lui impose le corps auquel elle est unie, le savant médecin croit nécessaire de déterminer non-seulement tous les actes de cette pensée, mais essentiellement et premièrement ses actes les plus inférieurs. 11 s’occupe d’abord de savoir quelle part le système nerveux des viscères p-end aux actes de la sensibilité, et, par conséquent, de la pensée dans les besoins, les instincts çt les passions.
D’une part, il observe une sensibilité interne, des sens internes, dotit l’origine aussi basse, aussi profonde que possible, partant du sentiment général du moi et de l’existence remonte par les appétits, lés besoins, les instincts jusqu’aux affections, aux désirs et aux passions.
D’autre part, et comme par une série parallèle, il remarque une sensibilité externe qui des sens externes pénètre et remonte par l’imagination et la mémoire aux aptitudes intellectuelles, aux talents; enfin et surtout sans
toutefois se confondre avec elles, aux facultés les plus élevées de l’entendement proprement dit.
Au sommet de cet édifice de facultés, leur commandant ou leur obéissant, les conciliant ou les opposant, il place , la volonté ou le moi.
Le premier ordre de faits et de pouvoirs psychologiques en relation avec les fonctions corporelles sont donc pour M. Lélut les besoins, appétits et instincts viscéraux, et en
première ligne le besoin de la respiration, de la faim, de la soif, l’appétit du sexe et le besoin de mouvement.
Il est assurément impossible de ne pas voir, dit l’auteur : « Qu’il y a là dans ces instincts, ces appétits, ces besoins des faits et des pouvoirs sensitifs de l’espèce si l’on veut la plus inférieure, mais enfin un ordre bien déterminé de pouvoir sensitifs dont le mode le plus général et en quelque sorte l’essence, est le plaisir et la douleur, dont la nature est, si l’on osait le dire, presque aussi corporelle que spirituelle, et qui, dans tous les cas, sont évidemment le lien qui unit les deux vies, la vie du corps et celle de l’esprit. »
Le second groupe de pouvoirs de la pensée se rattachant aux besoins et appétits sont les affections et les passions, puis les pouvoirs sensitifs par excellence, les sens externes.
Au delà des conditions de la sensation e! de la perception, cé qui se produit dans l’âme et simultanément dans le cerveau et par suite de sensation, ce qui constitue en quelque sorte l’aliment de l’entendement et de la volonté, ce sont les actes ou les mouvements soit intellectuels, soit cérébraux de l’imagination et de la mémoire ; viennent ensuite les aptitudes intellectuelles qui, par leur ardente activité, peuvent devenir de véritables passions. Dominant les sens et leurs organes, la mémoire et l’imagination, l’entendement proprement dit se montre avec ses facultés de jugement, de réllexion et de raison qui ont ou peuvent avoir pour condition de leur exercice le cerveau et ses dépendances. Quant à la volonté, puissance suprême et essentiellement une, il est difficile, dit M. Lélut, d'établir ses rapports avec l’organisme.
Néanmoins, à son avis, chez l’homme intact, vivant et sentant, tout le corps, tout le système nerveux semble être à la fois la condition organique de l’activité de l’âme dans
le fait général du moi. condition principale et pour ainsi dire intellectuelle dans le cerveau, plus sensitive dans la moelle allongée et épinière; exclusivement nutritive, affective et passionnée dans les organes, dans les cordons et centres nerveux de la vie organique; mais tout cela se produisant ensemble par une sorte de coup de foudre qui éclaire en même temps le corps et l’âme. Le moi use de toutes ces conditions sans préférence, en même temps, et d’un seul coup, et ce coup, ajoute M. Lélut, a une rapidité, une instantanéité dont aucune rapidité ne peut donner une idée. Quant aux besoins, si le cerveau en est aussi la condition organique, il l’est uniquement de masse d’ensemble. L’anatomie n’a trouvé en lui aucune corrélation avec les parties de la moelle épinière ou allongée d’où naissent les nerfs qui animent les appareils physiologiques de ces divers besoins.
Les instincts pour le physiologiste de la pensée, ne sont chez l’homme que des aptitudes intellectuelles. Les passions nées des facultés affectives et morales, contrairement aux idées de Gall, ne sauraient avoir de siège dans le cerveau. M. Lélut qui a tant combattu la phrénologie, se contente d’affirmer ici qu’il est impossible d’attribuer soit dans le cerveau, soit ailleurs des organes déterminés à des facultés essentiellement indéterminables. Quant aux sens, il reconnaît qu’ils ont à leur service deux ordres de nerfs, les sensitifs et les moteurs, qui sont ou peuvent être les conducteurs de l’impression, laquelle arrivée à la moelle épinière et au cerveau est le point de départ de la condition de la sensation.
Dans ce cerveau, dans celte moelle allongée, dans tout cet encéphale, condition physiologique de la sensation, que se passe-t-il donc relativement à la sensibilité, cette base de l’animalité, de l’humanité même, et sans laquelle
il n’v aurait ni appétits, ni désirs, ni instincts, ni volonté? M. Lélut l'avoue, il ne le sait pas* Pour les talents ou aptitudes intellectuelles, comme pour tout le reste des facultés de notre intelligence et en particulier pour l’imagination et pour la mémoire, il n’y a, selon M. Lélut, qu’un seul et même organe, le cerveau, et le cerveau toujours tout entier, et non pas seulement les hémisphères comme le veut M. Flourens. D’accord en cela avec Reimarus, il considère la masse cérébrale comme un organe industrieux, général, un artiste savant, habile à remplacer ces organes isolés d’instincts industrieux également isolés, constitutifs de la nature impulsive des animaux, et il en tire ce caractère distinctif des animaux et de l’homme : chez les animaux, isolement, éparpillement des facultés et des instruments : chez l’homme, au contraire, réunion, mélange, solidarité de ces mêmes facultés, en corrélation nécessaire avec l’unité de l’instrument.
Jusqu’ici, nous avons suivi pas à pas M. Lélut dans l’examen de ce qui tient de plus près au grand acte de la sensibilité; arrivent maintenant les facultés particulièrement intellectuelles ou de l’entendement proprement dit : la comparaison, le jugement, le raisonnement, l’abstraction, la généralisation , en un mot la réflexion. L’auteur, toujours opposé à la phrénologie, n’accepte pas que chacune de ces facultés puisse non plus avoir un siège spécial dans le cerveau. 11 lui paraît impossible de séparer absolument ces facultés, dont l’action de l’une nécessite celle de toutes les autres. On ne juge pas, on ne raisonne pas, dit-il, sans sentir, sans se souvenir, sans imaginer, et cela du même coup; d’où il résulte que si ces hautes facultés sont indivisibles, elles ne peuvent avoir pour conditions ou pour sièges, des sièges divers ou divisés.
Pour ce qui est des rapports à établir entre le développe-
nient général du cerveau et celui de l’intelligence, il admet qu’à partir et au-dessous d’une certaine limite, d’un certain chiffre de pesanteur ou de volume, le cerveau n'est plus et ne saurait plus être que l’instrument de l’idiotisme ou de l’imbécillité. Au-dessous de 1 ,000 grammes de cerveau, il n’y a que des imbéciles. En faisant cette concession aux phrénologues, M. Lélut n’en conteste pas moins la doctrine de Gall.
Étudiant ensuite la physiologie de la volonté, il reconnaît que ce serait mentir à la fois à la conscience du genre humain et aux résultats de l’observation scientifique que de ne pas rattacher au système nerveux central, au cerveau, les conditions organiques prochaines de l’exercice de la volonté, qui sont aussi celles de la raison, tandis que, comme nous l’avons vu, il rattache le désir, l’affection, la passion, non-seulement au cerveau mais à l’ensemble ou à une partie de l’ensemble nerveux. La volonté et laraison ont donc pour organe exclusif le cerveau, protégé par la boite osseuse, cette citadelle de l’âme.
Arrivant enfin à l’action du système nerveux dans ses rapports avec le fluide électro-magnétique, il se demande si l’homme est une sorte d’électro-aimant qui, dans les actions nerveuses relatives aux actes du mouvement volontaire du sentiment et de la pensée, développe une électricité appréciable dans les nerfs et les muscles. Il passe en revue, à ce sujet, les différentes opinions des savants, et quoique séduit par cette idée de la réduction au grand principe de l’action électro-magnétique universelle du principe particulier des actions nerveuses dans les animaux et dans l’homme, des actions nerveuses même relatives au sentiment et à la pensée, il croit que celte réduction ne mènerait à aucun résultat pour la compréhension et l’explication des phénomènes multiples et divers qui se
heurtent sur la scène mobile de notre esprit. Pour lui, quelle que soit la condition physiologique essentielle de l’exercice de sa pensée, l’homme, au milieu de cette nature impersonnelle et enchaînée, qui est à la fois sa demeure el son domaine, restera toujours cette créature personnelle, d’une volonté libre et responsable. Vainement* dit-il, « les physiciens et les physiologistes parviendraientils à voir, à démontrer dans les formes particulières de l’encéphale les pièces d’une pile voltaïque. Les rapports de cette pile el de son fluide avec les actes de l’entendement, et plus encore de la volonté, n’en seraient pas plus concevables. Le même abîme continuerait à séparer la pile de la personne, le fluide de l’esprit. C’est ainsi que dans ces matières et sur les questions qui s’y rattachent, à mesure que la science avance, le but recule, parce que ce but n’est, le plus souvent, qu’une illusion, un fantôme qui, loin de s’éclairer, disparaît au contact de la lumière. »
En résumé, M. Lélut, suivant une méthode déjà bien ancienne en philosophie, divise les faits et les pouvoirs de la pensée en faits et pouvoirs de la sensibilité, en faits et pouvoirs de l’entendement proprement dit. Il admet que ceux-ci ne peuvent sans doute se produire ou s’exercer sqns l’intervention des organes, des organes nerveux surtout. Mais il dit que de prime abord l’œil ne voit rien, l’esprit ne devine rien de cette intervention ; le moi affecté d’une manière générale ne rapporte la cause ou le siège organique de cette affection à aucune partie déterminée du corps, tandis que la détermination des conditions physiologiques de la production et de l’exercice des faits et des pouvoirs de la sensibilité est possible, facile, sensible, puisqu’elle est, pour ainsi dire complètement opérée par les yeux.
Comme intermédiaire de la sensibilité et de l’entende-
ment,M. Lélut place d’une part les aptitudes intellectuelles, d’uutre part l’imagination et la mémoire qui tiennent tant à la sensibilité qu’elles sont évidemment le lien qui l’unit aux hautes facultés intellectuelles.
Les aptitudes intellectuelles, coinmme l'imagination et la mémoire, et celles-ci comme les aptitudes intellectuelles diffèrent des passions en ceci, qu’à moins de conduire aux passions, elles n’émeuvent, n’ébranlent pas le corps ou quelqu’une de ses parties, et sous ce rapport déjà elles se rapprochent des facultés de l’entendemeut proprement dit. Elles s’en rapprochent bien davantage en ce que, abstraction faite de leur rapport avec les sensations, et par conséquent avec les organes, ni le moi, ni l’œil, ni les inductions de la science, ajoute l’auteur, ne peuvent dans ces organes et dans le cerveau en particulier les rapporter à aucune condition physiologique particulière.
La Vie et ses attributs >.
Du Principe vital et de l’Ame pensante.
La science de la vie a été, depuis quelque temps, le sujet de remarquables travaux, surtout parmi les professeurs de philosophie, et tandis que, d’un côté, la psychologie faisait de puissants efTorts pour prouver la suprématie de l’âme sur le corps, pour affirmer les phénomènes de la conscience, pour se dégager des liens de la matière et s’élever dans les hautes régions de la métaphysique, — d’autre part, la physiologie, de plus en plus positive et toujours en garde contre les hypothèses, agissait sur les faits, les soumettait à une analyse rigoureuse, les comparait, les généralisait et ne considérait la vie que comme la manifestation de l’une ou de l’ensemble des propriétés inhérentes à la substance organisée placée dans certaines conditions de milieu. Cependant, au sein môme de l’école tle Paris, une voix s’est élevée pour reprendre à nouveau la cause du vitalisme et soutenir que la force vitale doit être considérée comme une puissance indépendante de l’organisation, constituant l’identité humaine, fondant Ja responsabilité morale, servant de base à la physiologie et à la médecine, enfin justifiant l’ordre moral et social établi dans le monde comme la conséquence des lois naturelles
1. La Vie et se* attributs, par M. E. Douchai, professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris;
Du Principe vital et de l'Ame pensante, par M. Francisque Bouillier, doyen d É e la Faculté des lettres de Lyon.
LA VIE ET SES ATTRIBUTS
de la création. Dans son ouvrage intitulé la Vie et ses attributs, M. Bouchul cherche surtout à démontrer que si l’âme est l’origine de la vie, le principe vital est une force extraorganique qui dirige la matière dans le sens voulu par les lois de l’espèce. Nous passerons rapidement sur la première partie de cette œuvre, où l’on trouve un intéressant abrégé des phénomènes physiques de la vie en général.
Dans la seconde partie, le savant agrégé démontre que chez l’homme, aussi bien que parmi toutes les espèces végétales et animales, il y a trois attributs communs :
1° L’impressibilité ou faculté inconsciente de sentir les impressions extérieures sans aucune participation du système nerveux;
2° I.e mouvement corpusculaire, mouvement par soiméme ou autocinésie, c'est-à-dire la faculté qu’ont les éléments de la matière vivante de se mouvoir pour former les espèces, et cela en dehors de toute propriété de structure;
3° La promorphôse ou facilité de donner aux éléments amorphes une forme déterminée d’avance et conforme au type de l’espèce, de créer et de maintenir la forme des êtres vivants à travers la rénovation continuelle de la matière : c’est la constitution et la permanence de la forme.
Il y a d’autres manifestations de la vie variables dans les différentes espèces végétales ou animales; d’après la texture, la constitution des organes, elles, forment des propriétés organiques, telles que la sensibilité consciente, la contractilité, etc. Leur ensemble présente une harmonie incontestable, une direction presciente du but à atteindre, une activité propre de la matière d’après les lois d’un plan raisonné. Toutes cas parties s’agitent en faveur du tout et non pour elles-mêmes, comme dans 3a matière inorgani-
LA VIE ET SES ATTRIBUTS
que. On dirait que la nature donne aux hommes l’exemple du dévouement et de la charité et leur inspire la belle maxime : Chacun pour tous et tous pour chacun ; au lieu de : Chacun pour soi.
Si j’étais moins pressé d'arriver à la détermination de la force vitale, je m’arrêterais à ces curieux phénomènes qui amènent dans la vie des changements d’activité considérables en rcpportavec le mouvement de la terre sur ellemême, et de la terre autour du soleil. De là le sommeil des plantes et des animaux, de là aussi la pousse annuelle des bourgeons, des feuilles et des fleurs, la fécondation et la maturation des fruits, le besoin d’accouplement et aussi la chute des fruits, des feuilles, des plumes, etc., transformations que n’éprouvent pas les corps inorganiques. Je suivrai M. Bouchut faisant voir les molécules vivantes produisant par leur mouvement propre des granulations qui se transforment en cellules, les cellules en tissus, les tissus en organes, et démontrant que ce ne sont pas ces organes qui produisent la vie, puisqu'il a fallu la vie pour les former, les produire eux-mêmes.
C’est pourquoi M. Bouchut prétend qu’à côté des forces physiques ordinaires, et de l’affinité chimique par laquelle on explique les combinaisons des éléments, il existe une affinité vitale qui préside aux associations de la substance, des tissus et des organes.
U n’y a pas pour lui de milieu, entre cette opinion qui fait de la vie une propriété de la matière dont les combinaisons de plus en plus compliquées produisent la sérfe des êtres vivants, et celle qui considère la vie comme une force spéciale entraînant la matière et ses propriétés dans des combinaisons nouvelles.
Si la vie n’est qu’une propriété de la matière, du polype à l’homme il n’y a qu’une différence de proportions atomi-
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ques, et ce qu’on appelle âme, esprit, morale, n’existe pas.
Est-ce une propriété de la matière ou une propriété de la vie presciente du but à atteindre que celle qui, â égalité du suc nourricier des animaux et des plantes,- donne aux feuilles et aux pétales des formes si différentes, aux os d’un môme sujet des formes si variables?
Est-ce une propriété de la matière ou une propriété de la vie que celle qui dispose la forme ou la structure des valvules, des veines, la forme et la structure des muscles pour tels ou tels mouvements, pour tels ou tels modes de station des espèces animales, pour telle fonction plus que pour telle autre?
Est-ce enfin une propriété de la matière organique que la vie végétale? Les végétaux ne reçoivent pas de matière organique azotée, et cependant ils la produisent à profusion pour les besoins de la vie de tous les animaux.
M. Bouchut reconnaît bien à la matière des qualités intrinsèques, mais il admet que ces qualités peuvent être modifiées ou neutralisées par des forces extérieures ou extrinsèques; l'aimant qui attire le fer du sol où il est fixé par la pesanteur, l’élève contre son poids jusqu’auprès de lui. Le fer, converti en aimant sous l’influence d’un courant électrique, agit de même.
La structure, l’arrangement moléculaire, la forme du fer ont-ils changé? Nullement. Le métal a reçu une force qui, surajoutée, lui donne influence sur les corps du voisinage. Otez la force, et l’aimant disparaît : ce n’est plus qu’un morceau de fer brut.
11 ne paraît pas impossible à M. Bouchut que la vie soit une force spéciale, ou si l’on veut, une influence ajoutée à la substance des êtres vivants, et non une propriété de leur matière; en d’autres termes, qu’elle soit une cause, et non un effet, un résultat ou une conséquence de l’organisa-
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tion. Cette force extrinsèque surajoutée à Ja matière organique crée dans chaque embryon, pour les fonctions qu’il lui faudra remplir plus tard, des organes à sou usage ; mais d'abord elle lui donne la sensibilité sans organes de sentiment, le mouvement sans muscles et sans fibres, la respiration sans appareil circulatoire, la respiration sans coeur, la vie sans le nœud vital, et ce n’est que par degrés qu’elle perfectionne les organes.
Tout en donnant- (les qualités ou des propriétés à la matière, la force vitale n’empèche pas, néanmoins, les phénomènes des êtres vivants de se réaliser, à l’aide des actions physiques et chimiques ordinaires. Mais cette force est telle qu’elle peut cesser d’agir sans cesser d’être et sans rien perdre de sa puissance sur la matière.
Les rolifères, les tardigrades, les anguillules, les filiaires de Médine, les œufs de la limace agreste, desséchés avec précaulion et réduits à l’état de matière inerte peuvent, après plusieurs mois et même plusieurs années, revivre sous l'influence de l’humectation par un peu d’eau. Dans ces expériences, les manifestations de la vie cessent, mais la vie existe toujours ; elle ne perd pas'son empire sur la matière.
Chez l’homme, à côté du principe vital et partageant son influence, M. Bouchut reconnaît un principe de conscience, de morale, de liberté propre au règne hominal. Ce principe, c’est l’âme.
Ainsi, le vitalisme sépare l’âme du principe vital, et le principe vital de la matière. En cela il diffère des animistes, entre autres de M. Tissot, doyen de la Faculté des lettres de Dijon, qui, dans un ouvrage remarquable, la Vie dans l’homme, a soutenu l’identité du principe vital et de l’âme pensante, thèse reprise avec non moins de talent par le doyen de la Faculté de Lyon, M. Bouillier. Ce philosophe
DU PRINCIPE VITAL ET DE L’AME PENSANTE. 4) distingué croit .aussi que la cause qui nous fait penser est la même que celle qui nous fait vivre. Pour lui, l’âme est une force, l’essence de la force c'est l’action, l’action incessante et sans relâche; pour une force, cesser d’agir, c’est cesser d’être. Or, puisque l’âme est unie au corps et que son essence est l’action, il s’ensuit qu’elle doit agir sur le corps. On sait que chaque passion de l’âme produit immédiatement un changement, une altération dans les organes; on sait aussi que le trouble des fonctions organiques réagit sur les facultés intellectuelles. Puisqu’on admet cette influence réciproque du moral sur le physique, le doyen de l? Faculté de Lyon ne voit aucun motif pour ne pas reconnaître dans l’homme un même être vivant et pensant à la fois, et dans lequel ce qui affecte la pensée affecte en même temps la vie. Il se demande si, en effet, il est possible de séparer le principe vital de l’âme pensante? Pendant l’évanouissement, le sommeil, la léthargie et toutes les affections nerveuses où il y a perte de connaissance, le principe vital persiste, personne n’en peut douter; M. Bouillier demande alors à ceux qui séparent l’âme du principe vital ce que l’âme devient dans cette circonstance.,
Vitalistes, si vous séparez l’âme ou principe de la vie, dites alors ce qui, dans l’être vivant, est soumis ay principe vital et ce qui est sous l’empire de l’âme.
L’enfant se jette sur le sein de sa mère, et il accomplit avec un instinct merveilleux les phénomènes de la déglutition. Cet acte, qui n’est d’abord qu’instinctif, plus tard deviendra volontaire, puis il s’exécutera sans le secours de la volonté, il sera habituel. Voilà donc une fonction qui est d’abord soumise au principe vital, puis à l’âme, pour retourner au principe vital.
Mais remontons encore plus haut. Si l’âme est distincte