‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 12 sur 63 · I . Voir plus loin une conférence de M. Pasteur à ce sujet · texte numérisé non relu

I . Voir plus loin une conférence de M. Pasteur à ce sujet

GO ORIGINE DES ESPÈCES

jections que M. Flourens fait à la théorie des transformations de l’espèce.

L’ouvrage du célèbre physiologiste contient encore d’autres pages importantes sur l’hybridation dans les animaux. Nous y reviendrons dans un prochain article; nous analyserons aussi l’excellent travail de M. Broca sur la même question, et dans lequel l’auteur combat les idées de M. Flourens.

• De la consanguinité.

On sait que dans ces derniers temps plusieurs médecins, et notamment MM. Devay et Boudin, ont publié des observations qui semblaient prouver que dans un certain nombre de cas des enfants débiles ou infirmes étaient issus de mariages entre consanguins. M. le docteur Dailly, dans un travail fort intéressant, fait remarquer qu’il en est ainsi tout aussi bien dans les mariages ordinaires, et que des faits individuels, si nombreux qu’ils soient, ne prouvent rien. Ce n’est que la proportion des enfants infirmes issus des mariages consanguins avec des enfants également infirmes issus de mariages ordinaires qui peut avoir quelque signification. Le$ statistiques publiées par M. Dailly montrent tout d’abord que l’on ignore le chiffre exact des mariages entre parents même aux degrés les plus rapprochés; toutefois on peut par approximation les évaluer à deux pour cent et même au delà. D’autre part, M. Dailly arrive à établir que dans les maisons consacrées à la surdimutité par exemple, le chiffre des infirmes issus de parents consanguins est sensiblement égal au précédent. Malgré ces résultats, on a été jusqu’à proposer d’interdire les mariages entre cousins germains, ce qui aurait certainement contrarié bien des inclinations.

On lira avec intérêt, dans la brochure de ce savant médecin, la critique de méthodes et de documents qui révé-

CONSANOUINITÉ.

laient des faits tellement exorbitants qu’ils ont été l’origine des doutes de quelques bons esprits. Des mariages consanguins, M. Dailly a conclu, peut-être un peu vite, à la supériorité des races pures, qui lui semblent être l’expression collective de la consanguinité, adoptant ainsi presque sans réserve les opinions développées par M. Gobineau dans

son grand ouvrage, l’Essai sur l’inégalité des races humaines. Si l’on nous demande notre avis, nous répondrons qu’entre consanguins les qualités comme les défauts s’ajoutent.

11 est naturel que des êtres bien constitués, sans mauvais antécédents donnent naissance à des enfants bien portants. Si les parents ont des vices de constitution et qu’ils soient cousins germains, ces vices pourront, on le conçoit, s’augmenter chez leurs enfants.

Du reste, j’appuie mon opinion sur l’expérience d’un homme qui, en matière de croisement, ne peut être contestée. t.c savant médecin-vétérinaire, M. Huzard, croit fermement que chez les animaux la supériorité de la race s’obtient par le croisement entre consanguins.

lia publié plusieurs notes à ce sujet. Voici le résumé de la dernière qu’il a bien voulu me communiquer.

Sans aucun doute, des vétérinaires et des agriculteurs ont trouvé des exemples de mauvais effets dans des alliances consanguines dans les animaux : mais dans quels cas, et dans les races de quelles espèces?

Dans les cas de mauvais régime, oui, des mauvais effets se sont produits; mais ils se sont produits aussi en dehors des alliances consanguines; — ils se sont produits surtout lorsqu’on a allié les consanguins sans se préoccuper de leur bonne ou mauvaise constitution individuelle, et de leur héritage constitutionnel, paternel et maternel.

Oui, ces mauvais effets se sont produiis aussi et se pro-

duisent particulièrement soit dans les races de porc, soit dans les races d’engrais de quelques autres espèces.

Qu’v a-t-il donc de particulier dans ce fait, par rapport aux races de porc? Est-il étonnant que des individus de race soumise méthodiquement à un régime contraire à la conservation d’une bonne constitution soient exposés, dans leurs produits, à une dégénérescence? Le régime explique parfaitement ce fait. Si on avait fait attention que ces faits de dégénérescence dans ces races se produisaient tout aussi bien en dehors des alliances consanguipes, il n’y aurait plus eu de doute.

Dans les races que l’on élève dans un tout autre but que celui de l’engraissement, et pour lesquelles un bon régime doit être le régime suivi, ces exemples d’animaux malingres, provenant d'alliances consanguines, sont très-difficiles à trouver; ce sont des exceptions seulement : au contraire, des exemples du bon effet des alliances consanguines se produisent tous les jours dans ces races, non-seulement sous le rapport des qualités recherchées, mais même avec un régime convenable, sous le rapport de l’amélioration de la constitution.

Je ne reviendrai pas sur les faits que j’ai rapportés à ce sujet dans ma première note. Quoi qu’on en ait dit pour les torturer, et pour en annihiler les conséquences, ces faits sont restés vrais et authentiques.

Comment donc le préjugé a-t-il pu prendre racine?

On a dit bien des fois que des mots mal compris et appliqués dans un sens qu’ils n’avaient pas d’abord, qu’ils n’auraient dû jamais avoir, en produisant des malentendus, ont non-seulement obscurci des questions claires, mais encore ont donné naissance à des erreurs. Le mot consanguinité est dans ce cas.

Voyons donc ce que ce mot peut signifier.

Ce mot, dans son acception propre, primitive, positive, signifie une relation, un degré entre parents, un degré très-rapproché ; c’est un mot de légiste.

Eh bien, on lui a attribué, par extension, la signification d’une maladie. Et, qu’on ne dise pas que celte attribution n’a pas eu lieu !

Sans doute on n’a pas dit que c’était Une peste,

Une maladie paludéenne,

Une maladie tellurique,

Une maladie contagieuse,

Une maladie virulente;

Mais quand on a dit que de la consanguinité, quoique le père et la mère vinssent d’aïeux bien sains, quoiqu’ils fussent bien sains, bien portants, et qu’ils restassent toujours sains, toujours bien portants; quand on a dit que de cette alliance il naissait, ipso facto, des enfants malades, est-ce qu’on n’a pas, dans cette supposition, donné au mot consanguinité la signification d’une maladie qui prenait naissance dans le sein de la mère bien portante, demeurant bien portante.

Évidemment, on a donné, dans ce cas, au mot consanguinité la signification de maladie.

Mais, si c’était réellement une maladie, quels seraient alors ses signes, ses symptômes?

Arrêtons-nous à cette dernière question.

Serait-ce la surdité de naissance? car il ne pourrait y avoir qu’une surdité de naissance qui en fût le signe. Mais, comme la surdité de naissance reconnaît plusieurs lésions, quelle est donc la lésion qui est le signe de la maladie? A-t-on trouvé, a-t-on caractérisé cette lésion? On ne l’a pas fait.

CONSANUU IMït.

tiii

Ai-je donc raison d’arrêter l'attention sur les signes, sur les symptômes de la maladie-consanguinité. On voit de suite dans quelle série de questions bizarres on est entraîné.

Aussi qu’est-il arrivé? C’est que les médecins d’abord, puis les vétérinaires, eux qui observaient des animaux qui ont des oreilles, et chez lesquels on ne voyait pas de sourds de naissance venant d’alliances consanguines, ont cherché, plus tard, d’autres symptômes, d’autres signes de la maladieconsanguinité.

Et qu’on ne nie pas que la surdité de naissance ait été le premier signe, presque l’unique signe attribué d’abord à la prétendue’ maladie, les écrits donneraient un démenti formel à la négation ; aussi ce signe primitif, principal, n'a-t-il plus, au bout d’un certain temps, été l’unique. Une foule d’autres y ont été ajoutés : l’idiotisme, le bégayenient, les écrouelles, les scrofules, toute la série des diathèses. Dans nos animaux domestiques, comme on n’a, jusqu’à présent, trouvé, dans le résultat d’alliances consanguines, ni sourds, ni bègues, ni idiots, on a trouvé autre chose. Dans le mouton, par exemple, on a trouvé que l’extrême finesse de la laine et son manque de force tenaient, par suite de l’affaiblissement de la santé, à ce que les animaux provenaient d’alliances consanguines; il me semble à peu près inutile de réfuter cette idée. Dans les races de porcs on a trouvé que la fécondité diminuait, qu’elle cessait même. Cependant, depuis bien longtemps, on savait que les animaux et les races ayant acquis le plus de propension A l’engraissement dégénèrent dans leurs productions, et que, jusqu’à un certain point, leurs facultés reproductrices s’en ressentent. Jusqu’ici on avait regardé le régime comme la cause première de cette dégénérescence, puis l’hérédité comme cause secondaire; cette manière d’expliquer les faits élait toute physiologique : la maladie-consangui-

CONSANGUINITE.

6tj

nité est devenue bien plus physiologique apparemment.

Mais il me semble entendre dire au sujet de ce mot maladie-consanguinité : Quel galimatias! Soit; je suis de cet avis.

Qu’est-ce donc que la consanguinité, si ce n’est pas une maladie ?

Est-ce une cause?

Est-ce un effet?

Lequel des deux? Est-ce tous les deux à la fois? Nouveau galimatias '.

Laissons donc de côté cette maladie-consanguinité qu’un médecin, assez bon plaisant, prétendait devoir être classée, en nosologie, dans les maladies entrant par l’oreille, et passons à quelque chose de sérieux , s’il peut y avoir quelque chose de sérieux dans cette question, et supposons que la consanguinité soit une cause, ou, pour parler français, que les alliances entre consanguins, par cela seul, ipso facto, que ce sont des alliances entre consanguins, puissent avoir un effet.

D’alliances entre consanguins, il est né des enfants sourds : il n'y a pas de doute à cela.

Mais il est né des enfants sourds aussi d’alliances entre individus de familles différentes, il n’y a pas de doute à cela non plus.

Mais la statistique ! dira-t-on. Parlons donc de la statistique.

A-t-elle établi le genre de surdité qui résulte des alliances consanguines? A-t-elle constaté l’état de santé physique et

1 . Je me suis servi, moi aussi, de ce terme impropre de consanguinité, mais en lui assignant la même acception que celled'aliiunces consanguines. C’est seulement lorsque j’ai vu l'erreur capitale à laquelle il pouvait donner lieu, que j’ai compris combien j’avais eu tort. .

moral des père et mère, des aïeux, grand-père et grand’mère? La statistique ne l’a pas fait, que je sache. Cela serait cependant d’une haute importance, d’une importance capitale, pour donner, s'il était possible, quelque poids à la statistique dans la question dont il s’agit. Qui ne sait, d’ailleurs, que dans les questions complexes, dans les questions d’appréciation surtout, la statistique est, qu’on me pardonne l’expression, une selle à tous chevaux? Klle dit tout ce qu’on veut lui faire dire. Suivant que les questions sont posées d’une façon, les réponses sont toutes dans un sens; suivant que les questions sont posées d’une autre manière, les réponses sont toutes dans un autresens. Je me rappelle, au sujet de statistiques, ce que me disait le mathématicien Deinontferrand , qui, chargé par le ministère d’examiner des renseignements statistiques préfectoraux, fut obligé, par deux fois, de les faire renvoyer comme erronés. L’examen par le système des probabilités l’avait forcé à ce renvoi : il s’agissait de chiffres cependant et non d'appréciations K

Mais revenons à notre sujet.

•Je puis, jusqu’à un certain point, comprendre, que de cousins germains parfaitement sains en apparence toute leur vie, mais provenant soit du grand-père commun, soit de la grand’mère commune d’une mauvaise constitution, je puis comprendre, dis-je, que du mariage de ces cousins germains il puisse naître des enfants malingres, et que ces enfants puissent tenir cet état de leur aïeul malingre : c’est un cas d’hérédité , c’est un cas d’atavisme. Les éleveurs de chevaux observent quelquefois ces cas par rapport aux formes et aux aptitudes de leurs

1. Voir, à ce sujet, Recherches sur les mariages consanguins et sur les ruces pures, par le docteur Daily, 1864, cher Masson.

animaux; et il ne parait pas contraire aux lois physiologiques que ce qui a lieu par rapport aux formes et aux aptitudes ait lieu par rapport à la constitution ; mais alors, je ne saurais trop le répéter, ce cas est dans les lois de l’hérédité.

Mais de cousin et cousine germains, tous deux parfaitement sains, venant de pères et mères et d’aïeux également sains, prétendre qu’il doive naître des enfants mal constitués ! c’est ce que je n’admets pas. Singulière prétention, en effet, qui vient tout d’un coup infirmer les lois de l’hérédité, infirmeries lois de l’hygiène; singulière prétention qui ne s’appuie que sur une statistique trompeuse, et qui, dans l’hvgiène vétérinaire, n’a pour elle aucun fait acquis, si ce ne sont les faits observés dans les races d’engrais, faits que le système d’engraissement, non favorable à la santé, explique si bien; singulière prétention qui, en hygiène vétérinaire encore, se trouve complètement en désaccord avec les faits qui prouvent que les alliances entre animaux consanguins, sous une bonne hygiène qui comprend uu bon choix de reproducteurs, sont le moyen le plus rapide de faire de bonnes races et de fixer ces races.

Je ne m’occuperai point, en terminant, à discuter le dire que dans le célèbre troupeau de Rambouillet, et dans ceux qui ont suivi le bon exemple qu’il donnait, il y avait plusieurs familles bien distinctes et qu’on avait soin de choisir les pères dans une famille, pour les porter dans une autre ; je ne crois pas que ce dire ait été inventé pour les besoins de la cause ; ce que je puis affirmer, c’est que ceux qui l’ont écrit n’ont point connu ces troupeaux. Ceux qui les ont connus savent qu’il en était autrement '.

1 .. Voici ce qu'on trouve dans le procès-verbal de la séance de

CONSANGUINITE.

GU

Je ne discuterai point cet autre dire que les effets mauvais des alliances entre consanguins, qui se manifestent chez l’homme dès la première génération, ne se manifestent chez les aniihaux qu’au bout d’un certain nombre de générations successives. Je ferai observer seulement qu’il serait très-curieux de savoir sur quelle idée physiologique, sur quels faits surtout ce dire se fonde.

Enfin je ne discuterai pas cet autre dire, si extraordinaire, que les races d’animaux, étant toutes entachées de vices, il ne fallait pas allier entre eux les consanguins, parce que ces vices ne feraient que s’accroître. En émettant ce dire, on n’a pas fait attention qu’on retombait tout à fait dans les lois de l’hérédité, et que quelques écrivains, en ajoutant « que, par suite des vices inhérents aux races, il fallait les croiser entre elles, » c’était comme si ces écrivains disaient que pour faire disparaître les défauts des races il fallait, au moyen des alliances entre familles diverses , ajouter les défauts des unes aux défauts des autres , qu’il fallait mêler tous ces défauts entre eux.

Je comprends bien que dans l’espèce humaine un libertinage effréné, au milieu d’orgies de toute nature, engendre des maladies vénériennes, ait engendré la syphilis; mais ce sont alors les acteurs qui sont les premiers punis;

la*Société impériale et centrale d’agriculture de France, du 4 mai 1864 : « M. Bourgeois cite l'exemple de la bergerie de Rambouilii let et l'acclimatation du mérinos en France comme un des ré- « sultats les plus concluants en faveur de la consanguinité; mais, « d'un autre côté, pour que la consanguinité n'ait pas d’inconvé- « nients il faut n’allier entre eux que des animaux bien choisis. * (M. Bourgeois est le lils de l'ancien directeur de ce nom : il a été lui-même directeur de la bergerie. Cette double direclion a embrassé une période de quarante ans.)

c’est dans leur organisation détériorée que le mal s’engendre. Cela est physiologique.

Mais dire que de cousins germains sains, nés de parents et de grands parents également -sains, que de ces cousins placés dans des conditions favorables hygiéniques, physiques et morales (car les passions ou chagrins jouent un terrible rôle inaperçu souvent chez l’homme), dire que de l’alliance entre ces cousins il doive naître une maladie, qu’il doive naître des enfants sourds, idiots, bègues, scrofuleux, sans que père et mère et aïeux aient eu la moindre atteinte d’un de ces maux, je prétends que ce dire est antiphysiologique au suprême degré, et j’ajoute que le fait qu’il indique serait un effet monstrueux ; que cet effet est impossible comme résultat de la cause qu’on lui assigne.

Avant de Unir, j’ajouterai une considération qui a encore, il me semble, quelque importance.

Parmi les tendances que les progrès des sciences font surgir, celle à la croyance à l’unité dans les lois de l’organisme fait tous les jours de nouveaux progrès. Sans aucun doute, la loi de la génération ne peut être- qu’une dépendance de celle de l’organisme; elle doit être une avec celle-ci. Et quand on voit que dans une espèce nombreuse en variétés et en races, dans l’espèce des pigeons (il faut bien que je rappelle ici ce fait), la loi est que toujours, dans la plupart des variétés et dans toutes les races, le nid se compose d’un mâle et d’une femelle, frère et sœur par conséquent, destinés à vivre toujours ensemble, à s’accoupler toujouis ensemble et à reproduire invariablement la variété et la race par frère et sœur, tant qu’un accident ne vient pas tuer l’un ou l’autre, on ne peut s’empêcher d’ajouter que Dieu aurait fait, par rapport à l’homme, une exception bien singulière aux lois de l’hérédité, et

j'ajoute, sans hésiter, aux lois de la génération, si ces faits désastreux, dits de consanguinité, étaient possibles 1 .

BÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.

Le mot consanguinité signifie une relation.

Ce mot, appliqué pour désigner une maladie ou un résultat matériel, devient un mensonge de l’imagination :

En ce que cette maladie n’a aucun signe, aucun symptôme propre;

En ce qu’en faisant signifier au mot un fait matériel, et en rendant ce fait matériel générateur de toutes les diathèses maladives, c’est, pour le physiologiste et même pour le pathologiste, démontrer que le fait n’existe pas;

En ce que le fait serait contraire aux lois de l’organisme, de la génération, de l’hérédité ;

En ce que, dans l’élevage des espèces domestiques (les espèces et les races de boucherie mises en dehors, bien entendu), les alliances entre consanguins sont le meilleur moyen de reproduire les qualités cherchées, et même sous une bonne hygiène d’améliorer la constitution ;

En, ce que, dans une espèce d’animaux (et peut-être dans un certain nombre d’autres espèces), plusieurs variétés et toutes les races sont sous la loi de se reproduire constamment par frère et sœur.

Et je conclus en disant que :

Les prétendus mauvais effets attribués aux alliances con-

1. Je néglige même ce fait relatif au règne végétal, si remar- ■ qualité cependant, que la graine féconde est, dans un extrêmement grand nombre d’espèces, le produit de la fécondation seule de la sœur par le frère dans la corolle commune, dans le nid commun.

sanguines sont simplement dus ou à l’hérédité, ou à des conditions d’hvgiène mauvaises, soit physiques, soit morales dans l’homme, auxquelles le père, et surtout la mère en enfantement, et aussi le produit dans les premiers temps de la naissance, ont été exposés.

Étude sur les hôpitaux '.

L’antiquité n’avait pas, comme nous, d’hôpitaux où l’on soignait les malades aux frais de l’État. Les Romains exposaient les esclaves vieux et infirmes dans l’île d’Esculape. Le dieu de la médecine veillait sur eux et tout était dit. Ce fut seulement au quatrième siècle, quand les empereurs furent chréliens, qu’ils ordonnèrent de fonder des hôpitaux pour les malades et des hospices pour les vieillards. La France, chrétienne à son tour, est devenue la terre de charité par excellence. Elle a multiplié à l’infini les moyens de soulager les misères humaines, elle a secouru les pauvres, soigné les malades, protégé les faibles. Si bien qu’aujourd’hui, depuis la crèche qui reçoit l’enfant au berceau, jusqu’à l’hospice qui sert d’asile au vieillard , elle étend partout les bienfaits de son inépuisable charité. Dans l’origine, le clergé' fut spécialement chargé du soin des pauvres, des veuves, des orphelins et des étrangers. L’évéque leur faisait distribuer par les diacres une partie des aumônes dont il disposait. Lorsque l'église eut des revenus fixes, un quart fut réservé aux pauvres et partout on construisit près des églises et des monatères des

I. Élude sur les hôpitaux, considérés sous le rapport de leur construction, de l’ameublement, de l'hygiène et du service des salles de malades, par M. Armand Ilussou, membre de l'Institut, directeur de l’administration de l'assistance publique.

ÉTUDE SUR LES HOPITAUX, maisons de Dieu, des Hôtels-Dieu qu’on appela aussi hôpitaux et où l’on recevait les pèlerins, les malades. Les rois et les riches contribuèrent d’abord à l’entretien de ces établissements charitables.

L’Hôtel-üieu de Paris, le plus ancien dei hôpitaux d’Europe, date des premiers siècles de la monarchie française. Toutefois le seul titre authentique qui en fasse mention, à cette époque, est une charte de l’évéque lnchad, qui remoute à l’année 829. Cette charte est rapportée tout entière dans le cartulaire de Notre-Dame.

L’Hôtel-Dieu y est appelé l’hôpital de Saint-Cristofore, ou Saint-Christophe. Il ne commença à prendre le nom Je Maison-Dieu, Domus Dei, qu’à partir du douzième siècle.

En dehors de ce document, on ne sait rien de précis sur l’époque de l’établissement de l’Hôtel-Dieu, non plus que sur le nom' de son fondateur. Aussi n’accordons-nous aucune confiance à l’opinion de M. Labourt, qui prétend faire remonter son origine aux temps druidiques. Ce savant s’appuie sur ce que la statue placée devant l’église de l’hôpital, jusqu’au milieu du siècle dernier, devait être, non pas une statue, mais une pierre sacrée semblable à celles autour desquelles les prêtres gaulois accomplissaient les rites mystérieux de leur religion.

Beaucoup d’autres historiens font remonter à l’époque mérovingienne la fondation de l’Hôlel-Dieu. Rien ne confirme cette assertion. Les Bollandistes ont bien attribué à saint Landry la création d’un Xenodochium ; mais ces écrivains'hiératiques , d’ordinaire si soigneux de citer leurs auteurs, n’indiquent aucune source à ce sujet. L’abbé Lebœuf, dont le jugement est si sûr en matière d’archéologie, s’exprime ainsi :

« Pour en revenir à l’Hôtel-Dieu, comme je n’ai point encore vu de titre ou aucun monument qui puisse prou-

ÉTDDE SUR LES HOPITAUX. 75

ver que saint Landry, évêque de Paris, en soit le fondateur, je ne puis encore embrasser cette opinion. » D’autre part, il résulte clairement des documents recueillis *par M. Husson, que l’hôpital des pauvres,' institué auprès du tombeau de Saint-Christophe, ne peut, en effet, se rapporter qu’à l’Hôtel-Dieu ; le tombeau de saint Christophe et l’église qui fut consacrée sur son emplacement étaient situés au nord delà place du Parvis. Le lieu saint avait précisément son chevet au point où la rue de saint-Christophe y débouche. Les frères qui desservaient cet hôpital lavaient les pieds des pauvres, et, plus tard, par un statut capitulaire de H 68, tout chanoine fut obligé en mourant ou en renonçant à sa prébende de laisser à l’hôpital un matelas, un oreiller et des draps pour l’usage des pauvres. A partir de cette époque, un grand nombre de chartes, d ; aumônes franches, comme on appelait alors les donations faites au clergé, stipulèrent qu’nne partie du revenu donné à l’église serait employée à l’entretien des hôpitaux. Philippe-Auguste, Blanche, mère de saint Louis, saint Louis lui-même reconstruisirent et agrandirent successivement le petit hôpital de Saint-Christophe. Pendant le règne du saint roi, la lèpre s’étant répandue en Europe, on fonda beaucoup d’hôpitaux appelés léproseries ou maladreries. Le fils de la pieuse Blanche de Castille institua aussi l’hospice des Quinze-Vingts pour trois cents gentilshommes auxquels les Sarrasins avaient crevé les yeux. Au temps de Charles IV, dit le Bel, on songea à recueillir les enfants abandonnés, et des personnes pieuses se réunirent pour fonder l’hôpital des Enfants-Bleus. François I» r , en janvier 1536 (1537), créa l’hôpital des Enfants-Rouges ou Enfants-Dieu ; il servait d’asile aux enfants orphelins de père et de mère qui étaient trouvés à l’Hôtel-Dieu, pourvu qu’ils ne fussent pas bâtards ni nés et baptisés dans les faubourgs de Paris. Les

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bâtards abandonnés étaient nourris par le doyen et le chapitre de Notre-Dame.

François l' r ordonna, par ses lettres patentes, que ces enfants fussent vêtus d’étofTes rouges pour marquer que c’était la charité qui les faisait subsister. Des ordres religieux ne tardèrent pas à se consacrer entièrement à soigner les malades et les infirmes. Tels furent les hospitaliers de Saint-Augustin, de Saint-Jean-de-Jérusalem, de Saint-Lazare, du Saint-Esprit, de Montpellier, etc. Telles furent aussi les Sœurs grises ou filles de la charité, établies en 16.‘>3 par saint Vincent de Paul et Louise de Marillac. Vivement encouragée par les rois, les papes et les évêques, la charité avait pris, à partir du treizième siècle, un remarquable essor. Des indulgences spéciales étaient accordées par délégation papale aux bienfaiteurs de l’Hôtel-Dieu. Un bref, revêtu du sceau de l’établissement, portait, en même temps que le témoignage de l’offrande, le gage pieux de la • reconnaissance des administrateurs. Mille autres sources de revenus jaillissaient de tous côtés pour les hôpitaux, telles que les confiscations prononcées à différentes reprises contre les duellistes et contre ceux qui tenaient des maisons de jeu. Mais une des prérogatives les plus singulières de l’Hôtel-Dieu de Paris c’était l’autorisation donnée par Charles IX de placer i,000 livres de rente à un taux usuraire de douze pour cent. Les créations de revenus, les lettres d’amortissement et les exemptions d’impôts firent la fortune de l’Hôtel-Dieu. Des rentes importantes furent assignées à cet hôpital sur la prévôté de Paris par Philippe II et ses successeurs; elles s’élevaiênt déjà en 1309 à 639 livres 60 sols parisis, ce qui fait, en admettant que l’argent soit aujourd’hui quatre fois plus abondant, c’està-dire quatre fois moins puissant qu’au quatorzième siècle, une somme de 64,000 francs. De 1860 à 186), la recette

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pour l’administration générale de tous les hôpitaux de Paris a été de 40,330,237 fr. 68 c. et la dépense de 45,474,280 fr. 23 c. On voit par ce résultat que les revenus de l’administration hospitalière sont loin d’étre en rapport avec ses charges. On supplée à ce déficit par une subvention prélevée sur les produits de l’octroi et des théâtres. L’administration reçoit bien encore quelques legs et donations; mais cette ressource n’a plus la môme importance qu’autrefois. Non-seulement elle suit, selon l’observation de M. Husson, les fluctuations de la prospérité publique, ' mais, comme la fortune qui, en France, se morcelle tous les jours davantage, elle se subdivise sans cesse et s’éparpille, si l’on peut s’exprimer ainsi, sur une multitude d’œuvres et de spécialités diverses.

Aussi l’administration devient tous les jours moins riche par l’augmentation môme de ses besoins, par lerenchéris- ,sement des choses nécessaires à la vie, par l’augmentation considérable de la population de Paris, par l’organisation perfectionnée des hôpitaux et enfin par le bien-être que les malades et les pauvres y trouvent aujourd’hui. Pour se convaincre de ce fait, il faut lire dans le remarquable ouvrage deM. Husson toutes les améliorations apportées dans la construction des hôpitaux, dans i’aération-et la ventilation des salles, dans le matériel hospitalier, dans le régime alimentaire des malades, et dans les maisons de retraite ; on verra alors tous les sérieux efforts qu’on fait en France afin de venir le plus utilement possible au secours de ceux qui souffrent. L’Empereur, par une généreuse initiative, a décidé lui-même en 185a la construction de deux asiles pour les ouvriers convalescents ou ceux qui auraient été mutilés dans le cours de leurs travaux. Le rapport qui précède le décret du 8 mars explique comme il suit le but de l’institution.

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« Aujourd’hui l’attention de Votre Majesté se porte vers la réalisation d’un nouveau bienfait. En pensant à nos glorieux blessés des camps, vous avez songé que l’indus* trie a ses blessés comme la guerre. Le chantier, l’atelier, qui, pour l'ouvrier, sont le vrai champ d’honneur, le renvoient bien souvent malade ou mutilé ; l’hospice le reçoit à d’égal du soldat, et la caisse de secours mutuels l'aide momentanément à soutenir sa famille. Mais quand il sort de l’hospice, assez rétabli pour ne plus y rester, trop faible cependant pour reprendre son travail, il traîne sa convalescence dans la misère ; ou bien même, s’il en sort mutilé, pas assez vieux pour avoir conquis par ses économies une pension suffisante sur la caisse de la vieillesse, impuissant cependant désormais pour tout travail qui suffise à le nourrir, il reste condamné au plus affreux dénûment. Votre Majesté voudrait alors pour lui une sorte d’asile, où il pût venir, soit définitivement prendre une .re- % traite accordée à une grave blessure, à la perte d’un membre, soit en passant, recouvrer toutes ses forces, pour mieux rentrer ensuite dans la vie de travail. »

Aujourd’hui les asiles du Vésinet et de Vincennes sont ouverts’à tous les convalescents, soit des hôpitaux ou des bureaux de bienfaisance, envoyés par le service du traitement à domicile. Et l’administration, dans son incessante prévoyance, songe à organiser des services spéciaux de convalescents dans chaque hôpital.

Malgré tous ces progrès réalisés dans l’hygiène des hôpilaux pour que les malades ÿ trouvent toutes les conditions de bien-être désirables, les ouvriers appréhendent encore le séjour de l’hôpital. Ils y sont, disent-ils, séparés de leur famille, de leurs amis, dont les consolations, les soins assidus et dévoués ne peuvent jamais être remplacés par des mains et des cœurs étrangers. Sans doute il est

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toujours pénible pour un père ou une mère malade de quitter sa famille pour entrer dans un hôpital. Mais, dans les hôpitaux, les malades trouvent les médecins les plus instruits, les chirurgiens les plus habiles, les médicaments les mieux préparés ; ils ont du linge propre abondant, et les soins intelligents et dévoués des bonnes sœurs. Deplus, ils ne sont pas séparés de leurs parents; ils jouissent, au contraire, de la plus grande latitude pour les voir aussi souvent qu’ils peuvent le désirer pendant la durée du traitement et jusqu’au moment de leur sortie. On comprend néanmoins, comme le fait observer M. Husson, que l’administration ne saurait, sans exposer les malades eux-mémes à de sérieux inconvénients, autoriser des rapports journaliers et permanents avec le dehors : aussi a-t-elle fixé deux jours par semaine pour les relations de famille ou d’amitié, et ces jours-là, pendant deux heures. « toutes les salles des malades sont accessibles au public. En dehors des jours d’entrée, les portes s’ouvrent encore pour la famille lorsque le malade est en danger, ou que les intérêts personnels l’exigent. Le directeur de l’établissement juge de l’opportunité de ces entrevues et use libéralement du droit qu'il a de les autoriser. Néanmoins, lç service du traitement à domicile n’a pas été négligé. A ceux qui ne sont pas assez malades pour entrer dans un hôpital, ou qui ne veulent pas quitter leur famille, on a prodigué tous les soins possibles. En 1861, à Paris, le nombre des personnes qui ont été traitées à domicile s’est élevé à 49,084, celui des journées de maladies à 658,123, et la dépense totale à 88,215 fr. 99 c. Ces progrès réalisés dans les hôpitaux, dans le traitement à domicile, ne sont pas moins évidents dans les hospices d’aliénés.

La voix de Pinel a été entendue; on a enlevé à ces malheureux leurs chaînes, on les a retirés des cachots in-

so ETUDE SUR LES HOPITAUX,

fects, et au lieu de les maltraiter comme des bêtes féroces, on les a rendus à leur dignité de malades. L’administration ne s’est pas contentée de pourvoir à ce qui pouvait leur être utile; elle s’est occupée en même temps de ce qui pouvait les amuser, les distraire et rompre la monotonie de leur séjour. Des jeux ont été établis dans plusieurs sections ; des promenades à l’extérieur, accordées à titre d’encouragement et de récompense, sont souvent devenues, entre les mains du médecin, d’utiles movens d’action.

Des maîtres de chant viennent, plusieurs fois par semaine, donner des leçons aux aliénés. Des fêtes, des bals sont organisés à certaines époques de l’année, et ces distractions agréables, si elles ne peuvent être considérées comme un moyen certain de guérison, font au moins diversion aux idées délirantes ou sombres de ces infortunés. Enfin, l'aspect des cérémonies religieuses ne produit pas un effet moins puissant sur ces organisations maladives, et il est touchant de voir le recueillement, le silence avec lequel près de 300 aliénés entendent, chaque dimanche à Bicêtre, le service divin. Parlerai-je maintenant des améliorations apportées dans les autres maisons de retraite ? Dirai-je aussi qde les asiles ouverts aux aveugles et aux sourds-muets ont été multipliés; qu’une société générale d’assistance, de prévoyance et de patronage a été fondée pour donner aux sourds-muets, quels que soient leur êge, leur croyance ou leur position, l’assistance religieuse, morale, intellectuelle, médicale, judiciaire et professionnelle, pour établir entre eux et les parlants des relations abaissant les barrières qui les tiennent depuis trop longtemps éloignés les uns des autres? Ajouterai-je enfin qu’on a entrepris les mêmes améliorations pour les jeunes aveugles ? On le voit assez, de tous côtés la charité publique et pri-

ÉTUDE SUR LES HOPITAUX. . Si

vée ne cesse de multiplier les asiles pour les malades et les pauvres, pour l’enfance et la vieillesse délaissées,- on est encore à la veille de construire un nouvel et important hôpital, qui devra remplacer l'HOtel-Dieu. Convaincu de la sagesse des paroles du comte Frocbot au ministre de l’intérieur de son temps : « Les hôpitaux et les hospices, sous tous les rapports de société, de gouvernement et de morale, sont l’objet sur lequel doit s’arrêter le plus attentivement la pensée de l’administrateur, ■» M. Husson, direc- * teur de l’administration de l’Assistance publique, a parfaitement compris la nécessité d’établir tout ce qui peut améliorer cette ancienne institution que tous les rois de France se sont plu à consolider et à agrandir. Son ouvrage est certainement la meilleure élude qui ait jamais été faite sur l’état présent des hôpitaux en France et sur les conditions nouvelles qu’on doit apporter dans la construction et l'administration de ces vastes établissements. Il contient également d’excellentes monographies sur les hôpitaux d’Espagne, d’Italie, de Russie, d’Allemagne et d’Amérique, en un mot sur tout ce qui peut éclairer le côté économique de la question que nous aurions voulu pouvoir développer davantage. Plus que personne nous admirons ces beaux édifices hospitaliers, nous applaudissons à tous les élans spontanés de charité, à tous les nobles efforts de l’administration. Mais si, après de longues années passées dans les hôpitaux, il nous était permis d’émettre notre opinion sur la meilleure disposition à prendre dans ces établissements, nous dirions qu’il serait à désirer que chaque malade eût sa chambre ; on diminuerait ainsi les effets de la contagion, on enlèverait aux malades d’attristants s’pectacles. 11 est vrai que ce système aurait peut-être l’inconvénient d’être plus coûteux. Mais que de sacrifices ne doit-on pas faire quand il s’agit de la vie de l’homme,

ÉTUDE SUR LES HOPITAUX

quand on reconnaît qu’il faut essentiellement soutenir le moral des malades et le soustraire aux influences contagieuses! En attendant, le système de pavillons isolés que préfère M. Husson nous paraît le meilleur. Enfin, n’y a-t-il pas aussi .à demander aux hommes des efforts contre eux-métnes? Mieux vaut prévenir que guérir. Combien de maladies n’éviterait-on pas si l’on connaissait, si l’on observait mieux les lois de l’hygiène? Que peuvent, je le demande, la science et les soins' les mieux entendus sur des constitutions usées par lklcool, dégradées par la débauche ? La sagesse de chacun fait la force de tous. 11 est donc nécessaire que chacun travaille à conserver sa santé. L’administration, au lieu de s’épuiser en efforts souvent superflus, pourra alors venir plus utilement au secours des familles nombreuses et les aider à élever des enfants vigoureux et utiles à la patrie.

La Terre et les Mers

On rapporte qu’en 1807, à Erfurth, Gœthe disait à Napoléon 1 er : « Ce qui caractérise votre nation. Sire, ce n’est pas seulement l’urbanité, l’esprit, les dispositions sympathiques, c’est de ne pas savoir la géographie. » Je ne sais si M. Figuier a eu l’intention de répondre au reproche du grand poète allemand, mais il a certainement voulu, en vulgarisant les connaissances géographiques, combler dans l’étude des jeunes gens une lacune d’autant plus regrettable que les voyages se multiplient, que la science historique se développe et que l’industrie interroge chaque jour davantage les entrailles de la terre où le passé a lentement accumulé les trésors de l’avenir. Quel aliment pour la curiosité, quelle puissante source^de méditations pour le penseur que l’étude de la terre ! Connaître sa figure et sa grandeur, les lois qui la meuvent dans l’espace et dans le temps ; se rendre compte des phénomènes constants, périodiques ou accidentels de son existence; suivre ses diverses périodes de transformation, auxquelles correspondent des conditions de milieux différents et par conséquent l’apparition de minéraux, de végétaux, d’animau£ de constitution dissemblable, n’est-ce pas là une des

1. La Terre et les Mers, nu Description physique du globe , par • M. Figuier, un beau volume, chez Hachette.

Si

LA TERRE ET LES MERS

plus belles questions que puisse se poser l’esprit humain? Simple anneau de matière cosmique, faisant partie de l’atmosphère du soleil, la terre commence à se former à la limite de cette atmosphère par la condensation de la matière gazeuse ; c’est une sorte de soleil éteint au milieu de vapeurs et de sels volatilisés, dont lasurface est formée par une croûte brûlante, composée de roches primitives, de silicates divers et surtout de granit. A mesure qu’elle se refroidit davantage, les dépôts augmentent, les eaux rou- , lent à sa surface, et, malgré l’élévation de leur température, quelques plantes, quelques êtres à organisation trèssimple apparaissent.

Ainsi la vie végétale et la vie animale s’essayent timidement et pour ainsi dire par la seule fonction d’imbibition prête à se manifester avec des organes plus nombreux, plus compliqués et plus parfaits. A une période plus avan- > cée, les productions géologiques se multiplient; il semble que des réserves abondantes en chaux et en acide carbonique s’accumulent pour les besoins à venir de l’agriculture et de l’industrie, de même que l’anthracite forme ces provisions de charbon fossile si utiles aujourd’hui: De plus, sous l’influence de ces dépôts, l’air et l’eau se purifient de manière à permettre à des organisations vitales plus exigeantes de se manifester avec des propriétés plus délicates. Des polypiers, des mollusques, des radiaires, de nombreux poissons, des fougères, des calamites, attestent successivement les développements de la vie et les progrès de ses organes, en regard des changements de l’air, des eaux et de l’apparition de quelques rares collines. La terre continuant à se refroidir et, par suite, à se contracter; son enveloppe prend du retrait, se trouve plus étroite que la masse enveloppée ; elle ne peut résister également partout aux réactions intérieures des éléments qu’elle ren-

LA TERRE ET LES MERS. 8.H

ferriie. De là des brisures et des fentes, des soulèvements et des abaissements.

L’électricité produite par la vaporisation des eaux et par l’agitation d’une atmosphère plus dense, est aussi la cause de grands troubles aériens.

Des orages épouvantables renversent, brisent, déracinent, jettent tout péle-méle sur leur passage. Les forêts, balayées par des ouragans terribles, s’en vont, avec les sables enlevés aux coteaux, se précipiter, couvertes de vase, dans les fleuves, les tourbières et les marécages. La mer, moins profonde, plus facile à soulever, s’élance à des distances immenses sur les terres, les inondant, les abîmant dans des déluges effroyables. A l’intérieur, la chaleur du globe, furieuse contre le froid qui veut l’étouffer sous un manteau de pierre, lance, vomit à sa surface les granits, les porphyres, les serpentines, les euphotides, les diorites, et toutes les roches qui sortent en feu de ses entrailles brûlantes. Au milieu de ces grands drames des solitudes de l’ancien monde, la terre a cependant ses moments de calme ; elle se prépare à des périodes nouvelles et cherche à équilibrer ses forces, ou si vous aimez mieux, selon la comparaison d’un savant philosophe, elle balance l’action et le développement de ses cinq organes : les continents, les mers, les airs, la substance végétale et animale. D’immenses brouillards, dus à la grande évaporation des eaux, s’opposent, la nuit, à la déperdition de la chaleur terrestre, par le rayonnement, et protègent les plantes et les animaux, pendant le jour, contre les excès de température, tandis que les montagnes, en se développant et en se couvrant de glace, divisent les courants d’air et les refroidissent. Les animaux et les végétaux, par des modifications successives, tendent de plus en plus à se perfectionner, à se développer progressivement à l’épuration

LA TERRE ET LES MERS

des milieux, et il semble que les organes de la vie animale suivent rapidement les progrès de la respiration.

La terre paraît avoir atteint aujourd’hui sa période de maturité manifestée par la stabilité des éléments. Les continents et les mers ont pris leurs limites, les volcans, soupapes de sûreté de la machine terrestre, deviennent de moins en moins nécessaires ; et à mesure que les mouvements de composition et de décomposition se compensent, l’homme lui-méme arrive à cette alternative régulière d’équilibre rompu et d’équilibre rétabli. Telle est en général l’évolution première de la terre, évolutiou que les lois de la physiologie ont aidé à bien faire comprendre. Aux philosophes de chercher les rapports du monde moral et du monde physique, de trouver la parfaite harmonie du ciel, de la terre et de l’humanité ! M. Louis Figuier, qui, l’année dernière, dans son ouvrage la Terre avant le Déluge, nous a donné de précieuses notions sur ces phases diverses parcourues par notre globe avant d’arriver à son état actuel, xs’est proposé, dans son nouveau volume la Terre et les Mers, de décrire la terre telle qu’ellÆ est aujourd’hui, de l’étudier sous ses principaux aspects, et de rendre cette étude attrayante pour la jeunesse. A l’aide de caries parfaitement dessinées et représentant la terre d'après Homère, Hérodote, Ératosthènes, Ptolémée, Strabon, et aussi avec des mappemondes figurant les hémisphères aqueux et terrestre, le savant vulgarisateur trace une esquisse rapide et facile à comprendre du développement successif des connaissances géographiques. Puis il montre notre globe parcourant l’espace: il explique ses rapports avec les corps célestes, ses attractions réciproques avec les autres planètes du système solaire; il indique sa révolution autour du soleil et sa rotation sur lui-méme, d’où naissent la différence des saisons et celle des jours et des nuits.

LA TERRE ET LES MERS

De l’examen de ces différents rapports il conclut « que la terre représente une sorte d’état moyen également éloigné de tous les extrêmes, également éloigné, en ce qui touche les dimensions, du trop grand et du trop petit; en ce qui touche le mouvement, de la rapidité comme de la lenteur ; en ce qui touche la température, des trop grandes chaleurs comme du froid excessif. Cette harmonie, cet équilibre admirable de toutes les conditions destinéesà favoriser l'existence et le développement de la vie, caractérisent notre globe , qui semble avoir été prédestiné par le Créateur à servir de nid et de séjour à l’espèce humaine. L’homme n’aurait pu trouver sur aucune autre planète le moyen de satisfaire avec autant de facilité aux besoins variés de sa nature multiple. » Quoique nous ne partagions pas ces idées cosmologiques, et surtout les conséquences qu’on en pourrait tirer au point de vue philosophique, nous citons néanmoins ce passage pour prouver que l’étude de la géographie, rendue si aride aux jeunes gens, parce qu’on a voulu en faire seulement une question de mémoire, peut aussi conduire à des considérations de l’ordre le plus élevé. Dans cette première partie de l’ouvrage, l’auteur ne s’est pas contenté d’y exposer les rapports de la terre avec les autres planètes et le soleil, il a décrit les principaux systèmes imaginés pour expliquer le mouvement des corps célestes, il a donné la forme et les dimensions du globe terrestre, les longitudes et les latitudes, la distribution des terres à la surface du globe, etc.

CecOté scientifique de la géographie était, sans contredit, le point difficile pour le vulgarisateur. Et malgré notre admiration pour le talent de M. Figuier, nous ne pouvons nous empêcher de signaler certaines erreurs qui se sont glissées dans son ouvrage. Ainsi, l’auteur prétend que « les variations annuelles de notre distance du soleil n’ont

LA TERRE ET LES MERS

pas d’influence sur le cours des saisons. » Cette proposition nous semble trop absolue, attendu’ que la température générale de notre globe dépendant essentiellement de la distance du soleil à la terre, et que cette distanceest variable, les saisons doivent se ressentir de cette variation; on sait, du reste, que la quantité de chaleur et de lumière reçue varie en raison inverse du carré de la distance.

Je ferai remarquer aussi une contradiction dans l’explication du système de Tycho-Brahé. Ce grand observateur faisait mouvoir le soleil autour de la terre et les planètes autour du soleil. Il ne pouvait donc pas accordée aux planètes l’immobilité qu’il refusait au soleil, comme le dit l’auteur. Plus loin M. Figuier ajoute : « A un moment donné, le soleil éclaire toujours une moitié de la terre et l’autre moitié est plongée dans l’ombre. » Mathématiquement pariant, le soleil étant beaucoup plus gros que la terre, il en résulte que, malgré son grand éloignement, il éclaire toujours plus de la moitié de la surface terrestre. Ailleurs, à propos des saisons, il confond ce qu’on appelle la ligne des apsides avec la ligne des solstices, et par suite il déplace les équinoxes. La terre décrit une ellipse autour du soleil : le grand axe de cette ellipse s'appelle la ligne des apsides, l’extrémité la plus éloignée du foyer occupé par le soleil-est l’aphélie; l’autre, la plus rapprochée, est lè périhélie. Ces deux sommets ne correspondent pas aux solstices, et, par conséquent, la perpendiculaire menée par le soleil au grand axe de l’écliptique ne détermine pas les équinoxes.

C’est donc donner une idée fausse des saisons et du mouvement de translation de la terre autour du soleil que de placer, comme le fait M. Figuier, Jes solstices et les équinoxes respectivement aux extrémités de la ligne des apsides et des rayons vecteurs perpendiculaires â

LA TEHRE ET LES MERS

cette ligne. Celle-ci se meut lentement en parcourant d’occident en orient douze secondes par an. Le périgée est environ 9 degrés du solstice d’hiver, et il s’en éloigne encore. Autrefois ces deux points étaient plus rapprochés. L’apogée et le périgée finiront par se confondre avec les équinoxes. Plus tard encore, le grand axe sera de nouveau perpendiculaire à la ligne des équinoxes, et c’est alors qu’il coïncidera avec la ligne des solstices, et ainsi de suite. Les saisons ne sont pas interverties par ce mouvement qui change seulement leur durée avec le temps. De nos jours le périgée arrive au 1 er janvier et l’apogée au 1 er juillet, époques bien différentes du 2t décembre et du 21 juin.

Si la terre décrivait un cercle au lieu d’une ellipse, la ligne des apsides aurait beau se déplacer, elle ne produirait aucune influence sur les saisons, lesquelles seraient toutes égales entre elles.

Nous pourrions signaler encore quelques petites erreurs relatives à la détermination de la forme de la terre et aux causes qui influencent la température pour un lieu déterminé à la surface du globe, et aussi quelques fautes typographiques; mais j’ai hâte de quitter ce rôle de critique pour admirer un ouvrage dont l’idée est excellente, les recherches nombreuses, le style attrayant, le texte et lés gravures soignés.

Ils liront avec plaisir les émouvantes ascensions du mont Blanc et du Chimborazo. Ils apprendront comment se forment les fentes, les passages des masses rocheuses, comment elles s’éboulent, comblent les vallées et ensevelissent les villages. Ils parcourront les immenses steppes de Russie, les pampas de l’Ariiérique, les punas du Pérou, le désert de Cobi, celui du Sahara si curieux par ses effets de mirage. Us verront par quel phénomène des masses

(•0 LA TERRE ÈT LES MERS

d’eau sont toujours en circulation entre l’atmosphère et la

terre, pourquoi elles tombent sans cesse en pluie et en

neige pour remonter sans cesse en vapeur, et comment

enfin de cet éternel échange résulte l’arrosement du »

globe, si indispensable à sa fertilité.

Le magnifique ouvrage de M. Figuier, illustré d’un grand nombre de dessins et de vues représentant les montagnes, les volcans, les lacs, les glaciers, les fleuves et les rivières, se termine par une description des mers dans laquelle se trouvent expliquées les différentes couleurs des eaux, leur salure, les phénomènes de phosphorescence, de marées, la formation des atols ou îles à coraux, et beaucoup d’autres questions intéressantes. On ne saurait trop encourager M. Figuier à persister dans cette utile vulgarisation des sciences où il s’est justement acquis une réputation qui grandira encore en devenant plus rigoureux, en développant des idées générales qui ne manqueront pas de trouver place dans un nouveau volume complément du dernier, et que l’auteur pourrait intituler les Habitants de la terre.

Huilé de Pétrole.

Tirer de l’huile des pierres présentait autrefois à l’esprit une idée dérisoire; mais depuis un siècle tant d’utopies scientifiques se sont transformées en réalités que nous ne sommes pas étonnés aujourd’hui de voir l’huile de pierre, de schiste ou de pétrole, fournir à l’industrie des huiles légères très-volatiles, utilement employées en peinture; des huiles lourdes servant à lubrifier des machines, et donnant aussi par extraction la paraffine, matière blanche employée surtout en Angleterre pour la fabrication des bougies translucides, dont la lumière, plus vive que celle de la stéarine, lui serait préférable, si au premier mouvement elle ne dégageait pas de fumée et ne répandait pas une , odeur sut generis, si enfin sa combustion était moins rapide et son emploi moins coûteux. Le produit vraiment utile de l’huile de pétrole est l’huile de moyenne densité, dont on se sert abondamment déjà depuis plusieurs années en Angleterre, pour l’éclairage des appartements. Elle donne sur les huiles végétales ou les graisses animales une économie de moitié. Sa lumière est beaucoup plus intense, et les lampes dont on se sert pour son usage demandent beaucoup moins de soins de prppreté. Nous avons un peu tardé en France à utiliser les huiles de pétrole, mais ou doit reconnaître que depuis quelques années la consommation s’en est considérablement accrue. En 18fil, l’impor-

talion de ce produit atteignait à peine 2,800 hectolitres; en 1862, elle s’élevait à 36,809; du t et janvier au 14 mars 1863, on necompte pas moins de 23,608 hectolitres. Depuis, la proportion a atteint le chiffre considérable de 120,000 litres; celte consommation s’augmentera d’autant plus, dit avec raison M. Aimé Girard, qu’on s’attachera à obtenir une huile bien épurée. Les sources en sont du reste si abondantes qu’elles paraissent inépuisables. La Perse, d’Italie, la Sicile, l’empire Birman, le Canada, les États-Unis d’Amérique, l’Ile de Grenade, la Pensylvanie en contiennent des rivières souterraines, et dernièrement encore nous annoncions unenouvellesource de pétrole découverte dans la province de Valachie, dont la qualité a été trouvée par l’analyse égale, sinon supérieure, à celle du pétrole de Pensylvanie. En France on a aussi découvert à Swabweiller, dans le Bas-Rhin, à Gabian, dans l’Hérault, des sources d’huile, mais elles sont loin d’étre aussi abondantes que celles des pays précités, où elles s’écoulent spontanément sur le sol et font quelquefois jaillir, comme d’un puits artésien, au-dessus de la surface, des centaines d’hectolitres par vingt-quatre heures. Les autres sources sont des puits ordinaires, semblables à ceux que l’Angleterre exploite dans l’empire Birman, où le niveau de l’huile ne peut s’élever jusqu’à la surface. M. Figuier, dans un fort bon article sur ce sujet, s'est demandé si le pétrole n’est pas autre chose que le produit à peine modifié des résines propres aux grands conifères de l’ancien monde. Cette origine ne lui paraît pas impôssible si l’on Considère, dit-il, le peu d’altérabilité des résines. Dans ce cas, la matière végétale des arbres aurait disparu par le progrès des siècles, et la résine moins altérable se serait conservée. On pourrait croire aussi que le pétrole est le produit de la modification chimique de ces mêmes végétaux de l’ancien monde, qui

«e seraient changés en substances bitumineuses liquides. 11 nous parait également incontestable que ces huiles minérales sont le résultat de transformations chimiques opérées dans le vaste creuset de la terre. Soumises à l’analyse par MM. Pelouze et Cahours, elles ont donné pour produit des composés de carbone et d’hydrogène, et reliés entre eux par' la loi de l’homologie, c’est-à-dire d’une composition telle que chacun d’eux diffère du suivant par une proportion toujours constante de carbone et d’hydrogène.

Le nombre des carbures d’hydrogène que MM. Pelouze et Cahours sont parvenus à isoler de l’huile de pétrole s’élève à quatorze; les premiers, gazeux ou presque gazeux à la température ordinaire, sont ceux autour desquels on a coutume de grouper les substances dérivées des alcools les plus volatils; les derniers, qui, pour entrer en vapeur, exigent une température assez haute, correspondent aux substances grasses d’origine végétale. Placé dans des conditions convenables, traité par des réactifs appropriés, chacun de ces carbures peut subir de nombreuses transformations et régénérer, à quelques exceptions près, tous les produits que renferme le groupe auquel il sert de pivot. C’est ainsi que sous l’action successive du chlore et d’un alcali, les plus volatils de ces carbures sont transformés en alcools butyrique, amylique, caproïlique, etc., et reproduisent les composés principaux, qui dans les liquides fermentés accompagnent l’alcool de vin;c’e»t ainsi encore que les carbures les moins volatils, attaqués par les mêmes agents, se changent en alcools de même nature, qui, oxydés ensuite, puis combinés à la glycérine, régénèrent les graisses de l’organisation végétale, le beurre de cofio, le beurre de muscade, etc.

L’huile de pétrole doit donc être regardée comme une matière première susceptible de reproduire, par synthèse,

la majeure partie des substances organiques combustibles; et si dans l'éclairage elle inspire encore quelque crainte, c’est uniquement, dit un journal anglais, 1 ’lronmonger, parce qu’on emploie des huiles mal rectifiées.

En. effet, soit que l'huile de pétrole provienne de sources naturelles ou de la distillation artificielle de la houille, elle est impropre à l’éclairage si l’on ne l’épure pas dans un appareil soumis il une température que l’on élève graduellement. Les premiers produits qui sortent du condensateur sont les essences volatiles de naphte, de benzole, benzine, dont le point d’ébullition entre 60 et 7t° centigrades est inférieur à celui de l’alcool. Le second produit de la distillation est le kérosène débarrassé de l’huile de naphte, qui facilite la combustion, donne de l’éclat à la lumière, en mémé temps qu’elle est l’élément dangereux et essentiellement inflammable. Le pétrole, on le sait, contient une proportion considérable de naphte, et par conséquent participe de ses propriétés funestes. La question de l’éclairage consiste donc à conserver dans l’huile autant de cette essence que cela peut se faire sans danger. Or, des expériences ont démontré que la chaleur moyenne sous l’action de laquelle les huiles minérales peuvent s’enflammer est d’environof 0 . Dansles lampes en verre, la température s’élève de 3 ou 4° et dans les lampes métalliques de 0 à 7° au-dessus de l’appartement qui étant de 19°, donne pour la température moyenne de l’huile 22 à 26°, chiffre notablement inférieur à celui de fit cité plus haut.

Cette limite de 51®, comme le fait observer très-judicieusement M. A. Fcrrus dans un excellent mémoire présenté à la Société académique de Saint-Quentin, devrait être invariablement adoptée, et la vente pour l’éclairage des huiles qui s’enflamment à une température inférieure rigoureusement défendue.

Une propriété incontestable de l’huile de houille, et que possèdent tous les hydrures de carbone liquides, est de dissoudre les hydrures de carbone solides, c’est-à-dire les résines, le caoutchouc, les corps gras et par conséquent de détacher. Un chimiste qui s’est beaucoup occupé des poisons comme agents conservateurs, et qui pense que tout ce qui détruit pendant la vie, en s’opposant à l’oxygénation, conserve après la mort, M. Édouard Robin a fait plusieurs expériences sur le pouvoir conservateur de l’huile de houille. Nous avons suivi ces expériences et nous avons pu constater que dans des vases clos, munis d’une petite éponge imprégnée d’huile de houille, ou encore d’éther ou de chloroforme, de la viande fraîche par exemple, avait pu pendant très-longtemps résister à la putréfaction; du blé, des haricots, des pois, placés dans les mêmes conditions se sont admirablement conservés. Plus tard notre professeur d'anatomie, le docteur Dupré, a tenté pour les dissections, de conserver des sujets entiers, il a injecté de l’huile de houille, par l’artère aorte; le sujet a été aussi imprégné que possible par ce liquide, mais la conservation a été des plus imparfaites, èt en outre à l’odeur du sujet s’est substituée celle de l’huile de houille, qui est plus désagréable encore. Nous avons nous-méme repris ces expériences et nous n’avons pas été plus heureux. M. Robin accusait alors la valeur de l’huile. M. Dupré a depuis observé que l'huile de houille, qui conserve le mieux, est celle qui contient le plus d’acide phénique, et il résulte aussi de ces observations que, pour avoir des chances de conservation parfaite, il faudrait pouvoir enlever à la matière animale toute son humidité. Une meilleure application de l’huile de houille est son emploi comme combustible. L’invention appartient à M. William Gerhard. Elle ^consiste dans la préparation de masses poreuses, briques.

houles, etc., entièrement saturées d’huile de goudron, d’huile de houille et d’aulrcs hydrocarbures. Ces briques sont ensuite desséchées, et employées soit à la fabrication du gaz d’éclairage, soit de chauffage. Quand 1 hydrocarbure a brûlé, la masse poreuse brûle à son tour sans laisser de résidu. L’emploi d'un combustible exempt de soufre est de la plus grande importance pour la fabrication du fer, de l’acier, du verre, etc.; or on assure que ce combustible artificiel convient très-bien pour ces opérations et beaucoup d’autres usages, d’autant plus que son prix de revient est inférieur au prix actuel du charbon.

Études sur la circulation du sang et les différentes manifestations qui l’accompagnent 1 .

Le sang doit être envisagé premièrement au point de vue du rôle fondamental qu’il accomplit dans l'organisme. La détermination de sou mode d’intervention dans l’entretien des organes auxquels il apporte leur continuelle alimentation ; la connaissance des procédés qui permettent à celte humeur générale de se charger à la fois et d’apporter cette nourriture et de remporter ceux d’entre les matériaux de chaque partie qui ne peuvent plus entretenir la vie, voilà l’un des objets les plus importants de la physiologie : l’étude de la nutrition.

« Si, au contraire, nous envisageons les dispositions qui « favorisent essentiellement le mouvement de répartition « mécanique et physique, nous y voyons un liquide en « mouvement dans des vaisseaux sous l’influence d’une « force continue et variable. Sous le double point de vue a physique et organique, nous dirons donc que le sang « parcourt tous les organes du corps, afin de leur commu- « niquer et d'y entretenir la vie, puis revient dans les pou- « nions reprendre les propriétésvivifiautes qu’il a perdues.»

1 . Éludes sur la circulation du sang cl les différentes manifestations qui l'accompagnent, par le docteur HifTelseim, lauréat de l’In.»titut, professeur à l’École pratique de la Faeullé de médecine, etc.

fi

CIRCULATION DU SANG

Il est à remarquer toutefois que le sang ne se régénère dans les poumons qu’en partie, en y abandonnant des gaz nuisibles et en prenant en échange l’oxygène .vivifiant ; sa principale reconstitution s'effectue par l'assimilation des matériaux solides et liquides que lui fournisssent l’estomac et l’intestin. Si l’air est vicié, si les matériaux solides et liquides sont altérés, le sang l’est à son tour.

« En examinant, abstraction faite de cette dernière.fonc- « tion, le mouvement du sang sur l’ homnle, nous trou- « vons que la masse, totale décrit un circuit" complet. « Partant d’un point donné du cœur, le sang y revient « tout entier après avoir traversé l’économie. Or il n’y a « qu’un circuit et que ce circuit, car le sang qui part de « l’oreillette droite pour revenir à travers les poumons « de l’oreillette gauche ne décrit pas plus un circuit que « le sang parti de l’oreillette gauche pour être porté à « travers le corps entier dans l’oreillette droite. »

Pour comprendre toute l’importance que M. Hiffelseim attache à ce point de vue nouveau, il faut remarquer que partout et invariablement Ja physiologie enseigne une grande et une petite circulation; ce qui suppose l’existence de deux circuits disposés ainsi, que, dans chacun d’eux respectivement, une molécule de sang partie 4’u n point donné revient à ce point après avoir parcouru le petit ou le grand cercle. Cette idée est inexacte ; les faits ne sont point conformes à cette notion.

Afin de se bien figurer le grand et l'unique cercle circulatoire, que l’on se représente un grand canal dont la section totale résume les sections particulières et de dimensions variables de tous les vaisseaux. Sur deux points symétriques, supposons ce canal dilaté en une poche, une cavité, étranglée de manière à former deux compartiments assez nettement séparés par des soupapes : voilà

CIRCULATION DU SANG. 99

les deux coeurs tels qu’il est possible de les séparer anatomiquement. Ils ne sont réunis en une masse unique que pour réaliser plus sûrement une contraction simultanée, résultant de leur absolue solidarité anatomique. $i l’on place notre canal avec ses deux renflements symétriques sur un plan vertical, le compartiment supérieur de chacun des renflements représente respectivement l 'oreillette du cœur droit et du cœur gauche. Le compartiment inférieur .représente le ventricule de chacun des deux cœurs. Le liquide, en traversant ces deux poches, y subit une grande pression qui le fait cheminer indéfiniment dans son canal. Quand le sang a pénétré de l’oreillette dans le ventricule droit, celui-ci le renvoie dans les poumons, d’où il sort pour rentrer dans l’oreillette du cœur gauche, dans le ventricule, et de là dans tout le reste du corps, des pieds à la tête; ce dernier grand trajet s’accomplit dans les artères. Celles-ci, subdivisées à l’infini, se terminent dans l’intimité des tissus auxquels elles apportent la vie, et là prennent le nom de capillaires. Quand ces petits vaisseaux traversent les organes, en même temps qu’ils dépo- • sent la matière plastique, nous avons vu qu’ils reprennent les matériaux devenus inutiles. Du moment où ces vaisseaux si fins renferment le sang impropre à la vie, ils s’appellent veines. Les veines grossissent sans cesse de calibre jusqu’à ce qu’elles aient déversé tout le sang dans le cœur droit. Le trajet que parcourt le sang du cœur droit au poumon et du poumon au cœur gauche, la petite circula tion des classiques représente un petit segment de cercle. Le cœur droit qui est chargé de pourvoir à ce parcours par la contraction n’a pas besoin de dépenser autant de force que le cœur gauche, qui est chargé de pourvoir au mouvement du sang dans le grand segment , qui comprend tout le reste du corps, comme nous l’avons dit plus haut.

CIRCULATION DU SAN U

Aussi le cœur gauche 1 a-t-il dans ses parois une épaisseur beaucoup plus grande que le cœur droit. Malgré cette différence, des auxiliaires nombreux viennent en aide à la puissante action du cœur gauche, pour favoriser le retour du sang jusqu’à l’oreillette droite. Les valvules nombreuses des veines empêchant le retour du sang marchant vers le cœur drpit sont à placer au premier rang.

En envisageant ce cercle unique à ce point de vue rigoureusement exact, M. Hiffelseim a ouvert un horizon nouveau qui dévoile et permet de résoudre tout un ordre de questions.

Ainsi la circulation du sang dans des parties aussi diverses, aussi distinctes de forme, de volume, de capacité, de propriétés mécaniques ou propulsives, le fonctionnement des soupapes qui séparent le travail des oreillettes et dés ventricules; le travail de ceux-ci, du trayail artériel; le travail des veines, de celui des oreillettes, voilà autant de questions que, selon l’expression de MM. Littré et Ch. llobin (Dict. Nyslen.), « il faut reprendre et étudier à ce nouveau point de vue. » Aussi le savant physiologiste qui a conçu la circulation sous cette forme neuve et essentiellement fidèle à la démonstration de Harvey, a-t-il résolu la plupart de ces problèmes comme de simples déductions.

L’une des plus importantes déductions, c’est l’indifférence profonde qu’il y a pour un organisme, à ce qu’un cœur, un corps de pompe placé sur le trajet du canal, ait •la même capacité que le cœur symétrique.

Cette considération a conduit M. Hiffelseim à rechercher la capacité comparée des oreillettes et des ventricules; on pouvait vérifier par là le mode de fonctionnement nécessaire à ces deux compartiments de chaque cœur.

1. Nous ne parlons que de la cavité principale, le ventricule.

CIRCULATION DU SANG

Après avoir admis une différence notable entre eux, M. Hiffelseim, qui y trouvait une arme pour combattre des théories erronées, s’est réuni à M. Ch. Robin, l’éminent professeur d’anatomie générale de la Faculté de Paris, pour vérifier le fait.

M. Gavarret, professeur de physique médicale à la Faculté, a produit ces nouveaux éléments dans les termes suivants, à l’Académie de médecine :

(t Pour M. Beau, il n’entre de sang dans le ventricule que par et pendant la systole (contraction) auriculaire, et, pendant cette systole , toute communication est interrompue entre la cavité de l’oreillette et les veines qui s’y rendent.

« C’est donc un dogme fondamental de la théorie de M. Beau, que la capacité de l’oreillette est au moins égale à celle dd ventricule correspondant, puisque le sang qui remplit l'oreillette suffit pour remplir le ventricule et le porter à son maximum de distension. L’égalité de capacité de l’oreillette et du ventricule correspondant est une question de fait qui vaut la peine d’étre vérifiée. M. Beau s’est-il un instant préoccupé de celte importante constatation? Nullement. Cette égalité de capacité était nécessaire ô sa théorie ; avec celte intrépidité que rien n’arrête, il l’a affirmée dans son Traité d’ auscultation, p. 233 :

« Or, on sait, dit-il, que sa capacité (celle du ventricule) « n’est pas plus grande que celle de l’oreillette. »>

« Les scrupules qui ne sont pas venus à M. Beau, d’autres les ont eus et les ont même hautement proclamés, il y a plusieurs années, à la Société de Biologie. Notre honorable collègue ne s’en est pas ému; car, dans sa réponse à M. Bouillaud, il est revenu sur ce sujet et s’est exprimé ainsi avec non moins d’assurance :

« Et d’abord, cet état toujours plein de l’oreillette est

CIKCULATION DU SANG.

« chose impossible; car le ventricule, qui a la même ca- « pacité que l'oreillette, etc. »

« Cette intrépidité dans l’affirmation ne nous étonne pas; le salut de sa théorie passe avant tout, même avant les faits, pour lesquels il professe pourtant, dans ses écrits, sinon dans la pratique, un si grand respect.

« Je suis heureux d’annoncer à M. Reau que cette vérification, qu’il aurait dû tenter, a enfin été faite par M. lliffelseim, son ancien contradicteur de la Société de Biologie, et notre savant collègue, M. Ch. Robin. Avec leur autorisation, je cite ici textuellement la conclusion de leur travail :

« Aucun auteur, disent-ils, n’avait, jusqu’à nos essais « ci-dessus, « comparé les capacités auriculaires aux ven- « triculaires correspondantes, » fait qui pourtant constitue « le point essentiel de ces comparaisons. En sofnme,par- « tout, chez l’adulte, le cœur droit a plus de capacité que « le gauche, et dans chaque cœur le ventricule en a plus « que l’oreillette correspondante. » — « Pour ne pas fatiguer l’Académie par un étalage inutile de chiffres, nous nous contenterons d’ajouter que, chez le lapin comme chez l’homme, la capacité de l’oreillette droite n’est, en nombres ronds, que les deux tiers de la capacité du ventricule droit. Laissons à M. Beau le soin de nous expliquer comment, avec les 428 centimètres cubes de sang que contient l’oreillette droite distendue, il peut remplir et distendre le ventricule droit, dont 'la capacité est de 481 centimètres cubes. La chose lui sera peut-être difficile. Mais pourquoi n’a-t-il pas pris la peine de vérifier avant d’affirmer? 11 doit comprendre maintenant combien il se serait épargné d’erreurs et de dépense inutile d’efforts, de travaux et d’intelligence par cette seule et simple vérification; s’il avait mis en pratique les conseils qu’il aime

à donner aux autres, il n’aurait pas fondé ses théories sur des hypothèses qui s’écroulent au premier souffle. »

Un autre genre de considération qui découle de cette donnée, du circuit unique, dit M. Iliffelseim, c’est que la grande pression que subit le sang sur certains points dans le cœur, comparée à la faible résistance des soupapes ou valvules, s’oppose à l’admission d’une interruption absolue du cercle.en quelque endroit du cœur qu’on l’envisage. Il faut, pour faire comprendre ce principe, rappeler au lecteur que ces valvules doivent, d’après la plupart des physiologistes, se clore hermétiquement, interrompre le circuit et résister, par conséquent, à des pressions énormes; et comme on admet en môme temps l'absence de toute force équilibrante par l’hypothèse d’une complète vacuité des ventricules, il en résulterait le déchirement de ces valvules. Qu’on ajoute à ce fait le trouble qui surviendrait dans l'organisme par la suspension momentanée de tout mouvement du sang en un point central, et l’on comprendra tout ce que cette considération hémodynamique ( haima , sang en grec, d’où la particule hémo) a d’importance.

Mais où cette nouvelle notion éclate dans toute sa rigoureuse signification, c’est quand on aperçoit la quantité de travaux inutiles faits par les physiologistes pour découvrir la vitesse de la circulation, tandis que c’est la durée qu’il fallait chercher.

Nous allons exposer les données importantes que M. Hiffelseim a fournie^à la science pour résoudre cet important problème.

Par la connaissance de la durée d’une révolution circulatoire, on explique le temps nécessaire en principe à une action quelconque, à partir de l’absorption d’une substance médicamenteuse.

lüi

CIRCULATION DU SANG

Il se peut cependant qu’il faille plusieurs révolutions pour que le sang chargé de ces principes ait eu le temps de produire, en fait, une modification saisissable dans l’organe qu’il traverse.

La durée indique une mesure de temps concernant un espace qui peut être indéterminé ; la vitesse est une relation d’espace et de temps, et suppose par conséquent la connaissance de l’espace. Les deux faits sont étroitement liés. Quand on connaît la durée et l’espace, un simple rap-

port donne la vitesse v = -. La connaissance de la durée

fournit celle de l’espace e = vt. Le problème de la vitesse . est des plus complexes. Il faut entendre par vitesse de la circulation le temps qu’emploie le sang à parcourir l’unité d’espace ou au moins un espace déterminé pour ne pas parler trop rigoureusement.

A priori nous savons par les notions anatomiques et . physiques, que cette vitesse doit être variable. On pourrait noter la vitesse de chaque vaisseau en particulier et de là déduire une vitesse , moyenne. La première recherche est théoriquement possible, mais elle se trouve limitée dans le degré de perfection de nos moyens d’investigation. La moyenne elle-même ne sera donc l’expression de la vérité que dans cette limite, c’est-à-dire selon l’état de nos connaissances. La moyenne mathématique se rapprochera de la moyenne physique d’une quantité représentant la valeur du progrès réalisé.

Examinons les procédés d’expé|jmenlation et voyons si, à l’aide de tous les perfectionnements possibles, les résultats exprimeront un jour un fait d’une certaine valeur. Nous ne parlerons pas des expériences de Haies, Haller, Young, Guettet.

Pour étudier la vitesse du sang dans les capillaires, on a

CIRCULATION DU SANG

lOo

employé l’observation microscopique. Mais un grossissement donné multipliant l’espace observé proportionnellement à ce grossissement même, il faut rectifier la notion ainsi acquise le mieux possible à l’aide du micromètre. On peut évaluer cette vitesse en connaissant la section d’un vaisseau, la quantité de sang expulsé par une systole et la durée de celle-ci.

Relativement à la section, une loi dit que les vitesses sont en raison inverse des sections; or l’orifice aortique a un diamètre d^34 millimètres environ, le diamètre des plus petits capillaires est de 2 à 3 millièmes de millimètre.

On sait, d’ailleurs, que les causes principales du mouvement du sang (la contraction et la dilatation du cœur, qui agissant d’une manière inverse, mais concourent à produire le même effet) varient d’intensité à chaque point à partir du cœur. La moyenne est donc ici d’une valeur bien faible, puisqu’elle est prise sur deux extrêmes aussi distants.

L’hémodynamomôlre fournirait bien un moyen pour apprécier cette vitesse, mais la donnée ne s’appliquerait encore qu’aux points expérimentés. Un procédé que nous ne détaillerons pas ici, car nous serions obligés d’anticiper sur d’autres fails, consiste à’mesurer les espaces parcourus. *

Sans contredit, les mouvements de systole des oreillettes retardent la marche progressive du liquide, et les mouvements de diastole produisent l’effet contraire, effets qui n’ont pu être suffisamment appréciés. On entend ici ne parler que des effets directs du mouvement. On admet aujourd’hui que cette vitesse moyenne est d’un demi-millimètre par seconde dans les capillaires.

Durée de ta circulation. M. Hiffelseim entend par durée

CIRCULATION DU SANG

de la circulation le temps qu’emploie la masse du sang à parcourir le circuit.

Connaissant la masse du sang, la capacité du cœur et par conséquent la quantité de sang qui peut être chassée à chaque systole ventriculaire, le nombre des contractions du cœur dans un temps donné, on pourra de ces notions déduire le temps qu’emploie à parcourir le circuit une masse de sang égale à celle que renferme notre corps. Soit la circulation représentée par un circuit clos et plein de liquide, de sang si l’on veut, pour rendre 1|. démonstration plus simple et plus saisissable. Que sur un point de ce circuit se trouve placé un corps de pompe aspirante et foulante. On peut prendre indifféremment le cœur droit ou le cœur gauche, qui ne sont réunis en un seul que pour remplir les conditions hydrauliques les plus avantageuses par leur action simultanée, etc.

Supposez maintenant que cette pompe fonctionne : à chaque coup de piston une certaine quantité sera aspirée par a et refoulée par b. D’autre part, la quantité contenue dans le cercle est limitée, déterminée; il faudra donc un certain temps (en rapport avec la masse totale, la capacité du corps de pompe) pour faire passer tout le liquide à travers la pompe, et quand le nombre nécessaire de coups de piston aura été donné, comme chaque ondée chasse en avant la précédente d’une certaine quantité, lo liquide parti de a devra y être revenu. C’est ce qui constituera une période, une circulation entière. La durée de cette période (nombre n de pulsations) représentera évidemment la durée de la circulation. Si donc on sait à l’avance qu’une force motrice fait exécuter au piston un certain nombre de mouvements dans un temps donné et qu’on connaît la capacité du corps de pompe, la masse du liquide, on peut déterminer le temps nécessaire à la circu-

■ CIRCULATION DU SANG. 107

lation de ce liquide. Il est aisé de voir combien ce problème ainsi posé est simple. Chacun sait aussi que toute la difficulté réside dans la connaissance exacte des différents éléments du problème. Cependant nous allons montrer qu’en dehors de cette difficulté il en est une autre dépendante des dispositions anatomiques et qui fait que ce problème est au fond moins vrai qu’il ne semble au premier abord. Nous avons dit qu’il y a un circuit complet et qu’il n’y en a qu’un, mais ce circuit se compose d’un grand nombre de circuits partiels, et ici il faut bien examiner les choses. ■>

Les circuits partiels comme le circuit total sont entrecoupés par l’un des cœurs, en prenant l’autre pour point de départ.

D’abord il est évident que pour la circulation à travers les capillaires du poumon, de nombreuses influences se font sentir, au point, que s'il est vrai de dire que le chemin le plus long- doit exiger le plus de temps, le contraire peut avoir lieu aussi. Dans le cœur gauche, lés quantités arrivées par voies différentes peuvent être mêlées; mais en sortant de ce cœur pour aller dans le corps entier, ces inégalités se reproduisent et beaucoup plus nombreuses nécessairement.

Avant de tirer des conclusions, nous devons entrer dans quelques explications au sujet de celte influence des capillaires et des autres vaisseaux. Évidemment dans un vaisseau qui s’élargit en se raccourcissant, le liquide doit, à pression égale, cheminer plus vite. L’obstruction d’un vaisseau voisin, et cela s’adresse surtout aux capillaires, si l’obstacle est étendu , fera sentir son effet jusque dans les artères, et les pulsations seront perçues vivement à l’extrémité des vaisseaux jouant le rôle de colonnes immobiles. Cet effet nous explique en partie les-

CIRCULATION DU SANG

pulsations des parties enflammées. La diminution du diamètre peut augmenter la vitesse si la multiplication des frottements ne l’emporte comme force retardatrice. Un vaisseau qui s’élargit diminuera la vitesse à égalité de pression, etc.

De tout cela il résulte que, dans certains cas, deux trajets 1 de longueur différente pourront être parcourus dans un temps égal. La nature a pu d’ailleurs se ménager des dis- * positions, des modes d’action non encore saisis et qui concourent avec les lois physiques déjà mentionnées à réaliser les effets qu’elle s’est proposés.

Si maintenant nous passons momentanément sur ces dispositions particulières, il est évident que le liquide parcourant les trajets les plus courts, tels que les vaisseaux du cœur, il est évident, dit M. Hiffelseim, que le liquide de ces trajets pourra revenir plusieurs fois dans le cœur avant que le sang passant par les extrémités du corps soit revenu une seule fois. Par conséquent, au bout d’un certain temps vous aurez à déduire une ou plusieurs contractions que vous pourrez considérer comme ayant toujours expulsé le liquide de certains trajets.

Rigoureusement les choses ne peuvent pas se passer ainsi, mais l’effet produit est équivalent. La masse totale du corps n’aura donc pas parcouru le circuit dans le temps mathématiquement déterminé, mais une masse égale à celle qu’il renferme.

La masse dé sang, en moyenne, peut être évaluée de t2 à 14 kilog. Voici les bases de ce calcul. On soustrait à un animal une quantité de sang p ; on constate la fraction des parties solides s', puis on injecte une quantité A d’eau; on fait une nouvelle saignée d’un poids p' et on constate la fraction des parties solides s" trouvée dans p'. Si P est le poids total du sang non connu et S la partie so-

CIRCULATION DU SANG. 10

lide, M. Hiffelseim donne la formule suivante pour

S" rp

trouver l’inconnue P = A— -, — s 1 ' p. Si l’on a tiré deux

fois la même quantité, p devient égale à p' et on peut l’éliminer. L’idée première de cette expérience est due à Valentin, son application, sa généralisation sont dues à M. Hiffelseim. Une relation assez constante entre le poids du corps et même l’ûge de l'individu, et d’autre part le poids du sang permet de déduire ce poids.

Le nombre des pulsations varie dans une limite assez restreinte, si l’on excepte les quelques personnes dont le pouls est très-rare. On peut admettre une moyenne de 65 à 75 pulsations ou contractions systoliques par minute. Guy a vu l’influence qu’exercent les divers modes de station, mais la moyenne n’est pas affectée par ces expériences. La capacité des ventricules a été prise sur les données de M. Cruveilher; c’étaient jusqu’à ces derniers temps les seules valables. Mais MM. Hiffelseim et Cb. Robin viennent de publier un travail sur ce sujet qui modifiera singulièrement l’opinion sur ce point. Nous en avons fait mention précédemment.

D’après ce travail, ces deux savants nous fournissent une moyenne bien plus élevée que celle qui avait cours dans la science et dont M. Hiffelseim s’est lui-même servi, il y a 15 ans.

Une fois obtenue la capacité des ventricules, il s’agit d’établir s’ils se vident ou à quel degré la systole les désemplit.

Examinons ces deux questions. Notre éminent physiologiste a combattu l’idée d’une déplétion complète dans les termes suivants :

« Tandis que des auteurs se sont évertués à démontrer que les valvules pouvaient clore hermétiquement les ori-

HO

fices et intercepter de la sorte le cercle vasculaire, nous pensons, au contraire, que ce cercle ne s’interrompt jamais, que ces occlusions ne sont que partielles.

Ainsi le sang continue d’affluer, partiellement du moins, dans chacune des cavités ; alors que le ventricule, par exemple, est au début de la systole, son action sur le sang et médiatement sur la valvule, ne saurait encore clore complètement l’orifice auriculo-ventriculaire qui se trouve entre une pression de haut en bas (M. Bouiflaud et bien des auteurs n’admettent pas que l’oreillette se vide) et une autre de bas en haut, et celle-ci étant encore re- . lativement impuissante.

A mesure que la systole atteint son maximum, que le cœur est plus resserré et contracté sur lui-même, ces valvules se rapprochent davantage; mais au moment où la contraction a atteint son plus haut degré, la colonne sanguine du cœur étant réduite à un minimum de diamètre et sur le point de disparaître, le dernier effort de la systole a cessé et déjà le sang auriculaire a complété la colonne ventriculaire qui allait disparaître. Majs en réalité un filet liquide, si mince qu’il soit, doit établir une continuité non interrompue entre toute la masse du cercle.

En effet, quelle perturbation dans le mouvement du cercle sanguin, si le liquide s’arrêtait en un point absolu- > ment, complètement I Quelle pression ne supporleraient pas les solides sur les points où, par la transmission de la force du sang, il faudrait lutter contre celle-ci ?

Ainsi les ventricules ne se vident pas. Si, comme l'a pensé depuis M. lliffelseim, ils ne se désemplissent que d’une fraction, les trois quarts, et qu’il reste un quart; que d’ailleurs les oreillettes sont un réservoir toujours plus ou moins plein, approvisionnant les ventricules, on comprend la continuité logique du cercle. Les ventricules,

CIRCULATION DU SANG. il!

chez l’adulte, présentent en moyenne, sur cinq cas, les rapports suivants :

Ventricules droits, de 160 à 230

— gauches, 143 à 212

Oreillettes droites, 110 à 185

— gauches, 100 à 130

La déplétion porterait donc sur des chiffres plus forts que 60 à 90* -c - que M. Hiffelseim a admis lui-méme il y a 15 ans.

Avec les précédentes données, il est arrivé à* la formule suivante pour la durée de la circulation. Soit P le poids du sang ; p la quantité expulsée par la systole, N le nombre des pulsations nécessaires pour chasser P; n le nombre des pulsations en une minute, T le nombre des minutes que dure N; on aura:

Si

P = np T et T =

P' = 12 kilog. sang.

p" = 00 grammes.

n' =75 pulsations.

Le temps est égal à 1 minute 46 secondes; avec les maxima de 14 kil., 60 grammes, 65 pulsations, on a un temps de 3 minutes trente-cinq secondes.

Les résultats approximatifs ont une importance qu’il est à peine besoin de signaler. Des expériences sur la vitesse de la circulation, qui en réalité ne portaient que sur la durée de trajets partiels, confirment pleinement cette estimation algébrique.

CIRCULATION DU SANG

De la cause immédiate du battement du cœur*, ou le cœur . bat parce qu'il recule.

La cause immédiate de cette puissante manifestation de la circulation, et du travail cardiaque manquait d’explication satisfaisante. Une foule d’opinions avaient cours dans la science, la plupart d’entre elles expliquaient par des causes éloignées un phénomène qui, par son énergie, sa rapidité, son caractère spécial, devait se rattacher à une cause nette, définie, directe, subite et puissante comme le battement lui-méme.

Les deux cœurs droit et gauche accolés, afin d’atteindre une' parfaite simultanéité d’action, exercent une pression variable, mais intense, sur le liquide qu’ils renferment. Celui-ci réagit à son tour sur le solide. De ce double conr flit du solide et du liquide naissent des manifestations multiples, que l’on a confondues et méconnues. Le liquide, dans le cœur, était généralement considéré exclusivement dans sa passivité. Or, c’est en méconnaissant son rôle actif par réaction, que l’on est arrivé, depuis deux siècles, à cette inextricable confusion qui éclate dans bien des travaux modernes.

M. Hiflelseim * a commencé par établir une distinction fondamentale entre les mouvements absolus et les mouve- , menls relatifs. Les mouvements relatifs consistent dans : 1° le changement de volume des capacités cardiaques ;

1. Toutes les palpitations ne sont qu’une augmentation de celui-ci.

2. Hilïelseim, Mouvements absolus et relatifs du cœur (Mémoire de la Société de biologie, 1854, p. 2'3, et Béraud, Éléments de physiologie, Paris, 185(1, 2 e ' édition, t. 11, p. 294).

CIRCULATION DU SANG

2° le changement de forme; 3° le changement de consistance, qui dépend d’un mouvement des fibres constitutives de la paroi, phénomènes qui dépendent tous ensemble de a contraction et du relâchement des parois musculaires du cœur. Ce sont ces deux mouvements alternatifs de contraction et de relâchement qui augmentent ou diminuent les dimensions des divers diamètres du cœur. De là est résultée une longue discussion forcément stérile, parce qu’elle se tenait en dehors des faits, pour arriver à établir à quel moment le cœur se raccourcit dans son diamètre vertical ou longitudinal.

La contraction des ventricules entraîne forcément la diminution du volume des cavités respectives. La contraction, qui met en action les fibres musculaires avec leurs dispositions si spéciales, amène le raccourcissement du diamètre longitudinal; l’expérience faite sur des corps élastiques, représentant l’une des propriétés fondamentales des corps contractiles, a démontré à M. HilTelseim ce fait sans réplique pour tous les diamètres. C’est à ce moment que forcément sa consistance devient plus ferme, et qu’aussi la pointe du cœur peut changer de position, dans certaines espèces, par rapport à la masse du muscle. Cet effet est attribué à des fibres spiroïdes en contraction, que l’on apprend à connaître dans l’étude statique du cœur. C’est le phénomène connu sous le nom de redressement de la pointe, qui cependant, chez les mammifères, est extrêmement limité et consiste en un léger avancement de la pointe vers le plan antérieur du cœur.

Durant le relâchement, le cœur (ventricules) augmente de volume extérieur, perd sa dureté, s’allonge et s’étend en tous sens, et offre une plus grande capacité.

Voilà les mouvements relatifs caractérisant immédiate-

CIRCULATION DU SANG

ment la .systole et la diastole, expressions qui embrassent tout cet ensemble de phénomènes.

Pendant ces actes, le cœur peut ne pas déplacer son centre de gravité. De là la juste dénomination de mouvements relatifs, expression empruntée dans sa rigueur aux sciences mécaniques.

A côté de ces mouvements, plus ou moins étendus dans les diverses parties du cœur et portant sur son état intrinsèque, se présente un autre phénomène, le seul perceptible à l’extérieur, sur une poitrine intacte : c’est le battement du cœur.

Cette manifestation varie de siège, d’étendue, d’intensité. Chez l’homme, elle varie avec la position, l’attitude ; les diverses conditions pathologiques produisent des variétés dans la manifestation extérieure, qui sont également subordonnées aux divers modes de station et de position. Les modifications que peuvent introduire ces changements d’attitude et de position montrent, jusqu’à l’évidence, qu’il n’existe pas de rapports fixes pour le cœur; que les organes ambiants qui constituent son milieu dans la cage thoracique ne lui créent point une prétendue fixité.

Tout ce qui entoure le cœur est élastique, ou flexible, extensible. De plus, le cœur est comme suspendu, selon l’expression employée, dans une cavité à parois lisses et glissantes comme sa propre surface extérieure. Un organe suspendu peut néanmoins reposer sur un plan horizontal ou oblique. La suspension n’exclut en aucune manière l’existence d’organes limitrophes. Ceux-ci ne restreignent les mouvements de l’organe qu’ils environnent que dans la limite de leur juxtaposition, de leur propre fixité et du degré de résistance qu'ils sont capables d’opposer au cœur qui tendrait à se déplacer. Des personnes semblent avoir

CIRCULATION DU SANG. 14f»

imaginé un cœur de fantaisie qui serait scellé dans la poitrine. S’il en était ainsi, le cœur manifesterait ses mouvements au dehors d’une manière invariable, quelle que fût l’altitude du sujet observé. Il n’en est rien ; il suffit de se pencher en arrière, en adossant sa tête contre un mur, de manière à prendre plus ou moins une position parallèle avec le sol, pour voir diminuer considérablement le battement péricordial. Le simple poids du cœur suffit poui faire changer son rapport avec la paroi antérieure de la poitrine. Les organes ambiants sont incapables d'y mettre un obstacle absolu. Le péricarde lui-même ne délimite point la surface extérieure du cœur. Celui-ci s’y meut librement par glissement pour l’accomplissement de ses actes. Et quand un épanchement ou des adhérences viennent y mettre obstacle, on sait quêlle perturbation de cet accomplissement en résulte.

En principe, donc, et en fait, le cœur peut ne pas occuper une situation invariable. Un déplacement de moins d’un centimètre serait suffisant pour rendre compte des phénomènes en question. Nous allons voir que, de fait, il se déplace. Ainsi que l’a dit M. Hiffelseim, il se déplace comme il peut, c’est-à-dire en raison de ce qu’il peut. La simple inspection des dispositions anatomiques du cœur, et des gros vaisseaux qui le maintiennent en quelque sorte suspendu, a fait concevoir à ce physiologiste l’idée que le cœur devait subir une réaction hémofîynamique, résultant du double conflit du liquide sanguin et des parois cardiaques qui le pressent de toutes parts, durant la systole, pour l’expulser. On sait que les axes respectifs des deux gros vaisseaux ventriculaires, prolongés au delà de la base du cœur, se coupent. Quand donc les deux cœurs, se contractant simultanément. expulsent le sang subitement par une systole plus ou moins instantanée, les forces opposées

CIRCULATION DU SANG

et antérieurement équilibrées des deux sections correspondantes à celles qui viennent de donner issue au liquide, réagissent sur le cœur et tendent à l’entraîner. Si les deux forces devenues libres étaient égales, le cœur pourrait subir un double mouvement. Mais l’inégalité des deux cœurs droit et gauche, si bien établie pour les conditions normales, impose un raisonnement différent. Le cœur gauche est trois fois plus épais que le cœur droit : : 3 : 1. Ce sont donc deux forces inégales qui résultent de l’état de contraction respectif de chacun des deux cœurs. Ces deux composantes appliquées à une même masse tendent à imprimer à celle-ci un mouvement dirigé dans le sens de la résultante. Cette tendance ne pouvait être génée absolument, d’après les données anatomiques que nous avons précédemment exposées. Avec ou sans déplacement de son centre de gravité, le cœur devra subir cet effet et le manifester au dehors, selon le degré de force déployée durant sa systole. La pression du sang dans les grosses artères donne une idée du travail mécanique dont est capable le cœur en systole. Les appréciations les plus variées autorisent à penser que le sang, au sortir du cœur, a une force qui lui permet d’entraîner la masse du cœur avec une grande puissance. 11 en résulte donc que, s’il y a obstacle au déplacement, la manifestation extérieure ne saurait être entravée complètement, parce que la masse du cœur n’est pas assez grande pour détruire le mouvement communiqué à ses molécules, et qu’il n’existe pas, outre les lobes pulmonaires, d’organes capables de s’opposer à la communication du mouvement du cœur au thorax. Cette communication de mouvement des parois cardiaques aux parois thoraciques , est l’explication qu’avait donnée ftf. Hiffelseim du phénomène connu sous le nom de battement du cœur. 11 s'est appuyé sur ces

CIRCULATION DU SANG

trois ordres de preuves, qui en démontrent l’exactitude.

Le cœur, qui expulse du liquide par des orifices, est dans les mêmes conditions qu’un vase mobile sur un axe, renfermant un liquide qui s’échappe par un orifice. Or, puisqu’un vase dans ces conditions éprouve un recul, il doit en être ainsi du cœur, de là le battement ; donc le cœur bat parce qu’il recule.

Cette inductiou hardie en apparence, l’expérience est venue la justifier. Elle repose sur une analyse sérieuse des conditions du recul d’une part, et d’autre part, sur l’existence de ces conditions dans le cœur. Pour reconnaître la présence de celles-ci, M. Hiffelseim a analysé le phénomène de la contraction du cœur, sa signification la plus élevée et la plus simple, son essence en un mot.

Le cœur est un vase formé de deux compartiments distincts, parallèles au grand axe. Le liquide que renferment ceux-ci ne s’échappe point au dehors par l’effet de la pesanteur, mais par la contraction simultanée de toutes les fibres qui constituent les parois de ce vase. 11 ne s’agit pas * des oreillettes ici, nous y reviendrons.

A tous égards, le cœur double agit (sauf des avantages étrangère à la question) comme si deux cœurs simples étaient placés sur deux points du cercle circulatoire.

Théorie générale du recul.

Il y avait à établir un premier principe fondamental de physique, à savoir qu’un vase à parois mobiles (par contractilité ou par élasticité) est dans les mêmes conditions qu’un vase à parois fixes.

A cet effet, M. Hiffelseim formule le théorème suivant :

HR

CIRCULATION DU SANG

Théorème.

11 s’agit de démontrer qu’une enveloppe contractile, chassant un liquide de son intérieur, par une ou plusieurs ouvertures placées dans sa paroi, éprouve avant toutes choses une réaction rectiligne dirigée en sens inverse de la résultante des forces qui représenteraient l’intensité des jets.

En effet :

Il suffit, pour rendre cette proposition évidente, de s’appuyer sur deux principes fondamentaux d’hydraulique et de mécanique.

1 . Le premier établit que, toutes les fois qu’une paroi fixe fermée est pressée de toutes parts par un liquide, et lui donne issue par un quelconque de ses points (qu’il y ait entrée ou non par tout autre point), la pression du liquide sur ce point étant supprimée, le vase subit des réactions différentes de celles qu’il subissait lorsque l’écoulement n’ayait pas lieu : il y a tendance au mouvement, en vertu du changement d’intensité et de position de la résultante finale, qui ne peut plus être égale à zéro, si elle l’était primitivement.

2. Le second principe établit que dans les phénomènes des chocs des corps, les forces qui naissent sont identiques, quel que soit le corps choquant, à celles qui auraient lieu si l’un des corps étant en repos, l’autre était animé subitement de la vitesse relative qu’il possède par rapport au second, dans leur commun mouvement.

Or dans le cas présent, nous avons une enveloppe contractile ou élastique, expulsant un fluide fixe, par sa compression.

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Le phénomène se passera exactement, quant aux réactions produites, comme si nous avions une enveloppe fixe contenant un fluide élastique dont le volume augmenterait.

Dans ce second cas, qui est celui des fusées d’artifice, du recul des armes à feu, il y a tendance au déplacement de • l’enveloppe, en sens inverse du jet fluide.

Donc, notre proposition ramenée à une proposition évidente est démontrée.

Cette déduction nous fournit un corollaire général :

Toutes les fois qu’une cavité close à parois mobiles expulse un liquide par un orifice, cette cavité aura une tendance au recul.

Dans un cœur double, voici ce qui se passe : d’abord chaque cœur produit, cela va sans dire, le même genre d’effet. Il s’agit de savoir comment les forces produites sont dirigées, quelle est leur intensité relative. Tout le monde admet que les deux orifices aortique et pulmonaire se croisent en X; il en résulte que les deux courants sont dirigés angulairement, et que la direction finale est celle de la diagonale du parallélogramme construit sur les deux lignes représentant ces deux forces.

Or, la somme des fibres contractiles étant plus forte dans le cœur gaufche que dans le cœur droit, c’est le premier qui influe le plus immédiatement sur la direction du mouvement final.

Telle est la solution théorique du problème ; elle satisfait aux exigences les plus rigoureuses de la mathématique.

Quand il s’agit de l’application d’un principe fixe, toute la difficulté gît dans l’opportunité et la justesse de cette application. Alors donc que l’on arrive à ramenèr l’inconnue dans chacun de ses éléments à des données trèsconnues, le problème est résolu ; il suffit de substituer à chaque élément sa valeur.

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Que le cœur soit assez libre pour subir nne locomotion, cela n’esl pas douteux. Il ne s’agit pas d’une translation analogue à celle d’un battant de cloche, dictons-nous, avec M. Bérard ; le mouvement est peu étendu; mais ceci est accessoire. Il est considérable dans une poitrine au moment où on l’ouvre. Or, du moment où il existe, il • faut l’étudier tel qu’il est, sans s’égarer dans de stériles discussions.

Si, d’une part, la presque plénitude de la cage thoracique apparaît comme l’un des obstacles, la consistance du poumon, sa disposition semblent devoir favoriser ce mouvement. Ce que l’on a dit de la réaction du poumon pendant l’inspiration, et qui serait très -favorable à cette doctrinè, nous le rejetons, en tant qu’il n’existe pas de relation entre ces deux phénomènes : mouvement du cœur et mouvement du poumon, ni pour la durée ni pour la fréquence; c’est un argument inutile; il serait nuisible, s’il en était besoin, pour justifier le but principal de ce travail. Le cœur étant adhérent par sa base, mais non pas fixe (ce qui ne changerait rien), étant de plus disposé de telle façon qu’il repose en partie sur le ventricule gauche, dirigé obliquement, la pointe en avant, etc., la direction du mouvement de recul ne peut être, ne doit être donnée rigoureusement; il en est ainsi de tous les phénomènes vivants. Le mode de déplacement est subordonné aux obstacles, dit M. HifTelseim, comme le déplacement en luimême est subordonné aux ditférentes conditions mathématiques énoncées dans notre théorème; et, pour nous servir d’une comparaison, nous dirons : tel corps chimique produit telle réaction avec telle substance ; l’expérience nous dira si telle substance se rencontre dans l’organisme, et dans quelles conditions elle s'y trouve. Si la substance s’y trouve, si un produit nouveau s’v forme, produit qui est

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celui-là môme que vous avez observé hors de l'organisation, vous conclurez à l’analogie, l’identité n’existant jamais entre deux phénomènes vivants, à plus forte raison entre un être vivant et un phénomène inanimé. La nature est un livre, a dit Liebig ; si vous lui posez mal les questions, il ne vous répondra pas. C’est le cSs de se rappeler cette judicieuse pensée de l’un des esprits les plus éminents de notre époque, et qui a lu dans ce grand livre, on sait avec quel succès, grâce à ce principe. Que l’on ne vous objecte donc pas ces dispositions anatomiques de rapport, de liens, etc.

A présent que l’on veuille bien remarquer avec nous que l’intensité d’une force (choc-recul) peut être représentée de deux manières bien distinctes. Dans un corps de petite masse, l’intensité d’un mouvement communiqué se traduira, par exemple, par l’étendue du trajet qu’il aura parcouru. Dans un corps de masse plus grande, le mouve- . ment communiqué se traduira par un trajet plus petit, la masse absorbant une partie. Un physicien dirait simplement : les quantités de mouvement sont égales dans les deux cas : M. v = m V.

Les moyens d’union du cœur, en mettant cet organe en continuité avec le corps, quoique incomplètement, lâchement, ont pour effet une communication de mouvement plus grande que si le cœur était presque libre à sa base. II en est de même lorsqu’un grand hydropéricarde vient à entraver presque complètement ses évolutions, et au point de rendre le battement presque imperceptible.

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Expériences avec les cœurs artificiels ou poches en caoutchouc.

Nous avons insisté plus haut, et à différentes reprises, sur la nécessité de voir, surtout dans la mobilité de la paroi, le fait physique nouveau et important, puisque le recul est admis, décrit et prévu dans tous les cas des parois fixes, etc. (Voir le théorème).

Après avoir ramené en principe le cas de la mobilité au cas de la fixité, M. Hiffelseim voulut démontrer ce fait. « M. Pouillet voulut bien nous dire qu’il considérerait, comme nous, le problème résolu, si une poche en caoutchouc subissait le recul. »

Comment faire fonctionner une poche en caoutchouc et de façon à obtenir les effets du cœur?

La contractilité est une propriété qui permet à certaines substances organisées de se raccourcir dans un sens et d’augmenter de diamètre dans l’autre, alternativement.

Le résultat de la contractilité est la locomotion ou changement de place soit d’une ou de plusieurs des parties de l’élément par rapport à une autre, soit de la totalité de ce corps par rapport aux objets voisins.

Si l’on n’envisage que le résultat, il est évident qu’une contraction, suivie de son relâchement, produit le môme effet, mais en sens inverse, que nous produisons à volonté sur un tissu élastique. Supposez enfin que l’électricité ait de l’action sur le caoutchouc, et vous aurez des effets analogues à la contraction.

Ainsi, M. Hiffelseim fut amen£ à expérimenter des poches qui représenteraient le cœur simple, et qui, distendues à vo-

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lonté par de l’eau soumise à de fortes pressions, produiraient, en se rétractant, l’effet cfune contraction.

Pour commencer, dit M. Hiffelseim, nous avons donc fait construire de simples poches pyriformes.

La poche devait remplir bien des conditions pour réaliser notre but; son élasticité^ sa capacité, ses orifices, etc., sont autant d’éléments à prendre en considération.

Première condition : la poche devait être suffisamment élastique ; le caoutchouc vulcanisé, comme on sait, possède cette propriété à un haut degré.

Il fallut ensuite combiner la force élastique avec la capacité. En effet, une poche revenant sur elle-même avec d’autant plus d’énergie qu’elle aura été plus distendue, d’une part, et qu’elle sera plus épaisse, d’autre part, il en résulte qu’il faut, pour une poche très-forte, bien moins de liquide pour obtenir la môme puissance que pour une poche miftce.

D’ailleurs, sous l’influence de pressions très-fortes, les poches minces sortent des limites de leur élasticité et ne se rétractent plus.

La capacité de chacun des deux cœurs humains est d’environ 75 grammes, en grosse moyenne 1 . Toutefois, que l’on se rappelle bien que ces quantités ne s’ajoutent pas au point de vue des résultats dynamiques du recul, puisque les deux forces sont divergentes.

M. Hiffelseim a donc choisi des poches qui, distendues par 40 à 100 grammes d’eau, répondaient à l’effort supposé du cœur. On verra son procédé d’appréciation. Nous avons dit effort supposé, car la pression du sang dans le

1. Cette opinion était fondée sur les anciennes données. On a vu plus haut que M. Hiffelseim les a perfectionnées depuis.

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ventricule contracté n'est pas directement connue. Maintes fois, dit ce physiologiste, nous avons essayé de le savoir avec M. Bernard, et les difficultés furent toujours trèsconsidérables. Nos chiffres sont très-arbitraires, mais il serait d’ailleurs oiseux de viser à une approximation impossible, même dans Ifr nature.

On peut admettre sans erreur sensible pour la question qui nous occupe, que les réactions mécaniques partielles subies par différentes parties du cœur et transmises constamment à la masse entière du viscère qu’elles tendent à mettre en mouvement chacune suivant sa direction, on peut admeltre, disons-nous, que ces réactions partielles s’appliquent chacune de son côté au centre de gravité du cœur complet.

Cela posé, et considérant, comme cela a été admis plus haut, que chacune d’elles est dirigée en sens inverse du courant expulsé et possède une intensité proportionnelle à la force de ce courant, nous représenterons ces deux forces par deux lignes. Celle correspondante au ventricule gauche aura une valeur environ triple de celle correspondante au ventricule droit. L’unité sera, si on le veut bien, un centimètre de longueur pour représenter la force du ventricule droit. Par conséquent, la force du ventricule gauche sera représentée par une ligne de 3 centimètres.

Construisant maintenant sur ces deux directions le parallélogramme ordinaire des forces, nous obtiendrons pour résultante définitive des réactions dues à l’expulsion immédiate du sang, la diagonale du parallélogramme.

Une construction géométrique très-simple et une mesure immédiate de la longueur obtenue donnent cette résultante, 0 m ,32.

Cette ptfche a devait être chargée de liquide; b, ce liquide, devait être expulsé instantanément ; c, le liquide,

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devait sortir par un orifice qui s’ouvrit au moment de l’expulsion.

Pour atteindre ce dernier but, il fallait nécessairement recourir à un ressort qui, lâché, donnerait la liberté à notre orifice. Un deuxième orifice devient indispensable, le premier étant fermé à l’avance par le ressort.

C’est par ce second orifice, placé inférieurement, que nous chargeons la poche.

On charge la poche à l’aide d’une pompe à robinet inférieur, telle que les pompes à injections. A l’aide d’une pièce intermédiaire, nous établissons et nous supprimons la communication à volonté.

Mais comme il faut apprécier ces expériences numériquement, on mesure, à l’aide d’un manomètre mis en communication avec la poche, la pression intérieure du liquide.

Puis, à l’aide d’une forte pince, on ferme la poche inférieurement.

Revenons au ressort. 11 devait partir instantanément afin de mettre l’orifice en pleine liberté, au moment mèpie où la rétraction, devenue possible, expulsait le liquide.

Notre première pensée, dit M. Hiffelseim, fut de prendre un ressort â deux branches convexes qui, adossées, pinceraient l’orifice; qui, lâchées, lui donneraient la plus grande liberté possible.

On nous fit observer- les inconvénients de cette forme de ressort. Nous nous sommes décidé en conséquence pour un pivot droit avec une branche convexe.

Pour faire partir ce ressort instantanément et sans y toucher, nous l’avons fixé avec une ficelle disposée de telle sorte qu’elle put être brûlée aisément à distance.

Le ressort devait être puissant et en rapport avec l’effet

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explosif qu’il a à supporter pendant l’adossement des deux branches. Cependant il devait être d’un maniement facile pour ne pas demander trop de temps et de peine lors de chaque expérience.

Noire but étant ainsi rempli, nous avons expérimenté le recul d’abord sur un pendule ; les résultats dépassèrent même nos prévisions.

On avait adapté un petit appareil sur la lentille, et l’oscillation devait donner le recul. La poche était horizontalement couchée, un orifice en avant, l’autre en arrière, comme un canon. Il n’y eut pas une oscillation seulement, mais une secousse vigoureuse avec projection.

Toutefois les complications de la balistique, le désir d’élargir nos expériences, dit M. Hiffelseim, nous firent renoncer à cet appareil.

Aujourd’hui la poche est disposée sur un dynamomètre consistant en une lame d’acier trempée ; le recul, au lieu d’étre horizontal comme dans le pendule, est vertical de haut en bas.

Quel rapport y a-t-il entre l’étendue de l’orifice et l'intensité du recul? Quel rapport y a-t-il entre la pression et l’étendue du recul? Quel rapport y a-t-il entre la quantité de liquide, l’étendue de l’orifice, la pression du liquide et l’intensilé du recul? Ces expériences nombreuses ont exigé un temps considérable.

Pour en tirer des lois, il eût peut-être fallu les multiplier encore. Mais ceci nous aurait entraîné dans une direction un peu trop physique, et nous eût condamné à renoncer à des expériences plus biologiques.

Évidemment, pour répondre à chacune de ces questions, nous avons dû isoler les éléments de façon à avoir des données constantes et à ne varier qu’une circonstance qui

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dès lors pouvait être comparée dans les différentes expériences. Nous avons commencé par une pression constante.

Par ces expériences il est établi, à n’en pouvoir douter, que le recul a une relation directe avec la quantité de liquide expulsé. La pression devant rester la même et la quantité de liquide diminuant à chaque expérience, il fallut nécessairement augmenter la puissance de la poche. Nous avons fait faire, à cet effet, des poches très-fortes; de plus, des poches très-minces qui pussent être superposées aux autres, et qui en augmenteraient la puissance dans des proportions assez faibles.

11 est non moins évident qu’il y a un rapport simple entre la pression et l'étendue du recul. Comme pour la quantité d’eau, la théorie faisait prévo.ir ces résultats. Ces effets sé combinent et alors le recul est en raison composée des différents éléments. Mais nous avons encore d’autres éléments à analyser avant de conclure.

Lorsque l’on se sert de l’orifice, tel qu’il existe sur la poche élastique, on prévoit ce qui doit arriver : suivant la quantité de liquide et sa pression, il fera un effort variable pour s’échapper au dehors. Cet effort tend à ouvrir l’orifice dans une étendue proportionnelle à son intensité. Pour pouvoir apprécier l’influence du diamètre de l’orifice, avec des variations dans la pression ou dans la quantité de liquide, nous avons introduit et fixé une petite virole en laiton dans l’ouverture et de telle sorte que rien ne pût changer.

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Expériences sur les poches augmentées d'un tube vasculaire

libre.

Après avoir obtenu le recul' dans les conditions précitées, M. HifFelseim ne s’arrêta point à cette donnée. Imiter l’œuvre de la nature et mesurer ainsi la justesse de chaque interprétation par une expérience qui en soit la réalisation, tel fut son guide.

Pour imiter l’œuvre de la nature, il a été logiquement conduit à commencer par des appareils simples, rudimentaires et à les compliquer successivement par l’addition de parties nouvelles.

Alors les expériences deviennent chacune un vrai dédoublement des phénomènes vivants. Chaque effet particulier se raltache immédiatement à la cause qui le produit.

L’ensemble des effets, au lieu de nous apparaître comme un réseau inextricable de difficultés, n’a plus que le caractère d’une synthèse bien assise sur une analyse préalable.

Le liquide, en sortant du cœur, ne s’échappe point à l'air libre, mais bien dans un vaisseau plein et soumis à une certaine pression.

C’est, à vrai dire là, la seule pression du sang que l’on ait pu apprécier convenablement, en introduisant la branche recourbée d’un manomètre dans la carotide ou dans quelque autre vaisseau.

Voici ce qu’on observe dans ces cas : Le mercure monte à une certaine hauteur qui représente la pression constante du vaisseau, puis à chaque systole la pression s’augmente d’une quantité variable ; mais le mercure monte

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toujours lors de la systole pour retomber pendant la diastole.

Puisque le liquide pénètre dans un vaisseau rempli de liquide soumis à une pression constante, M. Hiffelseim, pour rentrer dans ces conditions physiologiques, adapta à la poche une aorte en caoutchouc. On la fixe sur la virole de l’orifice, qu’elle pince en se resserrant, et, de plus, on l’entoure d’un fil de cuivre.

On expérimente alors sur la poche comme si elle était seule. Il rechercha quelle influence l’aorte vide pouvait exercer sur le recul de la poche qu’elle surmonte, et il semblerait qu’elle le diminue; mais cette expérience ne parut pas complète.

Au contraire, les résultats furent très-nets quand il s’est agi de savoir l’influence de l’aorte pleine.

A cet effet, on pince la poche et on engage l’extrémité de l’aorte avec celle-ci dans le ressort. On charge la poche, on prend sa pression; on charge l’aorte par l’un des tubes vasculaires, après avoir fermé les autres (destinés à d’autres expériences); on prend la pression, que l’on rend toujours moindre dans le ressort, puis on fait partir le ressort.

Nous avons dû, dit le savant physiologiste, expérimenter la même poche avec la même pression, et, sensiblement, le même poids.

Or, voici ce qui arrive : le recul est plus fort dans cette circonstance que lorsque l’on se sert de la poche libre.

Nous en avons inféré que cela devait être attribué au bout d'aorte faisant fonction de seconde poche. Pour le prouver nousavons expérimenté l’aorte seule surmontant la poche vide. En prenant toutes les circonstances identiques, nous avons trouvé que le recul de la poche et de l’aorte

représentait très-exactement la somme des reculs de chacun d’eux.

L’aorte se comporte d’ailleurs à tous égards, dans cette expérience comme une poche; le diamètre, la quantité de liquide, la pression, sont dans le même rapport solidaire.

Redressement de la courbure de l'aorte.

Dans chacune des expériences faites avec l’aorte libre, nous avons vu un redressement très-notable de la courbure de l’aorte; ce fait n’est pas douteux. Or, Hunter avait dit : « Le sang étant lancé dans un tube recourbé qui est l’aorte, cette artère, au niveau de la courbure, fait effort pour devenir rectiligne, afin d’accroître sa capacité ; mais comme l’aorte est le point fixe, etc., tandis que le cœur est en quelque sorte le point mobile, l’influence de sa propre action se porte sur lui-même, et il est repoussé en avant contre la surface interne de la poitrine. » Nous voyons la locomotion du cœur théoriquement attribuée à ce redressement; or, il n’en est rien. Le recul de la poche suit immédiatement l’ouverture de l’orifice; le redressement est consécutif, quoique de très-près; il devrait donc produire un second recul, à moins que l’on n’admette qu’il prolonge le premier; mais son instantanéité ne permet guère de l’admettre. D’ailleurs, ce redressement tendait à faire reculer, cette tendance ne s’effectuerait point, à cause de son peu d’énergie. Tout cela est expérimental. Le redressement tend plutôt à une translation de l’arbre artériel.

Dans l’expérience du recul obtenu par l’aorte seule, il nous sera facile d’isoler l’élément en question. Un tube droit, placé dans les mêmes conditions, expérimenté avec les mêmes précautions juge l’intluence de la courbure.

Ainsi, jusqu’à présent, si nous ne nions pas définitivement cette tendance, nous ne disons pas influence, du moins devons-nous la considérer comme très-minime.

Expériences sûr des poches avec aorte fermée par une colonne liquide mobile (non en mouvement).

Le liquide sortait librement de l’aorte dans les expériences précédentes. Dans la nature, il marche dans un cercle clos; dans les vaisseaux où on l’a suivi, il paraît être soumis à une pression constante. C’est une condition réalisée, en grande partie du moins, dans l’appareil complet.

A l’aorte on a substitué un tube, en caoutchouc également, soutenu et fixé très-fortement sur le pivot, qui y remplit le rôle de la colonne vertébrale. Le tube tout entier est rempli d’eau faisant équilibre à une colonne de mercure de HO million. La colonne d’eau est de 400 millim.; la colonne de mercure qui y répond, de 30 miflim. environ; il y a donc 80 millim. de pression.

D’ailleurs, pour apprécier le poids de la colonne d’eau, il suffit d'ouvrir la poche; elle se vide ainsi que la crosse, et l’élasticité du tube chasse l’excès.

La crosse de l’aorte est en outre maintenue par une tige.

Voici maintenant l’expérience : Les deux pièces de l’appareil étant chargées séparément, on fait partir la poche; tout aussitôt nous avons un recul. D’autre part, le liquide projeté hors de la poche par l’excès de pression soulève la colonne de mercure; mais la poche, au lieu de se vider comme dans les autres expériences, continue à renfermer du liquide à la pression minime des deux vases communiquant librement à présent.

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Dans les conditions de la vie, après que le cœur s’est plvs ou moins vidé, le liquide y afflue comme par aspiration, tandis que les valvules sigmoïdes s’opposent au retour de la colonne expulsée; de plus, la colonne mobile est en mouvement et non simplement mobile. Mais un fait est devenu très-évident, c’est que la force de contraction que déploie le cœur est plus considérable que la pression artérielle ne le ferait supposer; car jamais, sans cela, le cœur ne parviendrait à lutter avec avantage complet {par l’expulsion de tout son liquide) contre unecolonne de t40millim. de pression, moyennes de beaucoup de vivisections. 11 est devenu manifeste aussi que cette force d’expulsion est bien favorisée par la réplélion incomplète des oreillettes à l’autre extrémité du cercle; nous disons des oreillettes et à tort, car la relation physique de l’appareil respiratoire avec l’appareil circulatoire est encore à établir. On respire tG à 18 fois tandis que le cœur bat 65 à 70 fois : ne pas l’oublier.

Mais dans l'étude du mouvement du sang lui-même, on a sacrifié très-souvent l’hydrodynamique, en perdant de vue l’existence d’un cercle unique, clos, où toutes les forces sont appréciables.

M. lliffelseim a introduit une dernière petite modifi- . cation dans le procédé expérimental. Voici ce qui l’a motivée.

Lorsque la poche expulse le liquide, à mesure que celuici pénètre dans le canal artériel, sou poids s’ajoute à celui de la colonne, et comme il n’y a pas d’issue, la quantité de liquide expulsée s’en trouve très-limitée.

Pour parer au moins partiellement à cet inconvénient, on a raccourci sur un manomètre la branche libre ;quaud on charge l’aorte, on fait affleurer le mercure au bord libre de cette branche; la moindre impulsion fait déverser le

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mercure, dont la quantité représente alors celle du liquide expulsé dans l'aorte, ou mieux, par là du moins l’expulsion est un peu plus complète.

Le premier procédé permettait d’apprécier la quantité de liquide expulsée (ou la quantité de mouvement communiquée, pour être plus précis) par une oscillation de la colonne. Ici elle est représentée par le poids du mercure expulsé, sous la double influence du cœur et du tube aortique par réaction.

On a expérimenté ici comme ailleurs, surtout le recul. Voici à présent surgir une nouvelle question, deM.Hiffelseim : L’aorte pleine et sans issue influe-t— elle sur le recul de la poche? Nos expériences tendent à prouver au moins qu’elle ne l’augmente plus. Le diminue-t-elle? et comment?

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